La semaine dernière.
Aujourd'hui, je reçois Sasha, et nous allons parler ensemble de synesthésie.
Ma chère Sscha écoute je te propose que maintenant qu'on a un petit peu plus défini ce que c'était
la synesthésie, enfin en tout cas de ton point de vue aussi principalement,
je te propose qu'on essaye d'expliquer un peu à nos auditeurices comment tu vis avec tout ça.
Parce qu'il y a plein de choses dans la vie, et comme la vie personnelle,
la vie professionnelle, la vie sociale, la vie émotionnelle,
ça fait beaucoup de vies... Et justement, est-ce que ton fonctionnement de synesthète,
est-ce que ça influence ta vie quotidienne?
Professionnelle, oui, pour sûr. Parce que vu que je suis toujours en études,
je suis toujours en apprentissage, donc pour moi construire une fiche c'est vraiment respecter mes
ressentis. Parce que c'est comme ça que je vais associer beaucoup plus vite.
A côté de mes études, je donne pas mal de cours,
ça peut être des cours assez poussés de sémio neurologique,
de sémio cardiaque, d'anatomie des nerfs crâniens,
de physiologie, c'est assez poussé. Et du coup pour ces cours là,
je vais m'aider en fait de cette synesthésie pour essayer de faire mieux retenir aux autres les informations. informations.
Donc tu vas essayer de les faire un peu rentrer dans ton monde d'une certaine manière,
pour leur donner des moyens mnémotechniques que toi tu utilises.
Ouais Ce que j'essaye de faire dans mes cours par exemple,
c'est en plus d'utiliser beaucoup de métaphores,
beaucoup de comparaisons pour essayer de toucher la compréhension d'un maximum de personnes,
je vais aussi utiliser dans les schémas que je fais au tableau.
On a des tableaux à craie dans l'institution dans laquelle je donne des cours.
Alors j'espère qu'elle ne crisse pas !
Je fais attention à ce qu'elle ne crisse pas ! Mais du coup je vais utiliser beaucoup de couleurs
différentes. Je vais utiliser des, par exemple des encadrés autour des lettres,
des mots que je fais, des encadrés précis. Par exemple si c'est des,
par exemple, si c'est des symptômes négatifs, ça va plutôt être des encadrés avec des piques.
Si c'est des symptômes, enfin des signes, qui affectent pas négativement la vie de la personne,
ça va plus être entouré dans un rond. Les couleurs vont varier.
Si je dessine l'anatomie tout court, je vais associer un...
Bon, après, l'anatomie tout court, c'est très codifié.
Donc ça, je garde les codes. Mais quand c'est les annotations,
les légendes, les explications que je peux associer à une structure anatomique,
dans cette structure anatomique les explications vont être de différentes couleurs.
Et le fait qu'il y ait plusieurs couleurs moi ça m'aide à retenir,
mais je pense que ça en aide plus d'un à retenir.
Mais il faudrait que tous les profs soient synesthètes du coup,
pour pouvoir avoir des cours structurés !
Pour les visuels, oui. Pour les personnes qui ont une mémoire auditive,
ça ne sert à rien. Mais pour les personnes qui ont une mémoire visuelle.
Moi je fais partie de cette catégorie, parce que j'ai une mémoire visuelle et kinesthésique.
Donc kinesthésique, du mouvement.
Oui.
Mais ça je pense que c'est pas "naturel la mémoire kinesthésique.
Parce que du coup moi je sais que quand je faisais du piano,
j'avais mes parents et même mon prof qui disaient "au bout d'un moment tes doigts se souviennent".
Oui ça c'est parce que c'est du piano. Mais par exemple,
moi mes cours, je ne peux les apprendre que si je les ai écrits.
Ah oui d'accord dans ce sens là !
Donc moi j'écris beaucoup.
Oui je comprends, parce que du coup ça rentre dans ton muscle.
C'est vrai qu'une fiche, à moindre mesure je comprends,
parce que du coup moi une fiche quand je l'écrivais moi-même,
je me souvenais où est-ce que j'avais écrit les trucs,
et du coup j'avais une mémoire un peu visuelle, photographique.
Bon pas exactement photographique parce que je ne suis pas Sheldon Cooper.
Mais j'avais oui voilà comme tu dis, mais à moindre mesure effectivement.
D'accord oui. Donc effectivement là ça aide beaucoup dans ton travail.
Mais du coup en tant que soignante est-ce que est-ce que du coup cette sensibilité joue aussi dans ta pratique soignante ? ?
Je pense pas honnêtement. A part à trouver les bons mots.
Oui.
Parce qu'ils vont venir plus vite.
Donc là c'est plus du social que du professionnel.
C'est plus du social, socio-professionnel on va dire.
Mais en fonction de l'état d'esprit du patient ou d'une personne en général.
Parce que là je parle en tant que soignante. Mais en tant qu'humain en général,
quand on a une personne en face de nous qui est dans un certain état d'esprit,
on va avoir un champ lexical qui va essayer de matcher cet état d'esprit pour que l'information
soit bien reçue. Moi ce champ lexical là, il va être en partie choisi plus facilement avec "ok je
ressens ça comme texture", "je ressens ça comme émotion venant de cette personne là".
Et donc je vais plus m'orienter vers un champ lexical que j'ai construit du coup avec mon système d'organisation qui va
pouvoir matcher le sien. Mais c'est ce que fait n'importe qui.
C'est juste que moi je vais m'appuyer sur des sensations,
des textures.
C'est un peu comme dans les films de science-fiction quand les personnages ils lisent les auras.
Ils lisent les auras et tout.
Un petit peu. J'ai appris à le faire de manière beaucoup plus poussée avec mon travail.
Mais n'importe qui le fait dans la vie de tous les jours.
C'est juste qu'ils n'ont pas forcément les associations que toi,
tu peux faire avec ta maison à multi-étages de classement.
Effectivement.
Moi, j'ai une maison de plain pied. Excusez-moi. Un petit appartement.
Oh non !
Et du coup, dans ta vie de famille, donc toi tu as dit que tu avais un frère daltonien.
Donc ça veut dire que tes parents ils ont une fille synesthète et un fils daltonien.
Et du coup tes parents, ils ont pas du tout ce genre de perception du monde ?
Ma mère porte le gène daltonien. C'est pareil que mon frère qui est daltonien.
Et elle, sans pour autant être daltonienne, elle a des difficultés à voir certaines couleurs.
C'est pas impossible pour elle, c'est compliqué de voir les différences.
Ah oui genre comme le bleu et le noir. Je sais que ma mère a du mal à voir le bleu marine et le noir. noir.
C'est ça, entre bleu marine et noir, entre entre taupe et marron,
c'est la même couleur. C'est des choses comme ça.
Oui, c'est beaucoup plus fin. Donc elle peut s'en rendre compte,
ça l'aide au quotidien à comprendre comment vous fonctionnez ton frère et toi ?
Ca l'aide à comprendre comment fonctionne mon frère.
Moi ça l'aide pas plus que ça, mais en même temps vu que j'en parle pas du tout...
L'info a poppé dans son esprit je pense et elle a disparu,
ou alors elle est vraiment très très loin. C'est pas quelque chose dont on parle.
Je suis même pas sûre que mon père soit au courant,
c'est pas une information qui était importante.
Donc en fait toi tu t'es juste dit bon bah c'est cool je vais m'en servir pour faire des trucs
cools plus efficaces, je faisais déjà tout ce que je faisais grâce ou à cause de la synesthésie,
avant que je sache ce que c'était, j'ai continué à le faire après,
et j'ai rien mis en place de nouveau depuis que je sais.
Ça a juste posé un mot sur une particularité que je ne savais pas avoir.
Donc en fait, pour toi, ça ne change rien et du coup,
tu ne le dis pas forcément au quotidien.
Vu que ça n'a pas bouleversé ma vie...
C'est juste que tu vas t'en servir pour faire des trucs mieux,
parce que tu auras cette capacité supplémentaire.
Et donc que tu vas l'exploiter dès que t'en as besoin.
Et donc c'est surtout au niveau professionnel. Au niveau social et personnel t'en as moins besoin
en fait, tu vas juste le garder pour toi.
Personnel ça va plus être par exemple si j'entends une pièce de musique ou que je lis un livre et que j'ai et qu'il y a une
image qui me vient, des couleurs, des textures qui me viennent.
Quand je vais peindre après ou quand je dessinais,
après ça va m'aider parce que je vais me rattacher au ressenti que j'avais eu à ce moment là.
Mais c'est jamais un tableau hyper précis, c'est juste une impression.
Et cette impression je vais essayer de la retranscrire dans ce que je sais faire.
Mais du coup ça restera interne à toi.
Oui.
C'est-à-dire que tu ne vas pas forcément l'exprimer à autrui.
Du coup en fait en termes d'inclusion dans la société,
le regard des autres ça ne change rien, puisque du coup soit tu vas décider d'en parler et ce sera
plus "ah bah au fait, ah trop marrant", soit tu vas juste vivre ta vie.
Donc tu n'as pas du tout eu de soucis de personnes qui se sont dit "trop bizarre".
Non, on m'a juste souvent fait la réflexion que t'es un peu psychorigide avec le fait d'associer certaines couleurs à certains
mots, que ce soit dans les fiches ou dans mes cours.
Ah, donc ça t'a quand même desservi, mais c'est juste qu'ils savaient pas pourquoi.
Oui, après, desservi, c'est un grand mot. C'est juste,
par exemple, quand j'ai pas les craies, il y a huit ou neuf couleurs de craies qu'on a dans la
structure dans laquelle j'enseigne. Quand j'ai pas toutes les couleurs,
dans une autre classe, je vais déranger le cours,
je vais faire toc-toc, je vais demander au prof s'il a pas telle couleur de craie.
Mais c'est pas grave s'il n'en a pas, je ne vais pas faire un caca nerveux,
c'est juste, je vais être en mode "mrh, bon", mais c'est pas grave.
C'est parce que tu arrives à prendre sur toi, parce que tu es très ouverte d'esprit.
Après c'est aussi un travail à faire de ne pas se rendre handicapant quelque chose qui ne l'est pas
à la base.
Oui, c'est à dire que du coup tu te dis juste bon bah c'est tout,
là ça va un peu me gratter sur l'oreille droite et puis en fait après ça ira mieux,
je vais écouter une super musique qui va être violette arc-en-ciel avec une texture de ouatte et ça
va être bien. Donc du coup, tu n'as pas besoin de masquer ou quoi que ce soit,
tu fais tes trucs et tu, basta cosi.
Exactement.
Et est-ce que... Alors c'est une question un peu théorique,
mais est-ce que tu aimerais bien que la société,
les gens sachent mieux ce que c'est ta particularité ou tu t'en fous ?
Je m'en fiche. C'est très honnête.
Ouais non mais c'est le type de réponse honnête, c'est parfait.
Je m'en fiche parce que c'est... Ça apporte... Pour ceux qui ne l'ont pas,
ça ne leur enlève rien. Et s'ils l'avaient, je pense que ça ne leur apporterait rien de positif.
Dans le sens où ils n'ont pas été habitués dès le début à recevoir ces stimulations-là tout le temps. temps.
Oui.
Donc, ce serait plus une nuisance.
Oui, mais ils pourraient justement comprendre ce que c'est et être plus ouverts.
Pour moi, je pense que juste une explication, comme on le fait maintenant à un podcast,
c'est suffisant.
C'est trop d'honneur !
Eh eh ! Mais pour moi il n'y a pas forcément besoin de répandre le bruit,
que tout le monde le sache, parce que c'est pas quelque chose qui impacte négativement ma vie.
Pour l'autisme par contre, je suis d'accord qu'il ne faut plus en parler,
parce que c'est vachement stigmatisé et c'est mal compris.
Oui alors que concrètement c'est un petit peu la même chose que la synesthésie.
C'est un truc que tu as depuis...
C'est un fonctionnement différent. Mais dire je souffre d'un trouble autistique ça va stigmatiser
la personne. Les gens vont partir avec des préjugés,
et ça lui fait perdre des chances. Là où "je suis synesthète" ne le fait pas.
Bah déjà il y a "esthète" dans "synesthète" donc les gens vont se dire que...
Et pour moi c'est justement dans ce travail de mieux faire comprendre aux autres les neuroatypies,
il faut savoir les sélectionner aussi. Pas faire de entre guillemets la propagande d'explications
sur toutes les neuroatypies, mais se focus sur celles qui peuvent porter préjudice à la personne
atteinte de neuroatypies.
Après on peut peut-être se servir des neuroatypies qui posent entre guillemets pas de soucis comme
la synesthésie etc., pour justement expliquer. Surtout pour les neuroatypies neurodéveloppementales qui sont là depuis le
début, pour montrer que c'est juste pareil en fait.
Ça peut peut-être aider... Suggestion hein, suggestion.
Ah oui, ça peut clairement.
Ma chère Sasha, j'aime beaucoup les choses positives dans la vie car je pense qu'on vit dans un monde qui est trop négatif
pour qu'on s'arrête sur le négatif. Donc nous allons positiver les choses n'est-ce pas.
Et du coup je te propose que tu, bon tu en as quand même déjà un petit peu teasé quand même on va
pas se mentir, mais que tu nous mettes un petit peu en lumière tout ce que ça a pu t'apporter en fait dans la vie de beau
d'être synesthète ? Donc une esthète du signe. Pas du tout,
c'est pas du tout la traduction. Mais voilà un petit peu comment tu,
comment ça t'influence ? Tu nous as dit pour le professionnel etc,
mais du coup qu'est-ce qui fait que c'est beau pour toi ?
Pour moi c'est beau parce que... C'est tout con, mais je n'ai pas besoin forcément,
en dehors des besoins physiologiques, de lumière et tout.
J'ai pas forcément besoin de sortir pour avoir, pour voir de la couleur,
pour ressentir de la sérénité, pour vivre des sensations.
Tu lis un livre et...
Je peux lire un livre, je peux voir quelque chose.
Parfois ça peut juste être un... un reflet de soleil un reflet de soleil sur un objet ou dans un
miroir, sur une surface c'est ce moment le moment,
le point d'orgue un petit peu, où tout s'arrête et où les sensations m'envahissent.
Voilà c'est indescriptible, il n'y a même pas de mots,
mais c'est des moments comme ça où je suis submergée un petit peu par beaucoup de sensations et où quand c'est positif c'est très
bien. Mais c'est quasiment toujours positif pour ma part,
parce que j'évite ce qui est négatif. Et sinon dans ma vie tous les jours,
je pense que ça apporte juste un petit peu de craziness à ma vie,
où je pense que les gens se doutent pas parfois de ce qui se passe dans mon cerveau,
où c'est la bamboula tous les jours.
Oui tu peux être assise sur un banc tranquillement et en fait,
c'est toi, pour toi tu vois de la musique, tu entends des textes,
des couleurs sonnent à tes oreilles, une magnifique fanfare.
Après malheureusement je sais pas ce que ça fait d'entendre des sons quand on voit des choses.
J'aimerais bien savoir ce que ça fait.
Oui, toi, t'as plutôt l'inverse.
Oui, moi, je vois des choses...
Quand tu entends.
En entendant ou en lisant des mots, très très mots quoi.
Mais c'est beau, parce que ça fait vraiment une sorte de kaléidoscope.
Oui, c'est à peu près ça.
C'est joli. Et je te propose justement en termes de conclusion,
j'aime bien toujours que mes invités puissent exprimer justement quelque chose d'artistique qui leur parlent par rapport
à ce qu'ils vivent. Donc, si tu as quelque chose qui te passe par la tête.
Alors, pour moi, c'est un chef-d'oeuvre. C'est de l'art.
Tout le monde ne sera pas d'accord. Mais pour moi,
ce qui représenterait le mieux les neuro-atypies,
comment, le processus pour comprendre une neuroatypie ou pour l'accepter,
ce serait de lire le livre Vita Nostra par Marina et Sergei Diachenko.
C'est mon livre préféré. Et pour moi, le parcours que fait l'héroïne principale,
qui porte mon nom d'ailleurs, c'est celui du neuroatypique.
C'est comprendre et découvrir que ce qu'on pensait être normal,
parfois il y a tellement plus qui se cache derrière.
Et je pense que pour tous les neuroatypiques, ça pourrait être une bonne manière de comprendre que derrière le typique
peut se gâcher une infinité de possibilités. Voilà.
Le kaléidoscope.
Exactement.
C'est beau ce que tu dis. Moi, j'ai pensé à un artiste qui s'appelle Kandinsky.
Je ne sais pas si tu connais.
Pas du tout.
C'est un peintre qui fait en fait des toiles, c'est presque de l'abstrait.
C'est un peu entre le surréalisme et l'abstrait avec plein plein plein plein plein de couleurs.
Et du coup il y a des couleurs à la fois sur... ça fait un peu très texturé,
et en même temps non, et en même temps on ne sait pas trop ce qui est représenté.
Mais du coup ça génère des émotions, en tout cas moi personnellement ça m'a généré des émotions sur certaines de ces toiles
justement, avec ces couleurs là et cette énergie qui se dégage.
Et du coup je ne suis pas synesthète, mais ça me donne un peu cette idée de kaléidoscope que tu
pourrais avoir toi, de ton côté. Donc voilà, Kandinsky,
Vassily Kandinsky, si je ne dis pas de bêtises. Je crois qu'il y en a au centre Pompidou,
mais je crois que le centre Pompidou est en fermeture en ce moment.
Ce sera pour plus tard. Enfin, bref. Mais voilà.
En tout cas, ma très chère Sasha, je suis ravie d'avoir pu échanger avec toi,
c'était un doux plaisir.
Merci, plaisir partagé.
Et vraiment ça a l'air d'être incroyable dans ta tête.
Il faudra que je fasse une petite visite un de ces quatre parce que ça a l'air génial des maisons à
étages multicolores, moi je veux voir ça. En tout cas,
merci, merci beaucoup c'était vraiment un plaisir.
Avec Plaisir. Merci à toi.
Merci d'avoir écouté Voix Plurielles, comprendre,
c'est déjà faire un pas vers l'autre. C'était Delphine et à bientôt pour une nouvelle rencontre,
une autre façon de voir le monde.
Ce podcast vous a été présenté grâce à la solution de diffusion de podcast Castopod.