Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles. Je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une
même humanité. Aujourd'hui, je reçois François Mallet.
Bonjour.
Bonjour François. Et on va parler ensemble de bipolarité.
Oui, notamment, absolument.
Absolument. Et effectivement, c'est un deuxième épisode sur la bipolarité,
car c'est un sujet très vaste. Et donc François,
merci beaucoup d'avoir accepté de participer à cet épisode.
Merci.
Pour nous illuminer encore.
Avec le soleil.
Exactement. C'est vrai que le soleil arrive, ça nous fait beaucoup de bien.
Oui.
Mon cher François je te propose dans un premier temps si tu le souhaites de nous présenter un petit peu qui tu es et toutes
tes petites spécificités.
Allez c'est parti. Je m'appelle donc François, j'ai 31 ans,
je suis comédien, auteur et danseur sur glace. Donc un joli cocktail pluriel et puis plein d'autres
choses, mais on va résumer comme ça.
Trop de talent.
Je sais pas mais en tout cas plusieurs choses. Je viens donc du milieu du patinage artistique,
à la base j'en ai fait beaucoup en compétition de mes 8 à 18 ans,
ensuite j'ai fait des études supérieures à Sciences Po en journalisme et puis à la fin de mes études en journalisme je me
suis rendu compte que je ne voulais plus être journaliste et j'ai commencé le théâtre petit à
petit. J'étais à Lyon à l'époque. J'ai joué un premier spectacle pendant 3 ans à Lyon et maintenant je joue un deuxième spectacle
depuis 4 saisons à Paris.
Qui est exquis d'ailleurs.
Merci beaucoup. Que tu as vu il y a quelques semaines en tout cas.
Et vraiment, je vous conseille d'y aller. Ça s'appelle Heureux Soient les Fêlés.
C'est donc au Théâtre du Marais.
C'est ça, les samedis à 18h.
Voilà, donc vraiment, ruez-vous là-dessus. C'est drôle,
c'est didactique, c'est envoûtant presque.
Ah, c'est gentil.
Ah oui, vraiment, la mise en scène est très chouette.
On est embarqués dans un monde, donc je vous conseille vivement,
allez-y, sautez sur l'occasion.
C'est l'instant promo.
C'est l'instant promo, exactement.
Et donc, spectacle qui s'articule évidemment autour du triptyque bipolaire-gay-patineur artistique.
Je suis plein d'autres choses que ça, mais s'il fallait résumer,
on va dire pour le packaging et parce qu'on aime bien quand même nous mettre et se mettre,
je me suis rendu compte pour vendre le spectacle aussi et le diffuser,
mettre un peu des termes on va dire catchy là-dessus,
avec lesquels je suis complètement ok et qui me correspondent bien voilà,
mais en tout cas je n'ai aucun mal à être résumé comme le mec bipolaire,
gay et patineur artistique, si vous devez mettre une caractérisation et une définition rapide sur
ma personne.
Sans aucune caricature, sachez que François porte un pull rose.
Voilà, exactement.
Et on est ok.
C'est ok avec ça.
Absolument, car c'est une couleur qui va très bien au teint.
Oui absolument, le printemps est là.
Merci pour ces petites présentations qui nous teasent un petit peu ta richesse.
Je propose que déjà au départ même si on a déjà fait un épisode sur la bipolarité,
je propose qu'on repose un petit peu certaines bases avant d'essayer d'ouvrir un peu sur une
perception un peu plus personnelle.
Très bien.
C'est vrai que la bipolarité comme on le rappelle c'est dans son nom : bi-polarité,
double pôle. Donc c'est vrai qu'on a deux pôles de l'humeur qui sont atteints dans certains moments. moments.
Exactement.
Sinon c'est une grosse variation globale.
Oui exactement, ça va dépendre des personnes qui souffrent de ce trouble psychique,
et qui vivent avec plus ou moins bien. Et puis on parle de spectre du trouble bipolaire parce qu'il
y a différentes formes. Et puis même dans les catégories chacun vit sa bipolarité de manière
différente. En tout cas si on devait définir un peu,
il y a surtout deux types de bipolarité qui sont très connus qu'on appelle bipolarité de type 1 et de type 2. de type 2. 2.
Parce qu'ils ont pas du tout d'imagination.
Exactement, pas du tout d'imagination. C'est très médical et très catégorisé dans les deux types
de bipolarité. Évidemment comme son nom l'indique,
tu le disais, c'est une alternance de phases dépressives et de phases qu'on appelle maniaques.
Donc dans le jargon vulgarisé c'est des phases up,
des phases d'excitation plus ou moins intenses. Et on va dire que dans le trouble bipolaire de type 1 c'est l'alternance de
phases dépressives caractérisées, ça veut dire que on ne parle pas de déprime passagère que tout le
monde peut connaître, on ne parle pas de tristesse passagère.
C'est vraiment, on ne va pas tous forcément les rappeler,
mais des symptômes liés à la dépression, que ce soit la tristesse,
les troubles de l'appétit, les troubles du sommeil,
le manque d'intérêt pour les activités qui habituellement nous font du bien,
il y a tout un tas de critères un peu à cocher.
Ralentissement global.
Ralentissement global, moteur et psychique. Et c'est important de le préciser parce qu'en fait,
on parle beaucoup, le terme de dépressif ou de bipolaire peut être vite,
très vite, alors qu'en réalité, ça recouvre une réalité scientifique et médicale particulière.
Toi aussi, on te l'a fait, le " tout le monde est un petit peu bipolaire".
"Complètement bipo". Ca n'a rien à voir avec le fait d'être lunatique,
le fait d'être plein d'autres choses. Et donc du coup,
la bipolarité de type 1, alternance de phases dépressives majeures bien carabinées et de phases qu'on appelle maniaques
donc avec une excitation très haute, pour le coup une accélération du rythme psychique et physique
également, logorrhées, pensées qui vont très vite,
multiplication des activités, beaucoup moins de sommeil,
prises de risques, comportements à risque. Et puis la bipolarité de type 2 qui va ressembler à la bipolarité de type 1 dans
les phases dépressives, et moi par exemple c'est ce qui me concerne.
Oui moi aussi.
C'est à dire que les phases dépressives peuvent être modérées à sévères,
par contre on fait en up ce qu'on appelle des phases hypomaniaques,
donc un peu moins importantes que maniaques, qui sont d'ailleurs très difficiles à diagnostiquer,
parce qu'il y a cette accélération globale et cette excitation globale mais en général on sait aussi que les personnes qui
souffrent de bipolarité quand elles sont stabilisées sont en général naturellement dans une énergie
haute on va dire. En tout cas on n'est pas sur ce qui est de l'euthymie.
Donc l'euthymie c'est vraiment presque
l'absence d'humeur, c'est vraiment quelque chose de linéaire.
Et du coup moi quand j'ai fait une phase hypomaniaque qui a duré plusieurs mois et qui est montée
crescendo, on a eu du mal à voir que c'était une phase hypomaniaque parce que je sortais
d'hospitalisation pour dépression, les gens pensaient que j'étais juste de retour dans quelque
chose de très joyeux, solaire et fun, et ce sont les mêmes symptômes que la phase réellement maniaque mais de manière atténuée
et du coup c'est difficile de diagnostiquer ça. Et puis on a aussi dans ce qui est très connu la cyclothymie qui fait partie
du spectre du trouble bipolaire et qui va être en fait la même chose mais avec une alternance de cycles un peu plus rapides
en général, sur des périodes alors des fois ça peut être deux semaines,
deux semaines trois semaines, trois semaines, peu importe,
mais en tout cas un peu plus rapide. Et ça ne veut pas dire que c'est moins violent.
Oui c'est ça.
C'est très très violent d'avoir des cycles plus courts.
Le corps ne s'habitue pas.
Exactement. Et il y a d'autres types, là c'est vraiment pour résumer et pour vulgariser mais on va dire que c'est les trois
formes les plus connues, qui sont forcément asymétriques,
qu'on connait à la fois bien et mal. C'est-à-dire qu'on sait bien les prendre,...
Oui, t'as vu dans tes médicaments que c'était écrit "oui ça fonctionne,
on sait que ça marche mais on sait pas trop sur où".
C'est un peu comme le Doliprane. C'est ni pour faire de la pub dans un sens ou dans l'autre,
mais ça fait des années et des années qu'on sait que ça fonctionne parce qu'on a des résultats prouvés et empiriques et
avérés mais on ne sait toujours pas ce qui fait vraiment que ça marche.
Comment ça agit. C'est le miracle de la vie. En même temps je sais pas si c'est très rassurant parce que ça veut dire qu'on ingère,
bref on reparlera certainement de ça, des traitements,
pourquoi pas, je suis open à en parler. Voilà c'est bon ça marche,
tant mieux on ne sait pas exactement ce qui fait que ça marche c'est un peu flou tout ça.
Bah oui, après de toute façon dans les traitements,
il y a plein de traitements qui existent. Après c'est vrai que pour des raisons de sécurité,
on ne précise jamais vraiment quel traitement on prend chacun,
parce que chacun doit suivre les recommandations de son ou sa psychiatre,
parce que justement, comme on vient de le dire, chaque bipolaire a une bipolarité différente.
Donc, c'est important de bien traiter chaque personne en fonction de ses propres vécus.
Oui, symptômes et problématiques.
Exactement. C'est pour ça qu'on ne va pas dire qu'est-ce qu'on prend,
nous. De toute façon, on n'est pas là pour faire le magasin !
Du tout !
Alors, combien tu prends de mes médicaments? 12,5.
Mais en tout cas, c'est vrai que il y a beaucoup de variétés de médicaments qui existent,
on en parlait d'ailleurs dans le podcast précédent,
il y a plein de médicaments qui sont issus aussi d'autres pathologies qui ont ensuite été utilisés
pour la bipolarité. Il y a des antipsychotiques, il y a des anxiolytiques,
il y a des antidépresseurs...
Les antiépileptiques...
Tout à fait. Même si la molécule que tout le monde connait c'est le lithium,
parce que historiquement les gens ont beaucoup parlé de ça.
Et tu es beaucoup traité avec ça à tort ou à raison.
Et ça existe encore et ça marche chez certaines personnes très bien.
Mais effectivement on retient en général seulement ça.
Alors qu'il y a beaucoup d'autres traitements et ça dépend des personnes en fonction...
Il peut y avoir des associations de traitements aussi.
Des joyeux mélanges, des joyeux cocktails.
Ah bah en général on passe pas mal de temps avant de trouver la bonne formule.
La bonne molécule oui.
Mais c'est pour ça qu'il ne faut pas non plus avoir peur.
Si ça ne marche pas tout de suite, c'est normal,
c'est parce que c'est très empirique et qu'il y a besoin de déterminer exactement comment la personne se sent et comment
ça se passe avec cette molécule ou avec ces molécules.
C'est exactement le terme, c'est très empirique, enfin on avance évidemment.
Et puis je pense que c'est important de rappeler aussi que le traitement n'est jamais une
obligation. Et que voilà en plus en général on sait que c'est très dur de poser ces diagnostics-là
avant l'âge adulte, donc en plus, ça se passe vraiment,
on va dire, entre adultes consentants et que c'est jamais obligatoire.
On sait juste, et ça, ça a été... C'est des études scientifiques que dans le cadre des troubles
bipolaires, et c'est pas forcément le cas pour d'autres troubles psychiques comme la dépression,
par exemple, on sait que c'est très compliqué de ne pas avoir de rechute,
dans un sens ou dans l'autre, quand on arrête son traitement.
Il y a des fois des périodes où des personnes arrêtent leur traitement et où ça se passe bien,
mais on sait qu'il y a un risque énorme de rechute,
on s'en est aperçu empiriquement encore une fois mais ceci étant dit,
libre à chacun d'accepter ou pas le diagnostic et le traitement.
Mais c'est vrai que il est assez rare de trouver tout de suite.
Et puis des fois même quand on trouve la bonne molécule,
si c'est le cas et qu'on l'accepte et qu'on en a envie,
le dosage quoi c'est quelque chose qui se teste aussi.
Même quand on prend la molécule assez fréquemment tous les ans ou tous les deux ans pour voir
comment le corps réagit. Pour la même molécule chacun n'a pas la même efficacité,
ça passe pas forcément dans le sang, et on change,
et on change et on est en mouvement donc ouais.
Mais très important l'observance justement. Ça c'est quelque chose dont on parlait beaucoup quand j'étais en psychoéducation
en hôpital de jour. L'observance au niveau médicamenteux,
si on accepte de prendre tel ou tel médicament, telle ou telle molécule,
c'est hyper important de suivre le processus et d'en parler toujours à ses soignants pour justement ne pas avoir cet arrêt
brutal ou que justement ce qu'on a commencé soit ensuite complètement perdu par la suite.
C'est un peu comme la pilule en fait, quand on arrête la pilule.
Oui je m'y connais pas, et je ne voudrais pas m'avancer dessus parce que pour le coup je ne m'y
connais pas, slash assez, et je ne voudrais pas dire de bêtises,
mais du coup je te crois, je te crois complètement.
Oui c'est vrai, mais...
Je ne peux pas réagir, je ne me sens pas de réagir.
Ceci dit, il y a des pilules masculines maintenant qui commencent à arriver.
Et tu vois, d'ailleurs, on en parle tellement peu que ça ne me vient même pas à l'esprit,
alors que je sais que ça existe, premièrement, et deuxièmement,
qu'on en a déjà parlé il y a un moment, mais qu'on n'a pas ce réflexe.
Ah bah oui, mais de toute façon, il y a eu tellement de négativité dessus pour les mêmes
problématiques que la pilule féminine, d'ailleurs.
Exactement.
Mais c'est vrai que moi, je sais, quand j'ai arrêté la pilule...
Enfin, d'ailleurs, c'est pas quand, c'est j'ai arrêté la pilule parce que ça jouait sur mon humeur.
Et du coup forcément l'arrêt a provoqué aussi des variations et tout,
donc c'est pareil pour les médicaments.
Complètement. Oui oui complètement.
Donc voilà c'était le petit aparté.
C'était le petit point magazine de la santé.
Exactement. C'est ça. Ça fait un peu genre "bonjour vous êtes ici sur"...
"Aujourd'hui on parle des thymo-régulateurs. Qu'est-ce qu'un thymo-régulateur?
C'est un régulateur d'humeur Jamy !"
"Merci Fred !" C'est vrai que j'ai toujours l'impression un peu de faire c'est pas sorcier.
Oui oui je sais pas non mais en tout cas c'est important.
Je pense que là comme ça on a posé le cadre, un petit cadre de ce que c'est.
Voilà et je pense que de toute manière ce qui est le plus important,
c'est que s'il y a des questionnements, s'il y a des choses où on se dit "ah mince est-ce que
peut-être machin", le plus important c'est d'en parler.
Parce que justement les professionnels de santé sont là pour essayer de démêler un peu ce qui se passe. passe.
Exactement. Attention à l'autodiagnostic.
Oui oui oui tout à fait !
Qu'on a tous, en disant ça je me permets de le dire,
parce qu'on a tous fait oui, dans une certaine mesure,
c'est-à-dire qu'il est hyper humain. Et même, je veux dire je ne suis pas médecin,
mais j'avais presque envie de dire enfin, c'est pas conseiller le mot que je cherche,
c'est hyper humain et hyper, oui, presque rationnel et conscient,
quand on commence à s'interroger. Moi avant de passer par les urgences de l'hôpital Fernand Vidal,
qui est d'ailleurs maintenant juste à côté de chez moi,
donc teaser je ne sais pas si ça veut dire quelque chose,
et qui est notamment un centre expert bipolaire,
j'ai fini par me renseigner au milieu de mes nombreuses dépressions quand je suis retombé pour la
cinquième fois en dépression. Parce que j'avais bien senti que je commençais à m'interroger sur "tiens les derniers mois
est-ce que j'étais pas quand même un peu up". Et c'est ultra humain et même positif je trouve de taper sur n'importe quel
moteur de recherche par exemple intuition, bipolarité ou que sais-je ou bipolarité qu'est-ce que
c'est. Et on trouve quand même des informations qui sont exactes et qui permettent de donner une
première idée, et ça je pense qu'il ne faut pas s'arrêter de consommer ces informations-là.
Ca n'a rien à voir après avec un potentiel diagnostic,
comme on disait tout à l'heure, basé sur des symptômes très précis des périodes de vie très
précises, qu'on ne va pas pouvoir forcément auto-diagnostiquer mais par contre,
je pense qu'il ne faut pas du tout se priver. C'est très bien dans une certaine mesure d'aller voir
même, ne serait-ce des fois que sur des forums des gens qui peuvent parler peut-être de signes
qu'on a. Par contre, il faut vraiment en complémentarité,
avoir l'avis et puis des fois le premier avis n'est pas forcément le bon.
Tout à fait, on n'est pas marié avec son praticien.
Et c'est ça qui est fatiguant dans le parcours des fois,
mais en tout cas l'auto-diagnostic de se dire j'ai lu ça et donc c'est sûr j'ai ça,
ça c'est un peu dangereux.
Mais par contre ça peut permettre d'ouvrir.
Ça permet d'ouvrir, ça permet d'être dans une première libération de la parole et de sortir parfois du déni. du déni. déni.
Se sentir plus légitime peut-être à consulter.
Ouais aussi, exactement.
Donc ça aide pas mal et en plus après comme tu disais on n'est pas marié à son praticien.
Dans le parcours de soins, il y a le ou la psychiatre,
le ou la psychologue, il peut y avoir aussi des infirmiers ou des infirmières,
des thérapeutes variés...
Divers et variés, généralistes s'il faut, donc ouais.
Ca peut être justement, et d'ailleurs dans les diagnostics,
ce qu'on oublie de dire aussi c'est que comme la bipolarité fait partie justement des troubles psy,
c'est aussi un trouble. Troubles qui amènent souvent d'autres troubles dans le diagnostic.
Il y a beaucoup de comorbidités, oui, comme on dit.
Exactement. Parce que ce n'est pas assez fun tout seul.
Non, non. Sinon, on s'ennuie. Franchement, juste une alternance de phases dépressives et maniaques,
franchement, on s'ennuie. On peut encaisser plus.
Bah oui, genre l'anxiété. Il y a aussi pas mal les addictions qui sont liées aux phases up.
Exactement. C'est ce que je disais dans les comportements à risque.
Ca ne va pas forcément avec mais ça peut aller dans ces comportements à risque avec l'arrivée et le
maintien d'addictions, plus ou moins importantes d'ailleurs.
Et donc voilà il y a plein de choses : le TDAH, il peut y avoir aussi des personnes qui ont des troubles neurodéveloppementaux
(donc qu'elles ont depuis la naissance) et que justement ces troubles neurodéveloppementaux ont déclenché parce que terrain
favorable à la bipolarité. Comme l'autisme par exemple.
Complètement. On sait qu'il y a beaucoup d'errance médicale des fois entre un diagnostic de bipolarité et un diagnostic de
trouble borderline. Ca moi dans mon entourage c'est ce que j'entends le plus pour avoir côtoyé des personnes qui ont pu
avoir un diagnostic puis l'autre ou qui n'ont pas de diagnostic et c'est très bien parce qu'il n'y avait pas besoin au final
de poser de diagnostic. Mais c'est quelque chose j'allais dire moi j'ai eu la chance c'est pas
tellement une chance, c'est que pour le coup apparemment c'était suffisamment clair que ce qui me concernait c'était un trouble
bipolaire et pas borderline. Mais des fois nous sommes des êtres complexes et c'est normal,
et c'est très chouette humainement. Et des fois quand je dis errance médicale je le dissocie de
erreur médicale, et que ça peut être difficile. En tout cas on rapproche souvent ces deux troubles
quand ils sont mal connus, c'est pas exactement la même chose et je suis pas un spécialiste du trouble borderline mais c'est des
manifestations qui pour le, je mets des gros guillemets,
le grand public peuvent sembler similaires et qu'ils ne le sont pas.
Mais c'est très difficile, cette question-là. C'est de la juxtaposition et du flou entre ces deux troubles-là. troubles-là.
Et en plus, le domaine de la psychiatrie, c'est un domaine extrêmement vaste.
Donc du coup, un praticien peut être spécialisé dans un ou quelques troubles,
mais pas tout. C'est un peu comme si on disait « t'es informaticien,
répare-moi mon ordinateur ». Désolé, moi je m'occupe juste des logiciels à l'intérieur,
pas du hardware. Donc c'est des métiers très larges et on peut pas,
on en manque, donc on n'a pas forcément beaucoup de spécialistes...
Et ça va pas en s'arrangeant, spoiler alert !
Oh mon dieu, les dernières élections !
Ouais, spoiler alert, il y a toujours aussi peu de moyens dans le public...
D'ailleurs si vous voulez voir des petites vidéos marrantes,
François sur son Instagram...
...a commencé à en faire.
Oui ! Elles sont trop drôles vraiment je vous conseille d'aller les voir si vous avez envie de
prendre un bon moment.
On essaie. En tout cas, je pense qu'il y a un sujet là-dessus.
C'est sûr.
Et puis ça ne va pas en s'arrangeant. De toute façon,
les coupes budgétaires...
Non, du tout.
On est sur une base de...
Ça a toujours été le parent pauvre de la médecine,
la psychiatrie, historiquement. Et puis, ça ne va pas en s'améliorant.
D'ailleurs, j'avais vu un film avec Mélanie Laurent,
Le bal des folles.
Que je n'ai pas vu.
Et donc, ce film, je crois qu'il était tiré d'un livre,
que je n'ai pas lu.
Certainement, oui.
Et c'est vrai que ça représentait un peu comment les femmes étaient traitées,
au XIXe siècle, si je ne dis pas de bêtises. Et c'est vrai que c'était vraiment la poubelle juste
pour parquer des gens, on les mettait dans ce qu'on ne comprend pas,
boum, psychiatrie.
C'est ça, et qu'on appelait d'ailleurs les asiles psychiatriques.
Et bien sûr on les parquait, c'est exactement le terme.
Je pense que c'est pour ça qu'aujourd'hui il y a autant de mauvaise presse sur "j'ai été interné"
"En hôpital psy", rien que le terme fait ultra peur.
Et psy ça va un peu mieux, mais psychiatrique en entier voilà.
C'est aller voir un ou une psychologue, c'est très...
En tout cas, pas très, mais dans plusieurs endroits,
en tout cas dans le milieu urbain, de plus en plus,
et même les mentalités ont évolué de partout. Accepter et même valoriser,
à certains moments et certains endroits, aller voir un ou une psychiatre...
"Bon bah vous êtes fou".
Exactement, il y a encore du boulot pour l'acceptation.
C'est vrai. Et en plus, aujourd'hui, c'est dommage parce que une hospitalisation,
qu'elle soit partielle en hôpital de jour ou complète,
comme une crêpe.
En pension complète. Ça ressemble, je vous assure,
notamment le privé, ça ressemble à une pension complète d'hôtel,
de luxe.
En termes de tarifs, oui.
C'est ça, en termes de design, de chambre, pas forcément.
Pas forcément, on n'est plus sur le Formule 1.
Exactement, amélioré. Allez, Ibis budget. Mais
c'est vrai qu'il manque cruellement de moyens, c'est une catastrophe.
Oui, et puis du coup, ça pousse de plus en plus les moyens qui manquent pour le public quelque part
sont pas liés. Le domaine privé l'a très bien compris.
Et encore une fois ça fait une énorme sélection entre les personnes qui peuvent se permettre,
via des bonnes mutuelles notamment, de se payer une hospitalisation dans le privé,
et les personnes qui ne peuvent pas. Donc ça laisse en plus sur le carreau,
il n'y a plus de place, et ça laisse en plus sur le carreau des personnes qui de base évoluent ou
sont dans un milieu défavorisé, et qui ont tout autant besoin de soins.
Et même en parlant de personnes défavorisées et de problèmes administratifs : la MDPH.
Moi je sais que je fais partie de la MDPH 92. Donc la MDPH 92 dernièrement avait subi une
cyberattaque, donc du coup c'était le fun.
Je rigole parce que je me dis il n'y a vraiment pas besoin de ça c'est déjà tellement compliqué le parcours de soins et la cyberattaque... cyberattaque...
Il y a eu des mois et des mois où, en fait, on ne pouvait plus déclarer sur le site en ligne les
dossiers. Donc, la MDPH, c'est la maison départementale pour les personnes handicapées.
Donc, quand on a un trouble bipolaire, justement,
on peut faire cette demande.
Il n'y a rien d'obligatoire, mais on peut faire cette demande.
C'est toujours au choix de la personne.
A la libre appréciation.
Et tout à fait. Et en fait, on peut demander pour avoir notamment la RQTH.
Donc, c'est la reconnaissance travailleur handicapé.
On peut avoir aussi l'AAH, donc AAH c'est pour l'aide aux adultes handicapés.
Il peut y avoir aussi pour certaines personnes si on est dans,
par exemple je donne un exemple au hasard, mais si on est dans des full crises d'angoisse quand on
fait des files d'attente, etc on peut demander une carte inclusion prioritaire qui permet justement de couper les files d'attente si
besoin. Il y a aussi pour les personnes qui ont des problèmes au niveau la mobilité,
la carte, mobilité inclusion. Enfin bref, c'est tout un tas de services qui peuvent être rendus
par la MDPH et là, bim, cyberattaque et pendant...
Youpi! Comme ça, full d'appels en numéro masqué pour...
"Vous avez pensé à rénover énergétiquement votre logement dont vous êtes propriétaire depuis 5
ans?" "Ça tombe bien, je suis dans une chambre du Crous donc"...
"Je ne peux pas".
Ok, ouais, pas besoin de ça.
Et on devait renvoyer tout en format papier.
Ah bah génial.
Et du coup on envoie en format papier, et après à un moment donné,
personnellement moi j'ai été convoquée pour voir la psychiatre du centre.
Parce qu'évidemment dans le centre de la MDPH 92 il y a UNE psychiatre pour tout le monde.
Voilà.
Et je suis arrivée, je me suis dit mais ce n'est pas possible je suis au milieu d'un souk.
parce que en fait je ne peux même pas dire un marché,
parce que les marchés souvent il y a des étals etc,
donc là ça me faisait vraiment cette impression de fourmillement.
Il y avait un paquet de personnes où on voyait sur leur tête qu'elles étaient en détresse,
il y avait des gens qui avaient des difficultés à se mouvoir,
il n'y avait pas assez de chaises... Et les gens qui nous dirigeaient nous disaient,
"vous pouvez attendre là". "Mais il n'y a pas de chaise,
monsieur". "Vous pouvez attendre là, debout". "Non,
en fait, parce que je vais faire une crise d'angoisse".
On s'assoit par terre, etc. Je me suis dit, ce n'est pas possible.
On ne peut pas laisser des gens dans cet état. Ce n'est même pas que je fais la queue pour aller
acheter le dernier iPhone. C'est j'attends pour mon handicap.
J'attends pour LA seule psychiatre de la MDPH 92.
C'est ça. Et c'était terrible. Et bon je ne ferai pas non plus la critique de cette psychiatre parce qu'on pourrait parler
des heures de ce souci où en termes d'accueil on était sur quelque chose de vrai mais voilà on a vécu mieux... vécu mieux... mieux...
On a quand même donné le nom de l'établissement et le département,
voilà, mais on n'en dira pas plus voilà.
Vous ferez votre étude vous mêmes. Mais c'est sûr que c'est un peu le parcours du combattant quand on a un trouble psy pour
essayer de s'en sortir. Il faut vraiment le vouloir et des fois quand on est en dépression,
on ne veut plus.
Bien sûr. C'est bien ça le problème. C'est que aussi quand on commence à consulter,
il faut le dire, ou à reconsulter, on a tout à fait conscience que en fait c'est des moments où il
est déjà, notamment et je parle des phases plus dépressives que maniaques,
où de toute façon on phase maniaque-up, on n'a pas du tout envie de consulter et on est plus fort que la Terre entière
et c'est très grisant et très chouette.
Oui, problématique pour les finances.
Et problématique pour les finances à certains endroits.
Mais quand on est dans le down, que ce soit l'angoisse,
l'anxiété, les phases dépressives caractérisées modérées à sévères,
c'est une telle difficulté déjà des fois d'arriver à se lever,
d'arriver à manger, d'arriver à se laver que faire une démarche physique ne serait-ce de faire que quelques centaines de
mètres des fois pour aller dans un centre ou alors passer plusieurs coups de téléphone pour avoir un rendez-vous avec un
ou une psychiatre, un ou une psychologue, un ou une thérapeute mais c'est...
La croix et la bannière.
Exactement.
Et d'ailleurs c'est pour ça qu'à chaque fois, quand on parle justement de phase dépressive,
que ce soit donc les dépressions unipolaires ou bien les dépressions bipolaires,
je rappelle toujours le 31-14 parce que c'est le numéro justement d'urgence pour le suicide.
Oui, de prévention du suicide.
Ou de prévention du suicide, ils ne vont pas vous aider, non. non.
Ils vont vous accompagner.
Ils vont vous aider à ne pas le faire. Et c'est très très important,
et heureusement qu'ils sont là, parce que sinon ce serait une détresse totale.
Parce que des fois quand on ne va pas bien, on est cloîtré chez soi,
parfois seul parce que tout le monde n'a pas forcément la chance d'être avec quelqu'un chez soi.
Bien sûr, et d'avoir un référent ou une référente.
Et d'ailleurs je pense que ce qui est assez important en termes de communication,
c'est d'essayer de se trouver aussi des gens en qui on peut avoir confiance.
Parce que justement ces personnes là pourront nous aider à avancer.
La semaine prochaine.
Et d'ailleurs je suis en train de me dire que ce serait une transition merveilleuse !
Incroyable !
Vers cette partie suivante. Parce qu'effectivement mon cher François,
on parle beaucoup du trouble en soi, mais comment on vit avec ?
Parce qu'il y a quand même la vie personnelle, professionnelle,
sociale et émotionnelle.
Ouais exactement !
Ce podcast vous a été présenté grâce à la solution de diffusion de podcast Castopod.