Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles. Je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une
même humanité. Aujourd'hui, je reçois Florence Rivières et on va parler ensemble de son livre
Coquilles d'œuf. Bonjour Florence!
Bonjour Delphine!
Comment vas-tu?
Eh bien, ça va.
Ça va?
C'est toujours le capitalisme sur la planète France,
mais à part ça, tout va bien.
Oui, le bâteau n'est pas encore coulé.
Non c'est pas vrai. Tout ne va pas bien.
Tu nous viens de loin en plus, parce que là on te récupère entre deux...
Festiv-aux.
Oui, il est vrai.
Deux festivals. Non, j'étais au Festival Hypermonde ce week-end.
Je n'avais rien à faire. J'étais un visiteur. C'était super.
Et le week-end qui vient, j'irai au Festival de la littérature jeunesse et ado franco-allemande de
Sarrebruck, qui est en Allemagne.
Oui.
Et je ne parle pas allemand. Donc, que va-t-il se passer?
On l'ignore.
Eh bien, nous ne savons pas la suite au prochain épisode.
Eh bien, écoute, Florence, puisque tu es là, qu'est-ce qui t'a amené en fait vers tout ça?
Parce que tu as un parcours extrêmement riche, extrêmement varié et nous avons absolument envie de savoir tout ce qu'il y
a de secret qui t'a amené à écrire ce merveilleux livre.
Alors, moi j'ai toujours voulu écrire et j'ai passé une très grande partie de ma vie à me dire que c'était pour les gens
vraiment talentueux. Genre, j'avais ce truc un petit peu chauvin de l'écriture,
c'est au-dessus de tous les arts. Moi, j'ai envie de raconter des histoires,
mais je ne suis pas...
Châteaubriand, parce qu'on en a parlé il y a dix secondes.
Non, on va vraiment... Alors, j'étais en train d'essayer d'éviter de dire Victor Hugo,
mais on va dire Victor Hugo qui lui au moins...
Georges Sand.
Très bien, parfait. Je me suis dit, je ne suis pas Georges Sand et donc,
je dois trouver d'autres façons de m'exprimer puisque l'écriture est réservée aux pareils de
Georges Sand. Bon, un tour en librairie nous débarrasse de cette idée rapidement,
mais...
Avec Peppa Pig.
Et du coup, les premières choses que je me suis autorisé à faire,
ça a été du travail de modèle photo où je faisais...
Je faisais déjà de la narration, je n'en avais pas conscience,
je ne le disais pas comme ça, mais globalement, j'imaginais des séances photo,
des scènes, des machins, pour faire de la création d'images.
Ensuite, je suis devenu photographe. Après, il y a eu un glissement qui s'est opéré de modèle photo
à comédien-ne. Je me suis rendu compte, j'avais déjà commencé à écrire,
j'avais écrit un essai sur les modèles photos parce que ça n'existait pas et que...
Mais il a été publié cet essai?
Je... Non.
Ah non, c'est l'autre, c'est ce qui a été après sur l'image.
En fait, il a été auto-publié. J'ai fait un Kickstarter,
les gens m'ont donné beaucoup d'argent. Et du coup,
j'ai pu écrire puis imprimer le livre, mais il n'a pas été publié en maison d'édition.
Et au moment où j'écrivais ça, je ne me disais pas « c'est le début de ma carrière d'écrivain ».
Je me disais « en fait, ce n'est pas de l'écriture,
c'est juste qu'il se trouve que j'ai l'expertise pour écrire ce livre,
que ce livre n'existe pas, il faut bien que quelqu'un le fasse ».
Et là, tu t'es rendu compte que « mais en fait, je suis écrivain ».
Non, en vrai, c'est un ami qui m'a dit « Alors, qu'est-ce que t'écris ensuite?
» Et le fait qu'il me pose cette question, ça m'a complètement débloqué un truc.
Je me suis dit « Ah, mais c'est vrai, j'ai pas du tout envie de m'arrêter d'écrire.
» Bon, entre-temps, j'avais commencé un peu à bosser en tant que comédien.
Enfin, j'ai voulu aller, enfin je suis allé d'ailleurs dans une école de théâtre en Biélorussie et
en fait, alors un peu, un peu dû à des rôles de genre qui étaient extrêmement stricts dans cette
école, un peu aussi parce que, enfin, mine de rien,
j'avais quand même la gueule, le corps et la voix d'une femme et du coup,
c'était quand même un peu évident qu'on allait me donner des rôles de femme et les rôles de femme
dans le théâtre déjà écrit, c'est quand même pas Byzance.
C'est vrai.
Et au milieu de cette école, enfin au milieu de cette année scolaire en Biélorussie,
j'ai vraiment eu une espèce de moment où j'ai vu ma coloc,
elle était en train de s'entraîner, on nous avait donné un devoir où on devait aller au marché pour observer des gens et
ensuite copier leurs attitudes, etc. Et en fait,
elle était en train de tellement s'amuser et elle avait tellement de plaisir à ce qu'elle était en
train de faire. Et je me suis dit, waouh, j'aimerais bien avoir autant de plaisir à faire le truc
que je fais pour vivre. Et je me suis rendu compte à ce moment-là,
je n'avais pas cessé d'écrire, mais je ne le traitais pas comme ma carrière,
puisque encore une fois, Georges Sand. Et je me suis rendu compte qu'il y avait une espèce de diagramme de Venn entre comédien
et auteur et que tout ce que j'aimais dans le métier de comédien,
on le retrouvait aussi dans le métier d'auteur. Donc,
ça intéressait la psychologie des personnages, comprendre leur motivation,
comprendre que même si tu joues le méchant, en fait,
lui, dans sa tête, c'est lui le héros de l'histoire.
Et l'analyse du texte et la façon de parler. Il y avait énormément de choses qui me parlaient
énormément. Et dès qu'il fallait mettre ça dans le corps,
je suis là...
La flemme.
Ouais, alors d'abord, les profs de théâtre qui me disaient que je ne savais pas marcher,
alors qu'en fait, j'ai découvert ensuite en regardant des séries,
ah, mais c'est pas que je ne savais pas marcher,
c'est que j'avais une démarche d'autiste et ils voulaient que j'ai une démarche dite naturelle,
mais qui était juste...
De neurotypique.
De neurotypique, donc en fait, ce qu'ils me demandaient,
c'était d'être moins naturel. Bon, et du coup, j'ai eu un espèce de truc genre,
bon, en fait, si je veux jouer des rôles qui m'intéressent,
ça veut dire qu'il va falloir que je les écrive.
Mais en fait, j'ai beaucoup plus de plaisir à les écrire qu'à les jouer.
Donc peut-être, je pourrais juste genre écrire.
Et du coup, écrire dans tous les sens du terme. Donc écrire de la narration,
écrire du livre, écrire des scénarios. Tu as toutes les facettes du métier d'auteur qui,
toi, t'intéressent. C'est vraiment ce jeu avec le verbe,
avec le personnage, avec les univers à relier, les trames,
les liens entre les gens, les lieux, les époques.
Oui, les liens.
Les liens.
J'adore les liens. Oui, en fait, j'avoue que j'ai un peu une marotte.
J'aime bien me demander c'est quoi la forme la plus appropriée et qui va porter le plus de sens
pour chaque histoire? Et aussi, qu'est-ce que peuvent apporter?
Ça peut arriver dans la phase préparatoire d'un roman ou de quelque chose que je me dise tiens qu'est-ce que ça change si
ce roman en fait c'est une nouvelle? Qu'est-ce que ça change si ce roman je me disais je voudrais essayer de le pitcher
comme jeu vidéo? Bon je le fais jamais parce que j'en suis vraiment pas là dans ma carrière mais en fait c'est intéressant
parce que différents médiums vont nous apporter différents outils qui vont porter la thématique
d'une façon différente. Et en fait, c'est intéressant.
Moi, j'écris beaucoup de fantasy. C'est intéressant de se dire,
tiens, dans un jeu vidéo, ce serait quoi les mécaniques?
Ce serait quoi ce qu'on demanderait de faire aux joueurs?
Parce qu'en réalité, ce qu'on demande de faire aux joueurs,
ça va porter énormément du thème et c'est de la narration,
même si ce n'est pas du dialogue ou des cinématiques.
Et puis en plus, c'est vachement intéressant quand tu dois voir un peu qu'est-ce que le joueur ou
la joueuse va pouvoir faire. C'est un peu comme si tu devais lâcher prise un petit peu sur ton scénario parce que tu ne peux
pas maîtriser à 100 % ce que le joueur ou la joueuse va faire.
Oui, typiquement, si je suis dans un monde ouvert,
je n'ai aucun contrôle sur dans quel ordre la joueureuse va tomber sur les storylets que j'aurais
mis en place, par exemple.
Oui, tout à fait.
Et du coup, il faut aussi designer et écrire avec cette expansivité en tête.
Je pense que ce n'est pas un vrai mot, mais ce n'est pas grave.
Oh, ce n'est pas grave.
Cette expansivité en tête parce qu'il y a l'agentivité du joueur qui va rentrer en ligne de compte.
Alors, cette agentivité, évidemment, elle est cadrée puisque tout ce qui est possible de faire dans
le jeu, c'est bien que quelqu'un a pris la décision de coder le fait que ce soit possible dans le
jeu.
Oui, il y a des limites. On ne peut pas sortir. Dire,
oh je sors de l'ordinateur et je vais...
Et non! Mais voilà, il y a quand même toujours une forme d'agentivité,
en tout cas dans ce cadre qui est donné par l'équipe de dev.
Je sais pas pourquoi on parle de jeux vidéo mais...
Eh bien parce qu'on parlait des différents types de narration que tu pouvais faire et donc effectivement t'as travaillé un
petit peu pour le jeu vidéo aussi.
Je travaille toujours pour le jeu vidéo.
Et t'as fait aussi de la BD.
C'est vrai.
Donc, tu t'es expérimenté plein de supports de narrations diverses et variées,
en fait.
C'est vrai. Une blague commune dans mon entourage veut que je refuse de travailler deux fois pour
le même genre de suite. En fait, c'est pas vrai.
Est-ce que ce serait parce que ton genre est lui-même?
Oui, je crois qu'il y avait une version de ma bio qui disait que j'étais fluide dans les genres,
y compris littéraire.
C'est mignon.
Je suis si drôle. C'est un peu quirky, mais en fait,
j'assume complètement. Oui, et du coup, Coquille d'œuf,
c'est un projet qui a commencé à un moment donné où j'étais en train d'écrire mon immense roman de
fantasy, qui est un énorme pavé, qui n'a pas encore de maison d'édition,
croisez tous les doigts avec moi.
On croise, on croise.
On croise, voilà. Qui est un roman de fantasy sur la neuroatypie,
qui est hyper important pour moi. Je pense qu'il va falloir couper plein de trucs parce qu'il est évidemment extrêmement
foisonnant. Ça parle de neuroatypie, ça parle d'eugénisme,
ça parle de trauma générationnel. Alors ça, je m'en suis rendu compte à la dernière relecture.
Je suis là, ah tiens, il y a vraiment beaucoup de trauma générationnel dans ce livre.
C'est marrant. C'est toujours très rigolo de se rendre compte qu'on avait mis des thèmes et on ne
s'en est pas rendu compte. J'adore. C'est trop bien écrire.
Écrire, c'est cool.
Ça te permet de faire transpirer des choses. Ça permet de transcender un peu l'être à travers une
œuvre qui est hors de soi.
Ce sont de grands mots. Mais oui.
Bah oui, utilisons les grands mots.
Utilisons les grands mots.
Tu es Georges Sand désormais.
Non, alors absolument pas. Je suis Florence Rivières.
Ah bon?
Je ne suis en fait pas capable d'être quelqu'un d'autre que Florence Rivières.
Et oui, et c'est ça la beauté aussi.
Ce qui a été un gros problème dans ma vie. Mais bon.
Ouais, et donc Coquille d'œuf à la base, là c'est un roman illustré.
Mais à la base, c'était une nouvelle qui s'arrêtait au chapitre 3 que j'avais pensé pour faire
un... c'est rigolo... pour faire un album jeunesse.
Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que... je crois que c'est...
c'est ça, je l'avais écrit pour le concours Émergence.
Donc, ce qui est un... quelque chose qui est organisé par la charte,
qui est un genre de syndicat... je dis des conneries.
Ce qui est un genre de syndicat des auteurices du livre jeunesse.
Très, très intéressant. Ils ont des fiches, des grilles de tarifs pour les artistes-auteurs.
Ils font vraiment beaucoup, beaucoup de choses très,
très chouettes pour les artistes-auteurs. Et donc,
tous les ans, ils font Emergence. C'est un concours de nouvelles destiné à devenir des albums.
Et ils donnent un thème. Et cette année-là, le thème,
c'était la cabane. Et donc, je me dis, tiens, la cabane,
qu'est-ce que ça pourrait être? Et je me rappelle de ce blockhaus qui existait,
qui était derrière chez mes parents quand j'étais enfant.
Donc, il existe?
Il existe. Alors, il n'est pas aussi joli à l'intérieur,
mais si, il existe. Et donc, j'allais m'y réfugier très souvent,
tout comme Léon. Peut-être c'est un peu autobiographique.
Et donc j'ai pensé à ça et au fait que j'avais un peu commencé à l'aménager mais pas du tout de façon aussi fancy que ça
parce que tu vois j'étais tout seul quoi. J'avais pas les potes ados qui avaient déjà fait ça
pendant 4 ans.
À force de brocantes.
Quoi?
À force de brocantes.
Exactement. Et donc, j'ai commencé à écrire ce truc-là et c'était super.
Alors, ça n'a pas du tout été... Enfin, ça n'a pas gagné le concours.
Donc, tant pis. Mais par la suite, il se trouve que mon agente a envoyé le texte à des maisons
d'édition. Des éditeurices ont dit... C'est vraiment super.
On dirait le début d'un roman. Donc, j'ai écrit un roman.
Ça allait jusqu'à la fin du chapitre 3 à peu près,
à cette époque.
Ah oui, donc du coup, la fin du chapitre 3...
C'est le sandwich au beurre du cacahuète, normalement.
Il y a la meute.
Je crois que c'est Mathie qui lui demande...
En silence.
Il n'y avait pas la meute, d'ailleurs. Ça, ça a été rajouté.
Ah, d'accord.
Mais en gros, ça commence... Il est dans le truc,
il pleut dehors. On l'appelle au loin, mais il n'a pas hyper envie de répondre.
Les voix de ses parents s'éloignent. Il se réveille,
il y a les ados. Il est en mode, oh là là, je vais me faire casser la figure.
Et finalement, il ne fait pas casser la figure, il se fait recouper les cheveux,
etc. Il se fait aider par ses ados. Et en fait, c'était ça l'histoire à l'époque.
Parce que du coup, le pitch, si on devait pitcher ça pour nos auditeurices...
J'avoue, j'aurais pu faire ça.
Mais non, c'est beaucoup mieux de le pitcher à l'envers,
j'aime beaucoup.
Complètement à l'envers.
Ne faisons rien de conventionnel.
Voilà, donc c'est Léon, c'est un petit garçon trans,
donc ses parents ont hyper envie qu'il porte des robes,
parce que c'est vraiment important pour leur bonheur personnel,
apparemment.
Top. Parce qu'ils ne sont pas encore déconstruits.
Ils ne sont pas très très déconstruits. Après, franchement,
j'ai vraiment tone down le truc. Je n'ai pas voulu que ce soit des parents monstrueux.
Ça aurait été très facile. J'ai vraiment voulu faire un truc où on peut résonner...
Enfin, ils sont problématiques. Genre surtout la mère qui compte beaucoup sur Léon pour prendre
soin de ses émotions à elle. Voilà. Le père, franchement,
en vrai, j'ai un peu été... Je peux pas faire un père positif,
c'est pas quelque chose dont je suis capable. Du coup,
j'ai fait un père absent et désengagé, ce qui est à peu près l'image de père le plus positif dont
je suis capable.
De toute manière, tu ne peux pas écrire autrement que toi.
Si, si, je peux écrire autrement que moi, mais...
Non, mais je veux dire autrement que toi en tant qu'auteurice.
Je pense que ça pourrait être un défi un jour. C'en est pas un qui me procurerait...
Enfin, ce serait une corvée actuellement.
Oui, oui, oui. Parce que ce serait pas toi.
Ce serait... Ouais. Mais... Mais voilà, ses parents...
En fait, ses parents, c'est tellement hors de leur champ des possibles qu'ils ne l'entendent même
pas, en fait, quand ils essayent.
Oui, c'est encore un problème d'éducation.
Parce que, bien sûr, tu vois, il a 8 ans. Il leur dit pas « Yo,
papa, maman, je suis trans ». En plus, c'est les années 90.
Enfin, clairement, il a pas les mots à mettre dessus.
Par contre, si on l'écoutait un petit peu, c'est quand même assez facile de se rendre compte qu'il aimerait bien qu'on arrête
de lui dire elle, de l'appeler Léonie, de lui mettre des robes.
C'est des choses qu'il communique assez clairement,
mais qui ne sont pas entendues.
Oui, c'est ça. C'est vraiment... Il y a la maîtresse qui fait quelque chose de positif pour Léon.
Et du coup, ces ados qui sont là dans le bunker et qui le prennent un peu sous leur aile,
parce que c'est un peu des marginaux, entre guillemets.
C'est un peu des marginaux.
En vrai, ils sont tout doux, c'est des marginaux tout doux.
C'est vraiment des petits pères, je les adore.
Ils sont juste un peu différents, ils ont un peu leur différence.
Ils sont peut-être pas tout à fait hétéros, il y en a un qui est bègue,
il y en a deux qui subissent le racisme. Et du coup,
ils sont un peu mis à l'écart de la société du collège.
C'est ça, la société moderne.
La société insulaire du collège des années 90.
C'était pas super joyeux, mais du coup, ils intègrent Léon.
Voilà, ils intègrent Léon, ils se rendent compte de ses besoins,
finalement. Et il y en a un qui lui prête des vêtements à lui,
comme ça, il peut arrêter de porter les vêtements de son père.
Parce que c'est vrai que quand t'as 8 ans et que tu portes les vêtements de ton père,
tu flottes un peu dedans.
Bah oui, bien sûr. Un peu est un euphémisme.
Légèrement. Voilà.
Mais ceci dit, tu vois, je pense qu'en vrai, les parents de Léon,
à la fin, moi j'ai vu quand même une progression.
Oui. Ils sont pas encore arrivés.
Ils sont pas encore arrivés.
Mais ils ont avancé.
Ils essayent. Ils essayent à hauteur de leur traumatisme.
Oui, clairement, il y a du trauma non résolu, il y a des styles d'attachement insécure.
Ah oui, la maman, clairement, c'est peut-être une ancienne petite fille qui a vécu des difficultés à devenir femme dans la
société qu'on connaît.
C'est tout à fait probable.
C'est probable qu'elle ait elle-même des difficultés à assumer sa féminité,
comment elle le sent, et plutôt que la féminité qui est placardée sur toutes les publicités
possibles et imaginables.
Il y a un moule, il faut y rentrer et il n'y a pas d'autre choix.
Il y a vraiment ce truc où je pense qu'elle n'a pas eu d'alternative et du coup,
elle ne peut même pas concevoir qu'elle peut offrir une alternative à son fils.
C'est ça. Mais à la fin, je trouve que justement,
il y a quand même cette beauté de se dire, OK, c'est pas parfait,
mais les parents essayent de s'engager au maximum pour leur enfant,
en tout cas à hauteur de ce qu'ils sont capables de faire maintenant.
Et ça laisse présager. Moi, ça m'a donné de l'espoir quand même,
parce que c'est pas facile. Et je pense que même aujourd'hui,
en 2026, c'est pas facile d'être une personne trans,
adulte ou enfant. Et du coup, de voir ses parents batailler avec leurs préjugés et d'essayer de
s'en défaire, j'ai trouvé ça très fort parce que ça montre quand même que c'est pas du jour au
lendemain, on devient super ouvert, tout se passe bien et on arrive à être inclusif ou inclusive de
l'univers. Oui, il y a des difficultés, chacun a ses pierres à porter,
mais au moins...
Ca va dans le bon sens.
C'est ça, j'ai trouvé qu'il y avait moins d'abandon de l'enfant à la fin que limite au début.
C'est super, tant mieux!
Donc, j'ai trouvé ça très positif.
Oui, c'était le but. En fait, il y a plusieurs choses dans ce que tu as dit.
D'abord, quand moi, j'ai commencé ma vie de jeune adulte,
il se trouve que j'ai eu une relation avec une...
Une fille qui... Enfin, c'était une jeune femme,
dont les parents... Enfin, ça se passait hyper bien avec elle.
Et j'étais vraiment flabbergasted par ça.
Le bilinguisme!
Le bilinguisme! Ouais, j'étais vraiment... Enfin,
c'était bizarre et un peu merveilleux pour moi.
T'étais décontenancé, quoi.
Et elle m'expliquait, "non, mais ça n'a pas toujours été comme ça.
En fait, ce qui s'est passé, c'est que... Moi, je me suis barrée de la maison,
ils sont allés chez le psy, et il y a vraiment une remise en question,
etc". Et je suis en mode, waouh!
Ah oui, en fait, t'étais arrivé sur le produit fini.
Une dinguerie! Et bon, alors là, les parents de Léon,
ils vont pas d'eux-mêmes chez le psy non plus, faut pas non plus exagérer.
Mais il y a une inspiration comme ça, de ça, de montrer,
hé, les parents, vous pouvez bouger, en fait. Vous n'êtes pas figé à partir de 40 ans,
ça y est, vous ne pouvez plus jamais changer votre vision du monde.
Donc, il y a ça. Et il y a un truc plus général sur la représentation des histoires des personnes
trans. Alors, on en a de plus en plus, c'est super.
Mais on a quand même beaucoup, beaucoup d'histoires où,
en l'occurrence, c'est une histoire de coming out et donc la transidentité du personnage principal
est au cœur de l'intrigue. Ça, c'est... Voilà, mais...
Mais pas que.
Mais pas que. Mais il y a quand même énormément d'histoires où la conclusion,
c'est hyper dur, tout le monde est transphobe. Oui,
c'est vrai, beaucoup de gens sont transphobes et c'est de fait hyper dur,
mais je pense qu'en tant que personne trans, j'ai aussi besoin de temps en temps qu'on me dise «
Hé, il y a de l'espoir, tu n'es pas juste condamné à souffrir ».
Et je pense que la différence principale entre ce que j'écris pour les adultes et ce que j'écris
pour les enfants, c'est que dans ce que j'écris pour les enfants,
d'abord, il y a toujours un peu une notion de qu'est-ce que moi j'aurais eu besoin de lire à cet
âge-là. Et c'est vrai que quand j'écris pour les adultes,
je me donne plus... Enfin, c'est pas tant que je me donne,
parce que je me prive de rien quand j'écris pour les enfants,
mais je me permets d'être plus incisif, plus...
Cynique, peut-être.
Regardez, tout ça va vraiment mal dans le monde, alors que quand j'écris pour les enfants,
je suis beaucoup plus dans une démarche de voilà comment j'aimerais que le monde soit.
Oui. En fait, pouvoir donner aux générations futures la force d'avoir le monde qu'on n'a pas
forcément eu, nous, dans notre enfance, dans notre adolescence,
dans notre vie de jeune adulte.
C'est ça.
Mais du coup, pouvoir... En fait, c'est cette histoire de transmission.
C'est ce que j'essaye de faire aussi avec les neuroatypies.
En fait, à partir du moment où les enfants, c'est le futur,
il faut leur expliquer à tous ces enfants ce qui existe,
l'ouverture d'esprit, des valeurs de bienveillance,
de tolérance, d'amour, que des choses positives pour que le positif se multiplie plutôt que de se
retrouver à regarder. C'est nul, c'est caca. Bon,
ben, c'est nul, c'est caca.
Puis, enfin, ça dépend bien sûr de la maison dans laquelle on grandit,
etc. Mais en fait, c'est pas évident pour tous les enfants qu'ils méritent d'être bien traités.
C'est vrai.
C'est pas évident pour tous les enfants qu'ils méritent qu'on les accueille tels qu'ils sont,
qu'ils ont pas nécessairement besoin de se remouler en fonction des désidérata des adultes qui les
entourent. J'ai pas envie de dire, c'est pas évident pour eux que c'est une personne,
mais c'est pas évident pour eux qu'on doit les traiter comme des personnes.
Tout à fait.
Et du coup, ouais, moi j'ai envie que genre, bah alors j'aurais envie qu'il n'y ait aucun enfant
maltraité.
C'est un très beau vœu.
J'aimerais trop, ça serait vraiment mon désir quoi.
Bon, mais je me dis que si un enfant est dans une maisonnée où il est traité pas comme une
personne, mais comme un objet, comme un récipiendaire des projections de ses parents et
éventuellement de ses adelphes, j'ai envie qu'il ait au moins la possibilité d'ouvrir un livre et
de se dire « Ah, ça pourrait être comme ça ». Donc potentiellement,
c'est pas normal la façon... Il y a un truc que dit Julien Drouar dans son livre Trauma que je suis
en train de lire, je l'ai pas encore fini, mais en gros,
il dit « Le trauma, se forme notamment quand le trauma complexe,
en l'occurrence qui vient d'une enfance marquée par la maltraitance,
etc., ça vient aussi d'un endroit où on n'a pas eu l'espace de répondre émotionnellement de façon appropriée aux choses
qui nous arrivaient. Et par exemple, un enfant maltraité dont c'est la seule...
Enfin, en fait, c'est sa seule réalité et du coup,
c'est un peu sa normalité, a beaucoup plus de chance,
d'après ce livre, et ça colle avec mon expérience du monde au doigt mouillé,
beaucoup plus de chance de développer du trauma s'il n'a pas eu la possibilité,
que ce soit dans sa tête ou en parole ou quoi, d'exprimer en fait de la colère,
qui est une émotion qui est appropriée, en fait,
face à la maltraitance.
Tout à fait.
Et en fait, si on est vraiment enterré sous des couches de silence,
de maltraitance qui sont tellement banalisées qu'elles en deviennent la normalité,
il y a ce truc où, en fait, on pense même pas à être en colère.
Parce qu'on se dit, c'est comme ça qu'est le monde.
Et du coup, ça, ça crée des traumatismes.
Bien sûr. Mais même dans la maltraitance, il y a la maltraitance auquel tout le monde pense,
c'est-à-dire les coups physiques, les insultes verbales,
ce genre de choses. Mais des fois, ça peut être aussi des choses très insidieuses auxquelles les parents ne pensent pas
du tout parce que, en fait, c'est des choses qui sont enfouies,
qui n'ont pas été expliquées. Par exemple, beaucoup d'enfants qui peuvent devenir des jeunes adultes ou des grands ados
et qu'il y a un diagnostic d'un certain trouble ou d'une particularité neuroatypique qu'ils ont depuis leur naissance et
qui n'a pas été vu, masqué, etc. Eh bien, les parents,
en fait, n'ont rien fait de mal, entre guillemets,
c'est juste que par méconnaissance, du fait que ce n'était pas su,
ils n'ont pas réagi de la manière où ils auraient pu réagir de manière optimale par cette
méconnaissance. Et donc, en fait, derrière, c'est entre guillemets de la maltraitance,
mais c'est absolument pas voulu. C'est complètement inconscient de toutes les parties en présence,
que ce soit l'enfant ou les parents. C'est juste que s'il y avait davantage de sensibilisation,
que ce soit sur les neuroatypies, sur la question du genre,
tout ça, on aurait moins ces problèmes de méconnaissance et donc les parents,
en tant qu'adultes, seraient beaucoup plus à même de détecter plus tôt les spécificités de leur enfant dans tous les cadres
évoqués précédemment. Et je pense que c'est surtout ça qui pose problème,
c'est qu'il n'y a pas de connaissances et c'est pour ça que ce livre est très important.
Pour rebondir sur ce que tu dis, en prenant les exemples issus du livre,
je ne vais pas dire la mère de Léon, c'est la personne la plus ouverte du monde,
il aurait suffi qu'elle ait les informations, ce n'est pas vrai.
Néanmoins, il est exact qu'elle ne se frotte pas les mains en se disant « Ah ah ah,
je vais faire porter la responsabilité de mon bien-être émotionnel à mon enfant et il développera
des traumas ». Oui. Et elle se frotte pas non plus les mains en disant « Ah ah ah,
je vais traiter mon enfant comme une fille » alors qu'il me dit que c'est un garçon.
Et comme ça, ça lui apprendra. Et limite, je suis en train de faire mon plan de thérapie de
conversion dans ma tête. Enfin, c'est pas ça qui se passe.
Tout à fait.
Genre, elle est maltraitante. Ça, c'est sûr. Mais de manière inconsciente.
Mais c'est ce que je disais tout à l'heure, en fait.
Le méchant de l'histoire, il est persuadé d'être le héros.
Et elle est persuadée d'être en train de faire ce qui est mieux pour Léon.
Et ça, c'est un truc qui s'est passé dans ma vie,
que je n'ai pas mis dans le livre parce que j'avais quand même envie que ce soit un peu plus
positif que ça, mais...
C'est très triste ce que tu viens de dire.
C'est vrai. Mais moi, je sais qu'un truc... Enfin bon,
j'ai un rapport très particulier avec ma mère parce qu'elle est elle-même victime et en même temps,
elle est maltraitante. Enfin bon, il y a tout un truc très...
Ça fait un peu domino.
Et en fait, bon, pour séparer un peu, enfin pour isoler un élément du contexte qui est quand même
extrêmement complexe, moi je sais que il y a eu ce truc que j'ai jamais réussi à oublier,
où ma mère m'a dit que globalement il fallait pas que je sois trans parce que sinon j'allais être
victime de transphobie.
Mais j'ai pas fait exprès maman, enfin c'est moi.
C'est ça, mais genre, bon, alors, il y a évidemment,
elle a rien capté.
Oui, en fait, c'est le truc qui part, entre guillemets,
d'une sorte de bonne intention.
Oui, c'est ça. Genre, vraiment, en fait, je vois ton intention,
mais là, tu fais plus de mal que de bien, en fait.
Mais en même temps, il y a ce truc un peu tordu de...
À ce moment-là, parce qu'il y a d'autres moments où elle n'a pas fait de son mieux,
mais à ce moment-là, elle est en train, plus ou moins,
de faire de son mieux.
Oui, c'est un essai, mais alors méga maladroit.
C'est... Ouais.
Bon bah, merci maman.
Et tu vois, je comprends, entre guillemets, qu'elle se dise,
c'est plus facile que Flo change sa perception d'elle-même,
plutôt que d'essayer de changer le monde. Bon, en vrai,
c'est pas vrai, c'est pas plus facile. Mais je vois d'où ça vient.
Bah ouais, mais en même temps, si on devait, enfin,
en fait, ça reviendrait à dire, bah, arrêtons de se battre et juste forçons-nous à rentrer dans les
cases existantes, quoi.
Bah ouais.
Mais du coup, ça nuit à l'unicité de chaque personne dans ce monde.
Tu vois, c'est un petit peu comme j'avais fait une conférence à la Maison Perchée,
où justement, j'avais parlé un peu de mon expérience en tant que neuroatypique,
etc. Et je disais que en général, les gens, ils veulent te mettre dans une case.
Donc bon, moi, ça aurait été, voilà, bipolaire, autiste,
tout ça, anxiété, nanana.
Ça fait plusieurs cases.
Ça fait beaucoup de cases, oui. Déjà, je suis bien,
mais pas qu'une seule.
Tu pourrais faire un effort et te limiter à une seule case.
Oh my bad. Mais en tout cas, ce que j'avais essayé d'exprimer aux personnes qui étaient là,
c'était que ces cases-là, il ne faut pas les voir comme on doit faire rentrer un humain entier
dedans. Ce n'est pas possible. Mais par contre, on peut voir que dans chaque case,
il y a une boîte à outils différente. Et le but,
c'est que lorsqu'on a une façon d'agir, de vivre,
de se comporter, de penser, etc., qu'il a des façons qui ressemblent un petit peu à telle ou telle
case, et bien pour mieux vivre bien dans la société,
on peut prendre les outils qui sont dans cette case à ce moment-là.
Et du coup, c'est pas juste « je suis la case »,
c'est juste « j'utilise les outils ». Et donc à un moment donné,
c'est pareil. Toi, en tant que personne, tu n'es pas trans,
tu es Florence. Et il se trouve qu'en tant que Florence,
ton identité de genre, elle est comme ça, tu vois?
C'est pas pour rien qu'on n'arrête pas de répéter que trans,
c'est un adjectif.
Ouais.
En fait, on ne dit pas un trans, on dit une personne trans.
Oui.
Et tout comme on ne dit pas un handicapé, on dit une personne handicapée,
tout comme on ne dit pas un noir, on dit une personne noire.
Ce sont des adjectifs.
C'est des traits de caractéristiques, exactement.
C'est ça.
C'est vraiment ce que tu as essayé de montrer aussi dans le livre,
parce que Léon, en fait, il a plein d'intérêts dans la vie.
Lui, il est passionné des animaux. On va parler de Minou!
Ah, Minou! Mais Minou, c'est la solution à tous les problèmes.
Minou, le chat thérapeutique.
Oui, mais vraiment, en fait, c'est un peu un spoiler.
C'est vrai.
Mais disons que c'est Minou qui va reconstruire le lien entre Léon et ses parents.
Et peut-être que sans Minou, cette histoire, elle finissait très très mal.
Peut-être. Parce que du coup, moi, ça m'a beaucoup touchée en fait de lire Minou dans le livre.
Parce que moi aussi, j'ai été en quelque sorte sauvée par mon chat puisque j'ai adopté mon chat peu de temps après mon diagnostic
de la bipolarité et mon chat me suit en fait depuis et il m'aide beaucoup pour la régulation
émotionnelle en tant qu'autiste, pour mes mini-crises.
Parce que j'ai pas fait de crise majeure, (je touche du bois) depuis trois ans en tant que
bipolaire, mais en tout cas pour mes variations d'humeur,
il m'aide beaucoup mon chat. Et en fait, quand j'ai lu que tu avais intégré un animal dans
l'histoire, je me suis dit mais c'est tellement vrai,
parce que les animaux ça ne juge pas. Et je me souviens quand j'étais en grave dépression,
ma mère m'avait amenée au zoo, bon je ne suis pas très fan des zoos,
mais...
Il y a des problèmes avec les zoos, mais bon.
Bon, et du coup, il y avait des orang-outans, parce que c'est des animaux qui me touchent
énormément, des orang-outans qui vivaient en famille dans leur enclos,
du coup. Et en fait, je m'étais assise là et j'avais regardé les orang-outans et ça m'avait
beaucoup apaisée. Et en fait, je me dis, mais oui,
tous les êtres non jugeants, c'est ça qu'il faut.
Et vu qu'un humain, on vit dans une société, donc on a des biais,
on a des codes, on a plein de choses. Donc, il y a forcément des sortes de micro-jugements ou alors il y a des émotions
qui nous emportent. Je vois par exemple dans les ados qui aident Léon,
ils sont extrêmement bienveillants, mais tu sens qu'ils sont aussi blessés par la vie.
Et du coup, il peut y avoir de la colère, il peut y avoir de la tristesse,
des émotions qui les touchent et qui les traversent parce que justement,
eux aussi, ils ont été victimes de beaucoup de maltraitances du monde.
Et ce chat, en fait, il arrive et c'est un peu le sauveur ultime parce que lui,
il est juste là et il sent un être vivant à côté de lui qui lui fait du bien.
Et je pense que tu as eu extrêmement raison de le mettre dans cette œuvre parce que c'est extrêmement réel le bien que peuvent
apporter les animaux dans les neuroatypies ou la question du genre.
En tout cas, tous les changements par rapport à une société qui peut se trouver plus jugeante face
à ça.
Il y a un côté... En fait, il y a un côté vraiment stabilisant dans le fait de prendre soin d'un
animal. Oui. Parce que... Bon, en l'occurrence, Minou,
c'est un chat errant, donc en soi, il aurait pu se débrouiller.
Il se débrouille tout seul.
Mais il y a vraiment ce truc de... L'animal peut pas,
genre, prendre la parole pour se plaindre si tu fais quelque chose de mal,
Donc, t'es obligé d'être dans une écoute qui est beaucoup plus qualitative,
en vrai, qu'avec les humains. Enfin, sauf si t'es une horrible personne.
Oui, mais on va dire que...
On va dire que t'es une personne normale et que tu ne maltraites pas les animaux.
Et en fait, ouais, en fait, j'avais jamais pensé,
j'ai dit ça, mais il y a cette espèce de qualité d'écoute que t'es obligé d'avoir parce que l'animal ne peut pas te dire
en toutes lettres « j'ai besoin de ça » ou « t'as fait ça mal » ou quoi.
Et qui, du coup, te force d'abord à être dans l'instant.
Du coup, c'est vachement bien pour les crises d'angoisse.
Ah, ça, c'est vrai.
Donc, GG les chats et les chiens.
Oui, bien sûr. C'est vrai que je suis team chat, mais j'aime tous les animaux.
Tous les animaux. Et il y a aussi cette espèce de sens de responsabiliser.
Enfin, tu vois, genre, l'animal, si tu t'en occupes mal,
ben...
Ben il va pas bien.
Il va pas bien et c'est ta faute. Et du coup, il y a un peu ce truc où t'es obligé,
quelque part, de dépasser ce qui est en train de se passer.
Alors, ça veut pas dire que ça va le résoudre parce que tu l'auras mis dans le placard,
mais néanmoins, ça te force à te donner un espace parce qu'en fait,
il n'y a pas le choix. Le chat a besoin que tu t'aies donné cet espace.
Et en fait, une fois que tu t'es donné cet espace,
que t'as passé ce temps-là à t'occuper du chat, à satisfaire ses besoins,
etc., potentiellement, dans ta tête, c'est devenu plus clair ce dont toi,
tu as besoin et les différentes façons dont tu peux...
Enfin, les différentes stratégies que tu peux mettre en œuvre pour l'obtenir.
Parce que du coup, ça te fait sortir de toi.
Bah ouais.
Ça crée de l'altruisme, alors que bon, être... Enfin,
l'égoïsme, c'est un grand mot, un gros mot. En tout cas,
être centré sur soi, des fois, c'est important de faire de l'introspection.
Mais des fois, justement, si on le fait trop, ça peut tourner à une forme d'égoïsme ou en tout cas,
perturber cette introspection. Et du coup, le fait de pouvoir sortir vers...
De se décentrer, en fait.
Exactement.
Parce que ce que tu dis, ça me fait penser à, tu sais,
quand il t'est arrivé quelque chose de terrible ou juste de violent ou de voilà,
et que t'as besoin d'en parler. Et du coup, à ce moment-là,
c'est la catharsis. Mais il peut arriver un moment où tu continues à en parler et en fait,
ça ne te fait plus de bien et ça te fait juste revivre le truc.
Exactement.
Et il y a vraiment cette espèce de limite qui n'est pas facile à discerner.
Ça demande vraiment de la pratique. Oui, tu peux te dire,
ok, j'en ai assez parlé, là j'ai besoin de faire autre chose.
Genre caresser mon chat.
Oui, c'est ça, parce qu'en fait, dans les phases du deuil,
entre guillemets, parce que quand on dit deuil, ça peut être deuil très largement.
Bien sûr, ça peut être le deuil d'une relation, ça peut être le deuil même d'un espoir.
Oui, d'une émotion, de comment on est et tout. Et du coup,
le fait de passer par toutes ces étapes, parfois l'animal,
il peut aider à traverser ces étapes parce que justement,
tu ne vas pas forcément avoir une personne à qui tu vas tu vas encore parler du truc une dernière
fois, tu vas juste avoir quelqu'un qui est là, qui écoute,
ou qui écoute ou qui écoute pas, parce qu'en fait,
qu'est-ce qu'il va comprendre des mots en soi? Pas tant,
mais lui, il va comprendre les émotions en tant qu'animal et le nombre de fois où mon chat,
il est venu sur moi pour ronronner parce qu'il sentait que ça allait pas super.
Bon, après, c'est un chat autiste aussi, donc si je pleure trop,
du coup, il s'en va. Il se met un petit peu à côté,
mais pas trop pour pas être mouillé. Mais bon.
En vrai, si tu pleures trop, potentiellement, tu as des soubresauts et du coup,
tu risques de lui faire mal.
Exactement. De toute façon, il est très, très instinctif.
Et du coup, il est là. "mmmh"
Il a un bon instinct.
Je vais te soutenir de un peu plus loin. Voilà.
Pas trop loin, mais un petit peu. Et ça, c'est incroyable.
Et du coup, j'invite toutes les personnes de l'univers à,
si vous avez un animal, profitez-en. Enfin, faites des choses avec cet animal.
Et si vous n'en avez pas, pensez à observer aussi les animaux qui sont autour de vous.
Parce que des fois, il y a plein de gens qui ont des animaux dans la rue et on peut regarder un petit peu quand même les
interactions entre humains et ça peut déjà faire du bien.
Et après, si vous avez la foi d'aller ponctuellement dans un zoo,
n'allez voir pas les oiseaux parce que ça fait très triste.
Vous pouvez aller dans un refuge et adopter un animal.
Oui, mais des fois, tout le monde ne peut pas malheureusement pour des raisons que ce soit
financières, de place, etc.
Oui, je ne veux pas forcer les gens qui nous écoutent à adopter un animal.
Oui, dans tous les cas, si vous prenez un animal,
pitié, prenez-le dans un refuge.
Je voulais juste placer un adopt don't shop.
Oui, je comprends.
C'est tout ce qui s'est passé.
Mais voilà, et même le zoo, du coup, si jamais ça peut vous faire du bien aussi de voir des animaux qui interagissent entre
eux, qui ont des comportements familiaux, des comportements d'amitié ou en tout cas de groupe.
En plus, c'est hyper intéressant.
Oui, c'est vrai, vous pouvez absolument faire de l'étude animalière.
Mais oui, c'est vrai que moi, ça m'a beaucoup touchée,
Minou.
Cool. Voilà. Ça me fait plaisir. Tu me demandais tout à l'heure pourquoi Minou s'appelait Minou.
Pourquoi Minou s'appelait Minou?
C'est un trait de caractère qui est à moi et que j'ai donné à Léon.
Nous sommes tous les deux très très nuls en nom.
Voilà.
C'est très drôle.
Vraiment, il est de notoriété publique que je suis...
Enfin, c'est la galère pour moi de trouver des noms à mes personnages.
Alors, soit je les ai tout de suite et on n'en fera plus jamais bouger.
Soit je suis là, je ne sais pas. Par exemple, Léon.
Pourquoi Léon s'appelle Léon? Parce qu'au moment où j'ai commencé à écrire Coquille d'œuf,
c'était juste après la Biélorussie. Donc, j'ai traversé une phase où je me suis dit,
je n'étais toujours pas arrivé à, je vais être artiste,
auteur, ce sera mon métier. Et je n'étais pas non plus encore intermittent du spectacle,
parce que je suis passée par cette phase aussi.
Florence, l'artiste aux multiples facettes.
Non, mais j'ai fait 12 000 métiers, c'est débile.
Le saltimbanque. Vraiment.
Non, mais j'ai fait aussi des métiers pas de saltimbanque,
mais quand même pas en majorité. Peu importe. Mais du coup je m'étais fait toute une espèce de
rationalisation du renoncement. Incroyable. C'est-à-dire que j'étais en Biélorussie et j'étais là.
Franchement, c'est vraiment super de ne pas être en France.
Enfin, de ne pas être tout le temps au même endroit.
C'est cool, j'aime bien.
Oui, ça ouvre les esprits.
Voilà, c'est plutôt un mode de vie. Et puis même,
il y a un truc dans le fait de... On en revient à cette histoire de bunker,
de blockhaus, de choses.
Petite cabane.
De petite cabane. En vrai, il y a un truc que j'adore dans le fait,
pas tant de voyager, mais de vivre à des endroits pour plusieurs mois,
c'est de venir construire mon foyer à cet endroit-là.
Et en fait, à tous les endroits où j'ai vécu dans plusieurs pays,
et à tous ces endroits, j'ai... Enfin ouais, mon moment préféré,
ça a toujours été d'essayer d'instaurer cette espèce de quotidienneté,
ce qui est un petit peu contre-intuitif parce qu'on parle de voyage,
mais c'est pas ma quotidienneté que je viens imposer à l'endroit,
c'est vraiment essayer de trouver l'endroit où on se rencontre en fait,
où l'endroit et moi, enfin bon bref, j'adore ça.
Et du coup, je me suis dit, il faudrait que je puisse faire un métier qui me permette de voyager.
Alors là, tu me disais, tu peux écrire depuis la lune,
mais j'en étais pas encore là dans ma tête. Et je me suis dit,
bon, je sors d'une école de théâtre. Le truc, c'est que même si je suis bilingue en anglais,
clairement, mon accent ne suit pas. Donc, comédien,
ça va pas marcher. Donc il faut que je trouve une autre façon de gagner de l'argent de façon à
rester mobile. Et je me suis dit, ok, c'est quoi mes compétences?
Parce que j'ai pas envie d'aller apprendre à coder comme tous les gens qui...
De toute manière, l'informatique n'a plus d'avenir.
Alors, la bulle va exploser. Et je me suis dit, en fait,
j'ai une compétence à laquelle je pense pas, mais je sais parler français.
Oui, bah oui.
Enfin, c'est une groupétence. Et je me suis dit, mais attends,
prof de FLE? Donc FLE, c'est français, langue étrangère.
Oui, parce que sinon, ce serait une langue très bizarre,
le FLE. Oui. Probablement gaélique.
Probablement gaélique. Et donc, je suis retourné à la fac à ce moment-là pour...
C'est une explication hyper longue juste pour dire pourquoi il s'appelle Léon.
Mais on aime bien.
On est là. Et donc, je suis retourné à la fac pour faire un DU qui...
En gros, c'est un DU que tu fais normalement en même temps qu'une licence.
Il se trouve que j'avais déjà la licence pour pouvoir ensuite t'inscrire en Master FLE.
Et donc, si t'as le Master FLE, tu peux enseigner et être bien payé.
C'est très drôle parce que depuis tout à l'heure que tu dis FLE,
je te vois jouer de la flûte.
Non. Si tu veux, je peux dire F-L-E, mais personne ne dit F-L-E.
On dit tous FLE.
Je te crois, je te crois 100%.
Bon, et donc, je vais dans cet endroit. Finalement,
je me suis rendu compte que d'enseigner, c'était pas mon truc.
Vraiment, il y avait une partie du DU qui consistait à aller observer des classes de FLE pour
rendre un rapport, faire une analyse, etc. On arrivait avec une problématique.
C'était un peu un exercice anthropologique. Enfin,
c'était hyper intéressant. Mais c'est vrai que, en voyant le truc arriver,
je me suis dit « Ah putain, mais c'est vrai!»
Il y a des élèves.
J'avais oublié, mais en fait, mais en fait, dans Profs de FLE,
il y a la notion d'enseigner, le truc que je ne veux pas faire,
que je fais quand même, mais dans un autre contexte qui,
bon, peu importe. Donc finalement, je n'ai pas fait ça.
En plus, il se trouve que j'ai eu assez de cachets.
Je suis devenu intermittent du spectacle. Ça a duré un certain temps.
Ça m'a permis d'écrire en ayant une semi-sécurité.
C'était très cool.
Oui, parce que les grandes phases d'écriture, du coup,
tu pouvais les avoir en te disant « Bon, j'ai quand même...»
Pour ce renouvellement, je peux, sans trop de risques,
m'arrêter de bosser pendant, allez, 4-5 mois et puis je reprends sur les deux derniers mois pour quand même pas perdre le
réseau. Mais ça me permettait quand même de me ménager du temps d'une façon qui n'était pas...
Mais en fait, c'est le principe de l'intermittence du spectacle.
Oui, bien sûr.
C'est juste qu'ils l'ont créé plus pour... T'as le temps de monter ton spectacle.
Là, j'ai un peu perverti.
Oh!
Non, j'ai un peu perverti le truc parce que...
Bah non, tu l'as littéralement utilisé pour ce qui...
C'est juste que ton spectacle, ça s'appelle un livre.
Oui, enfin, c'est juste que j'ai fait de l'artiste-auteur qui est un autre statut.
Bon. Mais voilà, ça s'est passé comme ça. Mais du coup,
dans ma classe de ce DU, il y avait une fille qui était très gentille et qui s'appelait Léonie.
Et je n'ai plus jamais eu de nouvelles d'elle parce que je n'ai pas pris le temps d'en prendre non
plus. Mais elle m'avait passé ses cours à un moment où j'avais raté des cours parce que j'avais eu 10 jours raccord sur une
série.
Bravo!
Est-ce que tu sais combien d'heures ça fait?
Alors, 10 jours raccord? Bah oui.
120.
C'est valable.
120 heures sur les 507 qu'il me fallait pour...
Et là, on fait wouh!
Voilà, donc, et je sais pas, elle m'avait passé les cours et c'est peut-être une semaine après qu'elle m'ait passé les cours
et elle avait pris des nouvelles par SMS. Enfin,
elle était vraiment hyper douce. Et du coup, le premier mot,
voilà, en fait, il n'y avait pas tout le premier chapitre qui s'appelle la meute.
Et du coup, ça veut dire que ça commençait à l'abri.
Et donc, le tout premier mot du texte, c'est Léonie.
Ah! Oui. Donc, oui, toi, en fait, c'était écrit prénom,
inséré prénom.
C'est ça. Et donc, il y avait cette personne qui était sympa et que j'avais vue et j'étais en mode,
bon, je vais prendre ton nom.
Mais en vrai, ça marche bien parce que tu peux le masculiniser,
entre guillemets.
Oui, c'est sûr que si je n'avais pas pu le masculiniser facilement,
peut-être que j'aurais pris une autre décision.
Après, ceci dit, toutes les personnes trans ne sont pas obligées de masculiniser leur prénom.
Tout à fait.
Dans tous les cas.
Tout à fait. On peut parfaitement... On a le droit de prendre un prénom différent.
Cela étant dit... Bon, en l'occurrence, ça se masculinise facilement.
En plus, il a 8 ans.
Oui, c'est ça. Je viens de me demander quel âge avait Léon.
Il a 8 ans. Et il y a aussi une notion... de compréhension,
d'accessibilité aussi pour le lectorat. C'est plus facile,
ça veut pas dire qu'on est obligé de le faire, mais c'est vrai que c'est plus facile de comprendre
qu'il est trans, si on l'appelle Léonie, il répond je m'appelle Léon,
que si on l'appelle Léonie, il répond non je m'appelle Aragorn.
Oui, ceci dit, excellent choix de prénom.
Excellent choix de prénom. Et alors je dis ça parce qu'il y a vraiment deux types de prénoms de
personnes trans, on le sait. Il y a les prénoms hyper blancs dans le mode,
je veux être stealth et du coup, je décide de m'appeler,
j'en sais rien, Stéphane.
Oui.
J'ai dit Stéphane parce que je connais aucun Stéphane trans.
Je voulais juste ne pas accuser quelqu'un. Et il y a les personnes trans qui sont en mode,
ok, mon prénom c'est Ange.
Oui, voilà.
Qu'est-ce que tu vas faire, en fait?
Bah oui, puisque dans tous les cas, ça n'a jamais été assigné que de toute façon,
un ange n'a pas de sexe, donc du coup, son genre se pose même pas.
Enfin, je dis Ange, mais j'aurais pu dire n'importe quoi.
Mais oui, bien sûr. Mais vu que c'est quelque chose qui n'a jamais été genré,
en règle générale, ce type de prénom.
Ouais. Ouais, ouais.
Donc, c'est plus simple.
Ou alors, je vais prendre le prénom d'un personnage dans une pièce de Shakespeare,
qui n'est juste pas du tout utilisé, mais qui est hyper classe.
Et qu'est-ce que tu vas faire, en fait?
Titania.
Ouais.
Oberon.
Mais ouais, si j'ai envie de m'appeler Oberon, je m'appelle Oberon.
Bon après, si tu t'appelles Puck, ce sera un peu bizarre.
Oh non?
Non?
Je connais les gens, ça leur irait bien Puck.
Il faut que ce soit vraiment des lutins. Il faut qu'ils aient un côté très espiègle.
Il y a beaucoup de lutins dans les...
Oui, c'est vrai. Mais d'ailleurs, grande question,
parce que du coup, tu vois, Léon, il a 8 ans.
Oui.
Et pour avoir travaillé avec des enfants, la question du genre,
pour un enfant, s'ils sont très jeunes, genre 4 ans,
pour eux, c'est juste des petits bestiaux qui sont pareils qu'eux.
Il n'y a aucune fille, garçon, whatsoever. Pour un enfant petit,
il y a juste un autre enfant petit.
Alors, c'est vrai et en même temps, ce n'est pas tout à fait vrai.
Ah oui, justement, c'est ce que je voulais te poser comme question parce que vu que je pense que tu t'es beaucoup renseigné
aussi sur ces choses-là, est-ce que tu sais d'une manière un petit peu plus dans le terrain?
La réponse va être ça dépend. Tu peux finir de poser ta question,
mais la réponse sera ça dépend.
Parce que c'est vrai que moi, en tant que personne cis,
vu que je n'ai pas vécu ce changement, enfin pas ce changement,
mais en tout cas ce questionnement identitaire, je ne sais pas trop comment je réagirais en fait par rapport à un enfant
et surtout un enfant jeune. Parce que, bon, à partir de l'âge de Léon,
on peut effectivement se dire que l'enfant a vécu dans la société,
a eu des pensées construites autonomes, etc. Mais si c'est plus jeune que Léon,
tu vois, je ne sais pas trop comment je réagirais moi en tant que personne.
Moi, j'ai envie de te dire que, parce que j'ai l'impression que ton arrière-pensée derrière ça,
c'est peut-être l'enfant de 4 ans, il me dit « Hey,
yo, je suis un garçon, mais demain, il me dira qu'il est un dinosaure.»
Oui, je n'ai pas envie d'avoir une influence quelconque dans un sens ou dans un autre.
Genre, est-ce que ce serait si grave que cet enfant change d'avis?
Et d'ailleurs, même... Enfin, c'est pas rare qu'on passe par des phases différentes pendant une
transition.
Ah oui, bien sûr, j'ai déjà été un tigre blanc.
C'est pas ce que je voulais dire. Enfin, c'est pas rare,
par exemple, que bon, moi je suis une personne non-binaire,
donc... Après, je dis, ça s'applique pas, ça se trouve,
dans trois ans, je suis un mec et on le sait pas.
Oui, enfin ça, de toute façon, il n'y a que toi qui sais.
Mais j'ai observé vraiment plusieurs fois, et c'est vraiment pas rare,
que des personnes assignées d'un certain genre à la naissance passent par une phase où elles se pensent non-binaires pour
finalement se dire « Ah non, en fait, c'était ça ».
Et c'est aussi une forme de tâtonnement, en fait,
parce que le...
C'est un petit peu comme la bisexualité.
Ouais, c'est un peu comme la bisexualité. Enfin, c'est pas pareil parce que c'est pas la sexualité,
mais oui, c'est un petit peu comme la bisexualité.
Oui, parce qu'il faut pas confondre la sexualité,
le genre, le sexe biologique.
Alors, le sexe biologique, c'est une notion que, personnellement,
j'évite de manier parce que la plupart des gens vont la manier avec un niveau SVT quatrième.
Il se trouve que la biologie, c'est beaucoup plus complexe que ça.
Déjà, tout le monde est une femme, si on part par là.
Vrai.
Les hommes sont juste des...
Eh oui, mais viens, on ne fait pas de la biologie de SVT quatrième.
Mais, enfin, de fait, il y a beaucoup plus de variétés,
même dans les génomes, que ce qu'on essaye de nous faire croire.
On dirait la conspirationniste de base. Non, non,
mais ce que...
Oui, c'est quand même plus complexe, même si...
Que ce qu'on pense quand on s'est arrêté au bac, quoi.
Voilà.
C'est ça que je veux dire. Et du coup, c'est... Pour moi,
la notion de sexe biologique, c'est pas une notion que je maîtrise.
Oui, mais ça reste différent dans tous les cas de la notion de genre.
C'est-à-dire que même si on a un bac plus 18 en gamètes et en...
Si on a un bac plus 18 en gamètes, on est vachement plus au courant que le genre et le sexe,
ça n'a rien à voir.
Voilà, exactement. Parce que du coup, c'est vraiment différent.
Parce qu'il y en a un, c'est déterminé biologiquement et après,
à voir dans quelle case on le met.
Mais tu vois, pour prendre un exemple que je connais un petit peu,
même si je ne suis vraiment pas du tout spécialiste,
quand on est là, ouais, XX, femme, XY, mec, ok, qu'est-ce que tu fais de toutes les personnes
intersexes?
Ah bah bien sûr, oui, oui, totalement.
Tu vois, et on n'est pas, enfin, il y a plus de variété encore que ça.
Et d'ailleurs, ces personnes-là ont beaucoup de difficultés.
Oui, oui, c'est un enfer.
Oui, oui, bien sûr.
Parce que ça arrive encore, malheureusement, qu'on ait des médecins qui vont mutiler des enfants
quasiment à la naissance, en mode, ah bon, votre enfant,
il n'est pas tout à fait comme il faudrait.
C'est ça, on va choisir pour vous.
On va choisir pour vous, puis alors potentiellement,
on a mal choisi.
Ça devient presque de l'eugénisme, du coup, mais en plus,
même a posteriori, l'enfant étant né.
Oui, oui, oui. Puis, enfin, il y a des histoires horribles où on se dirait,
mais non, ça n'existe pas. Et en fait, si, carrément,
où des enfants hyper jeunes vont avoir su... Enfin,
ils arrivent à l'âge de 12 ans et ils ont subi 10 opérations,
quoi. Et pour aucune raison vitale. Parce qu'en soi,
je ne suis pas contre faire des opérations parce que,
je ne sais pas, ton enfant, ses poumons ne fonctionnent pas bien et du coup,
il faut opérer, machin. Super, faites-le, sinon c'est de l'eugénisme.
Même si on parle vraiment de la partie génitale de l'enfant,
etc. Si, admettons, il y a un problème génital qui fait que si vraiment il y a un problème qui
bloque la vessie, qui fait des problèmes vraiment qui peuvent être vitaux pour l'enfant,
mais ça n'a rien à voir.
Oui, c'est vraiment juste des opérations de conformation,
alors même qu'il n'y avait pas de problème ni de risque de développement de problème d'ordre
fonctionnel.
Oui, oui, oui, tout à fait, tout à fait, oui. Bah oui,
parce qu'en plus, là, après, on vient dans les mêmes choses que les horreurs perpétrées sur les
femmes qui se font exciser. C'est que c'est des histoires de biais de connaissances,
de biais de, je sais pas quoi, enfin, en tout cas d'habitude.
Non, pas seulement parce que c'est pas seulement une histoire d'habitude parce que,
par exemple, on parle des femmes qui se font exciser,
c'est un gros problème, etc. Est-ce qu'on peut parler des campagnes de stérilisation forcées sur les personnes dans les
dom-toms qui ont été perpétrées par la France?
Ah oui, mais après, on a les reliquats de la colonisation aussi.
Là, on est juste sur du racisme pur et simple et également de l'eugénisme finalement.
Oui, c'est ça, exactement. En fait, je pense que finalement,
cette histoire de transphobie, elle est beaucoup plus large que juste la transphobie,
parce qu'en réalité, la transphobie existe parce que les personnes veulent eugéniser,
en tout cas homogénéiser l'univers connu. Et du coup,
la transphobie n'est qu'une sorte de coup collatéral qui fait partie de quelque chose de plus
grand.
Ah bah, pas d'hétéropatriarcat, pas de transphobie.
Voilà.
Enfin, clairement, en fait, si tu veux, je vais encore citer Juliet Drouar,
on va croire que c'est mon auteur préféré.
Mais t'as le droit d'en avoir plusieurs.
Non, j'en ai plusieurs. Il se trouve que juste la conversation est venue,
qui a écrit Sortir de l'hétérosexualité, me semble-t-il.
Où en gros, je vais hyper résumer, parce que c'est tout un livre.
Eh bien, vous irez lire le livre.
Vous irez lire le livre. Très bon livre, par ailleurs.
Où en gros, il explique que l'hétérosexualité n'est pas juste une orientation sexuelle,
c'est un système de domination. C'est un système qui nécessite de créer une différence nette entre
un homme et une femme, puisque s'il n'y a pas de différence nette,
comment fait-on pour instaurer ensuite un rapport de domination?
Oui, et en plus comme c'est basé que sur la reproduction de l'espèce,
du coup c'est encore plus facile d'asseoir ça, parce que bon,
effectivement, dans la nature, pour se reproduire,
t'es bien obligé de mettre des gamètes mâles avec des gamètes femelles,
mais il y a quand même d'autres formes de sexualité qui existent dans la nature.
C'est juste que là...
Les lions sont gays. Oui. Il n'y a pas qu'eux, mais les lions sont gays.
C'est vrai que je pensais aux singes qui ont plein...
Oui, il y a aussi les singes. Mais on parle souvent des singes et pas assez des lions.
C'est vrai.
Ils sont gays.
En même temps, on aurait pu le savoir vu comment ils se posent de manière lassive.
Tout est terrible. C'était un petit peu problématique ce que tu viens de dire.
Un chouille, un chouille. On est d'accord. Alors,
qu'est-ce que j'étais en train de dire? Un truc problématique,
nous avons dit. Ah oui, et donc du coup, effectivement,
aujourd'hui, je pense qu'il y a eu cette normalisation par la reproduction et qui a servi le
patriarcat et du coup, cette hétéronormalisation à vouloir effacer toutes les homosexualités,
toutes les bisexualités.
Oui, tout ce qui trouble en fait la frontière entre les genres.
C'est ça.
Parce que si tu troubles la frontière, tu dé... Attends.
Enfin, tu délégitimises, voilà, merci. Tu délégitimises ton rapport de domination que tu as
installé. Et du coup, des personnes trans qui vont bouger de l'un à l'autre ou même,
pire, gasp!, être ni l'un ni l'autre. OK, qu'est-ce qu'on en fait,
en fait? Ouais. Et pareil pour des personnes qui ne sont pas hétéros et qui,
du coup, ne jouent pas leur rôle dans le rapport de domination.
On n'est pas en train de dire que votre petit couple hétéro est forcément un rapport de domination,
mais quand même, il a été construit pour l'être.
Oui, c'est ça. Mais c'est juste qu'en fait, après,
je pense que c'est pour ça aussi qu'il y a des personnes qui se sentent attaquées dans leur
hétérosexualité.
Par l'existence des personnes bi, gay et trans. Voilà,
exactement.
Parce que, en fait, si on acceptait tout le monde,
en fait, tout le monde serait content. Il n'y aurait pas de problématique à être hétéro,
homo, bi, pan, tout ce qu'on veut. Et même poly.
Le polyamour, la polysexualité, c'est des choses qui ont été normalisées par le mariage,
par l'Église. Mais du coup...
Si je peux me permettre, le mariage, alors oui, évidemment,
l'Église, notamment catholique, a eu une forte influence,
mais en fait, à la base, le mariage, c'est une affaire de continuité de la transmission des biens.
Oui, à la base, si on a instauré le mariage monogame,
c'était pas en mode à la morale, c'était une question d'héritage,
c'était pour déterminer quels enfants avaient le droit d'hériter ou pas.
C'est bien en plus du patriarcat. Maintenant, on est sur le full capitalisme.
C'est voilà. Et du coup, mais vraiment, après, et le patriarcat et le capitalisme marchent dans la
main. Ce sont des rapports de domination.
Oui.
Et en fait, ce qu'on dit depuis tout à l'heure, c'est que ce serait vraiment mieux si on abolissait
les...
Rapports de domination non consentie.
Rapport de domination non consentie. C'est vrai, pas de kink shaming à cette antenne.
Absolument, aucun shaming ici. Et d'ailleurs, c'est pour ça que c'est bien de dire aussi,
quand je peux avoir des propos qui sont rattrapés par mes propres biais sociétaux,
parce que tout à l'heure...
Sur les lions lassifs.
Tout à fait, les lions lassifs.
Les hommes hétéros ont le droit d'être lassifs aussi.
Absolument, exactement. Et tu as totalement raison.
Et c'est vrai que même moi, je suis imparfaite en tant que personne parce que j'ai encore des biais
sociétaux.
Et moi donc? Et moi donc? Delphine, tu ne te rends pas compte.
Non, mais tu es un être parfait.
Bien sûr. C'est connu.
C'est bien connu. Justement, en tant qu'être parfait,
est-ce que tu pourrais un petit peu nous parler justement des autres livres que tu as écrits justement parce que tu n'as pas...
Qui sont tous parfaits d'ailleurs.
Absolument, on le rappelle. Parce qu'il n'y a pas que Coquille d'œuf et nos auditeurs seront probablement très contents de
connaître ce que tu as fait par ailleurs.
Eh bien d'accord. Alors en 2017, quand j'étais encore modèle photo,
j'ai écrit L'art de la pose, un livre sur les modèles photos,
mais aussi sur le rapport au corps et à l'image.
Il a été récemment cité dans des recherches scientifiques par un enseignant-chercheur.
Mais c'est génial!
Quel délire!
Mais je pense que c'est hyper important parce qu'en plus,
dans ce milieu-là, c'est un milieu qui est très strict et pas forcément dans le bon sens du terme.
Et je pense que pouvoir écrire ça, c'est un petit peu comme on avait entendu il n'y a pas si
longtemps que ça, les histoires de mannequins qui avaient témoigné,
qui avaient écrit des livres à ce sujet. Toutes,
parce que c'est principalement des femmes, n'ont pas pris la vocation d'écrivaine après.
Bien sûr, mais je pense que ce livre-là s'inscrit aussi dans la même lignée explicative aussi de
voir...
Oui, alors à l'époque où je l'ai écrit... Pardon,
je t'ai coupé la parole.
Non, non, non, t'inquiète pas.
Comme une personne neuroatypique. C'est pas vrai,
parce que les neurotypiques, ils coupent tout le temps la parole.
C'est vrai. Mais en fait, j'ai remarqué...
Mais eux le font de façon violente.
Oui, en fait, j'ai remarqué... Non, mais parce que c'est très drôle,
parce que du coup, bon, moi, vous savez que je suis autiste et du coup...
J'ai beaucoup d'autisme en moi.
Tu as beaucoup d'autisme.
L'autisme est très fort dans cette personne.
This is not the autisme you're looking for !
J'ai aussi le TDAH, mais en fait, il est submergé sous l'autisme.
Non, c'est pas vrai. Ce que m'a dit mon psy, c'est qu'en fait,
j'utilise tellement d'énergie à compenser le TDAH qu'il ne m'en reste plus pour l'autisme.
Ah, intéressante hypothèse.
Littéralement, c'était son argument pour me faire prendre de la ritaline,
parce que je disais, mais regarde, je suis tout le temps à l'heure,
tout va bien. Il m'a dit, mais imagine, si cette énergie que tu mets à être à l'heure et à faire tous ces trucs qui sont
pas des trucs de TDAH, tu pouvais l'utiliser pour autre chose.
Ce serait incroyable!
Genre pouvoir mieux te gérer en tant que personne autiste.
Ouais, après, je peux aussi faire d'autres trucs,
tu vois, je peux choisir sciemment de mettre cette énergie dans mon travail d'écriture et de quand même continuer à masquer
comme une merde. Qu'est-ce que vous allez faire,
en fait?
Les choix aberrants des artistes, vraiment. Mais du coup,
c'est très drôle parce qu'avec Florence, vous n'avez pas forcément entendu toute cette conversation
puisque nous avons lancé...
Nous avons parlé off the record.
Absolument, nous avions des conversations en off et comme de réels re-sta.
Mon dieu, so 2000. Non mais ça, c'est les années 90.
Il n'y a vraiment que les re-sta qui ont des conversations privées et qui ne sont pas enregistrées.
C'est vraiment... La seule catégorie de personnes qui a des conversations privées,
c'est les re-sta, finalement.
Non, non, mais elles, elles ne les ont pas en privé,
elles les ont en off.
Ah ouais!
C'est ça, la subtilité!
La subtilité! Pardon, continue ta phrase!
Enfin bref, voilà, exemple parfait. Donc avec Florence,
nous passions notre temps.
Ah, tu veux dire qu'on a eu des conversations d'autistes!
Oui!
Oui, oui, on a eu des conversations hyper autistes.
Hyper autistes.
Quelle dinguerie!
Ah là là, et on s'excuse en permanence de se couper.
Bref, c'est le fun.
C'était drôle. J'ai ri, moi aussi. J'ai étouffé mon rire.
Je me suis éloigné du micro, mais je vous promets,
j'ai ri de bon cœur.
Ah oui, donc du coup, nous parlions de ton livre sur...
Oui, quand je l'ai écrit, il y avait... En fait, si tu veux,
à la base, j'ai cherché des liens, des gens m'écrivaient pour me dire,
yo, tes modèles, c'est vachement intéressant. Est-ce que tu peux me donner des conseils?
Et au bout de dix messages comme ça, je me suis dit,
bon, il y a bien quelqu'un qui a donné des conseils quelque part vers qui je pourrais les renvoyer.
Non, absolument pas. Et du coup, les seuls ouvrages par des modèles slash mannequins,
mais en l'occurrence, c'était un peu différent ce que je faisais,
mais ça allait concerner les violences. Enfin, globalement,
les violences, les TCA, les... Voilà, mais il n'y avait pas vraiment...
Enfin, il n'y avait pas de matériaux par et pour les modèles.
Il n'y avait pas de modèles expliquant en quoi consistait son travail.
Oui.
Et du coup, j'ai fait ça, parce qu'il fallait bien que quelqu'un le fasse,
comme je disais tout à l'heure. Je me suis sacrifié.
Oh là là. Le don au monde.
Et voilà, il y a... Et apparemment, ça a été utile,
vu qu'on est dix ans plus tard et que ça a été cité.
Ensuite, je suis parti en Biélorussie.
El famoso Biélorussie.
El famoso Biélorussie. J'ai commencé à écrire mon grande œuvre qui n'a toujours pas de maison
d'édition. J'ai écrit un autre roman qui s'appelle Yggdrasil Network qui est en français malgré
son... C'est plus une histoire... C'est une histoire d'addiction.
Métaphorisé par des super pouvoirs.
Oh, c'est marrant parce que dit comme ça, moi, j'aurais pensé au mythe nordique,
un peu Yggdrasil, tout ça.
Ah ouais, mais c'est parce que je suis un peu un chouffin.
Un chouffin? C'est quoi? C'est comme un chou fleur?
Tu ne sais pas ce que c'est un chouffin?
Mais non!
Waouh, alors un chouffin, c'est un terme non mélioratif.
Bon, l'image de base du chouffin, c'est un peu le gros nounours de Festival Metal avec sa barbe et il adore le Seigneur
des Anneaux et Donjons et Dragons et il boit une bière d'une certaine marque,
qui est la Chouffe. C'est de là que vient le mot chouffin.
D'accord!
Malheureusement, j'ai commencé à utiliser le mot chouffin il y a trois semaines parce que quelqu'un
me l'a mis dans la tête, ça va s'arrêter dans quelques semaines,
mais on est aujourd'hui et donc j'ai employé le mot chouffin.
Je comprends.
Alors que trois mois plus tôt, j'aurais dit oui, tu vois.
Oui, mais ça c'est normal. C'est juste que dans ton cerveau autistique,
tu as décidé de mettre ce petit mot dans la petite boîte des mots qu'on dit en ce moment.
C'est ça. Mon petit cerveau est une petite éponge.
Oui, mais c'est pour ça que tu fais des livres.
Eh oui. Après, les mots sont dans les livres et je n'ai plus besoin de les utiliser dans la vie.
Attends.
Tu ne peux plus parler.
Oui, il y a un... En fait, c'est de l'anticipation avec une touche de fantasy à la fin.
Ok, d'accord. Du coup, on pourrait croire qu'on est dans le vrai monde,
mais en fait, non.
Bon, de toute façon, on n'est jamais vraiment... En fait,
en réalité, c'est intéressant ce que tu dis, quand on écrit un livre,
même Coquille d'œuf, il y a un world building, en fait.
Ah oui, oui, oui.
Même si ce n'est pas de la fantasy, en fait, tu es en train quand même de peindre,
ne serait-ce qu'en choisissant les éléments du monde que tu choisis de développer,
tu es en train de faire du world building, même si ça se passe dans le,
entre guillemets, vrai monde.
Oui, le monde réel, entre guillemets, sans magie,
sans rien.
Voilà, donc j'ai écrit Yggdrasil Network, qui est un livre,
et dedans, il y a des arbres à la fin, qui mettent fin au capitalisme.
Enfin, ils commencent le processus, en tout cas.
C'est bien.
C'est un peu dur.
On espère que cette anticipation verra le jour.
Non, mais il a...
Non, mais je veux dire que le propos...
Ah, oui. Alors, c'est mal parti.
Oui, je crois.
C'est mal parti. Cela dit, j'ai commencé à l'écrire en 2017,
parce qu'il s'était passé quelque chose qui m'avait mis en colère et qui m'avait rendu désespéré.
Quoi donc?
Alors là, no clue...
Aucune idée ! Mais en tout cas, il y a la Startup Church qui existe dans ce roman.
Bref, c'est marrant. Du coup, j'ai fait ça. Ensuite,
j'ai fait une BD qui s'appelle Tu n'auras pas mon silence et qui parle de syndrome de stress post-traumatique après une
relation abusive marquée par le viol conjugal.
Oui.
Voilà. Inspirée d'une histoire vraie.
Absolument. Juste une. Une.
Une. Voilà. Cela étant dit, dans cette BD, il y a un Pikachu.
Ah ouais?
Ouais.
Eh ben écoute.
Non mais c'est pas un vrai Pikachu.
Mais je sais que cette BD-là, ça m'avait beaucoup interpellée aussi.
Il faudra que je vois pour la trouver soit à la médiathèque,
soit l'acheter.
Tu fais ta vie.
Voilà. Parce que je pense que c'est très important de parler de ce sujet.
Merci. Mais tu verras la structure est... Enfin je me suis amusé avec la structure.
L'objet BD tu veux dire?
L'ordre dans lequel je raconte l'histoire. Je me suis basé sur la structure de comment ça se passe
le PTSD au tout début.
Ah, intéressant. Très cool. Écoutez, j'espère que nos auditeurices pourront aller lire aussi cette
BD. Moi, je suis très friande de BD. Je trouve que c'est un support magnifique.
C'est un vecteur d'expression.
J'ai adoré bosser sur de la BD parce qu'il y avait cette composante technique qui me protégeait en quelque sorte de ce que
j'étais en train de faire. J'ai fait énormément de cauchemars.
pendant que j'écrivais la BD, pour des raisons évidentes,
je pense que ce n'est rien comparé à si j'avais choisi d'en faire un roman.
Ah oui, parce que du coup, le fait qu'il y ait une BD,
t'as des illustrations qui restent quand même posées,
comme quand tu fais un film, alors que du coup, un roman,
t'as ton imaginaire qui peut...
Non, pas tout à fait. C'est qu'en fait, j'étais dans ce que j'étais en train de raconter,
mais il y avait toujours cette couche de technicité,
de je dois choisir qu'est-ce qui se passe dans quelle case,
combien de cases je mets par... Comment je mets en scène?
En fait, un scénario de BD, c'est à moitié un scénario,
à moitié un découpage technique, si vous voyez ce que je veux dire.
c'est la liste des plans d'un film.
Un peu storyboard, quoi.
Un peut storyboard à moitié, sauf que je ne sais pas dessiner,
du coup c'est des mots, mais littéralement c'est des tableaux.
Bob se tient à côté de la plante verte.
Non mais littéralement, je veux dire, les colonnes de mon tableau,
c'était numéro de case, décor, action, dialogue.
Trop bien, et après t'as bossé avec l'illustratrice.
Avec l'illustratrice, Stéren, qui a dessiné les planches.
Transition de ouf, l'illustratrice de Coquille d'œuf.
Ah j'avoue, l'illustratrice de Coquille d'œuf, Hélène,
c'est vrai.
Ne laissez jamais parler deux autistes ensemble.
Jamais, de toute la vie. Eh bien, c'est Hélène Lecam qui a fait les illustrations de Coquille
d'œuf. Nous nous sommes rencontrés car mon éditrice Camille a décidé,
elle n'a rien décidé, elle m'a demandé mon avis et je l'ai donné.
Elle m'a envoyé le profil d'Hélène, elle m'a dit,
regarde, c'est son travail, qu'en penses-tu? Je lui ai dit,
j'aime bien son truc avec les feutres, si elle fait avec les feutres,
moi je suis chaud de faire avec elle et donc j'ai fait avec elle.
Parce que vous ne voyez pas évidemment car c'est une illustration mais en fait c'est une illustration qui est faite entièrement
au feutre et c'est du feutre qui n'est pas forcément colorié à fond dans les coins.
Il reste des petits endroits blancs, il reste pour faire les ombres on peut mettre deux feutres les uns sur les autres donc
c'est à la fois très brut et en même temps très naïf.
Et du coup, ça exprime très, très bien à la fois l'enfance et en même temps la force de ce qui est
raconté. Donc, ça met le monde dans un... En tout cas,
la patte est très claire, elle est très caractérisée.
Et du coup, il y a différentes illustrations, que ce soit pour la couverture ou à l'intérieur même
du livre. et c'est vrai que ça permet d'avancer aussi dans l'histoire,
de voir les évolutions du personnage, mais vraiment avec un trait très caractéristique qu'on voit
pas tout le temps, je trouve.
Je suis vraiment hyper heureux de ce truc-là parce qu'elle a vraiment donné une identité graphique au bouquin que moi j'avais pas
du tout en tête au début. Bon, d'abord, il ne faut pas me demander ce que j'imagine en illustration parce que ce n'est pas
mon métier. Mais clairement, je n'aurais jamais eu l'idée de dire « Eh,
viens, on fait des trucs et on feutre ». Et en fait,
ça donne cette espèce de regard à hauteur d'enfant sur le truc et qui vient faire écho aussi.
C'est pour ça que je tiens le livre à la page 70,
où il y a une double page d'illustration. ça vient faire écho à cette scène où en gros ils sont en train de faire des arts
plastiques. Ils ont récupéré une porte que quelqu'un a jetée dans la rue,
ils sont en train de faire une fresque et il y a cette espèce de scène que j'ai clairement volée à
Stargate SG1. J'ai pas volé la scène mais j'ai volé les trois lignes de dialogue.
Ça va, trois lignes de dialogue, je pense qu'ils peuvent être sympas.
Ça va. Écoute, personne ne sait la Goldwyn Mayer chose,
Metro Goldwyn Mayer, ne s'est plaint.
Le lion, encore. Non mais franchement.
Il est gay lui aussi. Bon, on s'égare. Mais en gros,
voilà, les quatre ados participent tous un peu à la fresque et il y a Léon qui commence à dessiner
un truc, mais il dessine en tout petit dans le coin.
Parce qu'il n'ose pas. Et je crois que c'est Mati ou Elula,
quelqu'un. C'est Mati. Mati. Vraiment la best meuf.
La best meuf.
C'est vraiment la best. J'aime beaucoup Elu, mais clairement,
si demain tu me dis qu'il faut que tu choisisses entre Mati et Elu,
je suis désolée Elu, mais c'est Mati.
La femme forte, c'est un peu...
Mais c'est à l'état que forte, elle est vraie.
Elle a du vécu, elle est complète.
C'est une collégienne. On lui met beaucoup de pression quand même.
Non, mais en fait, tu vois, à son stade de vie, elle a réussi à s'épanouir à ce stade,
tu vois? Ouais. C'est ça qui est beau quand même.
Elle est super.
Donc comme ça, ça lui profile un lycée de ouf.
Ah ouais, là...
Le lycée, c'est toujours pourri.
Le lycée, c'est toujours pourri. Ouais, et du coup,
il est en train de dessiner en tout petit, et donc Mati lui dit plus grand,
et Léon proteste en disant mais attends si je rate je vais gâcher tout votre truc ce qui est un truc qui n'arrive pas dans
Stargate pour le coup. Ça je ne l'ai pas volé. Finalement je n'ai volé que le "plus grand".
Plus grand.
Waouh, vol de ouf.
Vraiment une... Non mais moi je sais très bien à quoi je faisais référence quand j'ai écrit cette
scène. Il y a clairement une inspi. C'est pour ceux qui...
D'ailleurs il y a un... Bon d'abord tout SG1 est un peu autiste.
Beaucoup de séries un peu dans la fantasy.
C'est un peu comme si les écrivains pour la télé,
c'était un peu des autistes. Non, mais en gros, c'est un épisode où ils ont visité une planète où
on choisit des enfants, on leur met plein de nanorobots pour les booster dans le cerveau dès leur
plus jeune âge. Ils passent dix ans à apprendre dix mille trucs.
De l'eugénisme, c'est fou.
Et par exemple, il y a une petite fille qui s'appelle Mérine,
je crois, qui est spécialisée sur les technologies d'une aquata,
etc. Et en gros, l'idée, c'est que quand ils atteignent un certain âge,
on prend tous les nanos robots de leur cerveau, on en injecte un par citoyen et du coup,
tout le monde a profité de leur savoir. Le problème,
c'est que comme ils avaient des robots dans le cerveau,
leurs connexions ne se sont pas développées naturellement.
Et du coup, ils sont little better than... Comment on dit quand on...
Aide-moi, s'il te plaît.
Trépanné.
Je voulais dire lobotomisé et ensuite j'ai dit trépanné.
Mais bon, tout le monde a compris. Et du coup, O'Neill n'est pas très content quand il apprend ça.
Il y a un rapport à l'enfance dans Stargate. Je suis en train de le re-regarder.
Il y a un rapport à l'enfance dans Stargate, c'est ce que je trouve hyper intéressant en réalité.
Et c'est vraiment une constante. Il y a énormément d'épisodes avec des enfants et il y a toujours un développement par rapport
au rapport de tous les personnages. Et en plus, tous les personnages ont un rapport très différent
à l'enfance.
C'est fou parce que dans les séries fantastiques,
fantasy SF, etc., il y a rarement des enfants.
Et tu vois, juste avant, j'ai revu Charmed, qui date de la même époque.
Enfin, tu vois, c'est la trilogie du samedi, on sait très bien.
Il y a des enfants, bon, vers la fin. Il y en a un peu au fil de la série,
mais c'est vraiment beaucoup moins. Et il n'y a pas ce développement du rapport à l'enfance comme
dans Stargate SG1.
Oui, moi, je ne voyais pas du tout d'enfants dans Charmed.
Bah, alors, il y a celle qui voit les trolls dans les saisons du début,
mais elle est là sur un épisode. Après, la plupart des enfants de Stargate sont là sur un épisode,
mais il n'y a pas réellement de... Enfin, si, il y a un truc en mode,
ah, il faut avoir son enfant intérieur, sinon tu peux pas voir les fées et machin,
mais ouais, il n'y a pas vraiment de... Bon, et ensuite,
les soeurs, enfin, Piper notamment, commencent à avoir des enfants,
mais en fait, j'ai... Ouais, je sais pas, le traitement des personnages des enfants n'est jamais...
Ils n'ont pas vraiment de place.
Ils ont une place, mais il n'y a pas de discours sur leur enfance.
Tu vois ce que je veux dire ou pas?
C'est-à-dire qu'on ne parle pas de ce qu'ils vivent?
D'abord, on ne parle pas de ce qu'ils vivent, ça c'est sûr.
Enfin, tu vois, tout l'arc de... Alors d'abord, Chris,
excuse-moi, mais la plupart du temps, c'est soit un bébé qui est un props,
en fait, ou alors il a 20 ans et c'est Drew Fuller qui est venu jouer le rôle et voilà.
Parce que si c'était un props quand il a 20 ans, ils ont fait des progrès en technique.
Non mais c'est un vrai bébé mais ça pourrait être un props,
c'est pareil quoi. Et Wyatt, il a juste un seul arc,
c'est ah non, des gens vont vouloir, il est hyper puissant et donc des gens vont vouloir le tourner vers le mal et il faut
éviter qu'il soit tourné vers le mal.
C'est un outil quoi.
Ouais c'est vraiment un outil quoi. Et donc dans cet épisode de Stargate,
donc Jack O'Neill n'est pas content parce qu'il se dit j'ai vraiment pas envie qu'on lobotomise
Meryn, elle est hyper sympa.
Bah oui.
En plus c'est un être humain.
Oh dis donc.
Et donc, il la kidnappe.
Je veux faire le bien, du coup, je la kidnappe.
Non, non, mais en fait, en gros, il la kidnappe. En fait,
il veut la convaincre. Parce qu'en fait, c'est vrai que si elle,
elle disait, en fait, je veux pas qu'on prenne les nanorobots,
je renonce le devoir envers le peuple, ça vaut pas le coup.
On la forcerait pas. Et du coup, l'enjeu, c'est de convaincre Meryn qu'effectivement,
on va lui faire du mal en lui retirant ses nanorobots,
qu'elle a genre 12 ans, il me semble, à ce moment-là,
qu'à un moment, il y a Carter qui lui dit « Mais la plupart des choses intéressantes qui me sont
arrivées, c'était pas avant mes 15 ans. Tu sais pas,
en fait, ce qu'on s'apprête à te prendre. » Et donc,
O'Neill l'emmène passer une journée à l'école. Et donc,
elle arrive dans cette classe d'art plastique. Ça tombe bien.
C'était justement la classe d'art plastique, mon Dieu.
Et elle est hyper premier degré, enfin vraiment l'autisme coded est très fort et donc il lui dit bah vas-y dessine et elle
commence à essayer de dessiner les plans d'un générateur à un aquada
Ah bah oui, parce qu'elle sait que ça !
Le pinceau est beaucoup trop épais, je ne peux pas y arriver et il est là non mais peins quelque chose que tu aimes et elle
est en mode mais je ne comprends pas de quoi tu parles.
Il finit par lui dire, tiens, les fleurs sur le bureau de ma collègue Carter,
t'as qu'à peindre ça. Et une fois de plus, elle est en mode,
ah, mais j'ai pas les bonnes couleurs et si j'avais une coupelle,
je pourrais mélanger les fleurs.
Parce qu'elle a été complètement objectifiée.
Et elle est là, mais non, putain, mais peins une fleur!
Et d'ailleurs, il lui crie un peu dessus, mais c'est très tendre.
Il est là, mais non, mais tu sais quoi, ne te contente pas d'une seule fleur,
peins-moi tout un jardin! Et elle est en mode, mais c'est pas la réalité!
Il est là : justement! Et bon, à la fin de l'épisode,
on a quand même fait, ça s'appelle l'Averium, on lui a quand même pris ses robots parce que,
enfin, il y a un...
Triste. Mais en même temps, elle avait l'air de ne pas être capable de pouvoir vivre non plus.
Écoute, par ailleurs, l'interventionnisme américain est également un truc,
donc en vrai, c'est pas... Bon, politiquement, il y a un...
Il y a une lecture de ces épisodes où c'est pas plus mal qu'ils aient pas réussi à empêcher le truc d'un certain point de
vue. Et en fait, en gros, le truc, c'est qu'en allant à l'école,
elle a appris ça. Et du coup, désormais, sur cette planète,
les enfants à qui on a pris leur nanorobot, ils vont à l'école.
Parce qu'ils faisaient pas ça avant. Genre le seul système d'enseignement,
c'était que le...
Aaah, du coup y'a un peu de progrès.
Et du coup, il y a un peu de progrès. Mais donc, cette scène avec la fleur,
et c'est là qu'il lui dit plus grand, et elle s'apprête à encore dire non,
c'est pas exact, plus grand, et c'est vraiment une scène,
elle m'émeut aux larmes à chaque fois que je la vois.
Quel délire, je viens de passer un quart d'heure à parler de Stargate SG1.
Oui, mais en même temps, ça explique aussi tout ce que t'as mis dans le livre.
Cette scène-là, quoi.
Oui, bien sûr, mais en tout cas, l'émotion par rapport à comment les enfants...
Voilà, l'objectification, la tristesse de se dire est-ce qu'elle avait vraiment vécu des choses?
Oui, oui. Parce que oui, de fait, il y a une... Enfin,
c'est un fait. Les enfants qui sont choisis pour avoir tous ces nanorobots et pour devenir des puits de savoir qui vont
ensuite transmettre à leur peuple, Ils ont une fonction purement utilitaire et il y a un truc qui
est audible, c'est, bon, il y a la menace des Goa'ulds,
si les Goa'ulds, ils arrivent et qu'on n'a pas récupéré ses connaissances,
on ne pourra pas se défendre et donc on risque de tout se faire tuer.
Oui. Et du coup...
Mais est-ce que la fin justifie les moyens?
Ouais, est-ce que la fin justifie les moyens? Enfin bon,
pour le coup, l'épisode est assez fin là-dessus,
il nous laisse nous faire notre propre opinion parce qu'il y a vraiment ce truc de...
Il y a un peu un dilemme du tramway, en fin de compte,
dans cet épisode. Mais il y a vraiment ce truc où...
Oui, mais les enfants sont traités comme des sujets avec leurs propres opinions et même Meryn,
au début, c'est un peu... C'est même pas présenté.
Genre, O'Neill est de cette opinion, mais c'est jamais présenté comme « Ah,
cet enfant ne sait pas ce qui est bon pour elle ».
Tu vois ce que je veux dire? Et après, on peut être d'accord ou pas avec ce qu'elle pense,
mais n'empêche qu'elle est toujours en dépeinte comme étant un sujet.
Ce qui est mieux quand même qu'un objet, effectivement.
C'est vraiment mieux qu'un objet.
Je pense que tu l'as bien remis aussi dans Coquille d'œuf parce que justement,
Léon commence à vraiment vivre, entre guillemets,
quand il arrive dans le bunker et qu'il fait des choses avec les autres.
Oui.
Parce que du coup, il peut lâcher cet effort mental de « à quoi je dois ressembler?»
À quoi je dois ressembler et surtout, comment ne pas provoquer une crise d'angoisse à ma mère?
Ouais, et puis même les autres, parce qu'il y a quand même les autres enfants.
Ouais, il y a aussi le harcèlement scolaire qui existe.
Mais d'ailleurs, ce qui est intéressant, c'est que ce harcèlement scolaire,
la façon dont tu l'as présenté, j'ai trouvé que c'était très bien,
parce qu'à la fin, vu qu'il y a cette aura... de réalisation de la part de Léon qu'il peut être
lui, qu'il s'est fait couper les cheveux proprement,
qu'il a des vêtements à sa taille, etc., etc., qu'il peut les mettre vraiment.
En fait, il n'y a plus ce demi-truc bizarre, ce sur quoi les enfants se moquaient finalement au
début.
Oui, il y a moins de points d'achoppement parce qu'en fait...
Tu peux toujours te moquer de quelqu'un, mais si cette personne,
elle est bien dans sa peau, alors évidemment si tu commences à la taper ou si c'est vraiment tout
le temps, bon voilà, mais n'empêche que si cette personne,
elle est bien dans sa peau, ça aura beaucoup moins d'impact.
Bien sûr, tu peux évidemment prendre une personne qui est bien dans sa peau et te mettre à la harceler jusqu'à ce qu'elle ne
soit plus bien dans sa peau, c'est parfaitement possible.
Ça existe, on est d'accord.
Néanmoins, le fait qu'il ait cet espace où il peut être lui,
ça lui permet aussi de développer entre guillemets la force de résister derrière aux attaques de
l'extérieur.
C'est ça, exactement. Et donc du coup, finalement,
c'est une résistance assez douce parce que c'est juste je m'appelle Léon.
Et du coup, les autres enfants, ils sont en mode...
Ok. Et ils ne peuvent pas réagir mal parce qu'en fait déjà,
c'était un harcèlement très fort, mais pas par des gens qui ont la volonté de faire du mal
violemment. C'était plus un harcèlement...
Eh t'es pas comme nous.
Ouais.
Ce qui est quand même très...
C'est très violent, on est d'accord, mais c'est plus facilement curable,
entre guillemets, transformable en quelque chose de plus sain,
justement avec la fin où il est plus confiant.
J'ai envie de citer Ted Lasso.
Je t'en prie.
Be curious, not judgmental. En fait, je pensais ça parce que ce que tu as dit,
ça m'a fait penser à... En fait, ça construit une curiosité aussi.
Alors, pas dans le sens où Léon devient une curiosité,
mais tu vois toute la scène où il se presse un peu et lui demande,
mais du coup, tu fais pipi debout, comment ça marche,
etc. Des questions qui sont... Bon, si c'était des adultes qui les posaient,
ce serait vraiment pas cool.
Mais là, c'est des enfants, donc c'est vraiment une curiosité naïve.
Mais là, c'est des enfants et il y a des espèces de naïveté,
genre, attends, comment ça marche? Ouais. Tu vois?
Et j'aime bien cette scène aussi parce que c'est pas...
Comment dire? C'est un peu ce que je disais, tu vois?
Franchement, si demain, je fais mon coming out à quelqu'un...
Enfin, c'est plus vraiment un coming out à ce stade,
c'est plus lui signaler que c'est pas ça le bon pronom.
Au fait.
Et que la personne me demande, mais du coup, tu fais pipi debout?
C'est 90 % de la moquerie, quoi.
Oui, ou alors vraiment une maladresse...
Ouais, c'est bizarre, quoi.
Ouais, puis tu dis pas... En plus, c'est pas vraiment une question que tu poses la première.
Oui, en plus, oui. En plus, ouais, vraiment.
Bonjour Florence, première fois qu'on se rencontre.
Tu fais pipi debout? Eh ben cool.
Alors? Tu fais pipi debout? Ouais, si. Et toi? Alors moi,
pareil. Moi, en fait, ça dépend.
De biais.
Des fois...
De la tête en bas.
Il se trouve que j'ai des rhumatismes et donc...
C'est ça, j'ai une chaise.
Ouais, je sais plus où j'allais avec ça, mais ça ouvre de la curiosité.
Là où quand Léon était bizarre, mais qu'on savait pas exactement pourquoi,
ça faisait juste du rejet genre t'es pas comme il faut.
C'est ça, j'ai peur.
Alors que maintenant qu'il y a un mot pour dire en quoi il est différent,
c'est...
C'est-à-dire? C'est ça. Explique-nous maintenant.
C'est ça.
Et je pense que c'est vraiment l'histoire, tu as littéralement décrit la différence entre,
voilà, méconnaissance, entraîne peur, entraîne violence et cris et agressions et machin,
alors que si tu transmets de la connaissance, donc là en l'occurrence,
bon voilà, bonjour, je suis Léo, Léo, Léon.
Il aurait pu s'appeler Léo.
C'est vrai, mais c'est à cause des lions tout ça.
C'est à cause des lions. Il n'y a pas de lions dans Coquille d'œuf.
Contrairement à ce qu'on...
Aux idées reçues!
On est un peu en train de donner l'impression depuis tout à l'heure qu'il y a des lions dans
Coquille d'œuf. Je tiens à remettre la vérité en place.
Il n'y a pas de lions dans Coquille d'œuf, je suis désolé.
Il n'y a pas de lions, désolée.
Il y a Minou.
Il y a Minou et Minou est extraordinaire.
C'est vraiment le meilleur personnage avec Madame Mirabelle et Mati et Idriss et...
Voilà, ça fait beaucoup de genre du coup. Mais c'est vrai que Madame Mirabelle est très bien.
C'est la professeure et elle est très bien. Et justement,
elle prend aussi... un peu son courage à deux mains,
parce que même si elle a subi elle-même des difficultés dans sa vie,
puisque du coup, je ne vais peut-être pas tout spoiler..
Elle est lesbienne voilà.
Voilà, elle est lesbienne et tout.
Elle vit en colocation avec son amie très chère, Cybèle.
Voilà, mais vous l'aimez? Oui. Et du coup, elle a dû subir aussi des difficultés dans sa vie.
Probablement, puisque c'est une vieille dame qui est institutrice lesbienne dans les années 90.
Voilà, donc je pense qu'elle a vu, peut-être pas trop dans les années 70,
mais en tout cas tout le reste du temps.
Oui, c'est ça.
Et du coup, elle embrasse la différence de Léon.
Elle l'accueille.
C'est ça, merci. Elle accueille la différence de Léon,
au début d'une manière un peu gauche, parce que ça reste quand même différent de son prisme qu'elle
a connu. Mais vu qu'elle a dû déjà enfoncer des portes pour exister,
c'est plus facile pour elle d'avoir cette ouverture avec Léon.
Alors tu vois, je trouve ça intéressant que tu dises que c'est de façon gauche.
Elle ne sait pas trop comment...
Parce qu'elle est parfaite?
Oui, mais dans le sens où elle ne veut pas lui faire du mal,
elle ne sait pas trop comment s'adresser...
Alors en réalité, mon intention, c'était plus un respect du consentement et de ne pas imposer une
aide qui n'est pas sollicitée, c'est plus... Pour moi,
la première scène où elle en parle, c'est vraiment en mode,
bon... Ce que je veux que tu saches, l'idée principale avec laquelle je veux que tu ressors de
cette entrevue, c'est si tu as besoin et envie que je t'aide,
je suis disponible.
Ça, on le ressent 100%, le fait qu'elle ait à fond le consentement et tout.
Mais au début, son prisme de vie est ouvrable en permanence,
mais il n'a pas encore été ouvert par une personne comme Léon.
Je vois ce que tu veux dire.
C'est la première fois qu'elle...
C'est son premier élève trans.
Non mais voilà, c'est ça.
Non mais probablement.
Et c'est dans ce sens-là que je disais qu'elle est un petit peu gauche parce que du coup,
c'est une personne ouverte de base. Donc en fait,
elle va forcément pouvoir s'ouvrir et accueillir Léon.
Et de toute façon, on le voit très bien avec cette histoire de consentement et tout.
Mais tu vois, le tout début, elle est un peu en mode,
OK.
Ouais, comment j'aborde le chose?
Bah oui, parce qu'elle veut bien faire. Elle veut pas que Léon se sente mal.
Elle veut dire les bons pronoms, faire les bonnes choses,
etc. Et du coup, on sent le début.
En fait, le truc aussi, c'est que cette situation,
elle se présente parce qu'elle a obtenu une information qu'elle n'aurait pas dû obtenir.
En plus. Donc, en plus, elle a le stress de se dire mince.
Parce que c'est l'un des ados qui est venu lui dire,
yo, Léon, machin, besoin de soutien. Je fais des phrases très construites,
c'est super. Je suis écrivain. Bon. Et du coup, il y a...
Attends, j'essaie de ne pas dire un truc trigger.
Parce qu'évidemment, le premier truc qui m'est venu à l'esprit,
c'est... Bon, moi, je connais bien le viol.
Oui, je comprends, oui.
Non, mais tu vois, c'est pas parce que je connais bien un sujet que c'est confortable d'aller en parler à quelqu'un alors
que je n'aurais pas dû avoir les informations qui m'ont donné l'information de « il faudrait en parler avec cette personne
».
Bien sûr, pour revenir sur le sujet dont tu viens de parler,
c'est même si on peut avoir justement... De par le fait que plus d'une femme sur deux...
Bref, en tout cas, une personne sur deux... Non,
pas une personne sur deux, une femme... Bref, une femme et plus sur deux.
Une personne minorisée sexuellement.
C'est ça. J'essayais de trouver la bonne formulation inclusive.
Une personne sur deux, pas un homme cis.
Bon, beaucoup de personnes.
Voilà, une personne sur deux qui n'est pas un homme cis.
Oui, c'est ça. Après, il y a également des hommes cis dans le...
Mais bon, c'est pas la majorité.
Mais du coup, peut-être un peu, mais pas trop du coup.
Ça fait une longue phrase. Bref, toujours est-il que sur ce sujet-là,
c'est toujours délicat, si tu as appris quelque chose concernant une personne,
d'aller vers la personne et de dire...
En fait, je suis au courant qu'il t'est arrivé de ça,
voire tu viens de me raconter cet épisode, j'ai identifié que c'était ça,
mais tu n'as pas l'air de t'en rendre compte. Et genre,
en fait, dans quelle mesure est-ce que c'est à moi de te le dire?
Dans quelle mesure est-ce que ça va pas faire plus de mal que de bien au moment T?
Après tout, je n'ai pas la formation de thérapeute,
mais en même temps, je sais que tu vas pas avoir de thérapeute et du coup,
je peux pas juste me...
Est-ce qu'on considère non assistance à personne en danger ou pas?
C'est quoi la limite entre ma responsabilité et à quel point c'est pas...
Intrusif dans ta vie.
C'est ça, merci, intrusif le mot que je cherchais.
C'est dur, c'est dur.
Dans ma tête, j'étais not my story to tell, mais...
Mais oui, c'est ça. C'est ça, mais du coup... C'était la voix de la troisième personne.
Et pardonnez-moi, sursaut.
Je te pardonne d'avoir sursauté, mais ne recommence pas.
Plus jamais, plus jamais, plus jamais. Promis, promis promis...
Paul va vraiment s'amuser.
Oui, je pense que Paul va beaucoup s'amuser. Où en étais-je?
Ah oui. Et donc du coup... Est-ce que tu penses que...
Jamais.
Est-ce que tu...
C'est très mauvais pour la santé.
Oui, je pense que c'est... Tu penses, mais heureux les simples d'esprit.
Des fois, je me dis que les gens qui n'ont pas conscience de certaines choses,
c'est peut-être plus facile d'être heureux.
Alors, vous ne m'avez pas vu, mais j'ai haussé les épaules d'un air dubitatif.
Je n'ai pas de réponse.
Et nous n'allons pas rentrer dans ce débat maintenant.
Mais j'aimerais bien te poser une dernière question.
C'est... Est-ce que sur ce livre pour enfants, quid du regard des adultes,
est-ce que tu as pensé aux adultes aussi en écrivant ce livre?
Alors moi je pense que c'est un truc, je pense que tu as lu le livre parce que c'était moi qui l'avais écrit et qu'on avait
parlé etc. et ça t'a intéressé. Mais en réalité,
tout bon livre pour enfants a aussi une lecture pour un regard adulte.
Ça, je suis totalement d'accord avec toi. Mais du coup,
est-ce que tu as pensé aux deux ou tu t'es dit ce sera un livre pour enfants qui sera bien écrit,
donc ça parlera à des adultes?
Non, je ne me suis pas dit ça. Non, il y a vraiment...
En plus, si tu veux, ça, cette collection-là, Le Grand Bain,
c'est vraiment... L'idée de la collection, c'est mon premier roman comme les grands.
Mais il y a une notion quand même de... On va potentiellement le lire avec ses parents,
etc.
D'accord, ok.
Et du coup, il y a vraiment cette espèce de double lecture.
Qu'est-ce que je suis en train de dire à l'enfant?
Qu'est-ce que je suis en train de dire aux parents?
Et les deux vont ensemble, en fait. En vrai, je vous encourage à relire vos bouquins pour enfants que vous aviez quand vous
étiez enfant.
J'ai lu un livre, c'était « Je ne t'aime pas, Châtaigne ».
C'était sur l'adoption d'un chat.
Je ne le connais pas, mais ça a l'air très bien.
Extraordinaire livre.
Mais je vous encourage vraiment à les relire et à essayer de comparer votre regard de maintenant avec votre regard d'enfant et
vous verrez qu'il y a des choses qui ont changé.
Ouais, et tu vois, ce que je veux dire aux enfants,
alors c'est hyper caricatural parce que c'est en fait beaucoup plus nuancé que ça,
mais globalement on pourrait dire que je veux dire aux enfants,
yo, t'as le droit d'exister comme tu es. Je dis beaucoup yo en ce moment,
c'est pareil.
C'est une partie des petites cases.
L'épongerie.
L'épongerie.
Tu as le droit d'être absolument la personne que tu es et tu mérites que les personnes te laissent être la personne que tu
es. Et pour les parents, il y a ce côté un peu encouragement à plus être dans l'écoute parce qu'en
vrai... Pour moi, j'ai pas d'enfants, mais j'ai beaucoup d'expérience à avoir eu des parents.
Non mais surtout, là, je commence à arriver à l'âge où tous mes amis ont des enfants.
Je vois extrêmement bien à quel point elles sont fatiguées.
Et moi, déjà, je suis hyper fatigué et stressé de vivre sous le capitalisme.
Alors imagine si j'avais un enfant en plus. Franchement,
je pense...
Surtout que niveau capitalisme, le nombre de couches à acheter...
Oui, en plus. Mais oui, il y a vraiment une espèce d'économie du temps,
de l'attention, de l'argent qui devient décuplée quand t'as un enfant.
On pourrait partir très loin dans cette conversation,
on va pas le faire maintenant. Ce que j'essaye de dire,
c'est que je comprends que quand t'es parent, des fois,
t'as pas la disponibilité mentale de te dire « Attends,
je vais m'arrêter et être dans la super écoute et être le parent non-violent parfait,
etc. » Des fois, il faut juste être efficace et je suis pas du tout en train d'essayer de justifier
les violences éducatives. Simplement, on peut pas faire la séance de thérapie de couple à chaque
fois qu'il y a une conversation. C'est dommage d'ailleurs.
Peut-être qu'on pourrait faire un truc à propos du capitalisme.
Ah bon?
Mais du coup, en fait, ce que j'essaie de dire, c'est que je comprends que c'est énormément de pression d'exister dans le
monde et d'avoir la responsabilité d'un être humain.
Ah, c'est énorme.
Et genre, littéralement, t'as un job dingo, c'est-à-dire que tu dois faire en sorte que cet être
humain reste en vie. En plus, arrive à l'âge adulte avec pas trop de traumas,
tu vois, alors que toi-même, t'as déjà des traumas qu'on t'a légué de tes parents,
enfin, tu vois.
Et en plus, quand il est adulte, ça reste quand même ton enfant.
En plus. Voilà, et il y a tout un truc, bon bah ne faites pas comme la maman de Léon,
tu peux pas juste, enfin la relation ne peut pas être dans les deux sens,
tu peux pas, tu dois accueillir les émotions de ton enfant,
tu ne dois pas demander à ton enfant d'accueillir toutes tes émotions sans...
Enfin chacun a vécu la quantité de vie qu'il a vécu quoi,
donc tu peux pas non plus.
Voilà. Et du coup, je pense que c'est possible de se dire « Désolé,
mais en fait, moi, je suis occupé à survivre dans le capitalisme et à faire en sorte que l'enfant
ne meure pas physiquement. J'ai pas le time d'accueillir ces questionnements de genre.
En plus, j'y connais rien. » Et je pense que c'est aussi une façon de dire « Mais en fait,
chers parents, it takes a village. Tu peux demander de l'aide aussi?
» Tu peux, et potentiellement, mais alors ça, je pense que ça sera pas entendu,
ton enfant a souvent raison, en fait, quand il te dit ce dont il a besoin.
De toute façon, plus les enfants sont jeunes, moins ils sont déviés par une société qui veut
imposer des choses hors d'eux. Et donc du coup, plus ils sont jeunes,
plus ce qui vient d'eux est forcément la vérité entre guillemets de par l'existence naïve de ce
truc.
Tu vois, il y a un concept en éducation qui me tend.
Je te sens tendu.
Je suis un petit peu tendu. C'est le concept de caprice.
Les enfants ne font pas de caprice. Les enfants expriment un inconfort.
Les enfants expriment un besoin. Les enfants expriment une émotion.
Ce ne sont pas des caprices.
Alors moi je vais te dire un truc que souvent les gens n'aiment pas mais je suis partisane de ce n'est jamais la faute de
l'enfant, c'est toujours de la faute des parents.
Dans le sens où si le parent va mal, si le parent exprime des choses à son enfant alors que ça ne
concerne pas l'enfant, s'il y a des émotions qui n'ont pas été réglées chez le parent,
qui vont vers l'enfant, enfin plein de trucs comme ça,
c'est pas la faute de l'enfant si du coup les réactions derrière sont pas optimales.
C'est juste que le parent ne s'est pas pris en charge lui-même pour avancer.
Et c'est hyper dur!
Ah non mais archi dur!
Vraiment, encore une fois, on est en train de marcher sur une ligne un petit peu compliquée,
mais je pense que toi et moi, on est parfaitement au courant à quel point c'est dur d'élever un
enfant. Mais déjà, on trouve ça dur d'exister.
Mais déjà, mais c'est sûr, attends, moi déjà, je pense que mes parents,
ça a dû être un enfer de s'occuper de moi, même s'ils disent,
ouais, bon, c'était bien, gentille petite fille,
tout ça, tout ça. Mais c'est quand même super dur de s'occuper d'un enfant autiste non
diagnostiqué, hypersensible, anxieux. Voilà, très compliqué.
Je ne vois pas de quoi tu parles.
Exactement. Et d'ailleurs, ça fait écho aussi ce qu'on disait,
alors qui n'a pas été prouvé, il n'y a pas de cause à effet prouvée.
Mais le diagramme de Venn n'est pas loin d'être un cercle.
Exactement, parce que les scientifiques ont quand même montré de grosses corrélations entre les personnes qui ont des discussions
de genre avec elles-mêmes. C'est très bizarre ce que j'ai dit.
C'est vraiment étrange.
Qui, en tout cas, se posent des questions de genre sur qui elles sont et le fait d'avoir un trouble
du spectre autistique.
Beaucoup de personnes autistes ont un rapport avec leur genre qui ne relève pas de la cisidentité et beaucoup de personnes
trans se trouvent être quelque part sur le spectre autistique.
Exactement.
Et ça, c'est des statistiques, c'est vrai.
Exactement. Et du coup, il y a des études qui sont faites scientifiquement pour pouvoir avoir des meilleures informations
à ce sujet, pour avoir des meilleures informations à ce sujet.
Mais c'est très intéressant parce que déjà, l'autisme en tant que tel,
c'est quelque chose qui n'est pas... Bon, pendant très longtemps,
on a juste dit que c'était binaire. Vous êtes soit Asperger,
soit l'autre personne qui a découvert l'autisme,
mais qui du coup est sur le côté plutôt autisme.
Est-ce que c'est un nazi lui aussi?
Alors, lui, non, moins. Parce qu'Asperger, aujourd'hui,
on est bien au courant de la problématique de cette personne.
Déjà, dès que quelqu'un me dit « je pense que tu es Asperger »,
je suis là.
Non, alors du coup, merci bien.
Je ne suis pas sûr de te faire confiance en tant que personne.
Alors, il y a beaucoup de gens qui ne le savent pas,
mais effectivement, Asperger est un monsieur fort peu recommandable.
Mais l'autre personne qui avait découvert justement l'autisme,
mais plus par la phase autisme avec déficience cognitive.
Donc les personnes autistes qui ont des difficultés justement à l'apprentissage.
Ah, celles qu'on ne peut pas rendre productives dans le capitalisme.
Exactement. Les autistes, les capitalistes n'aiment pas,
exactement.
Ils n'aiment aucun type d'autisme.
C'est vrai.
Les capitalistes ne nous aiment pas.
Ils essayent de rentabiliser les autistes qui ont plus de capacités cognitives.
Les autistes qui arrivent à masquer.
Voilà, exactement. Beaucoup les femmes aussi.
Parce qu'en soi, c'est pas parce que tu n'arrives pas à exprimer ta pensée que tu n'as pas de
pensée.
Oui.
Très bon. Est-ce que tu as vu Soudain?
Soudain.
C'est un film.
Eh bien non.
Bah, va le voir.
Je vais soudainement aller le voir, du coup.
C'est un très bon film. Il fait trois heures, par contre,
donc on va bien aux toilettes avant.
Ah bah oui, effectivement. Et du coup, j'ai bien fait de ne pas le voir au cinéma.
Alors, en réalité, c'est pas un film sur l'autisme,
mais il est cool. Va le voir.
Ok, et bien écoute, j'irai voir cette merveille et je vous encourage à aller voir également ceci.
Soudain, qui est actuellement au cinéma.
Actuellement au cinéma. Et donc oui, c'était pour dire qu'effectivement,
le spectre autistique, c'est pas juste deux pôles,
c'est pas non plus une ligne.
C'est pas oui ou non.
Voilà, et c'est pas une ligne, c'est pas linéaire non plus.
Le spectre va dans le...
C'est un spectre circulaire, c'est-à-dire c'est un petit peu comme quand vous avez les caractéristiques genre j'ai plus de
poils aux jambes, j'ai des yeux bleus d'un côté puis je sais pas.
Tu veux dire qu'il y a des gens qui ont à la fois pas trop de poils aux jambes et les yeux bleus?
Eh ben peut-être.
Je n'y crois pas.
Mais en tout cas voilà ça fait des pics comme ça un peu dans tous les sens et donc ça fait des
échelles qui se remplissent.
Ça fait des étoiles finalement.
C'est ça et à la fin ça fait des petites étoiles.
Donc en fait, ce diagramme en forme d'étoile, c'est ça qui permet de comprendre qu'il y a autant
d'autisme que d'autistes, enfin de personnes qui l'en ont.
Oui, complètement.
Donc c'est ça qui est intéressant à voir. Et donc forcément,
dans les personnes autistes, il va y avoir des personnes qui vont plus ou moins se poser des
questions sur leur genre, des personnes qui vont en fait peut-être pas se poser de questions,
mais qui en fait vont se considérer naturellement comme j'existe et qui ne se posent peut-être jamais de questions sur leur
genre mais qui se verront différemment des autres personnes parce que justement c'est pas comme tu disais parce qu'on ne
fait pas les choses verbalement qu'il n'y a pas aussi une façon d'exister différente et je pense qu'aujourd'hui c'est important
d'ouvrir le dialogue que ce soit par le livre Coquilles d'œuf ou en allant voir le film Soudain.
Qui ne parle pas vraiment d'autisme, mais un peu...
En tout cas, ouvrir le dialogue sur ces choses-là,
parce qu'il y a beaucoup de choses qui sont liées,
et la neuroatypie est souvent liée aussi aux problématiques LGBTQIA +,
parce que ça reste des existences qui ne sont pas dans les types.
Donc forcément, il y a des liens qui se font.
Oui. De toute façon, en fait, toutes les formes de domination se tiennent la main,
entre guillemets. Il y a... Non mais, pardon, je suis désolé.
La la la la la la... J'imaginais tous les hommes cis,
blancs, hétéros, machins, capitalistes, qui faisaient la la la la en ronde.
En fait, ce que j'essaye de dire, c'est qu'à partir du moment où on est dans un système de
domination, on va favoriser l'existence des autres parce que la réalité,
c'est que ce qu'il y a à la racine de ces choses-là,
c'est l'idée qu'il est pensable qu'un être soit...
En domination par rapport à un autre et que ce soit légitime.
Et une fois qu'on a intégré cette idée à l'intérieur de notre tête,
bon bah ok, les hommes versus les femmes, les personnes cis versus les personnes trans,
les personnes neurotypiques, en fait c'est la même chose.
Ah bah oui, et puis déjà pourquoi on veut faire des versus?
Moi je pense que ce qui est hyper important c'est surtout de ceux...
D'ailleurs c'est pas des versus, c'est des contre.
Parce que c'est pas pareil.
C'est pas pareil.
C'est pas pareil de dire ça vient des deux côtés,
c'est pas vrai.
Non, non, non, c'est juste qu'on s'en prend plein la gueule.
Bah, ouais.
Alors qu'en fait, on pourrait très bien se dire, bah,
en fait, on fait société, on est toustes ensemble.
Je l'ai bien dit, parce que j'ai beaucoup de mal à dire le S de toustes ensemble.
T'es pas obligée de faire la liaison, tu peux dire toustes ensemble et voilà.
Oui, toustes ensemble, ça marche, mais j'avais envie de montrer le pluriel.
Toustes ensemble, toustes ensemble, ouais, ouais.
J'ai vraiment honte de moi.
Non, non, mais je comprends, je comprends. Vous ne savez pas,
mais on parle depuis si longtemps. Mais toujours est-il que je pense qu'aujourd'hui,
on fait société. Et donc faire société, ça veut dire être toustes ensemble,
donc que les minorités font partie aussi de la société.
Le but n'est pas de marginaliser des personnes qui sont différentes,
le but est que tout le monde comprenne l'existence.
Non, même les personnes qui ne sont pas labellisées comme étant différentes ne correspondent pas en
réalité.
Bien sûr.
Enfin.
Il n'y a qu'à voir quand on va dans les modèles sur lesquels les pantalons,
les habits, les machins, tous ces trucs-là sont calibrés.
Ah, on ne parle pas de pantalons.
Bah, c'est pénible. Non, mais moi, je hais les pantalons et il n'y a rien qui me va.
Donc moi, ça m'énerve que tout soit fait sous le même modèle.
C'est toujours la même forme qui est faite ou les trois mêmes formes,
sauf qu'on n'est pas trois formes, en fait.
Eh non.
On est plein de formes différentes et du coup, le fait que...
Et puis en plus, de toute façon, on fabrique beaucoup trop de pantalons sur ces trois formes,
on en jette la moitié, mais encore quand je dis la moitié,
je suis vraiment sympa.
Hyper sympa, vraiment. Là, c'est de la gentillesse à son paroxysme.
Je ne sais pas pourquoi je suis gentil avec la fast fashion,
en fait. C'est quoi mon problème?
Je pense que tu es gentil parce que tu es bon.
Enfin, je suis fatigué, surtout. Mais enfin bon, notre métaphore des pantalons n'est pas idéale,
je pense.
C'est surtout pour dire qu'en gros, il y a de la diversité et les gens veulent juste voir ce qu'ils
ont envie de voir. Donc, ils ont envie de voir trois personnes différentes pour mettre les pantalons et certaines personnes
pour ceux qu'on accepte dans la société. Alors qu'en réalité,
on est plus.
En fait, je pense que c'est pas exactement comme ça.
Je n'arrête pas de te couper la parole.
Non, non, t'inquiète pas.
Je pense que c'est pas exactement comme ça. Je pense qu'il y a un côté.
Tu sais quand tu interroges des personnes qui sont plutôt dans les classes sociales en difficulté?
Oui.
C'est pas rare d'entendre des réponses qui... Je sais plus quelle est la question,
mais... Non, mais c'est pas rare d'en entendre dire que c'est important pour ces personnes qu'il y ait encore une classe
sociale en dessous d'eux. Tu vois ce que je veux dire?
Et en fait, on est toujours... On est tous le dominant de quelqu'un dans un certain contexte.
D'abord à cause de l'intersectionnalité et aussi parce que la cellule familiale va nous donner cette opportunité d'être le
dominant de quelqu'un. Bon alors sauf quand on est vraiment au début de notre enfance et là on est
le dominant de personne.
Mais on s'en fout.
On ne sait pas qu'on s'en fout, c'est qu'on est occupé à survivre.
Mais voilà, il y a toujours un moment, même moi,
tu vois, je n'ai pas de cellule familiale, n'empêche que si demain,
je décide d'aller faire du mal à un..., je ne vais pas le faire,
je serai le dominant de cet enfant. Et je pense que l'important,
ce n'est pas tant, il y a un modèle, c'est ça qu'on a envie de voir,
il faut s'y conformer. Le fait de créer des modèles sert à pouvoir créer des rapports de
domination. Et c'est vraiment pas du tout la même logique,
en fait.
Oui, mais dans tous les cas, ça provient des mêmes types de personnes qui veulent stigmatiser la société ou stigmatiser les
pantalons. Enfin, dans les deux cas, ça reste les gros penseurs qui veulent faire du fric ou qui
veulent surtout...
Les gars qui sont déjà en position de domination veulent sécuriser leur domination et donc ils vont pas s'amuser à inventer
une domination anti-hommes cis, sauf pour faire oin-oin dans les médias.
Eh bien, écoute, Florence, j'aimerais bien te faire la petite question de fin,
si tu y arrives, parce qu'on a beaucoup parlé.
Je ne sais pas si je vais y arriver, je vous le dis tout de suite.
Attention, attention, roulement de tambour. Si on devait retenir qu'une seule chose de notre
échange, qu'est-ce que ce serait?
Bravo les lesbiennes.
Oh, c'est mim's.
Vraiment, je ne vais pas pouvoir faire plus construit que ça,
là.
J'aime beaucoup, ça me plaît.
À bas le capitalisme et bravo les lesbiennes.
Bah écoute, je pense qu'on va rester sur ça.
Allez, je pense que c'est ma profession de foi pour la vie.
Ouais, on va garder ça. En tout cas, merci beaucoup Florence pour cet échange autour de la question du genre et de ce merveilleux
livre qu'est Coquille d'œuf.
Merci de m'avoir accueilli.
Avec grand plaisir. Merci d'avoir écouté Voix Plurielles.
Comprendre, c'est déjà faire un pas vers l'autre.
C'était Delphine et à bientôt pour une nouvelle rencontre,
une autre façon de voir le monde.
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