Enseigner au collège à des élèves neuroatypiques - "Coline"
S02:E03

Enseigner au collège à des élèves neuroatypiques - "Coline"

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Episode description

“Coline” a accepté de témoigner sur son parcours d’enseignante en secondaire, dans un établissement particulier, auprès d’enfants neuroatypiques.

Invitée : “Coline” (le nom a été modifié)

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Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles. Je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une

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même humanité. Aujourd'hui, je reçois Coline. Donc,

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on a choisi un magnifique petit prénom qui sera pour respecter son anonymat.

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Bonsoir.

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Bonsoir Coline. Et aujourd'hui, on va surtout parler d'un sujet très intéressant car Coline est

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enseignante. Et oui, et c'est vrai que c'est un métier qui parfois fait que lorsqu'il y a des enfants qui sont avec une particularité

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ou plusieurs personnes, sur leur particularité, il y a effectivement beaucoup de choses à faire,

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à dire, à organiser. Donc aujourd'hui, on va pouvoir se focaliser sur notre chère amie Coline.

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Écoute, ma chère Coline, si tu le souhaites, je veux bien que tu nous présentes un petit peu qui tu

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es.

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Alors, moi, je suis une enseignante et je suis prof d'histoire géo dans un établissement difficile,

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ce qu'on appelle les REP+. Donc ça veut dire réseau d'éducation prioritaire.

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En fait, ça veut dire qu'on travaille avec un réseau.

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Le réseau, c'est les écoles maternelles, les écoles primaires et le collège.

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Moi, étant professeure d'histoire-géographie, je me concentre sur le collège.

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Je suis dans ce collège REP+ depuis septembre, ça sera ma quatorzième rentrée.

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Voilà, ça a été mon premier poste fixe. En fait,

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j'ai été stagiaire au lycée et après, quand j'ai dû choisir un poste,

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je voulais un poste fixe, je ne voulais pas être TZR,

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c'est-à-dire être remplaçante. Et vu mon âge à l'époque,

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parce que j'ai eu la chance ou la malchance, je ne sais pas,

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d'avoir mon bac tôt, ce qui a fait que j'ai eu mon master tôt et que j'ai eu mon concours du

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premier coup. Donc en gros, j'avais 21 ans quand je suis venue enseignante et qu'à points égaux,

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en fait, c'est toujours le plus jeune qui perd, qui a le poste en tout cas le plus difficile.

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Et moi, je voulais rester en région parisienne parce que celui qui est devenu mon conjoint,

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mais qui était mon copain à l'époque, était en train de faire ses études aussi en région

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parisienne. Et donc, on voulait y rester. Et donc,

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j'ai choisi un poste dans le triangle d'or, puisque il y avait trois cités très difficiles qui

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m'ouvraient les bras. Et j'ai eu la cité la plus dure.

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Et je m'étais dit que je resterais cinq ans. Et puis,

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je suis toujours là. Syndrome de Stockholm.

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Ou alors, engagement très positif.

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Oui, mais voilà, je trouve que la blague est bonne.

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Oui, c'est vrai, c'est vrai. Mais finalement, on pourrait vraiment dire que c'est une vocation à ce

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stade.

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Oui, en plus, je suis fille de deux enseignants qui m'ont tout fait pour me dégoûter du métier

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d'enseignant, qui ne voulaient vraiment pas que je devienne enseignante.

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Une de mes grands-mères est maîtresse. Mes deux tantes sont maîtresses.

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J'ai quatre cousines qui sont maîtresses. Donc, oui,

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on est très éduc' nat'. Et en plus, le jour où je suis rentrée dans l'éducation nationale,

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c'est le jour où mon père est parti de l'éducation nationale.

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Donc voilà, un prof parti, un prof revenu.

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C'est très cyclique en effet.

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Donc voilà, on est très éducation nationale dans la famille.

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Donc ouais, c'est vrai que c'était une vocation,

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j'avoue. Moi, je ne me suis pas trop vue faire autre chose assez tôt.

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J'aimais bien et puis c'était juste, est-ce que je ferais du français ou de l'histoire géo?

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Ah. Finalement, c'est de l'histoire géo que j'ai gagné.

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Il y a quand même beaucoup de français dans l'histoire géo parce que finalement,

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dans l'histoire, il y a des textes qu'on étudie aussi.

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Oui, c'est vrai. Mais en fait, moi, ce qui m'a plu dans l'histoire géo,

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véritablement, alors déjà, je pense que c'est des rencontres.

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Enfin, moi, j'ai eu des enseignants qui ont été en histoire géo qui ont été extraordinaires.

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Mais je crois aussi que c'était le fait, paradoxalement,

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de raconter de la vérité, mais de raconter. Tu vois,

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enfin, moi, en fait...

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Serais-tu une artiste dans l'âme?

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Je ne sais pas, mais en fait, moi, ma façon d'aborder l'enseignement,

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alors il a été très marqué, par contre, par une prof de français qui a été aussi ma prof de

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théâtre, quand j'étais au lycée, qui, en fait, vivait ses cours,

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mais comme si on était, enfin, elle faisait une séance de stand-up,

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quoi. Et donc, je me suis dit qu'un jour, je serais cette personne-là,

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parce que tous les élèves, on voulait tous l'avoir en cours et on n'a jamais,

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enfin, on n'a jamais dit, "oh putain, on a français".

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C'était vraiment genre « Ouais, on a français! » Et tu vois,

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des lycéens qui te disent « Ouais, on a français!»

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C'est rare.

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C'est rare, tu vois. Et donc, je m'étais vraiment dit « Ben voilà,

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un jour, il faudra que… » Enfin, si je deviens enseignante,

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c'est ce genre d'enseignant que je veux être. Et donc après,

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quand j'ai eu des cours un peu de pédagogie et encore,

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à mon époque, quand je n'étais pas très formée, tu vois,

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on appelle ça le magicien. C'est-à-dire qu'en gros,

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t'amènes ton information, t'amènes ton document,

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etc. Mais en l'introduisant comme un truc extraordinaire,

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etc. Moi, par exemple, avec mes cinquièmes, quand on fait quelque chose qui n'est pas très fun,

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c'est la guerre 100 ans, tu vois, c'est pas le truc le plus sexy qui existe.

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Et je les regarde, je fais, vous avez déjà entendu parler de Game of Thrones?

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Bon, bah ok, il y a des meurtres, il y a des trahisons,

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c'est exactement ça ce qu'on va faire. Et tu vois,

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là déjà, t'as un peu...

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Tu les as happés, en fait.

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Et là, tu peux commencer à faire un truc rigolo. Et puis,

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tu peux utiliser aussi leurs références culturelles à eux.

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Donc, ça fait que l'histoire, c'est plus non plus scientifique que ça.

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Ça les touche.

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Oui, c'est pas un truc caché sous la poussière.

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C'est ça. C'est ça. Et vraiment, moi, c'est comme ça que...

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Mais je pense que c'est aussi parce que je me suis adaptée au public que j'avais ou je me suis dit que je ne pouvais pas

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faire cours. Moi, j'avais eu cours avec quelqu'un qui dictait,

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etc. Enfin, voilà. Je pense que j'avais une personnalité qui faisait que j'avais envie de tendre

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vers ça, mais qu'en plus, j'ai eu un public qui m'a forcée à tendre vers ça et à expérimenter des

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trucs.

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T'es en train de me faire mes transitions, toi.

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Ok, d'accord.

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Parce que du coup, forcément, vu que t'es arrivée dans ce collège-lycée...

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Un collège, là c'est vraiment que du collège.

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Là, pour le coup, toi, collège, mais avec le stage.

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Du coup, le lycée à côté, directement, t'es rentrée dans le dur d'une réalité où il faut inclure

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des élèves qui sont différents.

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Oui, et en plus, pas prête du tout. C'est-à-dire que moi,

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je me souviens de mon premier jour. Donc, la première fois que je suis arrivée,

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en fait, moi, j'avais eu deux jours avant la pré-rentrée de formation,

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parce que c'était l'époque où il y avait une transition entre les concours.

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Et donc, la gestion de classe, c'était... J'avais eu deux cas particuliers,

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je m'en souviens encore. C'était "un élève refuse de vous donner un carnet de correspondance" et "un téléphone portable

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sonne en classe".

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Voilà.

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Classique. Classico. Sauf que moi, la première semaine,

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j'ai un élève qui s'est collé à sa table. Avec de la glu.

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Non.

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Si. C'est-à-dire qu'en fait...

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La peau contre la table.

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Ouais, en fait, le gamin se faisait virer de cours.

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Enfin, je l'ai viré de cours parce qu'en fait, quand tu es néotit',

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en plus, tu essaies de montrer ton autorité. Moi,

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je suis une femme, je ne suis pas très grande, je ne suis pas très grosse.

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Donc, vraiment, je suis arrivée. Là, c'était un élève de troisième.

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Donc, autant se dire, il faisait une tête et demie plus que moi.

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Et vraiment, enfin...

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"Euh Jean-Michel, s'il te plaît, sors de classe".

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Voilà, c'est ça. Et c'était un peu genre... J'étais la nouvelle.

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C'était super chaud. La spécialité du bahut, c'était...

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Maintenant, ce n'est plus le cas. Mais quand je suis arrivée,

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la spécialité, c'était les élèves, ils rentraient avant toi en classe,

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ils fermaient les volets et ils jetaient les tables sur les profs.

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D'accord? Ça, c'est la spécialité du bahut, c'est-à-dire qu'en gros,

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on m'avait prévenue de ça, genre avant que je n'arrive.

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Tu vois, on est loin du carnet de correspondance.

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Oui, c'est ça.

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Et moi, les premières semaines, ils ne m'ont pas fait ça,

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mais il y avait ce gamin qui se faisait virer parce qu'insolence,

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violence, etc. Et donc, je le virais toujours dans les 10-15 premières minutes.

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Et ce jour-là, il me dit, "non mais madame, aujourd'hui,

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je vais rester toute l'heure". Je lui ai dit, "ok,

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super, cool". Et en fait, il fait dinguerie sur dinguerie.

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Je suis désolée, mais non, tu vires quoi, c'est pas possible.

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Et là, il me regarde et il fait "non". Et vraiment,

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il fait un geste extrêmement théâtral où je vois ses mains se coller sur sa table.

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Mais moi, je n'ai pas compris parce que je n'ai pas vu,

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en fait, j'ai 25 gamins. Et en fait, je lui dis,

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"ben si, tu vas quand même partir, en fait". Et là,

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il me dit "non". Et vraiment, il y a un petit jeu de ping-pong.

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Oui, non, oui, non, oui, non. Et là, je me dis, mais qu'est-ce que je suis en train de foutre?

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Et en fait, à la fin, il m'explique, il me dit, "ben non,

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je me suis collé à la table". Mais moi, au départ,

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je me dis même pas, c'est à la glu, tu vois, je me dis,

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genre, il a mis de la colle UHU et il s'est collé,

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donc je lui dis, "bah si, ça se décolle, tu vois".

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Et là, non, je vois vraiment que c'est de la super glu,

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mais genre, glu ultra intense, genre, fixation extrême,

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je sais pas quoi, là, tu vois. Et là, je suis, mais qu'est-ce que je fous là?

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Très brillant, mais très stupide, du coup.

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Non, mais très stupide. Et c'est ce que je lui ai dit.

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Je lui ai dit, mais mon gars, cool, là, en effet,

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je ne peux pas te virer parce que tu ne peux pas passer la porte.

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Mais tu vas perdre ton épiderme.

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Non, mais c'est surtout dans une heure, en fait, quand ça va sonner.

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Tu ne peux toujours pas sortir.

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Tu ne peux pas sortir. En fait, tu es coincé avec moi toute la journée,

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minimum. Et là, j'ai vu le gamin, électro-encéphalogramme plat.

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Genre, merde. J'avais super pris le truc.

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"Mais quelle bonne idée j'avais eue. Ah mince..."

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C'est ça. Et là, vraiment, et donc la classe, à ce moment-là,

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explose de rire, mais vraiment explose. Mais moi,

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je ne sais plus quoi foutre, quoi. Je suis là, je me dis,

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mais putain, mais où je suis? Et donc, on avait,

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je me souviens, j'avais appelé au téléphone le secrétariat pour dire,

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voilà, j'ai un problème. Et en fait, le CPE était remonté avec l'assistant,

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enfin, ce qu'on appelle l'homme à tout faire, quoi,

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qui était en train de décoller à l'acétone avec un,

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je ne sais plus quoi.

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Oui, parce qu'en plus, il a dû avoir mal, cet enfant,

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après.

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Mais il a mis deux heures, une heure et demie à se faire décoller,

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mais tu sais, on le décollait au fur et à mesure,

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comme ça, avec le petit truc d'acétone... Et ça,

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c'était ma première semaine. Ça, c'était ma première semaine.

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J'en avais un autre qui s'appelait... Enfin, je ne peux pas dire son nom,

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mais qui s'appelait...

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Jean-Michel. Tout le monde s'appelera Jean-Michel.

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OK, c'est un garçon aussi, celui-là, qui était arrivé en troisième,

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mais en fait, avait un trouble cognitif qui n'avait jamais été diagnostiqué.

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En fait, nous, c'était de notoriété publique, quoi,

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dans le bahut, mais les parents avaient refusé tout test.

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Sauf que ce gamin, en fait, son cerveau, il faisait reset toutes les heures.

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Mais genre vraiment, reset, quoi.

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Comme une sorte d'Alzheimer de la mémoire immédiate?

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Ouais, enfin, je pourrais pas trop te dire, mais si tu veux,

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pendant une heure, tu lui apprenais à écrire son prénom,

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tu sais, comme un petit CP, quoi. A la fin de l'heure,

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il savait écrire son prénom, l'heure d'après, cours d'après,

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impossible, il fallait toujours recommencer.

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Ah la difficulté, pauvre enfant.

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Non mais il est trop chaud, trop chaud. Et puis donc un enfant qui évidemment est en giga

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difficulté, donc forcément te retourne la classe parce que c'est le seul moyen qu'il a d'exister en

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fait.

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Oui, oui, bien sûr.

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Donc ouais, moi j'arrivais avec ça, avec un contexte d'une violence extrême.

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Enfin moi j'ai quand même eu des bagarres dans mon bahut,

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enfin monstrueuses. Moi, je me suis fait déboîter l'épaule par un élève.

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Donc, vraiment, enfin...

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C'est dangereux, le métier d'enseignant.

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C'est dangereux, oui. Je me suis fait déboîter l'épaule par un élève en voulant...

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C'était Jean-Michel.

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C'était un autre Jean-Michel. C'était un autre Jean-Michel.

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Ça faisait deux ans que je l'avais. Et tu vois, donc,

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tu as ce contexte-là qui est d'une violence terrible physique.

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Ensuite, une violence psychologique aussi, parce que tu dois gérer des enfants qui sont,

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en fait, en galère totale. Et surtout, quand tu veux les aider,

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ils ne sont pas forcément volontaires.

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Ils ne se rendent pas compte aussi, des fois.

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Si, alors franchement, quand tu es en très, très grande difficulté,

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tu te rends compte. Mais quand tu n'as pas la famille avec,

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quand tu n'as pas les assistantes sociales, parce que les assistantes sociales,

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elles font ce qu'elles peuvent.

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Puis elles sont obligées, les assistantes sociales sont obligées d'avoir l'aval de la famille.

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C'est ça, en fait, c'est ça. Et même si elles font un travail,

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enfin nous, on a une assistante sociale à demeure au bahut,

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parce qu'on est dans une zone très, très, très, très compliquée.

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Elle est incroyable. Mais même avec toute la bonne volonté du monde,

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en fait, il y a des stéréotypes, il y a des angoisses des familles.

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"Non, mais mon fils, il n'est pas fou". Par exemple,

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quand on dit qu'il faut faire un test, je ne sais pas,

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par exemple, parce qu'il est dyslexique, quoi, et qu'on soupçonne une très grosse dyslexie.

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"Non, mais mon fils, il n'est pas fou". "Non, mais ce n'est pas parce qu'on te dit qu'il a besoin de faire un test qu'il est

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fou". "Ah oui, mais non". Et donc, en fait, on se retrouve parfois à des murs parce que telle

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culture associe tel truc.

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Oui, en fait, il y a des biais sociétaux énormes.

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C'est ça. Ah oui, non, mais la dernière fois que quelqu'un a fait ci,

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il s'est retrouvé avec ça. On se retrouve…

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C'est vrai que la santé mentale, déjà, en France…

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C'est pas ouf. Et on a beaucoup d'a priori dessus,

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etc. Donc, oui, moi, j'ai eu des années où, en gros,

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j'ai un peu l'impression d'être toute seule en train de nager,

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dans un courant qui n'était pas forcément en ma faveur.

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Oui, c'est-à-dire qu'en fait, t'es arrivée dans un milieu extrêmement difficile avec aucune aide.

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Non, et aucune formation.

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Aucune formation, aucun soutien. Enfin, si ce n'est tes collègues,

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mais je veux dire, en tout cas, pas de soutien réel de l'État au hasard.

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C'est ça. Et puis, pas forcément une aide non plus institutionnelle.

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Moi, quand même, c'est pour ça que maintenant, je suis formatrice.

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J'accueille des élèves stagiaires chez moi, dans mes classes.

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J'ai toujours des gamins qui vont passer le CAPES,

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qui passent une année avec moi en cours. Parce que c'est dans leur formation maintenant.

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Et c'est justement pour qu'ils ne se retrouvent jamais dans ce que moi,

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j'ai vécu.

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Ouais.

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C'est-à-dire qu'en fait, t'as une solide... Bah déjà,

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être enseignant, c'est être seul. T'es seul face à 25 gamins.

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25, c'est optimiste.

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Oui, bah en REP+, on est 25. Parce qu'en fait, on estime que on a des difficultés qui sont un

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peu... Voilà, sportives.

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Un peu rock'n'roll.

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Voilà. Voilà. Voilà. Moi, il y a des... Mon mec, quand on a eu une année où...

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Bah donc, lui, il était en train de terminer sa thèse et moi,

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j'étais en train de survivre, dans mon bahut. Et ça a été très,

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très rock'n'roll. Parce que lui, il me voyait, je rentrais le soir,

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je lui ai raconté des trucs, mais il me regardait et me disait,

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"mais qu'est-ce que tu fous là-dedans? Enfin, qu'est-ce que tu vas faire?"

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Et lui, il a essayé de survivre à sa thèse et qu'on sait tous qu'une thèse,

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c'est très difficile. Donc, voilà. Voilà. Et vraiment,

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mais, well, vraiment, moi, je me souviens, j'avais pas de formation.

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Et encore aujourd'hui, même s'ils ont donc un stage où ils sont en fait les jeudis et vendredis

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avec des classes en charge, ils sont jamais en classe avec des classes à charge seuls.

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Donc déjà, en fait, c'est toujours un peu biaisé parce que quand tu tiens une classe,

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bah en fait... t'es pas encore là.

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Oui, c'est pas pareil, deux que un.

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C'est pas pareil deux que un.

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Deux, c'est quand même deux fois plus que un.

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Oui, mais c'est surtout qu'en fait, s'ils prennent une décision hasardeuse,

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dirons-nous, moi, je suis toujours là pour qu'ils retombent sur leurs pattes.

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Oui, bien sûr.

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D'accord? Mais par exemple, avec des gamins qui sont en surcharge sensorielle,

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par exemple, t'as pas le droit de faire cette erreur-là.

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Oui.

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Parce qu'en fait, sinon, tu peux alimenter la crise.

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Et moi, je l'ai vécu. J'ai vu des gamins, un gamin notamment,

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TDAH, très très très très très fort. Et à cette époque-là,

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je n'étais pas très très très bien formée. Et en fait,

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au lieu d'annihiler la crise et de réussir à passer à autre chose,

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je l'ai fait exploser. Je lui ai dit que là il commençait à me casser les bonbons quoi et en fait je pense qu'il avait senti

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qu'il était en train de dégoupiller et qu'en plus comme je ne l'aidais pas à redescendre,

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j'ai dégoupillé encore plus quoi et donc ça a fini où il a crashé sa main dans un mur quoi.

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Ah oui, crashé, j'étais partie sur...

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Oui, il a mis le poing dans le mur, quoi. Et donc après,

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il est allé à l'infirmerie parce qu'il s'était fait très très mal.

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Mais toi, t'es là. Et en fait, t'es seule. Et en plus,

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tu sais que t'as été maltraitant. C'est ça qui est dur.

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C'est pour ça qu'après, moi, j'ai essayé de me former un peu par moi-même et les réseaux sociaux,

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ce qui n'est pas forcément la meilleure des choses à faire.

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Mais au moins, tu sais faire quelque chose. Parce qu'en fait,

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tu te rends compte que t'es maltraitant. Et que si tu es devenu enseignant,

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comme tu le disais au début du discours, parce que tu avais une vocation et que tu croyais en

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quelque chose, en fait, tu ne peux pas supporter d'être maltraitant.

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Et en fait, voilà. Moi, j'ai eu beaucoup d'enfants neuro-A dans mes premières années.

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Donc moi, c'est ma 14e année. Je pense que j'ai fait 7 ans où j'ai participé à la violence

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institutionnelle. Parce que je ne savais pas, parce que je savais,

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en fait, je disais juste, "ah bah oui, celui-là,

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il fait chier, parce que celui-là, il est ceci, il est cela".

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Je leur ai collé des étiquettes, très fort, et en fait,

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je me posais, en fait, j'étais tellement dans la survie,

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de me dire, il faut que je survive à faire mes cours,

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à faire ceci, à faire cela. En fait, j'étais dans la violence aussi,

17:33

je continuais cette violence institutionnelle d'enfants qui,

17:35

à mon avis, se sentaient dévalorisés, se sentaient machin.

17:40

Et je ne les ai pas aidés parce qu'en fait, j'avais trop de charge mentale.

17:44

Oui, tu essayais déjà de surnager à ta vie scolaire.

17:48

C'est ça, à la vie scolaire, au fait que tu en as aussi 24 autres,

17:51

tu vois, et qu'on ne t'a pas expliqué, on ne t'a pas appris.

17:55

Et en fait, au fur et à mesure que tu croises des TDAH,

17:59

que tu croises des DYS, que tu croises des TSA, que tu croises...

18:03

Déjà, tu les reconnais au fur et à mesure. Même si au début de l'année,

18:07

tu vois, tu n'as pas le PAP ou tu n'as pas le PAI.

0:00

Donc, c'est le projet personnel d'accompagnement personnalisé.

18:13

C'est ça, et individualisé. Et les PAI, c'est plutôt pour tout ce qui est les enfants qui ont

18:20

besoin de médicaments, par exemple, genre, je sais pas...

18:24

Oui, de l'insuline pour le diabète.

0:00

Oui c'est ça. Et donc, t'arrives au bout d'un moment,

18:30

même si t'as pas encore les documents officiels,

18:33

à te dire, "ok, bon, celui-là, petit TDAH, peut-être pas diagnostiqué,

18:36

mais petit TDAH".

18:38

En fait, par empathie, parce que du coup, tu comprends mieux,

18:41

parce que tu as vu par expérience.

18:42

C'est ça, c'est ça. Et maintenant, enfin, j'ai pas besoin forcément d'un diagnostic pour me dire,

18:47

"bon, ok, là, il y a un petit truc, donc on va aller là-dessus".

18:52

"Là, toi, tu réagis plutôt comme ça. On va aller dans ce sens-là".

18:56

Voilà, mais, bah donc, ouais, 7 ans où finalement,

18:58

je me forme, mais en étant pas... Enfin, c'est pas je me forme,

19:03

mais je me...

0:00

C'est empirique, en fait.

19:04

Je découvre, je découvre et je découvre que certaines de mes réactions vont créer certains trucs et

19:10

certaines autres... Ouais, en fait, je me sens un peu comme l'apprenti magicien,

19:13

tu vois?

19:13

Oui oui.

19:14

Genre, je fais des expériences... Empiriques. Et j'attends.

19:17

Complètement empirique. T'es obligée de faire sur l'expérience,

19:20

quoi.

19:20

Et donc, et en fait, ça fait que je fais plein d'erreurs et que je fais plein de bêtises et que je pense que j'ai pas été

19:24

bienveillante avec des élèves, je pense que j'ai pas été bienveillante avec des parents.

19:28

Et ça, je m'en excuse aussi beaucoup parce que je pense que les parents de gens qui ont des

19:35

parents, qui ont des enfants, qui ont des situations de handicap ou des choses comme ça,

19:38

en fait, je comprends qu'au bout d'un moment, ils ne répondent plus à l'école parce que s'ils ne t'appellent que pour dire

19:44

que ça ne va pas et qu'en plus, finalement, on est très jugeant quand on dit ça.

19:48

« Ah ouais, votre enfant, il ne fait que bavarder,

19:49

il ne fait que ci, il ne fait que ça. » C'est un peu sous-entendre que leur éducation,

19:52

elle ne fonctionne pas non plus. Et donc, je comprends qu'on soit dans ce jugement et qu'en fait,

19:57

les parents sont...

0:00

Des gens en détresse.

0:00

Des gens en détresse, voilà, et qu'en fait, on leur met la tête sous l'eau.

20:02

Donc, je comprends. Et au bout d'un moment, je me dis « Ok,

20:06

maintenant que j'ai certaines habitudes, maintenant que je sais voir des choses et tout,

20:11

comment je fais? » Puis bon, mes cours sont quand même préparés.

20:15

Au bout d'un moment, tu vois, je n'ai plus à tout refaire.

20:17

Je me dis que si je n'ai plus à tout refaire, il faut que je refasse pour ceux qui ont des

20:22

troubles. C'est parce qu'ils ne suivent pas mes cours qu'ils font chier dans mes cours.

20:29

Tu vois, enfin, moi, un gamin, par exemple, qui ne sait pas,

20:34

donc, qui est dyslexique, si je n'ai pas adapté mon texte...

0:00

Bah il n'y peut rien.

0:00

Il n'y peut rien et donc, en fait, il ne peut pas faire l'exercice.

20:40

Donc, en fait, il va bavarder avec son copain et donc,

20:42

il va déranger mon cours parce qu'en fait, je ne peux juste pas lui donner le truc.

20:47

Je ne lui donne pas les clés pour que lui, il puisse expérimenter la même chose que son camarade.

20:51

Bah là pour la dyslexie, c'est marrant parce que j'ai reçu la saison précédente Aurélie qui est sur Instagram @6foisdys et

21:03

en fait elle est multi-dys donc elle a plusieurs caractéristiques de dys et du coup elle a fait un livre pour expliquer

21:14

tout ça et qu'il soit inclusif pour les personnes dyslexiques donc tout aligné à gauche,

21:19

pas justifié, utiliser un arial taille 12 pour que ce soit suffisamment grand,

21:24

etc. Que les phrases se finissent bien à chaque fin de page et que ça ne reporte pas sur une autre

21:29

page. En tout cas, elle a beaucoup, beaucoup travaillé ça.

21:31

Et c'est vrai qu'en fait, aujourd'hui, les manuels scolaires ne vont pas être prévus.

21:35

Il va y avoir des textes qui vont être avec des empattements,

21:38

donc les dyslexiques ne peuvent pas les lire.

0:00

Moi, j'utilise assez peu les manuels scolaires. Alors,

21:44

pour d'autres raisons aussi, c'est parce que... Déjà parce que je trouve qu'il y a certains documents qui sont complètement

21:50

what the fuck. Bref. C'est ma liberté pédagogique.

21:55

Mais voilà, je trouve qu'il y a des termes qui sont encore très surannés,

22:00

etc. et qui sont pas expliqués. Enfin, tu vois, ils vont pas mettre 15 astérisques en bas de page,

22:08

quoi. Donc, et puis même un astérisque en bas de page,

22:11

c'est pareil pour des élèves qui sont en difficulté.

22:14

En fait, ils ne vont pas avoir l'astérisque. Donc,

22:15

moi, tu vois, je retape, j'écris, je mets la définition dans le texte.

22:18

Donc, en fait, moi, j'utilise très peu les manuels.

22:21

Ils peuvent me donner des idées.

22:22

En fait, c'est toi qui utilises les manuels?

22:24

Ouais, c'est ça, en fait, ils me donnent des idées.

22:26

Tu vois, je me dis, "ah ouais, ce document, pourquoi pas?

22:28

Mais il faut l'expliciter d'une autre façon". Voilà,

22:31

je me dis, "OK, ça me donne une base de réflexion.

22:34

Et après, je fais ma tambouille" parce qu'en plus,

22:36

il y a des trucs. Donc, moi, je me suis rendu compte,

22:38

quand tu n'aimes pas l'exemple que tu fais, en fait,

22:42

ça ne passe pas. Tu vois, moi, mes troisièmes, voilà,

22:45

mes troisièmes, on te fait un chapitre où tu vas faire les espaces de faible densité en France.

22:50

En gros, le trou du cul du monde, quoi.

22:53

La diagonale du vide.

0:00

Oui, c'est ça, qu'on n'appelle plus la diagonale du vide.

22:56

C'est un peu suranné, justement. Voilà, les espaces de faible densité.

22:59

C'est vraiment le nom.

23:01

C'était clair, pourtant, la diagonale du vide.

23:03

Oui, mais en fait, parce que c'est pas tout à fait une diagonale.

23:05

Oui, la ligne courbe du vide.

23:08

C'est ça. Et donc, souvent, tu fais un truc en Auvergne,

23:11

ou que sais-je, et moi, en fait, ça ne me parlait pas du tout.

23:13

Donc, je fais, bah non, moi, je suis partie sur le clip de Kamini,

23:18

plutôt. Tu vois, qui s'appelle Marly-Gomont. Voilà.

23:23

Et donc, on regarde le clip de Kamini avec Marly-Gomont.

23:25

Mes élèves, ils sont morts de rire quand ils le voient danser avec des vaches et des vieilles

23:28

personnes et machin. Mais en fait, eux, ça leur parle.

23:31

En fait, ils ont le clip ensuite en tête et tout.

0:00

Bah c'est visuel. Et c'est dans leur culture.

0:00

Et même un gamin qui va avoir des troubles, par exemple,

23:42

de l'attention, en fait, comme ça change, le support,

23:45

il change. Tu vois, on n'est pas sur un support où il y a un texte,

23:48

etc. Évidemment, le texte, il finit dans leur cours quand même parce que,

23:51

ils ont besoin d'avoir un souvenir parce qu'ils passent un brevet et qu'il faut une trace écrite.

23:58

Mais le gamin a, dans sa mémoire...

24:01

Ils ont contextualisé. Ils ont associé le texte.

24:03

Voilà. Il a dans sa mémoire une vache. Donc, à un moment,

24:08

Kamini, il dit, "ouais, il y a trois vaches et puis il n'y a rien".

24:15

Et puis après, il te dit, "ouais, pour aller à l'hôpital,

24:18

c'est 50 bornes". Et tu vois, en fait, le bus qui fait vraiment les 50 bornes.

24:23

Enfin, tu vois, donc en fait, les gamins, ils voient visuellement ce que c'est qu'un espace de faible densité avec une population

24:28

vieillissante parce qu'en fait, Kamini, ses voisins,

24:30

c'est que des personnes qui ont 70 ans, tu vois.

24:32

Donc, tu les vois dans le clip, etc. Et en fait,

24:35

en changeant le support, en le transposant, ben voilà,

24:38

c'est un peu plus fun que de se dire, bon, alors on va faire les Cévennes.

24:43

Voilà. Et en fait, moi, je l'ai fait plusieurs fois,

24:46

les Cévennes. Et vraiment, ça me gonflait, mais puissance 15 000.

24:50

Et en fait, je me suis dit que si je m'enquiquinais,

24:53

mes élèves, ils s'enquiquinaient. Et en fait, on s'enquiquinait ensemble et on n'apprenait rien

24:56

ensemble. Donc voilà.

24:58

Puis là, ça fédère, du coup.

25:00

Ouais. Alors, ouais. Souvent, t'as ça. Et puis, t'as un moment où moi,

25:04

je fais, donc toujours avec mes troisièmes, c'est un truc qui marche beaucoup,

25:07

pareil, notamment avec mes élèves qui sont en très grande difficulté.

25:11

On fait les régimes totalitaires, donc la montée des extrêmes dans les années 20-30.

25:17

20-30 de 2000?

0:00

Haha non, alors moi je suis... Et on fait un parallèle avec Star Wars.

25:25

Ah, bien vu!

25:26

Et en fait on fait le fameux discours de Palpatine quand il arrive...

25:31

La République...

25:32

Voilà, et Padme qui termine en disant, "ainsi meurt la liberté sous une pluie d'applaudissements".

25:36

Elle est tellement forte cette phrase.

25:38

Elle est incroyable. Mais surtout, quand je commence mon cours en disant « Aujourd'hui,

25:43

on fait Star Wars », là les 3èmes se disent souvent « Ça y est ».

25:47

Souvent, c'est en décembre, en plus. « Ça y est,

25:49

on l'a perdue, la pauvre. » « On l'a cramée. » « Elle est foutue.»

25:54

« Madame, madame, vous allez bien?»

25:56

Et justement, après ça, on part justement sur quelque chose de plus créatif où je leur demande de

26:01

faire une affiche de propagande. Alors, je demande justement que ce ne soit pas de la propagande

26:08

politique, parce qu'après, on risque de partir sur des trucs un peu compliqués,

26:11

qui mèneraient à des conseils de discipline, à mon avis.

26:15

Mais donc, ouais, là, souvent, ils choisissent des trucs sur l'environnement,

26:19

sur le racisme ou des trucs comme ça. Et donc, ils font leur affiche de propagande pendant les

26:24

vacances. Et souvent, justement, mes élèves qui peuvent être en difficulté parce que différents et

26:30

tout, c'est souvent les plus créatifs. Et c'est le moment où en fait ils ont une putain de note de ouf parce que alors maintenant

26:37

je me fais un peu attention, moi je demande plus,

26:40

je demande que ce soit dessiné et tout parce que au temps de l'IA ça commence à être un peu

26:44

compliqué.

26:44

Oui.

26:44

Mais voilà et ils font des trucs souvent assez incroyables et il y en avait un justement qui

26:44

avait... Alors ça c'est une...

26:53

Jean-Michel.

26:54

Alors ça c'est une... Ah c'est une Jeanne Micheline.

26:56

C'est une Jeanne Micheline.

26:57

C'est une Jeanne Micheline qui m'avait fait un truc justement pour l'inclusion.

27:01

Ça, c'est super.

27:03

Et justement, dire que...

27:05

Ce qui prouve bien que, encore une fois, les particularités ne font pas d'une personne,

27:09

une personne débile.

27:10

Ah bah absolument pas, non, non.

27:11

Ça veut juste dire qu'il faut prendre le bon angle.

27:14

C'est ça. En plus, elle était incroyable en dessin.

27:17

Enfin, moi, là, et puis moi, j'en ai un cette année qui était aussi TSA.

27:22

Alors, lui, pas un TSA trop lourd parce qu'il n'était pas en ULIS ni rien,

27:26

mais il était en classe ordinaire. Mais ce gamin m'a...

27:32

Je pense que c'est l'une des histoires qui m'a le plus touchée et qui m'a le plus impressionnée.

27:37

C'est un gamin que j'ai vu changer en sixième et en cinquième.

27:40

Il est parti d'un endroit...

27:42

Au collège, tu peux les avoir plusieurs fois?

27:45

Bah oui. Et il est parti en sixième, ultra recroquevillé,

27:50

pas de copains, pas de... une routine giga, stricte.

27:55

Le premier jour, il est retourné à l'école maternelle,

27:59

enfin à l'école primaire quoi. Si tu veux, après le cours,

28:01

il est allé, parce que normalement il avait études,

28:03

il est retourné faire l'étude à l'école primaire et il n'est pas rentré chez lui,

28:06

la maman elle a téléphoné parce qu'elle était paniquée.

28:08

Parce que c'était son habitude.

0:00

Ouais, et dans une rigidité, tu vois, habituelle et tout,

28:12

très très forte. Et là, à la fin de sa cinquième,

28:14

il a donc deux copains, mais vraiment deux vrais,

28:16

vrais copains, ils sont toujours fourrés ensemble.

28:18

Par exemple, il s'est ouvert à moi. Enfin, moi, j'ai pu rentrer dans son...

28:23

Enfin, on est plusieurs profs à avoir pu rentrer dans son univers,

28:25

notamment l'univers artistique aussi. Moi, il m'a fait la guerre de 100 ans,

28:30

enfin, certains événements en BD, quoi.

28:33

Ah oui d'accord, à ce point de douance.

28:35

Ah oui, super doué. Super doué et en fait, finalement,

28:38

c'est comme ça que je l'ai évalué. En fait, il s'était fait un kiff,

28:42

il s'était enjaillé, il m'avait fait les rois maudits et tout.

28:46

Et en fait, j'ai dit, "ok, c'est ça que je vais évaluer".

28:49

Parce qu'en fait, tu...

0:00

Tu as compris l'histoire.

0:00

C'est ça. Enfin, moi, quand je lis ta BD, t'as compris qu'il y a eu un problème de succession,

28:58

que ça a créé une guerre entre la France et l'Angleterre,

29:01

que... Enfin, ok, t'as compris.

29:03

Il avait tout compris, il avait juste restauré ça,

29:05

restitué ça sous...

29:07

Et en fait, c'est ça, le jour du vrai contrôle, alors que j'avais fait,

29:09

j'étais un peu, j'avais un peu le seum ce jour-là parce que j'avais fait vraiment une évaluation

29:13

très, très, très, très adaptée. Il m'a rien rendu et en fait,

29:16

il avait fait que dessiner. Et en fait, il avait fait,

29:19

tu vois, un peu le, enfin, tu sais, une ébauche,

29:22

quoi, de ce qui, de la BD.

29:25

Du tome 2.

29:27

De la BD et je lui ai dit, "ok, très bien, t'as une semaine.

29:30

Dans une semaine, tu me le rends. Et c'est ça que je vais évaluer".

0:00

Bah c'est génial !

29:36

Et je l'ai évalué, et il s'est pris une putain de note.

29:38

Moi, évidemment, je lui ai dit, "je n'ai pas évalué le dessin,

29:41

la perspective, tout ça, je ne peux pas trop t'évaluer".

29:43

Mais le contenu qu'il y avait dans les bulles, ça marche.

29:48

C'est pas ce que je voulais à la base, mais ça marche.

29:51

Je m'adapte. Et je n'aurais absolument pas fait ça il y a six ans,

29:58

quoi.

29:59

Bah du coup tu as l'expérience maintenant.

29:59

Il y a six ans, t'aurais pas fait, t'aurais pas fait,

29:59

tu te prends une bulle, quoi.

30:01

Jeu de mots.

30:02

Exactement. Voilà, c'est ça. Moi, je suis la reine des calembours.

30:05

Vous pouvez apprécier donc mes futurs cours d'histoire géo.

30:09

Mais voilà. J'aurais été beaucoup plus rigide, etc.

30:13

Je ne me serais pas adaptée. Mais là, je t'avoue que le moment,

30:16

j'ai quand même grave le seum. J'étais genre, "putain..."

0:00

"J'avais fait un truc super!"

30:20

Non, mais vraiment. Et puis maintenant, au temps de l'IA,

30:23

justement, moi, c'est un life changer. Je peux faire toutes mes évaluations pour n'importe quel de

30:33

mes élèves, au lieu de passer...

30:36

En fait, ça te fait gagner du temps parce que du coup,

30:37

t'as tes idées et ça te permet de mettre en forme,

30:39

en fait.

30:40

Ouais, c'est ça. Et puis même, tu vois, j'ai mon...

30:44

C'est comme si t'avais un assistant.

30:45

Ouais, en fait, c'est donc... pour ne faire de la pub à personne,

30:49

j'utilise donc trois. Non mais c'est vrai, en plus,

30:52

j'en utilise trois. J'utilise Claude parce que mon mari l'a de façon illimitée.

30:58

Et donc, je pique à mon mari l'illimité. J'ai évidemment ChatGPT parce que c'est le plus

31:04

généraliste et que voilà. Et j'ai Mistral. Ok.

31:07

C'est pour l'image plutôt, Mistral?

31:08

Non, c'est parce qu'on nous conseille en fait, comme c'est français,

31:11

on nous conseille quand même "éducation nationale".

31:14

Bien sûr.

31:15

Et puis même au niveau stockage sur les serveurs et tout,

31:19

c'est quand même un peu mieux. Et donc, tu vois,

31:23

en fonction de ce que j'ai à faire, par exemple,

31:25

ChatGPT, je vais lui donner juste, je ne sais pas moi,

31:26

mon contrôle. Je vais dire ok, c'est un contrôle niveau sixième,

31:33

je veux que tu le fasses pour quelqu'un qui est non lecteur et que tu l'adaptes.

31:38

Je lui donne à bouffer et je lui dis fais le moins en forme de QCM par exemple.

31:42

Oui en fait tu lui donnes tous les bullet points et lui il va te faire les jolies lettres.

31:46

Oui et par exemple... Mais Claude tu vois ça va être plus...

31:49

Moi justement je vais plus l'utiliser pour avoir un truc un peu plus fin.

31:54

Tu vois enfin genre j'ai quelqu'un qui est dyslexique mais qui est capable d'écrire.

32:00

Est-ce que tu peux faire plutôt des textes à trous?

32:02

Les textes à trous sont souvent bien foutus chez Claude.

32:05

Donc voilà. Voilà, donc en fait, je prends un peu de chacun et comme ça,

32:10

ça me permet, je me suis enquiquinée une fois à faire le truc des généraux,

32:15

quoi. Et après, je les donne à manger aux IA et les IA me les adaptent.

32:19

Et donc, je dis, ben voilà. Et puis, surtout, là,

32:22

le truc absolu, justement, j'en parlais avec mon mari parce qu'il bosse un peu dans l'informatique,

32:26

c'est le goal absolu de, je pense, beaucoup d'enseignants qui veulent être dans l'inclusivité,

32:31

ce serait vraiment qu'on puisse rentrer les PAI et les PAP.

32:34

Donc évidemment, ça pose une question de la protection des données personnelles,

32:39

etc.

32:39

Oui, tout à fait, parce que là, c'est du médical.

32:40

C'est du médical, mais franchement, si on pouvait avoir ça,

32:44

et genre je dis, voilà, j'ai tel élève, voici ses besoins,

32:47

ses attendus, j'ai besoin de lui faire une évaluation de tel niveau,

32:50

sur tel chapitre.

32:51

Oui, c'est-à-dire qu'en fait, tu pourrais enregistrer chaque élève dans une sorte de petite boîte,

32:56

un répertoire d'élèves.

32:57

C'est ça, un répertoire.

32:57

Et après, tu dis, bon, voilà, Jean-Michel 1 : Klouc.

33:00

Et en fait, ressortir... Enfin, moi, personnellement...

33:04

Il y aurait déjà, en fait, toutes les caractéristiques...

33:05

C'est ça, pour adapter les évaluations. C'est ça.

33:08

Moi, je pense qu'autant de l'IA... Bon, déjà, je pense que mes collègues qui ne se forment pas à l'IA et qui n'utilisent pas

33:16

l'IA font une faute professionnelle. Moi, personnellement,

33:20

je pense que c'est une faute professionnelle. Parce que justement,

33:24

maintenant, on a des outils pour inclure tout le monde.

33:26

Et en fait, avant, ce n'était pas le cas.

33:28

Oui, puis là, pour le coup, c'est l'utilisation de l'IA qui ne va pas voler le travail de quelqu'un parce que c'est ton travail

33:33

et tu l'utilises juste comme assistant.

33:34

C'est ça. Et en fait, moi, j'ai plein de collègues qui me disent...

33:37

Enfin, voilà... Moi, c'est vrai que j'ai 125 élèves chaque année,

33:42

mais je ne suis pas prof de sciences physiques ou je ne suis pas prof de musique ou je ne suis pas

33:46

prof... Eux, ils mangent 500 élèves, quoi. Ou SVT,

33:50

par exemple. Et eux, ils me disent, "bah ouais, mais en fait,

33:53

moi, si je devais faire vraiment une adaptation pour tous les élèves qui ont besoin d'adapter,

33:58

en fait, il me vaudrait, je sais pas, pour un contrôle,

34:00

30 ou 35 sujets, quoi". En fait, c'est inhumain.

34:07

Oui, parce qu'en fait, là, dans tes 25 élèves que tu as par classe,

34:10

il y a plusieurs personnes en situation...

34:12

Moi, par exemple, chez mes sixièmes cette année, j'avais un,

34:15

deux… Je parle juste d'une sixième, d'accord? Une sixième,

34:20

25 élèves.

34:20

Oui, dans une classe.

34:21

Dans une classe de sixième de 25 élèves. J'avais un,

34:23

deux, trois, quatre, cinq, six. J'en avais six.

34:27

Six Jean-Michel et Jeanne-Micheline.

34:29

Six Jean-Michel et Jeanne-Micheline, avec chacun leurs problématiques,

34:32

des TSA, des HPI, des TDAH.

34:35

Du DYS?

34:36

Alors, les DYS, j'en avais qu'un de DYS et j'avais aussi des retards cognitifs,

34:43

donc non-scripteurs, non-lecteurs, voilà. Donc ça,

34:47

et seulement dans une classe.

34:48

Oui, et le reste des Jean-Michel et Jeanne-Micheline qui sont là...

34:51

Bah, sont pas forcément d'un gros niveau non plus,

34:53

tu vois.

34:53

Oui, voilà, c'est des élèves qui sont en difficulté,

34:55

mais c'est plus de la difficulté scolaire, pas cognitive ou procédurale ou des choses comme ça.

35:01

Mais tu vois, enfin...

35:01

C'est juste qu'ils font partie d'une catégorie de population qui malheureusement est défavorisée et

35:06

donc ils ont des difficultés.

35:07

Exactement.

35:07

Mais du coup, là, c'est juste qu'ils ont plus besoin d'une aide,

35:13

voilà.

35:14

Et donc, ça, c'est qu'une classe. Ouais. D'accord?

35:17

Oui, parce que là, c'était une classe de sixièmes.

35:19

Une classe de sixièmes.

35:20

Et après il y a les autres classes de sixièmes, cinquièmes,

35:22

quatrièmes et troisièmes.

35:23

Moi, j'ai cinq classes, quoi.

35:25

Oui, réparties dans des niveaux.

35:27

Ouais, j'ai cinq classes réparties sur trois niveaux.

35:29

Trois?

35:30

Ouais, en fait, moi, j'ai des sixièmes, des cinquièmes et des troisièmes.

35:33

D'accord, pas de quatrièmes.

35:35

Non, parce que j'aime pas le programme de quatrièmes.

35:38

Voilà, c'est très honnête. Enfin, en fait, j'aime bien le programme de géographie.

35:41

Moi, je suis... Avant d'être professeur d'histoire géographie,

35:43

j'ai fait des études de géographie.

35:45

Oui, mais ça, c'est ça que je ne comprends pas.

35:46

Je suis un dinosaure, enfin, une exception. Enfin,

35:49

en fait, souvent, les professeurs d'histoire-géo ont fait des études d'histoire.

35:53

Ah.

35:54

Et c'est pour ça que souvent, quand vous avez fait de la géographie,

35:57

vous avez détesté la géographie, parce que c'est des gens qui n'aiment pas la géographie,

35:59

qui ont fait de la géographie avec vous et qui vous l'ont enseignée.

36:01

Bon, je viendrai dans tes classes pour apprendre la géographie.

0:00

Mais la géographie, c'est génial, vraiment. Moi, j'ai découvert la géographie à la fac.

36:07

Moi aussi, j'ai décidé de faire des études de géographie parce que j'étais excellente en histoire et que je savais que le

36:12

jour du concours, je carburerais en histoire et que je cartonnerais tout.

36:16

Sauf que comme j'étais nulle en géographie, je m'étais dit pour avoir un concours où il y a de

36:19

l'histoire et de la géographie, il faut que je cartonne tout aussi en géo.

36:22

Et donc, après mes années de classe préparatoire,

36:26

parce que j'ai fait trois années de classe préparatoire,

36:27

littéraire.

36:29

Ah oui, courage quoi.

36:30

Ouais, ouais, non, mais c'était hypokhagne, khagne,

36:33

j'ai cubé ma khagne, j'ai été sous admissible, enfin,

36:35

voilà. Vraiment, j'ai lutté.

36:39

Tu envoies.

0:00

Voilà, et après, donc, j'ai fait mon master et pour mon master à Paris,

36:44

j'ai choisi la géographie et ça m'a permis de cartonner aussi en géographie et j'ai découvert la

36:50

géographie grâce à ça, quoi. Et vraiment, bah, tu fais des trucs,

36:54

enfin, tu peux faire des trucs de ouf, comme ça.

36:57

Alors il faut que je vienne dans ta classe pour voir tout ça.

36:58

C'est trop, trop cool. La géographie, c'est génial,

37:00

mais il faut juste bien l'enseigner.

37:02

Je pense que c'est super que tu existes parce qu'en vrai,

37:05

moi, c'est pareil. J'ai eu des profs d'histoire géo,

37:06

je me suis dit, mais c'est quoi ce programme nul?

37:09

Et donc, voilà. En géographie, en quatrième, c'est génial parce qu'on fait la mondialisation.

37:13

C'est-à-dire qu'en fait, c'est déjà un truc qui est super pour les élèves parce qu'ils voient le

37:18

sens. Moi, j'ai eu, il y a quelques années, des quatrièmes.

37:22

C'était l'époque où on avait tout ce qui était problèmes migratoires,

37:28

avec les Syriens qui arrivaient et tout. Et donc,

37:30

moi, forcément, j'avais des élèves qui venaient de ces flux migratoires parce qu'ils avaient fui la

37:36

guerre, etc. Moi, j'avais beaucoup de primos arrivants,

37:39

donc de gens qui ne parlaient pas français et qu'on met dans des classes de français.

37:42

Enfin, tout va bien. Et qui vont six heures de français et tout le reste des cours où ils

37:47

comprennent rien. Et donc, moi, j'avais justement fait une étude de cas,

37:52

puisqu'en géographie, on parle d'études de cas, où c'était un Afghan qui partait d'Afghanistan,

37:57

qui faisait le chemin de la migration en traversant la Méditerranée,

38:01

etc. Et qui est arrivé en France.

38:03

Donc ça leur a extrêmement parlé.

38:05

En fait, ça leur a giga parlé et c'est pareil, c'est ça.

38:07

Et après, je leur avais fait la... Parce qu'il y en avait aussi quand même qui avaient des discours

38:11

un peu... Tu vois, ceux qui sont de deuxième, troisième génération?

38:14

Il y avait quand même des discours où je me suis dit...

38:17

Vous êtes un peu border, les gars? Et en fait, je leur avais fait le clip de Bigflo et Oli,

38:23

qui est sur une chanson qui s'appelle « Rentrez chez vous ».

38:26

Et en fait, c'est l'inverse. Ça commence par « Aujourd'hui,

38:29

ils ont bombardé la tour Eiffel ». Et en fait, c'est nous qui sommes attaqués sous les bombes.

38:35

C'est vrai. Et du coup, il y a Oli qui meurt à un moment donné,

38:38

je crois.

38:38

Il y en a un qui ne sort pas de la Méditerranée, en effet.

38:40

Parce qu'il y en a un qui est à Paris, l'autre qui est à Toulouse parce qu'il veut retrouver sa

38:47

copine pour pouvoir fuir. Ils doivent se retrouver à Marseille.

38:50

Et en fait, il y en a un qui n'arrive jamais à Marseille à l'heure parce qu'en fait,

38:53

il y a un problème avec le train. Donc la famille part et en effet l'autre n'a pas récupéré sa copine mais va essayer de

39:01

passer par un passeur et il est sur une barque et donc ça tangue,

39:06

etc. Et puis ça termine pas très bien. Et de l'autre côté de la Médicéranée,

39:12

il y a le frère qui est avec ses parents et ils disent qu'ils sont mal accueillis,

39:17

etc. Et ça se termine avec ce fameux cri « rentrez chez vous ».

39:21

Et donc, le parallèle était quand même assez fifou,

39:25

quoi. Et donc, j'avoue, mes élèves un peu border ont été un peu moins border après.

39:30

Voilà. Mais bon. Donc, j'aime bien la géographie en quatrième.

39:35

Mais par contre, je déteste l'histoire. C'est-à-dire que c'est très mal de dire ça parce que c'est pas très républicain

39:40

ni rien. Moi, la révolution française, je l'adore en tant qu'étudiante,

39:47

mais il y a des concepts qui sont beaucoup trop difficiles à aborder avec des quatrièmes.

39:52

Ils n'ont pas la maturité quand tu dois leur faire l'Esprit des Lois de Montesquieu,

39:56

putain, à part se flinguer tous ensemble. Voilà.

39:59

Et puis, il y a beaucoup de notions très conceptuelles.

40:04

Napoléon, continuateur, fossoyeur de la République.

40:07

Qu'est-ce que tu veux qu'un élève de 4e? Ils sont fous,

40:10

quoi. Donc, voilà. Donc, comme je n'arrive pas, je n'ai pas trouvé le truc pour les intéresser.

40:17

Donc, je n'ai pas de 4e. Mais les 3e, les 5e et les 6e,

40:21

c'est vraiment des trucs où ça marche bien. Et puis,

40:24

après, c'est des choix aussi avec tes équipes, tu vois.

40:27

Moi, je suis co-ordo, c'est-à-dire qu'en gros, il y a trois professeurs d'histoire-géographie et en

40:33

gros, c'est moi qui chapote. Et à chaque fin d'année,

40:37

c'est moi qui dois faire un peu les dispatchements.

40:41

Et pour essayer d'organiser les classes de la meilleure façon possible.

40:44

Voilà, et que tout le monde ait à peu près ce qu'il veut,

40:45

etc. Et aussi les emplois du temps qu'il veut et le nombre d'heures supplémentaires qu'il veut,

40:48

etc. Et j'ai de la chance, déjà parce que j'ai deux perles de collègues que j'aime d'amour,

40:54

vraiment d'amour. Et surtout, on a des envies qui sont en fait pas concomittantes.

41:01

En fait, vous êtes complémentaires.

41:02

Oui, et donc ça permet... La seule chose qu'on a tous,

41:06

les trois, parce qu'en fait, on est trois titulaires et on a un TZR chaque année,

41:09

parce qu'il y a trop d'heures, et qu'on ne veut pas prendre 50 000 heures supplémentaires.

41:14

La seule chose qu'on s'est mis d'accord, c'est que les titulaires,

41:16

on a toujours les sixièmes, on a toujours les troisièmes.

41:18

On ne les laisse pas en fait au TZR, parce que...

41:20

Alors déjà parce qu'on a eu malheureusement une très très très très mauvaise expérience avec un

41:26

TZR, ça ne veut pas dire qu'ils sont tous mauvais,

41:30

il y a des gens qui sont incroyables avec qui on a travaillé,

41:32

qui sont devenus des amis et tout, mais on a eu vraiment une giga mauvaise expérience qui a fait qu'on a fait un peu une

41:39

jurisprudence en disant, ok, la troisième c'est l'année d'orientation,

41:43

donc on se met tous les trois, on a l'habitude de travailler ensemble pour préparer les brevets

41:47

blancs, c'est plus facile, etc. Et c'est pareil pour les sixièmes,

41:51

en fait, c'est le moment où ils arrivent, il faut qu'on puisse travailler ensemble pour avoir fait la même chose en termes

41:57

de préparation, tu vois, apprendre à apprendre, réviser les chiffres romains,

42:01

les trucs comme ça. Donc, il faut qu'on ait des cours ensemble,

42:04

en fait. Donc, on s'est dit, OK, on garde ça. Et puis,

42:07

le TZR, en fonction des besoins, soit on va lui mettre des cinquièmes,

42:10

soit on lui met des quatrièmes, mais jamais plus,

42:13

quoi. Et puis c'est pareil, le pauvre, s'il est ou elle est dans un autre établissement,

42:19

il ne faut pas qu'il se retrouve avec quatre niveaux à faire.

42:22

Oui, au moins comme ça, c'est moins réparti. Enfin,

42:25

c'est moins réparti, ça permet de cibler un petit peu plus.

42:27

Et comme ça, il peut se taper Napoléon.

42:28

C'est ça. Il peut se taper Napoléon. Et pas moi. Moi,

42:31

vraiment, je ne fais pas. Désolée à tous les fans de Napoléon qui vous écouteront.

42:36

Ouais, mais bon.

42:37

Moi non, ce n'est pas mon kiff. Voilà. Désolée.

42:42

Ça s'entend, ça s'entend, ça s'entend. Mais du coup,

42:46

concrètement, en fait, quand tu es dans ta classe,

42:49

vu que tu dois gérer des personnes en difficulté,

42:52

des personnes différentes, des personnes qui sont dans des milieux plutôt défavorisés,

42:57

donc qui ont aussi des difficultés en dehors de l'école,

43:00

etc. En termes de journée, parce qu'en fait, tu les as pendant une heure à chaque fois.

43:09

55 minutes.

43:10

Oui, voilà. Mais dans les 55 minutes.

43:13

Tu n'as pas 55 minutes effectives de cours. C'est un mythe.

43:19

Déjà, tu sais quand ils sont dans le couloir. En fait,

43:26

tes élèves, tu les connais. T'en as que ça fait plusieurs années que tu les as.

43:30

Donc, tu sais, en fonction, s'ils vont te dire bonjour,

43:34

s'ils vont pas te dire bonjour, s'ils vont te regarder,

43:36

s'ils vont te fuir, alors qu'ils connaissent la règle,

43:40

ils vont tout de suite s'asseoir, alors que chez moi,

43:41

on s'assoit pas. Tu vois? Tu sais. Et en fait, moi,

43:47

ce que j'ai tendance à faire, quand je vois qu'un élève ne va pas,

43:51

c'est que je le prends à part. C'est-à-dire que je vais lancer l'activité,

43:55

par exemple, imaginons, t'es en sixième, on fait les premières écritures,

43:59

vas-y, remplis la carte de croissant fertile, qui est au tableau.

44:04

Et je vais prendre le gamin à part, je vais lui dire,

44:07

il y a un souci, est-ce que tu veux qu'on en parle?

44:09

Parfois, tu ne veux pas qu'on en parle, donc ce n'est pas de problème.

44:13

Mais sache que voilà.

0:00

Tu ouvres la porte en fait.

0:00

Voilà. Ou sinon, si je n'ai pas le temps parce que j'ai vraiment plein de trucs à faire,

44:18

je mets un post-it. Tu vois, je travaille. Je suis en train de lancer,

44:21

je ne sais pas moi, une activité. Je suis en train de lire,

44:24

tu vois, où j'ai donné la lecture à quelqu'un. Je vais écrire sur un post-it et puis je vais dire,

44:29

ok, j'ai vu que ça n'allait pas. S'il y a un problème,

44:32

tu fais signe. Enfin, voilà. En fait, En tout cas,

44:36

l'élève, il sait que je sais. Et après, soit tu es OK et on en discute et machin,

44:44

on peut même aller vite fait dans le couloir et moi,

44:47

je laisse ma porte ouverte pendant l'activité ou voilà.

44:49

Ou tu ne veux pas et il n'y a pas de problème non plus quoi.

44:52

Mais au moins, tu as ouvert la porte.

44:53

Tu sais que je sais qu'il y a un lézard. Et puis voilà,

44:58

souvent les élèves, parfois ils ne te le disent pas à l'instant T parce qu'il y a les pairs et que

45:03

c'est compliqué. Mais parfois ils reviennent à la récré.

45:06

Ou plus tard.

45:07

Oui, quand du coup, ils ont réussi à pouvoir processer un peu comment ils allaient faire

45:11

l'explication.

45:12

C'est ça. Ou même, tu vois, pas vouloir... Moi, je me souviens d'un gamin.

45:16

Alors, lui, donc...

45:16

Jean-Michel.

45:17

Oui, mais en fait, lui, il était dans un dispositif qu'on appelle les dispositifs ULIS.

45:22

En fait, donc, il y a plusieurs... Donc, tu as le collège général,

45:26

si tu veux. Tu as les SECPA, qui sont déjà une autre façon d'enseigner,

45:32

où là, c'est plutôt pour des enfants qui ont des problèmes d'apprentissage,

45:37

mais légers. Ce n'est pas des professeurs, mais c'est des professeurs des écoles qui les ont

45:40

parfois. Enfin, qui les ont toujours, d'ailleurs.

45:42

Et puis, parfois, ils sont intégrés dans nos cours.

45:44

Et puis, les ULIS, c'est autre chose. C'est là pour des handicaps,

45:47

en fait, cognitifs, souvent. Et donc, ils peuvent être inclus,

45:52

tu vois, dans nos classes. Moi, il se trouvait que ce gamin,

45:54

donc, qui avait... Enfin, sa vie, c'était Zola, quoi.

45:57

Le pauvre...

45:59

En plus d'avoir un trouble cognitif très fort. Ce jour-là,

46:04

ça se passait super bien avec moi. Il adore l'histoire géo.

46:07

C'était le seul cours d'ailleurs où il était inclus.

46:09

Parce que sinon, ça se passait très, très, très,

46:10

très, très, très, très mal avec une violence. Il n'arrivait pas à gérer du tout ses émotions.

46:15

On va dire ça comme ça. Et ce jour-là, ça ne se passe pas bien.

46:19

Mais genre vraiment pas bien. Il ne me dit même pas bonjour.

46:22

Et en fait, je le sens, mais toute l'heure sur le point d'exploser.

46:26

Et là, c'est le moment où, comme je sais qu'il peut être très violent,

46:29

je suis quand même pas très sereine. Et je suis pas très sereine pour mes élèves,

46:32

surtout. Parce que moi, je me dis, OK, pour qu'il m'explose la gueule,

46:36

il faut quand même qu'il fasse 20 pas. Donc, bon.

46:39

Mais pour exploser la gueule de son voisin, c'est juste à côté.

46:41

Donc, voilà. Donc, je suis vraiment dans un moment où je suis très,

46:44

très tendue. Je passe une heure très, très difficile.

46:48

Et surtout, je reviens. Là, lui, je lui ouvre plusieurs fois la porte parce que je sais qu'il va le

46:52

dire à personne, en fait. Et finalement, il commence à pleurer.

46:58

Et c'est un gamin vraiment dur. Jamais je l'ai vu comme ça.

47:05

Et donc je le vois, mais tu sais, pas pleurer, genre à chaudes larmes et tout.

47:07

Il se prend la tête dans les mains et tu vois juste les soubresauts du truc.

47:12

C'est horrible. Et donc je ne lui donne pas le choix,

47:15

je le fais sortir et je sors avec lui. Et en fait,

47:20

là, il me dit « Oui, aujourd'hui, c'est mon anniversaire.

47:23

» Je dis « Ok, donc bon anniversaire. » Je vois,

47:29

j'essaye un peu de... Et il me dit « Ouais», donc il était en foyer.

47:33

Et donc handicapé, en foyer.

0:00

Ohlala mais quel pauvre enfant...

0:00

Donc quand je te dis « Oh là, sa vie. » Et je lui dis « Ok,

47:40

d'accord. Et qu'est-ce que je peux faire pour toi et tout?

47:42

» Et il me dit « Rien, madame. Mais vous savez, maman,

47:46

elle ne m'a pas appelée. » Qu'est-ce que tu dis à un gamin qui est en train de s'effondrer sur toi,

47:54

qui a un trouble cognitif, qui a une difficulté à gérer ses émotions?

47:59

Tu le sais, c'est diagnostiqué. Et là, tu te dis même sa maman l'a oublié.

48:07

Voilà. Et ce soir-là, je t'avoue que quand je suis rentrée chez moi,

48:11

ça a été compliqué.

48:13

Oui, j'imagine.

48:14

Tu vois. Et en fait, le lendemain...

48:16

Parce que c'est un enfant qui souffre.

48:17

Bien sûr. C'est un enfant qui souffre. Et là, à ce moment-là,

48:21

toi, t'as pas de solution, en fait.

48:23

Bah oui, parce que tu peux pas remplacer sa mère.

48:24

Bah non. Mais voilà. Mais oui. Et c'est un gamin qui aurait clairement pu me claquer dans les

48:29

doigts. Et finalement, il a pas claqué. Mais ouais.

48:33

Mais il t'a fait confiance pour lui dire ça, déjà.

48:35

En fait, je pense qu'il a été assez en confiance pour pleurer et donc après pour pouvoir lâcher.

48:42

Mais oui, mais donc en fait, ça veut dire que tu vois,

48:44

et c'est parce que j'insistais, là, il ne m'ouvrait pas du tout la porte.

48:47

Du tout, du tout. C'est parce que je suis revenue,

48:49

revenue, revenue. Puis finalement, quand en fait,

48:51

je pense qu'il s'est dit...

0:00

Parce qu'il n'avait pas la force, c'était trop dur.

48:53

Et je pense que c'est pour ça qu'il a lâché. Mais il s'est senti assez en confiance pour lâcher.

48:58

Oui, parce qu'il a vu que tu ne lâchais pas l'affaire,

48:59

toi.

48:59

Oui, c'est ça. Je suis là. J'ai pas cette réputation en plus d'être quelqu'un qui lâche trop.

49:04

Donc voilà. Et puis c'est vrai que t'as ça et puis à côté t'as ton petit TSA qui peut-être n'est pas bien parce que tu lui

49:14

as demandé de travailler avec son binôme et que lui,

49:16

il avait pas envie de travailler avec son binôme.

49:18

Donc tu fais... T'es un peu genre... T'es un peu en train de jongler.

49:24

Oui, parce qu'en fait finalement t'es prof d'histoire géo mais t'es aussi assistante sociale,

49:27

psy...

0:00

Psy, maman, enfin non mais c'est vraiment ça.

49:31

Et tu n'as aucune formation, évidemment.

49:32

Et j'ai pas de formation. Non, non, et en fait, c'est toujours ça,

49:35

c'est aussi trouver la bonne distance. Voilà, parce que bon,

49:39

tu...

49:40

Mais du coup, de quoi tu t'inspires? Parce que vu que t'as pas de formation,

49:44

t'as une formation de professeur d'histoire géo,

49:48

quoi.

49:48

Ouais, bah je sais, je connais, je sais bien placer les capitales du monde,

49:51

tu vois. Voilà, c'est pas mal.

49:54

Mais tu t'inspires de manière empirique, c'est ce qu'on disait tout à l'heure,

49:58

parce que par rapport à ton vécu...

49:59

C'est ça, pendant sept ans.

50:00

Mais est-ce que tu t'inspires aussi de ta manière de relationner avec les gens?

50:04

Est-ce que tu t'inspires aussi?

50:06

En fait, je pense... Alors moi, j'ai eu des professeurs avec qui ça a été difficile.

50:09

Je ne suis pas du tout neuroatypique ni rien, mais j'ai eu des professeurs qui m'ont jugé très,

50:14

très fort. Je passe un bonjour à mon professeur d'histoire-géographie de Terminale qui m'a mis 5 toute l'année et j'ai eu

50:22

18 au bac et j'ai eu 18 au bac blanc, les deux seules fois où il ne m'a pas corrigée.

50:27

Et qui m'a dit que je n'aurais jamais mon CAPES et que j'étais nulle et parce que lui l'avait eu au bout de la cinquième

50:34

fois. Je l'ai eu donc au premier coup et je l'ai eu avec 14 de moyenne.

50:39

Merci! Merci de m'avoir dit que j'étais incapable.

50:42

Monsieur Jean-Michel! Tiens!

50:45

Et en fait, je pense qu'il y a eu quand même une certaine maltraitance institutionnelle de certains de mes enseignants envers

50:51

moi, alors que j'étais une bonne élève. Donc en fait,

50:54

il y a ce côté... Je sais que j'ai été une bonne élève,

50:58

etc. Et on m'a quand même fait du mal en tant qu'enseignant.

51:01

Donc, je n'ose imaginer ce qu'on fait subir à des élèves.

51:04

En fait, tu as une notion de l'injustice vécue.

51:07

Ouais. Et puis, en plus, même pas, mais enfin, juste,

51:10

moi, j'ai eu une prof de troisième en maths. J'ai eu deux au contrôle.

51:16

Donc, visiblement, je n'avais pas compris le contrôle.

51:18

Elle m'a mis une heure au tableau, et elle a attendu.

51:22

Oh non!

51:23

Et on a attendu.

51:23

Oh mais l'humiliation!

51:24

Et finalement, mes copains de troisième m'ont soufflé les réponses.

51:29

Je viens d'un établissement privé, c'est pour ça que j'enseigne dans le public.

51:33

Voilà. Et au bout de 50 minutes...

51:38

Mais là c'est de l'humiliation.

51:39

Non, non, le bonheur arrive. C'est même pas là le plus gros.

51:42

Donc t'es en troisième, t'as 14 ans. Donc au bout de 50 minutes,

51:47

mes copains me soufflent les réponses. Je commence à me débloquer un peu et quand j'ai une bonne

51:52

réponse, elle me dit "la Vierge a eu une illumination".

51:57

Mais non, mais c'est condamnable ça.

51:58

Oui. Et donc, vu que j'ai vécu ça, je sais qu'il y a des preuves qui peuvent être horribles.

52:05

Et justement, c'est un peu ma jurisprudence. C'est de me dire,

52:08

OK, il ne faut jamais, jamais, au grand jamais que je ne devienne ça.

52:12

Et en fait, donc, tu vois, quand on reprend le fil de la conversation,

52:15

je t'ai dit, je me suis rendue compte que j'ai été maltraitante et que j'ai été dans l'institution

52:19

et tout. Et donc, ça, en fait, un jour, je ne l'ai plus supporté.

52:24

En fait, c'est juste que je me suis couchée un soir et je me suis dit,

52:26

en fait, c'est pas possible. Et je veux être maman,

52:32

donc maintenant je le suis, mais à l'époque je l'étais pas encore.

52:35

Et je me disais en fait, je ne supporterais pas que quelqu'un fasse ce que je fais à mon enfant.

52:41

J'aurais qu'une seule envie, c'est de le déglinguer.

52:44

Donc en fait, si je ne veux pas que mon enfant subisse ça,

52:49

alors en fait, il faut pas que je le fasse subir aux autres.

52:52

Et donc après, ça a été de trouver des moyens.

52:56

Mais c'est vachement dur, parce qu'en plus, vu qu'on est dans un climat très tendu,

53:00

où il y a beaucoup de discrimination, de violence,

53:03

etc. envers les personnes qui sont différentes et qu'on considère comme inférieures,

53:07

entre gros guillemets, du coup, ça veut dire que déjà,

53:11

il faut s'auto-brainwasher pour revenir à une vision plus objective.

53:17

Je crois qu'en fait, ça a été le moment où justement,

53:20

moi, j'ai eu sept années, entre plus de cinq ans,

53:24

cinq ans où vraiment j'ai survécu, deux ans où ça a un peu stagné,

53:28

où je pense que c'est le moment où j'ai fait un peu mon chemin.

53:31

Et après, il y a eu déclic. Et en fait, comme je te le disais,

53:34

j'avais plus à faire mes contrôles, mes trames de cours,

53:40

elles étaient faites et tout. Donc en fait, c'était le moment où j'avais de nouveau de l'espace mental pour réfléchir à

53:45

autre chose et pour me décaler. Voilà, c'est un moment aussi où j'ai eu dans mon entourage des gens

53:52

qui forcément, tu vois, c'était un peu après le Covid.

53:55

Enfin, le Covid est arrivé, on a commencé à parler de santé mentale.

53:59

Il y a eu des choses en fait dans même ma vie qui ont fait que,

54:04

j'ai mon meilleur ami qui a été diagnostiqué TSA.

54:07

Enfin, tu vois, il y a eu des trucs qui ont fait que dans ma vie,

54:09

je me suis dit, OK, OK, il y a des trucs qui arrivent.

0:00

Ca bouge.

0:00

Voilà. Et en gros, j'avais et l'espace mental et des trucs dans ma vie personnelle qui faisaient que je commençais à être

54:22

sensibilisée un peu. Puis, on a eu le fait qu'on allait avoir des ULIS dans le bahut.

54:29

Donc, en fait, on te dit en juillet qu'en septembre,

54:33

tu vas avoir des enfants avec des grosses situations d'handicap.

54:35

Hop! En fait, là, t'es dans l'urgence. Je dis, bah,

54:38

ok, ok.

54:38

Mais c'est demain.

54:39

C'est ça. J'ai un été pour me préparer un truc, tu vois.

54:43

Et donc, en fait, tout ça fait que tu... Voilà, et puis on a la chance...

54:49

Enfin, moi, j'ai eu la chance de croiser, en effet,

54:52

des enfants en situation de handicap qui ont été extraordinaires,

54:55

mais aussi les personnes qui les accompagnent, qui s'appellent les AESH.

54:59

Voilà, mesdames, parce que souvent, mesdames, mesdames,

55:01

vous êtes les fées du quotidien et les héroïnes du quotidien,

55:04

et je suis désolée que vous ne soyez pas assez payées et que vous ne soyez pas assez reconnues parce qu'on ne peut pas travailler

55:09

sans vous. Et moi, je vous aime très, très fort parce que vraiment...

55:14

Parce que c'est un ou une AESH par enfant.

55:16

Non, non, ce serait tellement vrai un si c'était ça.

55:20

Non, il y a des enfants qui se partagent une AESH.

55:22

Ah oui ok.

55:23

Tu vois, genre, tu vas avoir un gamin, il va avoir trois heures d'AESH,

55:26

l'autre qui va en avoir six heures et c'est la même.

55:28

Et en fait, on essaie de faire correspondre leurs emplois du temps.

55:33

Mais il y en a quand même certains qui sont très lourdement handicapés qui ont beaucoup leur AESH et elles sont les clés

55:41

parce qu'elles comprennent les enfants qu'elles voient elles tout le temps.

55:44

Et moi elles m'ont aidé à plein de choses même à déconstruire mon regard enfin voilà.

55:52

Donc voilà pour moi vous faites partie des bonnes fées de l'éducation nationale et je suis très très très très désolée qu'on ne

55:58

vous considère pas autant que vous le devriez parce que moi je pense que je ne peux pas travailler

56:02

si vous n'êtes pas là.

56:04

Mais du coup, toi qui fais de la formation aux gens,

56:08

ça vaudrait peut-être le coup de faire une sorte de binôme avec toi?

56:12

En fait, le problème, c'est que ça, ce n'est pas moi qui peux le faire,

56:15

c'est l'éducation nationale et ce sont les inspecteurs d'académie.

56:19

Et moi, je n'ai pas du tout, du tout, du tout la main.

56:21

Parce que tu ne fais pas les formations de manière indépendante,

56:23

ça dépend de l'éducation nationale.

56:24

Non, non, en fait, c'est l'éduc-nat qui, moi, en gros,

56:27

m'a dit, ouais, vous avez eu des super bonnes sélections,

56:29

en fait, visiblement, vous êtes plutôt une bonne prof.

56:31

Ça nous arrangerait que vous ayez des étudiants et que vous leur appreniez les ficelles du métier.

56:39

Ben bien sûr!

56:41

Et donc, c'est l'institution qui te demande de former les gens,

56:45

mais en fait...

56:45

Du coup, ils n'ont pas du tout prévu qu'il y a aussi ces personnes-là qui font partie du truc.

56:50

En fait, justement, quand tu as tes étudiants qui sont avec toi en classe,

56:53

c'est à toi de créer le lien et faire comprendre,

56:57

mais voilà, c'est toujours la même chose, on apprend sur le tas.

57:01

Et du coup, selon toi, qu'est-ce que ce seraient les évolutions qui te semblent prioritaires par

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rapport à ce que tu vis?

57:08

L'inclusion? Déjà, vraiment, il faut qu'on forme les personnels à l'IA.

57:16

Moi, je pense que vraiment, l'IA va nous... Alors,

57:19

ne peut pas nous sauver, non, mais l'IA va pouvoir permettre une inclusivité que...

57:26

Et encore, tu vois, en fait, il y a aussi la différence entre l'inclusion et vraiment faire en

57:33

sorte que ton élève, il fasse partie du groupe.

57:35

Oui.

57:35

Tu vois? Et moi, j'ai des élèves qui sont inclus,

57:38

c'est-à-dire qu'ils sont en classe, mais qui ne sont pas vraiment forcément dans le groupe classe,

57:44

tu vois, encore.

57:46

Donc, en fait, ils ne relationnent pas avec le…

57:48

Pas forcément. Et justement, je pense que c'est parce qu'on ne fait pas toujours,

57:53

parce que même moi, je ne le fais pas toujours, l'effort de tout,

57:56

tout, tout, tout adapter.

57:58

Tu ne peux pas tout faire non plus.

57:59

Ce que je veux dire, c'est que parfois, forcément,

58:02

ton élève, même si tu as voulu faire plein de trucs pour qu'il soit là et qu'il soit acteur de ses

58:08

apprentissages, en fait, tu ne peux pas tout faire.

58:10

Et donc, en fait, naturellement, tu mets quand même de temps en temps à l'écart.

58:12

Oui

58:13

Tu vois. Moi, par exemple, j'ai besoin d'avoir des travaux de groupe.

58:16

Bon, je suis désolée pour mes petits TSA, mais en fait,

58:18

je suis désolée, j'ai besoin de t'évaluer en groupe.

58:22

Et bon, là, je sais que... Je leur explique. Souvent,

58:25

je les préviens à l'avance. Je les préviens deux ou trois jours à l'avance.

58:28

Bon, là, tu vois, je les mets avec leurs copains.

58:31

Mais c'est compliqué, tu vois. Et donc, je pense que,

58:34

en tout cas, l'IA peut être un super adaptateur.

58:38

Et je pense que ça permettrait aussi que tous les collègues puissent s'adapter.

58:44

En fait, d'être plus fin.

58:45

Ouais, c'est ça. Et puis même quand t'as 150 gamins,

58:48

c'est pas comme quand t'en as 500, tu vois, t'as pas le temps.

58:51

Donc, je pense que ça, c'est un gros truc qui permettrait d'être plus inclusif.

58:56

Après, évidemment, il y a les moyens. Voilà. Je ne fais pas de politique.

59:01

Je ne fais pas de politique.

0:00

"Donnez des sous à l'éducation"....

59:05

Non, mais en fait, c'est ça. Le fait que des élèves qui devraient avoir une AESH 12 heures,

59:13

et en fait, on ne peut pas les avoir 12 heures parce qu'il faut qu'on jongle avec trois autres gamins et qu'ils se retrouvent

59:18

finalement avec une AESH, je ne sais pas, que 5 heures et en plus,

59:22

pas dans des cours où forcément il en a besoin. Par exemple,

59:26

quelqu'un qui a besoin d'une AESH pour écrire, ce serait plutôt logique qu'elle soit là en

59:32

français, en histoire-géo, où tu as tendance à écrire.

59:35

Et moi, cette année, j'en avais un, il avait son AESH en maths et en...

59:39

Sport. Non, c'était en art plastique. Je veux bien,

59:42

mais pour un super DYS, pas fifou tu vois. Donc,

59:46

qu'on te donne des moyens pour que les AESH, elles soient présentes,

59:51

le nombre d'heures alloué aux enfants, qu'on les recrute,

59:54

qu'on les paye, parce qu'elles sont payées très mal.

59:58

C'est des gens qui, quand même, s'adaptent, savent s'adapter.

1:00:02

Et puis, nous donner des moyens, ne serait-ce que...

1:00:04

Voilà, moi, comme tu le disais à un moment, je suis prof,

1:00:08

je suis psy, je suis... Et en fait, c'est l'une des choses qui,

1:00:11

à mon avis, dégoûte beaucoup de gens dans l'éducation nationale.

1:00:14

C'est qu'on te demande d'avoir tellement plus de casquettes.

1:00:17

Moi, j'étais PP de sixième cette année.

1:00:20

Professeur principale du coup.

1:00:21

Oui, professeur principale de sixième. J'ai dû faire des tests à des élèves parce que je pense

1:00:28

qu'ils méritaient une réorientation. Ils étaient en classe générale et c'était pas leur place.

1:00:33

Enfin, voilà. Le nombre de réunions que tu te tapes avec les parents pour expliquer la démarche,

1:00:40

pour ensuite... Ils te disent oui, donc tu fais le test.

1:00:43

Donc ça te prend des heures aussi. Et puis finalement,

1:00:46

tu l'envoies le test. Et puis finalement, ils te disent non.

1:00:48

Et puis après, ils te redisent oui. Et après, ils te redisent non.

1:00:50

Mais en fait, le moment, il est... Et puis après,

1:00:52

ils rechangent d'avis. Mais le problème, c'est que ça y est,

1:00:55

les commissions, elles sont passées. Donc en fait,

1:00:57

c'est plus possible. Et après, l'année d'après, on recommence.

1:01:00

Tu vois? Et en fait, c'est ultra usant parce que moi,

1:01:04

je comprends. Moi, je comprends absolument. Je suis mère maintenant.

1:01:06

Je comprends que ce soit difficile de se dire, OK,

1:01:09

mon enfant, il ne va pas aller au collège général.

1:01:11

Il va peut-être aller en SEGPA, il va peut-être pas aller en lycée.

1:01:12

Parce qu'en fait, on a tellement discriminé les formations alternatives.

1:01:16

C'est ça.

1:01:17

Je vois, encore, on parlait de Napoléon. C'est lui qui a fait l'école polytechnique,

1:01:21

tout ça, l'élitisme à la française. En fait, résultat,

1:01:24

si on ne fait pas une terminale S, quand il y avait encore les sections,

1:01:27

mais voilà, terminale S, il faut faire science parce que voilà,

1:01:29

l'élite, tralala. Il faut faire une école d'ingénieurs parce que l'élite,

1:01:33

tralala. Bah oui, bah puis qui c'est qui a créé Polytechnique?

1:01:35

Napoléon. Mais du coup, en fait, on est tellement dans cet élitisme qu'on oublie que des mains d'or

1:01:40

d'un menuisier, bah il va pas passer par Polytechnique,

1:01:42

en fait, pour pouvoir être menuisier.

1:01:42

C'est ça, et en plus, on joue avec autre chose, c'est que moi,

1:01:48

parfois, j'ai des gens qui viennent de l'étranger,

1:01:51

qui ont tout lâché dans un pays où ça allait très mal,

1:01:56

etc. qui viennent en disant à leurs enfants qu'ils vont leur offrir une meilleure vie et en fait,

1:02:02

ils ont aussi cette idée que la meilleure vie pour eux,

1:02:07

c'est travailler dans un bureau ou travailler pour être enseignant,

1:02:11

enfin voilà, fonctionnaire ou... Et donc en fait,

1:02:13

ils ont projeté, ce que je peux complètement comprendre parce que eux,

1:02:16

ils n'ont pas du tout en fait le passif de ma vie.

1:02:19

Ils ont projeté quelque chose pour leurs enfants et en fait,

1:02:22

quand tu dis que ce qu'ils ont projeté, ce n'est pas forcément le mieux pour leurs enfants,

1:02:26

En fait, déconstruire ça, c'est extrêmement difficile,

1:02:29

c'est extrêmement violent.

0:00

Oui, ils ne se rendent pas forcément compte aussi qu'en plus,

1:02:34

si c'est pour avoir... Parce que souvent, quand ils disent une bonne vie,

1:02:37

c'est parce qu'ils ont manqué aussi financièrement.

1:02:40

Et du coup, ces personnes-là ne vont peut-être pas forcément se rendre compte qu'un plombier va mieux gagner sa vie que

1:02:45

juste si tu es employé de bureau de base.

1:02:48

Tout à fait, tout à fait. Mais voilà, c'est un truc qui est en plus différent parce que ce que je

1:02:55

veux dire...

1:02:55

Employé de base c'est pas péjoratif.

1:02:55

Non, bien sûr que non, mais ce que je veux dire, c'est ça,

1:02:55

c'est qu'en fait, ils ont des projections, mais comme,

1:03:01

je pense, tous parents, en fait, et c'est difficile de déconstruire une projection et puis...

1:03:08

Parce que c'est leur enfant.

1:03:09

Voilà, et puis voilà, donc on se retrouve aussi avec des moments où,

1:03:15

nous, en tant que professionnels de l'éducation nationale,

1:03:19

on est face à un mur, c'est de toute façon les parents qui ont le dernier mot.

1:03:23

Mais on sait que, par exemple, moi je le vis cette année,

1:03:28

je sais que l'année prochaine, cet élève de 6e qui va aller en 5e générale,

1:03:33

on va être maltraitant avec lui. C'est évident, mais parce que la famille...

1:03:41

Alors, je me dis aussi, parfois, j'ai peut-être pas su expliquer,

1:03:43

j'ai pas su expliciter, j'ai pas su convaincre.

1:03:46

Oui, mais après, tu peux pas non plus avoir sur tes épaules la responsabilité totale de

1:03:50

l'intégralité du processus.

1:03:52

Non, bien sûr que non. Non, mais bien sûr que non.

1:03:53

Mais tu vois, je me dis, il y a peut-être quelque chose dans le process où j'ai pas été bonne.

1:03:57

Ça veut pas dire que...

1:03:58

Tu l'as fait toute seule, le process aussi.

1:04:00

Oui, oui. Non, mais voilà. Et puis, je me dis...

1:04:02

S'il y avait plus d'aide aussi pour t'accompagner,

1:04:05

accompagner la famille, accompagner l'enfant.

1:04:08

Mais voilà. Et donc, c'est vrai que parfois, on se retrouve avec...

1:04:10

Moi, c'est un truc qui me fait vriller quand je vois...

1:04:14

Alors, à pire, c'est sur les réseaux et tout. Quand je vois les gens qui sont dans le jugement,

1:04:17

qui disent « Oui, comment il a pu arriver en troisième alors qu'il ne sait pas lire,

1:04:20

pas écrire? » Oui, il est arrivé en troisième parce que maintenant,

1:04:23

il n'y a plus en fait la possibilité du redoublement.

1:04:27

C'est la famille qui le donne.

1:04:29

Ah, c'est fini ça?

1:04:30

Oui, c'est la famille qui demande les redoublements.

1:04:33

Ah, il faut que ce soit demandé, c'est-à-dire que ça ne peut pas être proposé par l'enseignement?

1:04:38

Non, on ne le fait pas.

1:04:39

Oui, mais c'est les envoyer au casse-pipe.

1:04:41

Oui, oui, oui. De toute façon, la taule, ils se la prennent en troisième quand ils n'ont pas

1:04:44

d'orientation.

1:04:46

Oui, mais le pauvre enfant, il n'y peut rien.

1:04:48

Oui, mais c'est comme ça.

1:04:51

Mon Dieu, alors là, je découvre.

1:04:53

Et c'est pour ça qu'on essaie de les orienter. Moi,

1:04:56

j'ai un CPE, donc on a trois CPE dans le bahut. On en a un qui est dédié aux troisièmes,

1:05:01

vraiment c'est un sacerdoce, c'est l'homme qui va trouver toutes les parades possibles pour qu'on

1:05:08

ait des élèves. Moi cette année quand même j'ai un élève,

1:05:11

il n'était pas avec moi cette année, mais c'était un troisième,

1:05:14

il a redoublé sa troisième et donc il est arrivé.

1:05:19

Donc lui on n'a pas pu tester, mais il y a un problème cognitif,

1:05:23

mais on n'a pas pu tester parce qu'on n'a pas eu le temps de tester,

1:05:28

de lancer les procédures, etc. Mais pas lire, pas écrire,

1:05:33

pas compter pendant deux ans. D'accord? Alors qu'on lui a donné des cours et tout.

1:05:38

Donc un vrai gros problème cognitif. Et en fait,

1:05:41

on n'a pas su, parce qu'il n'a pas vu le médecin,

1:05:43

on n'a pas su ce qui se passait. Mais quand même,

1:05:48

cette année, il a une orientation et il va être...

1:05:51

Alors si je me souviens bien, il est dans un truc...

1:05:54

un CAP, quoi. Mais donc, il a eu un CAP. Mais donc,

1:05:58

non mais, ça veut dire qu'en fait, quand on a des gens qui sont vraiment très,

1:06:02

très, très, très, très dévoués, comme le CPE de mon bahut,

1:06:06

qui est un ange, on peut arriver à des choses, tu vois.

1:06:11

Mais c'est vraiment... Enfin, en fait, c'est tellement dépendant de personnes qui ont une force

1:06:14

d'esprit et d'action.

1:06:15

Exactement. Mais je trouve que c'est ce dont mes élèves n'ont aucune conscience,

1:06:21

c'est qu'ils ont une équipe, enfin nous on est une équipe là au collège,

1:06:26

où vraiment on s'use, mais on s'use parce qu'en fait on est très très très très très investis.

1:06:35

En fait on lâche jamais notre cerveau, on lâche jamais nos élèves.

1:06:39

Vraiment.

1:06:39

Oui parce que c'est "vocation", "dévouement"...

1:06:41

Et là, tu vois, aujourd'hui, je suis allée sur mon truc...

1:06:47

On tourne en été, on est en plein mois de juillet.

1:06:50

Oui.

1:06:51

Je suis allée voir la mise à jour des statuts des élèves de 3e,

1:06:58

s'ils ont tous leur truc ou pas. Tu vois? Et on est donc mi-juillet,

1:07:04

fin juillet, quoi. Donc tu vois, on est tous encore dans ce truc-là.

1:07:09

Qui c'est qui a dit que les profs, ils avaient deux mois de vacances l'été,

1:07:12

hein?

1:07:12

Non mais je suis en vacances, mais quand même, tu vois,

1:07:15

je n'ai pas lâché mes gamins et je sais que le CPE ne les a pas lâchés et que...

1:07:22

Donc voilà, mais...

0:00

En fait c'est à la fois hyper louable de votre part,

1:07:29

mais ça ne fait que prouver le manque de moyens.

1:07:33

Oui, mais en fait, l'institution, elle repose sur ça.

1:07:39

C'est-à-dire que maintenant, on est peu d'enseignants,

1:07:42

mais de moins en moins. Les seuls dingos qui passent les concours,

1:07:46

je pense que c'est des gens qui sont vraiment avec une vocation.

1:07:51

Et justement, on a ce défaut qui est aussi le défaut du sauveur.

1:07:58

Et en fait, l'institution, elle compte sur nous pour ça.

1:08:03

Elle ne donne pas plus de moyens, elle attend juste que les personnes soient des surhommes,

1:08:07

des surfemmes.

1:08:08

Exactement. Moi, pour l'anecdote, j'ai un petit garçon,

1:08:13

il a trois ans.

1:08:15

Il s'appelle Jean-Michel.

1:08:16

Il s'appelle Jean-Michel aussi. Mais quand j'ai été enceinte,

1:08:21

j'ai eu des problèmes pendant ma grossesse et il s'est trouvé qu'il a fallu que je sois alitée.

1:08:29

Et que je m'arrête beaucoup plus tôt, etc. Et bien en fait,

1:08:33

je l'ai extrêmement mal vécu, mais je me suis effondrée dans le bureau du médecin.

1:08:39

Mais genre le médecin n'a pas compris. Elle me regarde et me dit mais en fait vous avez,

1:08:44

je ne sais plus, c'était genre 9,5 de tension, genre j'étais mourante quoi.

1:08:48

Elle ne savait même pas comment je m'étais levée quoi.

1:08:51

Elle me dit "non mais ça ne va pas du tout, vous avez des contractions,

1:08:54

vous êtes à 9,5, vous êtes enceinte de 7 mois, c'est pas possible en fait vous pouvez pas

1:08:58

continuer". Et genre je m'effondre et pendant je crois 20 minutes je pleure.

1:09:03

Mais juste je ne fais que pleurer et le médecin ne comprend pas.

1:09:05

Enfin elle essaye tu vois de me dire "vas-y il se passe quoi?"

1:09:09

Et je ne fais que pleurer, que pleurer, que pleurer et au bout d'un moment je retrouve un peu mes esprits et je lui dis

1:09:14

en fait "mais là j'ai des troisièmes". Donc mon fils est né pareil en juillet donc on était au mois de mai et je dis enfin

1:09:23

il devait naître en août bref et je dis "mais en fait je n'aurai pas de remplaçant et j'ai des troisième donc en fait vous

1:09:30

ne m'arrêtez pas" et là elle me regarde genre...

0:00

"Madame, 9,5, on a dit."

0:00

Non mais c'est ça elle me regarde avec des yeux mais de l'enfer et elle me dit "mais non mais là c'est juste que c'est votre

1:09:40

vie, c'est la vie de votre enfant, enfin c'est pas grave quoi qu'ils aient pas eu deux mois de

1:09:45

cours d'histoire géo". Et en fait je ne sais pas et je me souviens d'être sortie avec mon mec complètement hagarde de ce

1:09:53

rendez-vous. Et en fait, j'appelle le bahut tout de suite.

1:09:59

Et je dis bon, alors c'est pas grave. Je vous explique.

1:10:02

J'ai trouvé la solution. Je vais faire des cours par visioconférence.

1:10:06

Donc voilà, on fait ceci, on fait cela. J'envoie aussi des polycopiés.

1:10:11

Et puis comme ça, les élèves terminent le programme.

1:10:16

Et là, il y avait mon mec qui regardait. "Non mais en fait,

1:10:19

elle t'a dit d'arrêter. Mais genre de vraiment arrêter".

1:10:22

Genre pas de... Non, non.

1:10:23

Il faut que tu regardes un film absolument. Je ne sais pas si tu l'as déjà vu.

1:10:28

Ça s'appelle The Ron Clark Story. L'histoire de Ron Clark.

1:10:32

OK.

1:10:32

Avec l'acteur qui joue Chandler Bing dans Friends.

1:10:36

Ah, Matthew Perry.

1:10:36

Matthew Perry. Regretté Matthew Perry. Le regretté Matthew Perry.

1:10:40

Et ce film, c'est justement un prof qui est professeur dans un lycée,

1:10:48

dans un école, je ne sais plus exactement quel niveau,

1:10:51

mais défavorisé.

1:10:52

OK.

1:10:52

Mathieu Perry. Regretté Mathieu Perry. Et ce film,

1:10:52

c'est justement un prof qui est professeur dans un lycée,

1:10:52

dans une école, je ne sais plus exactement quel niveau,

1:10:52

mais défavorisé. Et à un moment donné, c'est littéralement ça.

1:10:55

Il s'évanouit et en fait, il fait des vidéos parce que c'était il y a longtemps.

1:10:58

Donc, il fait pas une visio, il fait une cassette !

1:11:01

Et j'avais vu l'extrait et c'était très drôle parce que dans l'extrait,

1:11:04

ça faisait, je ne sais plus, genre, "machine, t'as un chewing-gum?"

1:11:07

Et elle a vraiment un chewing-gum, l'élève. Et du coup,

1:11:11

je pense que c'est littéralement, en fait, ton degré d'investissement.

1:11:16

Donc, chers auditeurices, si vous souhaitez voir le degré d'investissement de Coline,

1:11:20

eh bien, c'est, voilà, The Ron Clark Story.

1:11:24

Mais c'est vraiment ça. Et donc, pour revenir, je pense que l'institution fait beaucoup ça et on a

1:11:32

la chance, c'est aussi que, justement, pour tous les neuro-A et tout,

1:11:36

je pense qu'on est aussi beaucoup à commencer. Tu vois,

1:11:41

en salle des profs, on en parle de plus en plus des TDAH,

1:11:44

des TSA, des machins. Enfin, c'est un truc qui revient,

1:11:46

tu vois, en salle des profs. Avant, on disait juste,

1:11:49

"OK, il est chiant". Tu vois, il y avait juste...

1:11:51

On lui collait une étiquette, on disait, "il est chiant,

1:11:55

il bavarde, il ne tient pas en place" pour les TDAH,

1:11:58

par exemple. Enfin, voilà. Et en fait, on passait à autre chose.

1:12:02

Maintenant, il y a beaucoup plus, en salle des profs,

1:12:07

des discussions où "j'ai fait ça avec lui, est-ce que tu veux essayer?"

1:12:11

Partage de tips.

1:12:12

Oui, on est plus dans ça et je pense que certains d'entre nous aussi,

1:12:19

justement, parce qu'on est des trentenaires maintenant,

1:12:22

on est un peu dans le... Non mais c'est vrai parce qu'en fait,

1:12:25

les REP+, pendant très longtemps, ça a été des équipes qui avaient beaucoup de turnover.

1:12:31

Ah, il n'y avait pas de personne fixe?

1:12:32

Oui. En fait, si tu veux, il y a eu, c'est pour ça que ça a été dans les années 2010,

1:12:36

il y avait un truc où si tu restais 5 ans, tu avais beaucoup de points,

1:12:39

ce qui te permettait ensuite d'aller où tu voulais.

1:12:42

C'est plus le cas maintenant.

1:12:43

Je me souviens parce que j'avais une amie justement qui travaillait avec des personnes,

1:12:47

elle était enseignante spécialisée.

0:00

Oui, c'est autre ne chose encore.

0:00

Et du coup, elle avait accumulé des points dans un collège d'une zone défavorisée.

1:12:58

Et après, elle avait pu enfin partir dans le lieu de ses rêves,

1:13:03

à savoir Tahiti.

1:13:06

Très bien, ça doit être très cool d'ailleurs. Et en fait,

1:13:06

le fait de donner beaucoup de points, ça avait permis de sanctuariser un petit peu les équipes

1:13:06

qTrès bien, ça doit être très cool d'ailleurs. Et en fait,

1:13:08

le fait de donner beaucoup de points, ça avait permis de sanctuariser un petit peu les équipes qui,

1:13:15

en fait, avant avaient des turnovers tous les deux,

1:13:15

trois ans. Et maintenant, pendant un moment, ça a été 5-6 ans parce que les gens attendaient

1:13:15

d'avoir les points. Et maintenant, c'est encore plus longtemps puisqu'il n'y a plus de mouvement,

1:13:15

quasiment plus. Il est complètement au point mort et à l'arrêt.

1:13:15

Pour te dire, avant le Covid, en histoire géographie,

1:13:15

pour aller en Bretagne, il fallait 500 points et maintenant,

1:13:15

il en faut 1200.ui, en fait, avant avaient des turnovers tous les deux,

1:13:17

trois ans. Et maintenant, pendant un moment, ça a été cinq,

1:13:20

six ans parce que les gens attendaient d'avoir les points.

1:13:23

Maintenant, c'est encore plus longtemps puisqu'il n'y a plus de mouvement,

1:13:27

quasiment plus. Il est complètement au point mort et à l'arrêt.

1:13:31

Pour te dire, avant le Covid, en histoire-géographie,

1:13:36

pour aller en Bretagne, il fallait 500 points et maintenant,

1:13:38

il en faut 1200.

1:13:39

Oh wow!

0:00

Voilà. Donc, les Bretons ne peuvent pas rentrer chez eux pour plein de raisons qui sont la

1:13:45

politique. Mais en tout cas, là, on a donc des équipes qui se sont structurées,

1:13:53

qui sont là depuis longtemps. Moi, dans mon bahut,

1:13:55

on va dire que maintenant, la moyenne pour rester,

1:13:59

c'est 7 ans, tu vois. Donc, on a aussi, on parlait de charge mentale et tout,

1:14:04

on a aussi maintenant ce recul et pouvoir se dire,

1:14:08

OK, on ne survit plus et maintenant, on fait quoi?

1:14:11

Maintenant, comment est-ce qu'on fait des parcours?

1:14:13

Est-ce que là, tu vois, par exemple, dans mon bahut,

1:14:16

on est en train de préparer une sorte de petit fascicule.

1:14:19

Alors là, c'est pour d'autres problématiques qui ne sont pas des neuroatypies,

1:14:23

mais pour des élèves qui ne parlent pas français,

1:14:25

qui arrivent sur le territoire français et donc qui sont inclus dans nos cours.

1:14:30

Une sorte de petit, on a appelé ça l'imagier du père Castor pour les gamins,

1:14:35

mais tu vois, genre l'imagier du père Castor pour l'anglais,

1:14:38

pour l'histoire géo, pour le machin. Et pour que quand ils sont dans nos cours et qu'ils ne peuvent

1:14:42

pas suivre, ils aient des mots de vocabulaire à apprendre ou des trucs à réécrire,

1:14:46

etc. Et en fait, on est en train de le faire pour nos étrangers,

1:14:52

qu'on appelle des UPE2A. Et on se dit pourquoi pas le faire pour nos élèves ULIS,

1:14:58

pour nos élèves... Et donc voilà, on est vraiment en train de mener une réflexion collégialee.

1:15:04

Mais vous pouvez le faire parce que vous êtes ensemble.

1:15:05

Mais on peut le faire parce qu'on est ensemble et qu'on se connaît bien et que ça fait longtemps

1:15:08

qu'on travaille ensemble. Et qu'on a des gens aussi qui sont investis.

1:15:12

Non mais même qui sont tu vois parce que la prof d'ULIS elle est géniale et elle impulse en fait

1:15:18

aussi une énergie etc. des projets machin et donc ça fait que ça fait boule de neige tu vois et donc mais le problème c'est que

1:15:28

c'est pas institutionnalisé. En gros c'est vraiment chaque bahut,

1:15:32

chaque prof qui fait sa tambouille et c'est le grand regret que moi j'aurais sur l'éducation

1:15:38

nationale, c'est qu'on est toujours en train de dire on inclut,

1:15:41

mais en fait on n'inclut pas pour les bonnes raisons.

1:15:44

Je vais peut-être terminer là-dessus. On n'inclut pas pour les bonnes raisons.

1:15:48

En fait, on inclut pour enlever des moyens à l'éducation nationale.

1:15:54

C'est-à-dire qu'avant, il y avait plus d'ITEP, il y avait plus d'ULIS,

1:15:57

il y avait plus de SECPA, etc. Et on a fait plein de petites structures.

1:16:04

S'il n'y en avait encore pas assez, d'accord? Et ça demande beaucoup de choses.

1:16:08

Par exemple, en ULIS, ça veut dire une ULIS, pour vous dire,

1:16:12

c'est une unité dans le collège où il y a maximum 12 élèves.

1:16:17

C'est réparti sur les 4 niveaux. Un enseignant, une AVS.

1:16:22

Donc, ça veut dire que vous avez 2 adultes mobilisés pour 12 enfants.

1:16:28

Donc 1 pour 6.

1:16:29

Voilà.

1:16:29

T'as vu, je sais faire un peu de maths.

1:16:30

C'est cool! Donc, en fait, en termes d'humain, c'est astronomique,

1:16:37

en termes de monétaire pour l'éduc'nat'. Donc, en fait,

1:16:42

quand ça existait ailleurs, il fallait aussi la structure,

1:16:45

payer l'eau, l'électricité, enfin tout ce que tu veux.

1:16:47

Donc, en fait, on les a fermées, ces structures,

1:16:50

et maintenant, on les inclut dans le collège.

1:16:52

Ah oui, parce que là t'es 1 pour 25.

1:16:53

Voilà. Et donc, voilà. Et en fait, moi, ce que je reproche à ce beau discours qu'est l'inclusion,

1:17:01

on inclut, on veut que les enfants côtoient des enfants différents,

1:17:04

etc., etc., c'est un super vernis.

1:17:07

Oui, c'est du bullshit. C'est juste "démerden Sie sich" avec tout ce qu'il y a dans les petites

1:17:11

structures.

1:17:11

Oui, c'est juste en fait redonner à des enseignants qui n'ont jamais vu des élèves comme ça de leur

1:17:16

vie. Et puis en plus, surtout, on les met dans des établissements qui sont déjà des établissements

1:17:20

compliqués.

1:17:21

Oui, en plus.

1:17:22

C'est-à-dire que vraiment, je mets au défi d'ouvrir une ULIS à Hoche.

1:17:26

D'accord? Voilà, parce qu'on sait que les parents à Hoche,

1:17:31

ils vont péter un boulon et qu'ils vont dire "non,

1:17:32

mais nos petits mignons, en fait, je suis désolée"...

1:17:35

Je vis pas très loin de ces quartiers-là. Donc voilà,

1:17:39

moi aussi, je suis une bourgeoise. Mais je vois aussi que c'est des gens qui,

1:17:47

là où j'habite...

1:17:49

Il y a encore des discriminations pour les personnes différentes.

1:17:52

Exactement. Et on ne veut pas... En fait, c'est bien...

1:17:54

On ne veut pas faire tache.

1:17:55

En fait, c'est le discours, c'est bien ailleurs, mais pas chez nous.

1:17:59

C'est vraiment comme le racisme, quoi.

1:18:00

Voilà, c'est un peu ça. Et vraiment, c'est ça qui manque à l'éducation nationale,

1:18:06

c'est que...

1:18:07

Une vraie inclusion.

1:18:08

Ouais. En fait, qu'on donne les moyens aux enseignants d'inclure pour de vrai.

1:18:12

Et donc, pourquoi est-ce que... C'est un truc qui est délirant,

1:18:15

mais je reviens sur l'IA. Pourquoi est-ce que tous les profs,

1:18:19

on n'a pas un compte qui nous est payé par l'éduc-nat pour qu'on puisse préparer nos cours?

1:18:27

Mais tu as dit le mot-clé.

1:18:28

Oui, je sais, il n'y a pas de clé.

1:18:30

"Payer".

1:18:31

Non mais ce que je veux dire, c'est ça, c'est qu'en fait,

1:18:33

on se donne des objectifs.

1:18:36

Vous donnez votre âme, vous donnez votre corps, vous donnez votre esprit.

1:18:39

À un moment donné, vous allez finir en poussière.

1:18:40

Non mais l'éducnat, elle donne des objectifs. Elle nous dit...

1:18:43

En plus, à chaque fois, on se fait déboulonner parce que,

1:18:46

oui, on passe sur les trucs bizarres, etc. Mais on nous demande de faire plus de trucs avec

1:18:50

beaucoup moins. Sachant que, donc, beaucoup d'enseignants veulent être bienveillants,

1:18:56

veulent faire ce qu'on leur demande de faire avec les PAP.

1:19:01

Moi, j'ai quasiment jamais entendu un enseignant dire,

1:19:04

"ah bah, le PAP, je m'en branle", quoi. On va dire les termes.

1:19:07

Quand on a un professeur principal qui vient nous dire qu'il faut qu'on renouvelle le PAP de Bidule

1:19:14

pour l'année prochaine...

1:19:15

Jean-Michel.

1:19:16

Non, mais voilà, Jean-Michel Bidule. Enfin, voilà.

1:19:20

On ne sait pas, on le fait en deux sur un coin de table,

1:19:23

quoi.

1:19:24

Bien sûr, c'est un enfant. C'est un être humain quoi...

1:19:25

Mais le problème, c'est qu'on n'a pas les moyens.

1:19:30

Et en fait, on se retrouve avec ça. C'est vraiment le serpent qui se mord la queue.

1:19:34

C'est-à-dire qu'on a moins de moyens, mais on nous demande de faire plus,

1:19:38

mais on a moins de moyens, et en fait, on devient pour certains maltraitants,

1:19:42

alors qu'on veut bien faire et qu'on est très nombreux à vouloir bien faire.

1:19:46

En même temps, vous restez des humains tout de même.

1:19:47

Oui, bien sûr, c'est évident.

1:19:49

C'est ça.

1:19:49

Non, mais évidemment, on n'est pas des dieux, mais en fait,

1:19:53

c'est ça. C'est que l'inclusion, et pareil, le collège unique,

1:19:59

etc., ça a été des moyens d'enlever, en fait, des moyens.

1:20:04

Et en plus de ça, comme tu disais, c'est que dans certaines zones qu'il va y avoir une sorte d'accumulation de personnes

1:20:09

avec des difficultés, plutôt que de se dire, en fait,

1:20:12

ce serait peut-être bien de pouvoir répartir, parce que les personnes qui sont autonomes dans les

1:20:15

autres établissements, elles ont moins besoin d'aide du prof,

1:20:19

donc peut-être que du coup, le prof pourra être plus...

1:20:21

Oui, mais de toute façon, moi, quand je côtoie des enseignants qui sont d'un autre milieu que le

1:20:26

mien, on ne fait pas du tout le même métier. Enfin,

1:20:30

voilà, moi, ils me regardent et ils font « waouh ».

1:20:33

Et là, on ne parle même pas de la province.

1:20:35

Non, non, bien sûr. Moi, j'enseigne dans l'Académie de Versailles,

1:20:39

qui est une académie qui est plutôt bien dotée, en plus.

1:20:41

Oui, tout à fait.

1:20:42

En termes de moyens et tout, avec Créteil, on est deux…

1:20:45

On ne parle pas de la diagonale pas très droite du vide.

1:20:47

C'est ça. Non, mais pour de vrai, mais il n'empêche.

1:20:52

Et je pense que c'est aussi quelque chose qui fait du mal au corps enseignant.

1:20:56

Parce que, tu vois, on parle de crise des vocations,

1:20:59

etc. Bon, moi, ça ne me dérange absolument pas de parler de mon salaire,

1:21:05

etc. Mais moi, j'ai quand même 500 euros de prime au risque.

1:21:09

Ah oui?

1:21:11

D'accord? Les REP+, vu là où je suis dans ma carrière,

1:21:13

etc. J'ai entre 450 et 500 euros de plus parce que je suis en REP+.

1:21:19

Donc prime au risque, clairement. Enfin, on va l'appeler comme ça.

1:21:22

En cas de déboîtage d'épaule.

1:21:24

Mais mon mec, il appelle ça la prime du psy.

1:21:27

Ouais, c'est ça. Ça fait pas cher le psy.

1:21:32

C'est pour dire qu'on a un métier qui s'est paupérisé,

1:21:40

soyons très honnêtes. Avant, quand mes parents, parce qu'on parlait de mes parents qui étaient

1:21:45

enseignants, mes parents, quand ils ont commencé l'enseignement,

1:21:50

un prof, ça a gagné 2,5 fois le SMIC. Là maintenant,

1:21:53

c'est 1,2 fois à peu près. Il faudrait que je revérifie.

1:21:56

Voilà. Donc en fait, on est dans un métier qui s'est paupérisé,

1:22:01

un métier qui est toujours mal reconnu. Moi, à chaque fois que je suis dans un endroit...

1:22:05

Il y a deux phrases qui caractérisent des profs quand tu dis que t'es prof.

1:22:09

C'est « Rah je sais pas comment vous faites, parce que les miens,

1:22:12

franchement, au bout de deux jours, j'ai envie de les trucider.»

1:22:15

Ben, fais pas d'enfant. Voilà.

0:00

Voilà. Et la deuxième chose, c'est « Ouais, mais bon,

1:22:18

vous êtes quand même toujours en vacances et vous n'en foutez pas une.»

1:22:21

Oh là là, mais ça, ça m'énerve parce que ma sœur,

1:22:23

elle est prof aussi, mais du coup, en primaire.

0:00

Oui, c'est encore pire. Je crois que c'est un métier encore plus assez redoutable que l'enseignant.

1:22:29

En fait, c'est juste que tu dois être... Déjà, toi,

1:22:32

tu fais le métier de plusieurs personnes.

1:22:34

Oui.

1:22:34

Et du coup, ma sœur, c'est encore plus de personnes à faire.

0:00

Et c'est encore moins bien payé.

1:22:38

Oui, c'est ça. Voilà. Donc, on est... "Ouais!"

1:22:41

Et donc, il y a vraiment ça. Il y a le fait que...

1:22:45

Donc, je reprends, petit salaire, pas bien considéré par la société.

1:22:49

Et en même temps, quand il y a eu le Covid, on s'est bien rendu compte que les enseignants,

1:22:52

c'était vachement cool! Et en plus, dernier truc,

1:22:56

c'est qu'on nous demande de faire tellement plus.

1:22:59

Moi, ça fait 15 ans, puisque j'étais stagiaire, mais 14 ans où je suis vraiment seule en classe.

1:23:04

Moi, en 14 ans, mon métier, il a changé, mais d'une force.

1:23:10

Moi, le soir, j'ai même plus d'énergie pour mes enfants,

1:23:13

pour mon mari, mes enfants. Enfin, je suis épuisée d'avoir éduqué les enfants des autres.

1:23:20

J'ai même plus l'énergie pour les miens, quoi. Donc,

1:23:22

c'est vraiment... Et tout ça, on nous dit, "ah non,

1:23:26

mais en fait, c'est le plus beau métier du monde."

0:00

Bah, en fait, c'est le plus beau métier du monde parce qu'on est obligé d'avoir ce métier.

1:23:33

Sans vous, en fait, c'est fini. C'en est terminé des connaissances.

1:23:37

Je ne sais pas, on verra. L'avenir, on nous le dira avec tout le reste.

1:23:40

Si on n'éduque pas, en fait, à moins de réussir à pouvoir s'éduquer tout seul,

1:23:43

ce qui paraît quand même difficile. Mais du coup,

1:23:47

c'est quand même…

1:23:47

On donne une orientation, en tout cas.

1:23:49

Oui, puis c'est apprendre des choses.

1:23:52

Non, mais on guide, on guide dans l'apprentissage.

1:23:54

Je vois, mon grand-père, il m'avait dit une phrase,

1:23:56

parce que je posais des questions sur, bon, on dévie un tout petit peu du sujet,

1:24:00

mais je trouve que c'est assez intéressant. Il m'avait dit une phrase,

1:24:03

c'était, parce que j'étais dubitative quant à avoir des enfants dans le monde d'aujourd'hui.

1:24:09

Et il me disait, «Bah oui, mais regarde. Toi, tu as eu une éducation,

1:24:16

donc tu as des connaissances et valeurs que tu vas pouvoir transmettre.

1:24:22

Donc si tu as des enfants, tu vas pouvoir créer des petits humains qui vont avoir ces valeurs-là.

1:24:29

Alors que les personnes qui sont en difficulté, qui sont défavorisées,

1:24:34

etc., elles n'ont pas forcément le temps ni l'énergie ni quoi que ce soit pour pouvoir transmettre

1:24:38

aux générations d'après. Et du coup, sans prof, t'enlèves les profs.»

1:24:42

Oui, c'est vrai.

1:24:43

C'est fini, en fait.

1:24:44

Oui, c'est aussi pour ça que je me lève le matin et pourquoi j'étais aussi catastrophée de me faire arrêter quand j'ai eu

1:24:51

ma grossesse et tout, c'est parce que je sais que si je ne me lève pas le matin,

1:24:54

mes élèves n'auront pas appris le cours que je devais,

1:24:57

enfin, n'auront pas la connaissance. Je suis désolée,

1:25:01

les Versaillais vont croire que je suis contre eux,

1:25:02

mais à Hoche, quand le prof d'histoire-géographie ne fait pas le cours sur la Renaissance,

1:25:12

la France et la place de Léonard de Vinci dans la Renaissance italienne,

1:25:16

c'est pas grave, en fait. Tu vois? Parce que les enfants,

1:25:19

ils ont entendu parler de Léonard la plupart du temps à Hoche.

1:25:22

Peut-être qu'ils ont même vu des œuvres de Léonard et parfois pas au Louvre parce qu'ils ont pu

1:25:29

faire des voyages. Voilà. Moi, vraiment, il y a quelques années,

1:25:34

on a fait une expédition avec ma collègue de français qui est aussi professeure de latin.

1:25:40

On est parti avec 70 gamins de REP+ dans le sud de l'Essonne,

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assez hardcore. On a traversé les Alpes, on est allé à Rome et on est allé à Naples.

1:25:53

Waouh, c'est génial!

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Oui, oui, quand on y est allé, on était un peu moins génial quand on dormait pas et que c'était un

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peu compliqué. Mais justement, on l'avait plusieurs années consécutives,

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on était un peu mortes. Mais en fait, on s'était dit...

1:26:12

Enfin, moi, je me souviens du retour, en fait. Bon,

1:26:14

les gamins, ils avaient adoré, évidemment. Ils nous avaient fait des trucs incroyables,

1:26:17

en plus. Enfin, je me souviens. Et puis, on avait des gens du car qui étaient extraordinaires avec

1:26:22

nous. On faisait que troller les élèves. Genre, quand on était partis depuis 25 minutes,

1:26:29

il y a eu un gros mur et il y a eu un gamin qui nous a dit « Madame,

1:26:32

Madame! » « C'est la muraille de Chine! » Et nous,

1:26:35

on a fait « Oui, oui, oui, on est déjà en Chine!

1:26:37

» On les a trollés à mort, on leur a expliqué que la Seine,

1:26:41

elle allait jusqu'à Rome. Bref, après, je tiens à préciser,

1:26:46

on a débunkés, en effet. Mais voilà. Et le plus fou,

1:26:52

ça a été quand on est revenus. C'est-à-dire que les parents,

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quand on est revenus, parce que leurs enfants, évidemment,

1:27:00

leur avaient téléphoné. Nous, on avait réussi parce qu'on était partis en hors-saison.

1:27:05

On était à Naples. Il y en a certains qui ont vu la mer pour la première fois.

1:27:09

On les a emmenés à la mer. On était à Naples, au bord de mer,

1:27:12

au pied du Mont Vésuve. Nous, tous les profs, on avait vue Vésuve,

1:27:18

mais tous les gamins, ils avaient vue mer. Tu vois?

1:27:21

Et je me souviens des gamins qui téléphonaient à leurs parents et qui commençaient,

1:27:26

c'est parce que c'était il y a quelques années, qui faisaient des WhatsApp et qui faisaient des

1:27:30

TikTok et des machins, et qui envoyaient à leurs parents que genre il y avait "vue Mer" quoi.

1:27:34

On était à la mer.

1:27:35

On était à la mer et on avait vue mer.

1:27:38

C'est génial.

1:27:39

Tu vois? Et ils ont passé trois jours dans un hôtel trois étoiles,

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vue mer.

1:27:43

C'est génial.

1:27:44

Je pense que, bon après ils ont adoré aussi la montée au Vésuve et tout,

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ça c'est des gros souvenirs, mais je me souviens des parents qui nous ont,

1:27:50

genre, on est tombées, nous on est tombées de fatigue dans leur bras,

1:27:54

parce qu'on n'en pouvait plus de leurs gamins, parce que ça faisait 24 heures qu'on les avait dans

1:27:57

le bus, mais...

1:27:58

Un bus pour 70 enfants, ça fait beaucoup.

1:28:00

Et puis 24 heures, il faut que tu reviennes de Naples jusqu'à...

1:28:04

Oui, bien sûr, jusqu'à la région parisienne.

0:00

Avec des arrêts toutes les deux heures, juste on avait tous envie de se flinguer,

1:28:10

quoi. Enfin, les profs, pas les élèves, eux, ils étaient très contents.

1:28:13

Et les parents, je me souviens, genre, ils nous ont tombé dans les bras en disant,

1:28:17

"bah merci d'avoir fait ça, nous, on n'aurait jamais pu".

1:28:21

En fait, il y en avait une, je me souviens, une dame,

1:28:24

elle a dit, "moi, mes gamins, ils n'ont vu que le bled et la cité".

1:28:28

Et maintenant, la mer.

1:28:29

Et donc maintenant, ils ont vu la mer et ils ont vu Rome et tout.

1:28:32

Tu vois, et franchement, c'est un truc aussi, on avait des neuro-A aussi,

1:28:37

on avait des TDAH.

1:28:39

Dans le bus.

1:28:40

Dans le bus. Et non, mais attends, on les a amenés au Vatican.

1:28:44

C'est vrai.

1:28:45

On les a amenés au Vatican. S'il te plaît. Les TDAH.

1:28:50

Donc autant te dire que, tout bon, avec des origines diverses,

1:28:55

aussi des religions diverses.

1:28:56

Oui, oui, bien sûr. Je n'avais pas pensé aux religions.

1:28:59

Oui, nous aussi. Quand on a fait le Vatican, on s'est posé vraiment la question en se disant,

1:29:07

on avait Pompon sur Garonne, c'était un TOP. Donc,

1:29:09

troupe de l'opposition. Très fort. Donc, autant de dire que quand on est arrivés dans le Vatican,

1:29:15

on n'était pas seulement. Et en fait, ce qui s'est passé,

1:29:18

on a fait un petit esclandre. Notre TOP a fait un esclandre.

1:29:22

Mais parce qu'en fait, il y a des gens qui m'ont poussée,

1:29:26

moi. En fait, il y avait la queue pour rentrer au Vatican.

1:29:31

Il y a beaucoup de monde.

1:29:32

Et je me suis fait bousculer. Et là, le gamin a commencé à monter en pression,

1:29:36

genre, et je l'ai regardé, je me suis dit, "non c'est pas grave,

1:29:38

c'est pas grave, je te jure, tout va bien, tout va bien,

1:29:40

c'est pas grave", "oui mais madame, mais madame,

1:29:43

il n'a pas le droit, il n'a pas le droit", et tu sais,

1:29:44

avec ce sentiment d'injustice qui était très fort et donc,

1:29:46

et donc, je lui ai dit, "c'est pas grave, c'est pas grave",

1:29:49

donc on l'a...

1:29:50

Mais ce qui prouve que du coup t'es une personne importante pour cet enfant.

1:29:53

Ah ben à ce moment-là, oui, j'étais son repère, si tu veux.

1:29:55

Donc, il fallait qu'il me suive parce que sinon,

1:29:57

il était perdu dans Rome. Donc, autant te dire, oui,

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je suis très, très importante à ce moment-là, c'est sûr.

1:30:01

Et finalement, tu vois, donc, nous, Neuroa, TDAH,

1:30:04

et notre TOP. On arrive. Et donc, spoiler alert,

1:30:09

ils n'étaient pas chrétiens. Et là, je les vois,

1:30:14

mais ils étaient trois zozos, là. Donc là, je les vois partir à balle,

1:30:18

vers le baldaquin. Enfin, je ne sais pas si vous avez déjà visité le Vatican.

1:30:23

En gros, vous avez la grande allée centrale, au bout,

1:30:26

il y a la tombe de Saint-Pierre et juste au-dessus,

1:30:29

il y a un baldaquin du Bernin. D'accord? Je les vois partir comme des balles vers le truc.

1:30:36

Je fais, "oh putain, ça y est, on va se faire sortir,

1:30:39

c'est bon". 30 secondes dans le Vatican, c'est mort.

1:30:41

Donc je cours après. Donc tu vois, tu cours sans trop courir parce que tu vois,

1:30:45

t'es quand même dans un lieu religieux. Donc je cours,

1:30:49

je cours. Et là, je les vois, mes trois, quatre oiseaux,

1:30:50

là, ils sont sur les prie-Dieu. Et en fait, ils sont en train de regarder les autres qui sont,

1:30:56

eux, en train de prier. Et donc, vraiment, ils étaient en mode,

1:31:00

je sais, genre, l'ethnologue, le chrétien sauvage dans son...

1:31:06

Dans son habitat naturel.

1:31:07

Dans son habitat naturel. Et je les vois donc essayer de s'agenouiller,

1:31:11

de mettre les mains, machin. Et donc, je les regarde et tout,

1:31:15

je me dis, "mais il se passe quoi, les gars? Pourquoi?

1:31:17

Pourquoi vous êtes là?"

1:31:18

Pourquoi vous êtes là?

1:31:20

Moi, je me dis, les parents en plus, enfin, je vais,

1:31:22

tu vois, je vais m'en prendre plein la gueule. C'est pas laïc,

1:31:27

c'est pas, tu vois, je suis, oh, je suis à ce moment où je me dis,

1:31:29

"oh là là, la prof d'histoire géo, oh, elle est pas bien".

1:31:33

Et en fait, ils me regardent et tout, et ils me disent,

1:31:35

"non mais madame, en fait, on veut pas mal faire".

1:31:39

Et je leur ai dit, je fais, "pardon?" Ils disent,

1:31:41

"ben non, madame, mais c'est un lieu de prière. Et donc,

1:31:44

en fait, on ne veut pas mal faire, on ne veut pas leur faire..."

0:00

De tort par rapport à la religion.

1:31:48

On ne veut pas, voilà, les choquer, les machins. "Et vous savez,

1:31:52

madame, dans la religion", donc ils étaient musulmans,

1:31:54

"dans la religion musulmane, il est dit qu'on peut prier dans n'importe quel lieu de prière

1:31:58

monothéiste".

1:31:59

Ok. Ah, je ne savais pas, ça. Très bonne information.

1:32:03

Très bonne information, fun fact. Exact. "Et donc,

1:32:06

nous, on a envie de prier, mais on ne veut pas faire mal en faisant comme nous on ferait".

1:32:12

Donc, voilà. Et je les ai regardés, je me suis dit,

1:32:15

"mais pourquoi?"

1:32:16

Mais attends. Ils avaient genre 12-13 ans.

1:32:20

C'est des quatrièmes à ce moment-là.

1:32:21

C'est d'une maturité. C'est hyper mature comme réflexion.

0:00

Ah non, mais nous, ils ont fait des dingueries. Franchement,

1:32:25

au Vatican, moi, c'est le moment où mes élèves m'ont plus bluffé de ma vie.

1:32:30

Et donc, ils étaient là et tout. Et moi, je leur dis,

1:32:33

notamment au TOP, je lui dis, mais pourquoi t'as besoin de prier?

1:32:36

Enfin, pourquoi là t'as besoin de prier? Et il me dit « Madame,

1:32:39

là, j'ai eu beaucoup de colère, je ne vais pas bien et j'ai besoin d'avoir un moment avec Dieu.

1:32:47

» Et j'étais là genre « Ok, tu as 14 ans, tout va bien?

1:32:51

» Et après, ils se sont calmés en se mettant en prière et tout.

1:32:59

Ils ont retrouvé une sérénité.

1:33:01

Donc ça veut dire qu'ils ont réussi à retrouver leur religion dans un lieu qui n'était pas la

1:33:05

religion?

1:33:05

Et je pense que ça leur a permis aussi de se réguler.

1:33:09

Tu vois, parce qu'il y avait une super sensorialité,

1:33:11

il y avait beaucoup de bruit, de la foule du monde et tout.

1:33:13

Et je pense que, tu vois, de se mettre dans leur bulle,

1:33:15

dans leur spiritualité.

1:33:16

C'est vrai que les lieux de culte en général, même si on n'est pas dans une religion,

1:33:19

ça reste des lieux calmes.

1:33:20

Oui, tout à fait. Mais tu vois, il y avait eu tout l'extérieur qui,

1:33:23

à mon avis, les avait fait monter en pression. Et donc,

1:33:26

ils avaient trouvé la solution qui était de méditer,

1:33:30

de prier, ce que vous voulez. Mais voilà. Et ils l'ont verbalisé.

0:00

Mais incroyable.

1:03:15

C'était fou malade. Et après, quand tu redescends du truc,

1:33:43

il y a la fameuse statue de Saint-Pierre où tu peux passer la main.

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Enfin, je ne sais plus si c'est possible parce que c'était il y a quelques années.

1:33:48

Oui, je ne sais pas si c'est...

1:33:49

Mais tu sais, je pense qu'après le Covid, c'était plus possible.

1:33:52

C'est comme la piéta de Michel-Ange.

1:33:53

C'est ça. Mais tu vois, tu pouvais passer la main,

1:33:58

ça portait bonheur, je ne sais pas quoi. Et là, c'est pareil.

1:34:01

Donc moi, je m'occupais de mon TOP, de mes TDAH et j'avais d'autres élèves de troisième avec eux.

1:34:08

Et là, c'était plutôt une élève de troisième qui m'a dit,

1:34:12

"madame, j'aimerais bien le faire". Je dis, "bah oui,

1:34:15

vas-y", quoi. Elle fait, "non, mais madame, pas pareil,

1:34:19

je ne suis pas chrétienne".

1:34:20

Ah, est-ce que j'ai le droit?

1:34:22

Et est-ce que c'est OK? Je dis, oui. Enfin, du vrai,

1:34:26

regarde, regarde, regarde, regarde la fille, tu vois,

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ils ont pas tous l'air, enfin, c'est pas qu'il y a un air,

1:34:30

mais ils ont l'air d'être tous très étrangers, quand même.

1:34:34

Devenir d'horizons très différents, voilà. Je ne pense pas que ça va déranger.

1:34:39

Mais c'est vraiment très bienveillant. Enfin, en tout cas,

1:34:42

c'est très mature, encore une fois.

1:34:43

Moi, le Vatican, c'est le moment où mes gamins m'ont le plus bluffé.

1:34:47

Mais j'ai l'impression que, bon, je ne valide pas à 100 % tout le Vatican,

1:34:51

mais en termes historiques, vraiment, si on parle d'histoire pure et d'ambiance à l'intérieur,

1:34:57

c'est assez incroyable.

1:35:00

Les fresques et tout. Non, mais puis, il y a le décorum qui est incroyable.

1:35:04

Enfin, les élèves, moi, je les ai vus se recroqueviller quand ils sont rentrés à l'intérieur et

1:35:07

tout.

1:35:08

C'est impressionnant.

1:35:09

Oui, c'est ça.

1:35:09

Ça reste des siècles d'histoire.

1:35:10

Et je pense que c'est aussi là-dedans, c'est aussi ça qui leur a fait avoir peur de faire mal.

1:35:16

Oui, se rendre compte en fait de ce que ça veut dire l'histoire.

1:35:18

Oui, et puis aussi, je pense qu'ils ont été beaucoup,

1:35:21

tu vois, les TDAH, les TOP, etc. Ils sont aussi très stigmatisés parce qu'ils ne se comportent pas

1:35:26

comme on attend d'eux. Et je pense que là, le fait qu'il m'ait vraiment dit,

1:35:30

on ne veut pas faire mal, etc. Je pense qu'il y avait vraiment cette idée,

1:35:34

on est différent, on fait des choses qui sont considérées comme des dingueries pour les gens.

1:35:38

Et on nous l'a beaucoup reproché. Et donc là, il faut qu'on trouve une solution.

1:35:43

Ça a l'air trop important pour qu'on fasse quelque chose de pas bien.

1:35:46

C'est ça. Et vraiment, moi, c'est comme ça que j'ai ressenti à ce moment-là.

1:35:49

Et donc, moi, je me suis retrouvée...

1:35:50

C'est hyper lucide.

1:35:51

Je me suis retrouvée juste à côté d'eux, sur mon priedieu,

1:35:54

en train de me dire, mais putain, qu'est-ce que je fous là?

1:35:57

Mais tu vois, il fallait bien qu'il y ait quelqu'un qui les surveille et qui,

1:36:01

voilà, parce que il ne faut pas perdre 70 gamins dans Rome.

1:36:03

Moi, j'en avais que 10, mais il ne fallait pas les perdre,

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quoi. Et donc, voilà, t'es là et tu fais waouh. Et donc,

1:36:10

voilà, et pour revenir, les parents, quand on a récupéré ses gamins,

1:36:13

enfin, qu'ils ont récupéré leurs gamins, se sont dit,

1:36:16

mais voilà, vous avez offert à nos gosses des trucs qu'on n'aurait jamais pu leur offrir,

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un horizon qu'on n'aurait jamais pu leur offrir.

1:36:25

Et ça aussi, on parlait de l'éducation nationale,

1:36:29

c'est aussi notre mission, qu'on essaye de faire plus ou moins bien avec le peu de moyens qu'on a,

1:36:34

mais on essaye. On essaye de faire, de pallier ce que parfois certains parents ne peuvent pas offrir à leurs enfants et que

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d'autres parents peuvent offrir à leurs enfants.

1:36:46

C'est beau. Mais en tout cas, c'est marrant parce que ça me fait penser à un petit...

1:36:53

C'est dans les Blues Brothers. Et du coup, ils sont très dans la religion,

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tout ça, parce que c'est le blues, tout ça, machin,

1:37:00

machin. Et du coup, à chaque fois, ils disent, we are in a mission for God.

1:37:04

On est en mission pour Dieu. Et du coup, en fait,

1:37:07

c'est un peu comme si toi, t'étais en mission pour la connaissance.

1:37:12

Ouais, je sais pas. Moi, je crois que je suis plutôt en mission.

1:37:14

C'est pas la connaissance. En fait, je vais dire un truc qui n'est pas très orthodoxe pour un

1:37:18

enseignant, mais moi, ce qui m'intéresse, ce n'est pas la connaissance.

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C'est moche à dire, mais en fait, moi, ce qui m'intéresse dans mon travail,

1:37:31

c'est en effet de transmettre une connaissance si c'est possible,

1:37:35

mais c'est surtout d'emmener mes élèves à se poser des questions et à...

1:37:40

En fait, moi, je suis aussi professeure d'éducation civique et morale,

1:37:43

tu vois, histoire géo...

0:00

C'est vrai, t'as la 3 casquettes.

1:37:46

Et oui, mais je ne fous rien.

1:37:49

Bien sûr.

1:37:50

Et en fait, le truc, c'est ça, c'est que moi, ce qui m'intéresse le plus dans mon métier,

1:37:54

c'est que mes élèves, ils se posent des questions,

1:37:56

ils me remettent en cause, ils remettent en cause ce qu'on leur dit et de leur donner des clés pour comprendre le monde

1:38:04

qui les entoure.

1:38:05

Tout ça pour qu'ils deviennent des citoyennes et citoyens du monde.

1:38:06

C'est ça. En fait, tu vois, là, avec mes troisièmes,

1:38:09

cette année, on a eu un gros débat. Parce qu'on doit faire un truc sur le monde depuis 2010,

1:38:16

en gros. Et donc, tu as forcément les attentats de Charlie Hebdo et tout.

1:38:20

Et là, cette année, il y a eu le film sur Samuel Paty qui sortait à peu près au même moment que

1:38:25

j'ai fait le cours. Et donc, il se trouve que dans cette classe,

1:38:31

j'avais des élèves qui étaient non francophones à ce moment-là.

1:38:33

et j'ai décidé de ne pas montrer les caricatures.

1:38:36

D'accord? Et mes élèves m'ont dit mais pourquoi madame?

1:38:40

Et en fait j'ai dit bah en fait on serait tous francophones,

1:38:43

ça ne poserait aucun problème parce qu'en fait je pourrais vraiment expliquer les tenants et les aboutissants de ces caricatures

1:38:49

etc. Il se trouve que là dans la classe j'ai trois élèves qui ne sont pas francophones qui vont voir en fait un dessin qu'elles ne

1:38:56

vont pas comprendre, que je ne vais pas pouvoir expliciter avec elles parce que c'était trois filles et ça me met très mal

1:39:02

à l'aise. De ne pas pouvoir le faire et de ne pas pouvoir...

1:39:04

Oui, parce que pour le coup, c'est des caricatures,

1:39:06

en général, c'est pour critiquer quelque chose, donc si on n'a pas le texte,

1:39:09

c'est fichu.

1:39:09

Et donc, en fait, moi, ce que je leur ai dit à mes élèves,

1:39:11

j'ai dit, je peux vous donner les mots clés à taper pour que vous puissiez les voir et tout.

1:39:17

Mais moi, je ne les projette pas en classe. Et puis,

1:39:20

j'ai dit, je parlais de ce qui s'était passé avec Samuel Paty et tout.

1:39:23

Et je dis, voilà, ok, un préjugé sur mes trois élèves non-francophones,

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mais je ne sais pas comment elles vont pouvoir les recevoir.

1:39:32

Comment est-ce qu'elles vont pouvoir les répéter?

1:39:36

Et ensuite, comment ça peut partir en fait? Samuel Paty,

1:39:41

c'était une fille qui n'était même pas dans les lieux et il a fini décapité.

1:39:45

Donc non. Et je me souviens du lendemain, j'ai une de mes élèves de troisième qui les a vues et qui a pris la parole en

1:39:55

classe et qui m'a dit « Oui madame, moi je ne comprends pas qu'on puisse tuer des gens pour ça.

1:39:59

» Je dis ok, on peut en discuter et tout, enfin voilà.

1:40:04

Et après elle m'a dit "non mais vous voyez madame,

1:40:08

moi ça me rend folle parce que je suis musulmane".

1:40:12

Je dis oui. Elle me dit mais voilà "il y a plein de gens qui nous aiment pas à cause de ça.

1:40:17

Et en fait c'est pas ça l'islam". Et c'était vraiment un moment où...

1:40:22

Après, on a eu vraiment un débat. On n'était plus en cours d'histoire géo,

1:40:26

on n'était plus en cours d'éducation civique et morale.

1:40:29

On était sur comment est-ce qu'on vit ensemble en tant que citoyen et comment est-ce qu'en fait on peut se tolérer les uns

1:40:35

les autres et comment est-ce que Charlie Hebdo, ça tape sur tout le monde et pourquoi est-ce que c'est important qu'on tape

1:40:41

sur tout le monde et tout. Et en fait, là, c'était là où je me suis dit,

1:40:44

ok, là, je fais vraiment mon métier. C'est-à-dire que là,

1:40:47

je suis vraiment prof. J'ai des enfants qui viennent d'horizons différents,

1:40:51

de cultures différentes. Dans cette classe-là, il y avait un TDAH très fort qui a été viré avant la fin de l'année parce

1:41:00

que ça n'allait pas du tout. Il n'était plus médicamenté.

1:41:03

Oh, mince!

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En fait, il avait chanté de psychiatre et le psychiatre trouvait que la médicamentation n'était pas

1:41:11

adaptée. Donc, il a dit qu'il faut qu'on arrête pour voir comment ça se passe.

1:41:16

Revenir à zéro pour repartir vers autre chose.

1:41:18

Sauf qu'en fait, quand il est retourné à zéro, il a tabassé une collègue.

1:41:26

Ah oui, adulte.

1:41:27

Oui. Donc, forcément, on lui a ouvert la porte de sortie.

1:41:34

Mais ça a été un moment où justement il y a eu une communion entre tous les élèves,

1:41:39

qu'importaient leur neuroatypie ou pas, s'ils étaient neurotypiques,

1:41:46

leurs origines, leurs croyances, puisque moi j'ai dû garder ma neutralité parce que je suis enseignante et que je représente

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l'État, mais les autres, mes élèves, se sont allègrement dit "je suis musulman",

1:41:59

"je suis chrétien", "je suis athée", je suis voilà.

1:42:02

Et en fait, on a eu vraiment un vrai débat. Et en fait,

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c'est ça, pour moi, être enseignant. C'est pas, enfin,

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tu vois, leur apprendre, leur apprendre que Henri IV a fait l'édit de Nantes,

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en fait, ils ne retiendront pas qu'en 1598, il y avait l'édit de Nantes,

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tu vois.

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Mais par contre, faire ce débat-là, ça leur permettra de vivre dans la société.

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Ouais, en fait, c'est ça, c'est exactement ça. Ou l'édit de Nantes,

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tu vois, parce que je l'ai choisi aussi, parce que c'est l'un des premiers textes de tolérance

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religieuse. En fait, il faut qu'ils le connaissent,

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juste savoir que la laïcité en France, il faut qu'ils connaissent des événements pour pouvoir se

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placer dans la société. Quand on fait les croisades,

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avec mes cinquièmes, pourquoi je fais les croisades?

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Ce n'est pas pour dire il y a les gentils musulmans,

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les méchants chrétiens, ou il y a les méchants chrétiens,

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les gentils musulmans. Ce n'est pas ça qui est intéressant.

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Ce n'est pas de savoir que les chrétiens ont tué tous les gens de Jérusalem quand ils sont arrivés,

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ou que Saladin, lui, a fait complètement l'inverse.

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On s'en fout, en fait. Enfin, c'est pas qu'on s'en fout.

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Mais ce qu'il faut voir, c'est comment est-ce que des sociétés ont été mises en contact,

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que parfois, la société, quand elle les met en contact,

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c'est de la guerre et de la violence. Et parfois,

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on décide qu'on n'est pas dans une expédition punitive,

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ce qu'a fait Saladin, par exemple, qui n'a tué aucun chrétien.

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Tu vois, et c'est plus ça qui permet, enfin, pour moi...

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On comprend les enjeux en tant qu'humains, et ensuite on met les caractéristiques sur les humains,

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mais du coup, c'est juste voir comment on peut communiquer.

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C'est ça.

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Et cohabiter quoi.

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C'est ça. Moi, c'est plus ça. Et donc, je me fous,

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enfin, même si je l'évalue, parce que c'est mon truc,

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mais je me fous véritablement qu'à la fin de mon chapitre,

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ils aient retenu telle date, tout ce truc. Moi, ce que je voulais qu'ils aient compris,

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c'est l'enjeu.

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Les valeurs.

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Voilà. Pourquoi est-ce qu'on a travaillé sur l'Empire carolingien?

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Ok, parce qu'en fait, ils ont voulu faire comme l'Empire romain et que ça a créé tel truc dans la

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société, un début d'organisation, des lois, etc. En fait,

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c'est plus ça qui, moi, m'intéresse. Pas la connaissance.

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Écoute, franchement, ma chère Coline, je trouve que sur ces bonnes paroles,

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eh bien, on a beaucoup de choses intéressantes qui méritent d'être partagées.

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Et vraiment, merci beaucoup, beaucoup, beaucoup pour tous les exemples que tu nous as donnés pour ce témoignage de ta vie

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réelle et de ce que tu entreprends chaque jour. Parce que je pense que ça pourra,

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je l'espère, aider beaucoup de parents, beaucoup d'enfants,

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beaucoup de personnes qui gravitent autour des parents et des enfants.

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Donc vraiment encore merci beaucoup, beaucoup, beaucoup à toi pour toute ta participation.

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De rien.

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Merci d'avoir écouté Voix Plurielles. Comprendre,

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c'est déjà faire un pas vers l'autre. C'était Delphine et à bientôt pour une nouvelle rencontre,

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une autre façon de voir le monde.

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