La semaine dernière.
Aujourd'hui, je reçois Léa Vigier pour parler ensemble du trouble bipolaire.
Bonjour Léa.
Hello Delphine.
Moi, ce que je propose, c'est que, bon, peut-être que les auditeurs en ont un petit peu marre d'avoir des chiffres et beaucoup
d'études et une petite partie éducative. Donc, ce que je te propose,
c'est qu'on essaye de rentrer un petit peu plus dans la façon dont nous,
on vit personnellement au quotidien cette maladie,
avec un peu nos tips, la façon dont on est suivi,
comment on se monite un peu, comment on s'observe et comment ça se passe comme ça.
Alors du coup moi déjà comme type de bipolarité moi que j'ai donc on va dire,
je suis type 1 mais autant type 1 que type 2 dans le sens où en gros je faisais des gros hauts mais aussi des très très
gros bas Et donc, moi, j'ai toujours eu cette perception que je voulais toujours faire quand même assez attention à ne pas
partir vers les hauts, parce que je savais que si je partais vers les hauts,
du coup, j'allais aller vers les bas. Et donc, au-delà d'un traitement qu'on a établi avec ma psychiatre et qui est super
et qui me stabilise quand même bien. J'ai eu en premier la réflexion de comment penser un environnement qui va m'empêcher d'aller
vers les hauts. Parce qu'il y a plusieurs choses sur lesquelles travailler,
je vais les expliquer. Il y a l'environnement, donc il y a ce qu'il y a d'extérieur et ensuite il y a tout ce qu'il y a
à l'intérieur de nous. Qu'est-ce qu'on va mettre en place dans notre vie de tous les jours pour se
sentir bien ? L'environnement, c'est des choix qui sont plus longs à choisir.
Ça va mettre plusieurs mois pour changer d'environnement.
Ça veut dire, comme toi, changer de boulot. Ça veut dire changer de lieu où on habite.
Ça veut dire changer notre entourage. Les gens avec qui on est,
ça peut être, quand tu ne peux pas changer ton entourage,
quand tu ne peux pas changer ta famille, c'est changer la relation que tu as avec cette personne-là
donc ça prend du temps, toute cette partie environnement,
c'est pour ça qu'il faut aussi du coup mettre en place des choses dans notre vie de tous les jours à nous mais en tout cas
c'est quelque chose qui est très important et qui ne peut se faire qu'en étant stabilisé par un
médoc, etc.
Oui parce que finalement si on n'est pas stable, la priorité c'est stabilisation parce que de toute façon on ne peut pas
traiter sur une plaie ouverte.
Tu ne peux pas gérer. Ah ouais, tu ne peux pas. Et puis,
en n'étant pas stable, tu n'arriveras jamais à régler les sujets de tes relations familiales,
etc., puisqu'ils ne vont pas te prendre au sérieux.
Bien sûr.
Tu vois. Et donc, voilà. Donc, ça, c'est quand même un gros point.
Donc, par exemple, je te donne un exemple. Par exemple,
moi, au niveau professionnel, je ne peux pas être comme je l'étais avant,
dans un environnement très challengeant en termes de croissance,
de combien il faut travailler, de il faut toujours faire plus,
j'attends de toi toujours plus, tu vois ce que je veux dire ?
Ça me rassure que tu me dises ça, parce que j'ai vécu tellement la même chose.
Ce serait pas possible. Une entreprise traditionnelle,
dans le sens un peu péjoratif, parce qu'il y a des entreprises classiques...
Oui, les plus grosses entreprises n'ont pas ce truc-là.
Enfin ça dépend..
Mais tout cas, il y a quand même une sorte de, dans la façon dont la société est construite
aujourd'hui, il y a énormément d'entreprises qui vont poser problème à des personnes comme nous parce qu'en fait on n'arrive pas
à cohabiter dans l'environnement de stress, d'objectifs,
de tout ce qui va être vraiment...
Après ça dépend des personnes. Moi dans mon cas c'est juste que ça déclenche des up donc c'est juste que moi ça fait les
deux. Moi du coup ça va déclencher un up parce que je veux pas décevoir donc je vais faire que bosser et je vais faire que
bosser, que bosser, que bosser et puis tu me le disais en off tout à l'heure aussi quand il n'y a pas de sens et qu'on aide
pas les gens et que c'est très chiffré ça ça va être quelque chose aussi qui va être assez problématique dans mon cas et
qui va amener à me déconnecter complètement de moi-même,
de mes valeurs et du coup à vraiment aller dans une phase up où je ne vais penser qu'au boulot,
je ne vais faire que ça, je ne vais pas aller aux toilettes,
je ne vais pas manger, je ne vais plus vraiment me reconnaître.
Pas de pause aussi ?
Oui. Moi, j'allais jusqu'à vraiment mentir pour pouvoir vendre et atteindre mes objectifs,
etc. Une vraie déconnexion avec moi-même, avec mon corps,
avec qui je suis, avec mes valeurs et qui fait que c'est un très mauvais environnement pour moi.
Et que du coup, moi, j'ai plutôt besoin d'un environnement où on me dit je sais que tu travailles
très bien, je sais que tu fais les choses très bien.
donc prends ton temps fais le bien parce que de toute manière je sais que t'es productive et je ne vais pas te pousser à
aller chercher toujours plus toujours plus, toujours plus parce que du coup ça moi ça déclenche du coup up et donc derrière
un down évidemment. Ensuite par exemple en termes d'environnement ou vivre,
donc moi dans mon cas être tout le temps dans la ville à l'inverse ça peut moi me déclencher un
down, ça peut me déclencher une dépression. Parce que je vais être trop attaquée par les bruits,
par les odeurs, par tout ça. Et donc, ça va me mettre une sur-sollicitation qui,
derrière, va m'amener vers un down. Et donc, j'ai compris que j'ai besoin de venir dans la ville un petit peu pour voir
mes amis, pour travailler dans mon cas, je fais des conférences.
Mais sinon d'être dans la nature parce que ça, ça me permet vraiment de me sentir beaucoup plus stable parce que je suis
beaucoup plus à l'écoute de mon corps, beaucoup plus dans le timing de la nature,
la lenteur de la nature et beaucoup plus dans mon écoute
Est-ce que le soleil ça joue aussi pour toi ?
Énorme, ça c'est le truc le plus important en effet.
Je ne l'ai pas dit, le soleil est ultra ultra important et donc du coup je dois choisir d'aller quand même même dans des
endroits où il y a du soleil, etc. Si je vois qu'il va pleuvoir à un endroit,
je ne vais pas y rester trop longtemps parce que je sais que ça va avoir un énorme impact sur
comment je vais me sentir.
Moi je sais que le mois de novembre, c'est un enfer.
C'est très dur le mois de novembre.
Bah tu vois, moi demain, je pars à Marseille.
Ah, technique !
Marseille, 300 jours de soleil par an. Donc, je te comprends complètement.
Autre point sur l'environnement ça va être avoir un entourage qui va bien comprendre ma maladie,
avec qui je vais pouvoir parler, qui va la comprendre,
qui va pouvoir me dire de faire attention par un moment sans casser non plus mes rêves parce que sinon ça va me braquer
et qui comprend aussi que quand on se voit, par exemple moi je ne veux plus boire d'alcool parce que je sais que c'est pas
bon pour moi, et qui vont me proposer : il y a deux jours,
je suis avec ma mère, on va faire une après-me-dessin ; il y a cinq jours,
je suis avec ma meilleure pote, mes meilleurs potes,
on va faire des jeux de société... Et donc ça c'est quelque chose sur lequel moi j'ai dû quand même
travailler, c'est faire comprendre à mon entourage quelles sont les choses qui me font du bien et qu'on pourrait faire ensemble
et les choses en fait au final qui ne me font pas du bien.
Par exemple mes meilleurs potes avant c'était tout le temps pour boire des verres et enchaîner les
bouteilles de vin, ça c'était très mauvais pour moi,
très mauvais pour ma stabilité donc ça tu vois c'est des choses qui sont vraiment liées à
l'environnement.
Mais tout à fait, de toute façon une hygiène de vie,
je pense que c'est bien pour tout le monde mais pour nous c'est encore plus exacerbé.
Parce que tout ce qui va agir de près ou de loin sur notre cerveau,
c'est décuplé et les effets de l'alcool par exemple c'est sûr.
Moi je sais que la caféine aussi c'est quelque chose qui est...
100 %.La caféine a un gros impact.
Très gros impact. J'ai l'impression d'avoir quelque chose qui vibre à l'intérieur de moi.
Oui, je vois très bien. Et donc, ça, c'est vraiment le sujet environnement.
Donc, il y a plein de travail qu'il y a à faire.
J'imagine que tu vois, toi, avec ton compagnon, vous avez dû beaucoup en discuter,
qu'il sache comment se comporter, comment être, etc.
Donc, toute cette partie environnement extérieur,
elle est importante. Cependant, il ne faut pas non plus se dire que c'est parce que mon environnement n'est pas bon que
je ne vais pas me sentir stable. Ce n'est pas vrai.
On peut, même dans un environnement qui n'est pas encore idéal,
dans un environnement qui peut t'apporter de l'instabilité,
qui peut, etc., tu peux mettre en place plein d'outils avec toi-même qui peuvent te permettre de
quand même rester stable. Et c'est ça qui est important.
C'est une stabilité intérieure.
Exactement. Et tu as ta responsabilité. Parce que tu vois,
tu peux avoir ce truc de toujours remettre sur l'extérieur.
Ben oui, il y a ça qui s'est mal passé. Moi, je mettais "mon boss n'est pas sympa",
"mon truc n'est pas sympa". Oui, en effet. Mais tu as aussi ta responsabilité.
A toi de mettre en place des choses dans ta vie qui vont te permettre de pouvoir quand même rester un petit bâton de bambou
qui va bouger mais qui ne va jamais casser parce que tu as mis en place ces choses-là.
Et donc ça, on va dire que chacun trouve les bonnes manières.
Moi je vais te donner les miennes, je pense que c'est intéressant que tu donnes les tiennes.
Peut-être on peut se faire un ping-pong chacune on se dit un truc.
En premier pour moi, le sommeil.
Oh là là, j'allais le dire !
Voilà, ça c'est sous-côté, c'est sous-côté.
Dormir c'est tellement bien !
Ca c'est sous-côté !
Aujourd'hui moi je sais que je m'autorise davantage à me dire bah là en fait non je ne peux pas me lever tout de suite c'est ok,
je vais rester un peu jusqu'à ce que... Parce qu'en fait si je me force à me lever en mode "allez warrior" bah en fait je
vais être debout, je vais le faire, je vais contrôler,
mais je vais pas être bien. Du coup je m'autorise un peu quand je peux à me dire bah voilà si je peux pas vraiment là ce
matin ou alors travailler dans le lit un peu.
Exactement. 100 % d'accord.
En petit nid.
Ouais ouais alors après il y a des personnes qui me disent "ouais mais toi tu dis ça mais parce que t'es à ton compte donc
du coup tu peux te lever à l'heure que tu veux" etc mais il y a plein de moments où je dois me
lever plus tôt, bah juste j'adapte donc je me couche plus tôt tu vois,
c'est aussi un truc c'est que moi du coup vu que je sais que j'ai besoin de beaucoup de sommeil,
c'est vrai que je vais plus voir mes amis pour le brunch dans l'aprèm etc que pour un dîner parce que c'est vrai que du
coup si ça finit à minuit que je dois me coucher à minuit et demi et que j'ai besoin quand même de
9-10h de sommeil, c'est vrai que ça fait un réveil tard le lendemain donc après c'est une adaptation que t'as de ta vie mais
en fait tu le vois on peut tous s'adapter puis les gens au final ils sont très contents d'avoir des gens à voir l'après-midi ou
le midi etc ou pour le petit-déj.
Quand on aime les jeux de société en plus une après-midi parfait.
Voilà exactement. Un cinéma, le soir c'est bien un cinéma ça finit pas trop tard.
Après ceci-dit, le cinéma, moi des fois je trouve que c'est trop fort pour mes oreilles.
Du coup c'est dur des fois parce que je sors du cinéma,
je suis à la fois contente parce que j'ai un peu imaginé plein de choses,
j'étais un peu dans l'image, dans le film, mais j'ai une tête qui bourdonne.
Oui, ça c'est lié à ta grande sensibilité.
J'ai vraiment des fois des choses comme ça aussi.
Mais continuons sur ce ping pong : deuxième routine !
Alors moi je dirais une régularité aussi au niveau des horaires parce qu'on parle du sommeil mais en fait dormir 10h de
minuit à 10h ou dormir 10h de 22h à 8h et bien du coup je me suis mis un réveil pour mes médicaments le matin et du coup
je les prends tout le temps à la même heure parce que j'en ai le matin et j'en ai le soir et du coup ce que je prends le
matin ça me permet à mon cerveau d'être un peu dans un mode de "ah oui c'est vrai,
il faut se réveiller à cette heure-ci", donc c'est pas toujours efficace à 100 % mais ça me permet quand même de me dire
ah, mon cerveau a été pré-réveillé donc du coup ça m'aide un peu quand même à me stabiliser parce que je sais que j'ai tendance
à sinon pousser le soir pour faire d'autres trucs mais ça je pense que c'est lié à l'éducation de la société qui fait que
on a les cours la journée et on a le travail la journée etc et du coup ça fait un peu le revenge le soir en mode "mais je
veux faire des choses de ma journée". Et du coup,
ça pousse, pousse, pousse, pousse, pousse le soir.
Donc, ça me donnait encore plus de difficultés à me lever le matin.
Donc, c'est lié au sommeil, mais c'est plus une sorte de routine fixe qui permet à mon corps de
fabriquer les hormones, les machins, les trucs dans le cycle que j'ai décidé.
Et ça stabilise un petit peu.
Trop bien. Alors moi, je donne une autre routine qui,
pour moi, est un no-brainer. Marcher. Alors pour moi,
vraiment, aller marcher. Donc moi, je vais marcher une heure par jour.
vraiment ça dépend que ça soit dans la ville bon moi je ne suis près de Montmartre donc à chaque fois je vais tout le temps
marcher dans Montmartre. J'adore tu peux autant marcher et penser à des choses.
Moi je trouve que quand tu marches il y a ton cerveau qui active quelque chose et tu trouves souvent des solutions et des
problèmes c'est un délire.
Ou alors discuter quand c'est dans la voiture, il y a une histoire de "on avance".
Ouais, on avance. Mais tu peux aussi en fait ce que j'aime bien avec la marche c'est que t'ailles pas bien ou que t'ailles super
bien tu peux marcher. A la différence du sport. Le sport,
moi je vais pas trop bien, j'ai un petit coup de down,
ça saute direct alors qu'aller marcher, je vais marcher 20 minutes du coup même si tu vas pas bien
tu peux.
Moi ma mère m'emmenait au zoo voir des animaux parce que du coup les animaux ça juge pas du coup tu
les vois vivre. Moi j'ai un faible pour les orangs-outans,
je les adore, ils sont très famille et du coup je restais assise comme ça et ça m'a vachement aidée
à remonter.
Trop bien, j'adore.
Même si de base j'aime pas trop les zoos mais bon.
Et après t'as aussi le truc de quand tu marches si t'as vraiment plein de choses à faire,
tu peux, tu peux appeler quelqu'un, tu peux écouter un podcast,
tu peux tu vois, réfléchir à un truc que tu veux écrire,
etc. Donc moi, je trouve vraiment si les personnes peuvent vraiment se dire « Ok,
vraiment, je vais marcher tous les jours et qu'importe,
qu'il pleuve, qu'il vente, etc. J'y vais. J'y vais à mon tempo.
Si je dois faire autre chose, je fais autre chose,
etc. » Mais juste aller faire ça, ça pour moi c'est ultra important parce que si tu commences à
tomber, ça réactive un peu ton corps et ça l'empêche de tomber plus bas.
Et si tu es trop hyperactive, ça permet de relâcher un peu l'hyperactivité etc.
Et donc du coup de te recalmer. Pour moi, c'est un bon stabilisateur.
D'avoir un peu un truc contemplatif quoi.
Allez, une autre routine !
Alors, la prochaine routine, pour moi, c'est la musique.
Parce que j'ai vraiment une sensibilité musicale parce que pour moi,
la musique, c'est le langage universel. Musique sans paroles,
en règle générale, ce que je préfère. Parce que du coup,
ça me permet d'utiliser les variations d'intensité,
les timbres différents des instruments, la force du signal sonore,
d'avoir un petit peu les intrications des thèmes qui se répondent,
etc. Et en fait, ça va pouvoir aussi jouer un peu...
Si je mets en aléatoire, par exemple, ça me force à écouter le suivant.
Et si c'est quelque chose où je me dis « Oh, je suis un petit peu chafouin,
je suis un peu triste, etc. » mais c'est quelque chose d'hyper punchy ça va un peu quand même me remonter ou si je suis
trop excitée de mettre quelque chose qui finalement aléatoirement va me forcer à être plus calme ça va m'aider aussi et
du coup je me suis créé des musiques spécifiques par exemple si je fais une crise d'angoisse ou que je suis vraiment pas
bien j'ai une playlist de 1h02 c'est des musiques calmes de Harry Potter et en fait mon cerveau sait exactement à la première
note ça c'est le moment où on va être plus calme et relaxée.
Et ça m'a changé vraiment, ça m'a changé la vie parce que du coup,
j'ai mon truc quand j'ai de l'anxiété. Je sais que si j'ai besoin,
je peux me protéger avec ma musique, avec mon casque.
Si j'ai besoin de pouvoir un peu m'évader aussi,
de changer mon humeur, il va y avoir plein de choses au niveau des choix musicaux qui vont
m'accompagner sans jugement, encore une fois, sans parole la plupart du temps ou alors je me
déconnecte de la traduction. Du coup, ça va être plutôt des paroles d'une langue qui n'est pas le français pour me forcer
un peu à me dire ok, je fais exprès de ne pas comprendre la langue,
même si je comprends des fois plus ou moins facilement,
mais comme ça, ça me déconnecte et ça me met juste dans la vibe.
Trop bien, j'adore. Alors moi, j'ai un petit carnet et dans lequel j'écris le matin et le soir.
Ça ne me prend même pas 5 minutes Et c'est un énorme impact sur ma stabilité.
Alors, le matin, ce que j'écris, d'abord, c'est que je me réveille.
Et là, je dois écrire trois petites gratitudes. Je suis reconnaissante de...
Je suis reconnaissante de... Je suis reconnaissante de...
Ça, c'est bien parce que ça me permet de toujours me mettre dans un état positif et que même si ça
ne va pas, je vais du coup devoir faire le travail dès le réveil d'aller chercher quand même des choses pour lesquelles j'ai de
la gratitude. Alors quand ça ne va pas, tu trouves des choses qui sont vraiment toutes petites.
Je suis contente d'avoir un lieu au sec dans lequel vivre.
Je suis contente de pouvoir avoir de la nourriture dans le frigo,
etc. Et ça, c'est un vrai outil de bataille pour ne pas tomber dans le bas et justement aller refaire travailler ton cerveau
pour qu'il revoie des choses positives. Ça, c'est super important.
Et après, j'ai... trois choses que je vais faire pour passer une super bonne journée.
Et ça, c'est génial parce que c'est trois petites choses que je vais mettre,
mais sur lesquelles je m'engage. Et donc, du coup,
je sais que, en fait, du coup, je m'y suis engagée.
Donc, je vais les faire. Et donc, du coup, il y a un engagement vis-à-vis de moi-même et qui vont faire que je vais passer
une bonne journée. Et donc, à chaque fois, ça marche très bien.
Et donc, ça, ça me prend vraiment très peu de temps.
Et ensuite, le soir, ce que je vais faire, c'est les trois choses qui m'ont fait le plus de bien sur aujourd'hui parce qu'en fait
souvent la problématique dans la bipolarité c'est que on a une déconnexion avec notre corps donc en fait si on se pose pas
pour essayer de repenser à qu'est-ce qui nous a vraiment fait du bien,
et ben on va plutôt se mettre sur peut-être les choses de la société,
c'était faire ça alors qu'au final on va se dire putain en fait,
bah juste d'avoir avoir été posée dans mon canapé,
etc. Qu'est-ce que ça m'a fait du bien ? Genre, regarder la Starac,
qu'est-ce que ça m'a fait du bien, etc. Ou, ah bah putain,
d'avoir, je ne sais pas, fait ce podcast avec Delphine,
qu'est-ce que ça m'a fait du bien ? Ah, d'avoir juste pris le temps pour juste méditer,
qu'est-ce que ça m'a fait du bien ? Et ça, c'est super important,
parce que quand on est bipolaire et on a une déconnexion,
qui peut se faire très vite avec notre corps et avec ce qui vraiment fait du bien à notre corps,
et du coup de faire ça tous les soirs ça nous permet justement de se rendre compte putain ça fait quand même la septième
fois que je dis que le moment où je médite me fait grave de bien bon Léa,
ne lâche pas et continue à méditer tous les jours parce que regarde comment même si ça peut être dur au début de s'y mettre
regarde comment à chaque fin de journée le truc que tu mets comme ce qui t'a le fait le plus de bien et bah c'est ça tu
vois et ça c'est génial parce que ça te permet d'évoluer en continu vers vers une vie,
des actions, un environnement qui, du coup, te permet de sentir stade,
de se sentir équilibré et d'arrêter certaines choses.
Par exemple, j'avais vu, j'étais allée à un grand truc de networking et tout et j'ai dit,
mais ça a été horrible pour moi. Bon, OK, tu n'iras plus dans des trucs comme ça.
Écoute-toi et adapte-toi à qui tu es. Tu n'as pas besoin d'être comme tout le monde.
Et je pense qu'on revient avec ça à ce sujet de la neuroatypie ou en tout cas du fait de on est tous différents et en fait
on doit se créer une vie sur mesure qui est adaptée à comment on se sent.
Exactement. Et justement d'ailleurs quand tu disais "moi je note sur un cahier",
il y a une application qui s'appelle Bipolarité France,
pas très jolie, un peu moche, mais voilà ça donne le diagramme de l'humeur.
Tu peux noter des choses un peu dedans tous les jours tu peux rajouter des émotions ou des choses que tu ressens personnaliser
un peu comment tu te sens au quotidien. Moi j'ai rajouté le syndrome prémenstruel..
Mais voilà du coup c'est moche mais pour ceux qui sont pas trop cahier ça permet de le faire un
peu.
Pour Bipolarité France, je recommande aussi. Moi je suis très très cahier donc voilà et en plus il
y a un cahier! Donc moi je suis bénévole dans une asso qui s'appelle Hope Stage où on accompagne les bipolaires à devenir
experts de leur maladie. Et avec Hope Stage, on a créé un cahier,
justement, qui fait ces petits trucs. Donc, on a un cahier juste à remplir.
C'est le cahier de cinq minutes. Et donc, on a nos questions le matin,
le soir, et je remplis tous les jours. Et voilà,
donc c'est trop pratique.
Parce qu'il faut optimiser, il ne faut pas que ça devienne non plus une charge mentale.
Ah non, franchement, c'est vraiment ultra rapide.
Ouais, carrément.
Donc, Hope Stage, allez-y, les yeux fermés. Et d'ailleurs,
quand tu disais reconnecter au corps, ça m'a fait penser,
moi, je me suis rendue du compte que quand je m'habille bien quand j'ai les habits que j'aime,
où je me dis bah voilà je vais mettre une robe, je vais choisir mes boucles d'oreilles,
et je vais pas juste m'habiller avec le premier pantalon et le premier pull,
et bah en fait je me dis ah bah ça va aller et même dans les sous-vêtements même s'ils se voient
pas en dessous, le fait d'avoir des jolies chaussettes ou d'avoir mis une jolie culotte,
voilà je me dis ah bah en fait je suis bien apprêtée c'est chouette et ça permet aussi de se
reconnecter un peu à soi-même, tout ça, d'avoir un peu plus d'espoir.
Et d'ailleurs, il y a un mantra dans ma vie que je ne sais pas si j'ai découvert ou pas,
en tout cas c'est "on ne voit que ce que l'on pense mériter" et en fait l'environnement il ne va
pas changer, c'est juste que nous, si on ne voit que le négatif,
on ne va voir sortir de l'environnement que les choses négatives de cet environnement,
et si on se dit en fait "je mérite d'avoir des belles choses dans la vie",
"je mérite d'avancer", "je mérite de" plein de choses,
en fait l'environnement il va faire ressortir les choses positives.
Et je pense que littéralement il y a certaines personnes que j'ai rencontrées il n'y a pas si longtemps que ça que je n'aurais jamais
rencontrées avant, parce que je n'avais pas cette vibe un peu de "positif",
de "je m'aime", de "j'ai le droit",
"Je demande"
Exactement. Et donc en fait toutes ces choses là,
elles étaient dans mon environnement depuis le début.
Même mon compagnon, quand on s'est rencontrés justement,
j'étais encore dans les débuts, milieu de ma prise en charge et du coup ce grand changement de vie,
je pense que la rencontre avec mon compagnon que j'ai actuellement,
ça a été lié aussi à cette histoire de "je vois ce que je pense mériter" parce que je pense que je me suis dit "j'ai le
droit d'être avec lui". Et je pense que c'est comme mon chat,
je me suis autorisée à avoir un chat, je l'ai adopté et ça me fait énormément de bien.
Il ne me juge pas, quand je pleure, il n'a pas trop envie que je lui pleure dessus,
mais par contre il va quand même rester à côté. Et en fait toutes ces petites choses,
on a le droit aussi de s'autoriser. Parce que notre corps,
j'ai l'impression qu'il sait au fond de lui ce dont on a vraiment besoin,
et du coup si on l'écoute vraiment, moi je sais que quand j'étais petite mes parents ils voulaient pas que j'aie un animal
parce que si je m'en occupais pas, ça fait beaucoup de travail.
Je comprends tout à fait, mais je sentais que j'avais ce besoin.
Et en fait quand j'ai eu mon chat et ben ça a tout changé et il m'a énormément apporté.
Et je pense que justement on revient sur l'histoire des animaux qui jugent pas et qui sont là et qui nous font partager
un peu beaucoup de belles choses.
Carrément.
Est-ce que juste peut-être, vite fait parce qu'on a parlé de choses super positives donc c'est
génial, tu as eu des gens qui t'ont fait du mal dans ta vie et que t'as réussi à faire partir de ta
vie ?
Oui, parce qu'en fait, quand tu es bipolaire, je pense qu'il y a des personnes tout simplement qui ne sont pas bonnes pour
toi et qui vont accentuer ta maladie, en tout cas qui ne vont pas la considérer,
etc. Moi, ça a été beaucoup, du coup, dans le milieu professionnel,
des personnes avec qui j'ai pu bosser et qui, quand j'étais en up,
me poussaient, poussaient, poussaient, poussaient,
poussaient. Ils étaient très contents que je puisse faire le boulot de cinq personnes.
Et voilà, qui me mettaient des pièces en continu.
Et dès que ça commençait à aller pas bien, qui me remettaient tout dessus,
qui me mettaient plus bas que terre. Et qui disaient,
moi, je veux pas qu'il y ait quelqu'un à problème.
Et qui me mettaient du coup plus bas que terre. Donc du coup,
ça, ça a été des personnes plutôt très, très mauvaises pour moi.
Et du coup j'ai pu quitter ces personnes dans le milieu professionnel.
J'ai eu une personne peut-être dans le milieu amical qui était mauvaise aussi,
qui accentuait en tout cas ma maladie et qui la comprenait pas bien et où du coup j'ai coupé.
Maintenant aujourd'hui c'est vrai que j'ai que des gens qui,
en tout cas, la comprennent bien, qui ont été là,
même pour qui je suis. Et du coup, c'est trop, trop bien.
Mais c'est vrai que oui, en tout cas, c'est un travail qui est vraiment à faire quand on est
stable, parce que moi, j'ai pu avoir des disputes ou vouloir arrêter des relations quand j'étais dans mes crises et qui n'était pas
juste c'est pour ça que vraiment le sujet il est vraiment "soit stable avant de faire le tri et de
choisir ton environnement", tu vois ce que je veux dire.
Bien sûr. Parce sinon on choisirait les mauvaises personnes quand on est en up.
Exactement. Dans les up, par exemple, je voulais couper avec toutes les personnes qui me disaient "ralentis" tu vois ce que
je veux dire. Et j'étais là en mode "mais ils sont nuls,
ils croient pas en moi" et je m'embrouillais tu vois avec des personnes qui au final étaient sûrement les personnes qui
m'aimaient le plus et qui du coup s'inquiétaient,
tu vois, pour moi. Et pareil en down, du coup je vais être là en mode bah "putain,
lui il me demande toujours à être à fond" etc. alors que moi je ne vais pas bien etc.
Donc en fait dans tes crises, tu peux très facilement casser tout le temps tes relations parce
qu'entre ton up et ton down, en gros tu ne vas pas supporter certaines personnes et des personnes
différentes. Et en réalité, ce n'est pas du tout juste pour les autres.
Et donc, voilà, j'ai de la chance parce que moi,
en fait, j'ai des amis de très longue date qui ont supporté ces hauts et ces bas.
Ce qui n'est pas le cas quand même de beaucoup de personnes bipolaires qui ont pu,
du coup, beaucoup perdre leurs entourages au travers des crises.
Et qui, moi, j'ai entendu beaucoup, beaucoup de personnes qui,
en up, ont divorcé, ont quitté leur famille, se sont mis leurs enfants à dos,
etc., tu vois. Et donc, du coup, c'est vrai qu'il y a vraiment cet enjeu d'absolument avoir des traitements qui te stabilisent
pour pouvoir mettre en place tout ce qu'on a dit,
un bon environnement, faire les bons choix de personnes,
et puis bien comprendre. Et puis après, quand t'es stable,
du coup, tu peux aussi expliquer. Par exemple, moi,
j'ai expliqué à ma mère, bon, maman, je veux bien que tu me dises d'y aller doucement,
mais par contre, s'il te plaît, casse pas non plus tous mes rêves.
Mes rêves, je suis désolée, j'ai le droit de les avoir.
Bien sûr.
Et tu peux pas me dire, bah non, du coup, vu que t'es comme ça,
bah en fait, faut que t'aies ton CDI dans cette ville et oublier toutes tes ambitions,
tous tes rêves, tu vois. Mais sauf que ma mère, elle m'a écoutée quand j'étais stable,
quand je lui ai expliqué, je lui ai dit, bon, je te comprends maman et je te promets que je vais y aller étape par étape
parce que tu me vois, je suis stabilisée. Et donc,
du coup, par exemple, je rêve, j'en sais rien, d'un jour écrire un livre,
bon, bah je vais étape par étape, etc. mais par contre,
ne cassons pas mon rêve et s'il te plaît, crois en moi quand même.
Ces discussions-là, elles se font quand on est stable.
Elles ne se font pas quand on n'est pas stable. Impossible.
Mais dans tous les cas, c'est très difficile parce qu'en plus,
sa famille, c'est des gens qui nous aiment profondément,
qui nous connaissent depuis toute petite, et malheureusement,
qui voient des fois, nous, en tant qu'enfants, en tant qu'avant,
et après, il faut leur réexpliquer qu'ils puissent comprendre qu'effectivement il y a eu un moment donné où la maladie s'est déclarée,
il y a eu des changements qui sont faits et surtout maintenant que la maladie est déclarée,
qu'on a fait cette psychothérapie, qu'on a un suivi,
qu'on essaye de réorganiser un peu tout ça pour que ce soit plus bénéfique pour nous,
du coup en fait ça ne veut pas dire qu'on diminue l'amour qu'on a pour eux,
au contraire, on a toujours cet amour extrêmement fort mais il faut pouvoir accepter qu'effectivement on est une personne
différente dans le sens où on s'est pris en charge en connaissance de cause et du coup oui il y a peut-être des changements
qui se font, oui il y a peut-être des besoins. Et je vois,
alors c'est un exemple un peu bête peut-être, mais j'ai eu besoin à un moment donné de me faire un
tatouage. Je n'en ai qu'un seul mais j'ai eu besoin de faire ça parce que c'est littéralement la traduction sur mon corps
de "vivre c'est bien". Et ma maman a énormément de mal avec ça.
Parce que pour elle, c'est faire mal à son corps,
etc. Et en fait, la première fois qu'elle l'a su,
ça a été un choc hyper violent. Elle a dû partir de la pièce où on était.
Ça a été très dur. Mais je lui ai expliqué calmement.
On en a parlé ensemble. Et maintenant, même si elle n'aurait pas fait ça et qu'elle n'aime pas le
fait que j'ai ce tatouage, elle comprend pourquoi je l'ai fait et elle a accepté que j'ai fait ça.
Et en fait je pense que c'est ça qu'il faut essayer de trouver dans les relations,
notamment familiales, parce que c'est les relations qui sont entre guillemets existantes à
l'infini. C'est de pouvoir trouver ce terrain de discussion,
même sur des choses qui peuvent être très violentes émotionnellement parce que forcément les gens de notre famille ils ont
aussi des émotions, c'est des humains et donc la discussion qu'on peut avoir peut des fois prendre des proportions émotionnelles
qui peuvent dépasser la simple discussion. Et c'est normal,
c'est juste qu'il faut en tenir compte et nous en tant que bipolaire se protéger aussi de la vague émotionnelle parce que
c'est pas forcément facile, mais essayer de continuer à avoir confiance dans les gens qui nous
aiment très fort. Et oui il y aura des maladresses,
oui il y aura des erreurs, mais le but c'est de pouvoir discuter ensemble.
Enfin après c'est mon avis.
C'est marrant parce que moi aussi j'ai fait un tatouage.
J'ai un tatouage dans le dos lié à la stabilité,
à ma recherche de stabilité face à ma maladie. Donc ouais.
Je pense qu'on a besoin d'avoir des ancrages.
Oui, ah oui on a complètement besoin d'avoir des ancrages.
Pas oublier ça. Mais ce que je trouve beau, c'est : ne vous dites pas,
ma bataille, c'est d'être stable pour ne pas retomber.
Ma bataille, c'est d'être stable pour réaliser mes rêves.
Oui, c'est ça. Le positif, en fait.
Et ça, ça donne beaucoup plus de force. Parce que le fait de faire les choses par la peur,
par la crainte, et donc souvent, on dit, "si tu fais quelque chose,
je ne veux pas...". Par exemple tu dis "je n'ai pas envie que ça arrive",
bah dans la plupart du temps du coup ça va arriver.
En revanche si tu es dans le positif et tu es là en mode "j'ai envie de me sentir stable,
pour pouvoir faire ce voyage", "pour pouvoir que ma relation amoureuse se passe bien",
"pour pouvoir avoir des enfants", "pour pouvoir avoir le job que j'ai envie d'avoir",
là tu es dans quelque chose de positif et ça te donne un vrai moteur en toi de te dire ok ok,
je vais continuer à faire tous ces efforts-là pour pouvoir me sentir bien,
parce qu'il y a justement cet espoir, cette carotte.
Et ça, je pense que c'est quelque chose qui est très,
très important.
Ma psychologue, justement, me disait, "ah, c'est bien Delphine,
vous avez des projets. Je suis rassurée".
Important d'avoir des projets, oui. Ouais, ouais,
ouais. Je suis complètement d'accord. Mais les projets,
on peut les avoir que quand on est stable.
Sinon, le projet, c'est la stabilité. Et d'ailleurs,
justement, est-ce que tu penses que le fait d'être bipolaire ça t'a apporté quelque chose que tu n'aurais pas eu si tu n'étais pas
bipolaire ?
Bien sûr. En fait, le fait que tu vois, qu'on raconte que quand on est dans les hauts,
on a ultra confiance en nous, qu'on est ultra créatif,
qu'on ose, ça a développé chez nous une âme créative et entrepreneuriale,
il n'y a pas de sujet.
Ah bah oui, ça c'est sûr, je pense que toi comme moi
Et vu vu qu'on a osé plein plein de choses et que parfois ça a marché,
c'est quelque chose qui est resté ancré en nous et qui fait que même aujourd'hui,
quand on est stabilisé, on ose.
Et on perçoit le monde différemment.
Voilà, on ose. Et donc, du coup, un bipolaire, je pense,
stabilisé, etc., dans beaucoup de cas, peut être quelqu'un qui,
justement, va beaucoup plus oser et qui va oser faire des choses qui sortent des clous,
etc., parce que sa maladie l'a amené à faire ça plein de fois et que,
bon, parfois, ça a été un échec, mais aussi plein d'autres fois,
ça ne l'a pas été. Et donc, du coup, ça a développé chez lui une résilience à ça.
Et puis le fait aussi derrière qu'on ait vécu plein d'énormes énormes downs et qu'on y ait survécu,
ça nous fait nous dire bon bah attends, si j'ai réussi à survivre à ça,
bon tout peut arriver, il y a un peu ça quand même.
"La fin du monde ? Oh"
Mais c'est vrai, on a pas vraiment, on a beaucoup moins peur de,
par exemple, moi j'ai beaucoup moins, j'ai pas du tout peur tu vois,
de souffrance physique etc, tu me dis "vas-y tu vas faire ça" etc,
j'ai absolument pas peur. Je suis en mode "bon bah ok ça va ça peut faire peut-être mal,
etc. mais je vais m'en remettre". Je veux dire, si je m'en suis remis d'une dépression,
tu vois...
On peut se remettre de tout, évidemment.
Je suis d'accord, enfin ouais.
Mais surtout que c'est très bizarre, parce que moi,
je sais que j'ai cette hypersensibilité. Et donc,
notamment aussi au niveau du toucher, il y a certaines matières que je ne supporte pas,
etc. Mais en fait, la douleur... c'est complètement à part.
Parce que dans la bipolarité, comme on le dit, on a du mal à se connecter à notre corps.
Par exemple, dans un up, on peut ne pas capter que notre corps est fatigué.
Donc, il y a une déconnexion. Et donc, du coup, il peut y avoir une déconnexion à la souffrance.
Et du coup, c'est pareil dans les down.
Mais qui peut être dangereuse par moments.
Parce que du coup, on peut atteindre aussi des choses dans les down,
tout ce qui est automutilation, tout ça.
C'est ça. Ou dans les up, par exemple, tu vois, moi,
mon cas, j'ai eu trois fois le palu, je suis tombée dans des caniveaux,
j'ai eu un verre dans le pied, je me suis fait renverser,
côte fêlée... Et je continuais parce que j'étais déconnectée de mon corps.
C'est vrai que je ne suis pas partie pendant le Covid faire des trucs comme toi,
ça serait mal passé. J'ai juste fait Just Dance chez moi avec une entorse.
On est sur un moindre niveau.
C'est ça.
Mais c'est sûr que ça nous apprend aussi à nous protéger,
à comprendre comment on est. J'ai l'impression que ça fait un petit peu comme si on avait un Jiminy Cricket sur l'épaule qui
nous dit « Eh, mais ça, tu connais, en fait. Ça,
c'est bien. Ça, c'est pas bien. » On a appris à se décortiquer un peu,
peut-être plus que la moyenne des gens.
Beaucoup plus. Vu que nous, c'est une question de survie.
Nous, c'est une question de survie. Si on ne s'écoute pas,
etc., on peut risquer la mort. Parce que, que ce soit en phase maniaque ou en phase dépressive,
on peut aller vers le suicide à cause de trop de souffrance.
Ou alors, par exemple, en phase maniaque, plein de fois,
je me suis mise en tel danger, comme je te racontais,
je me suis fait renverser, etc. J'aurais pu être tuée.
Vu qu'il y a un danger de mort, nous, du coup, on est au taquet,
au taquet-taquet pour regarder comment on se sent,
prendre les bonnes décisions pour notre équilibre,
etc. Et ce qui, du coup, en devient notre plus grande force.
Parce qu'on va, au final, être souvent beaucoup beaucoup plus alerte à nos signaux,
à notre corps, à notre équilibre, etc., que les autres.
Quand nous, on va être là, « Ah ben non, les gars,
moi, je rentre maintenant parce que j'ai besoin de mes dix heures de sommeil »,
les autres vont être là en mode « Oh, c'est bon,
c'est pas grave », etc. Ils vont moins dormir. Le lendemain,
moi, je serai au top. Eux, ils seront la tête complètement dans le mal.
Ils auront bu. Ils seront en gueule de bois. Ils seront en descente.
Ils seront en train de pleurer, en train de se dire « Putain,
qu'est-ce que j'ai fait ? » Non, mais c'est vrai.
Tu vois ? Non, mais c'est vrai. Et du coup au final c'est moi qui finis par être la cheerleader et être là en mode bah moi
ça va super et tout.
C'était le fun !
Donc c'est pour ça que c'est quand même un point à avoir.
Et du coup moi j'aime beaucoup cette phrase "il y a toujours un diamant dans une épine" et pour le coup c'est vraiment le
cas. La bipolarité est bien sûr une épine, je n'espère à personne d'avoir cette maladie.
En revanche, à partir du moment où tu l'as t'as eu les choses que t'avais vécues etc,
bien sûr qu'il y a un diamant derrière.
je crois qu'on peut pas trouver une plus belle phrase pour finir cet épisode.
Trop bien.
Je te propose avant de terminer, si t'as quelques recommandations,
pour un peu, soit des choses qui te parlent par rapport à cette maladie,
soit des choses où tu trouves que c'est intéressant pour les auditeurs.
Je te laisse libre, ça peut être vraiment de tout type.
Moi je pense que il y a un court métrage que j'ai fait et que je trouve vraiment top (en toute
humilité) sur mon compte YouTube. Vous mettez Léa Vigier et c'est un court-métrage de trois minutes où j'ai essayé de montrer
comment on se sentait en up et en down au travers de filtres,
etc. Et je trouve que c'est bien parce qu'en fait,
c'est très dur dans un podcast quand on vous décrit.
En fait, c'est très dur pour les gens de se rendre compte.
Et du coup, c'est une bonne manière, de manière imagée,
autant pour quelqu'un qui est bipolaire de s'y retrouver que pour des proches pour dire,
regarde ce court-métrage, tu vas voir comment, en fait,
je vois la vie. Et ça, c'est une bonne manière quand même de pouvoir sensibiliser.
Et puis, deuxième truc, moi, c'est une BD que j'aime beaucoup.
Je pense que tu l'as lue, Goupil ou Face.
Ah oui, ça, c'est ma chouchou. Je sais que Lou Lubie n'a plus trop envie de parler de sa
cyclothymie, j'ai cru comprendre. Mais en tout cas,
la BD existe. Et vraiment, Goupil ou Face, moi, je l'ai lue avec mon père à côté de moi et c'était
hyper intéressant.
C'est incroyable, je l'ai lu aussi avec mon père à côté de moi.
C'est vrai ! Mais j'ai trouvé ça génial, parce qu'il me disait « Ah,
mais du coup, toi, ça fait ça, ça fait ça comme ça.
» C'était génial de lire ça avec lui et de partager ça.
Parce que nous, on vit quelque chose, mais les proches,
ils ne voient que des petites bribes de nous. Ils ne voient pas du tout tous les symptômes.
Et puis, pour beaucoup de personnes, bipolaires en plus,
les downs, il y a beaucoup de gens, ils les cachent.
On appelle ça la dépression souriante. Moi j'étais beaucoup dans ça.
Donc j'allais mal, mais je gardais le sourire parce qu'en fait je voulais encore moins avoir des gens qui me disent "ça
va pas ?" ou qu'ils fassent la gueule. Non, je préférais qu'ils sourient.
Au moins, ma vie était un petit peu moins dure que ce qu'elle était tu vois.
Mais ça c'est possible au début quand la dépression n'est pas trop grave.
Ouais exactement. Mais sauf qu'après, moi je coupais.
Donc les gens ne me voyaient pas quand j'allais très mal.
Donc beaucoup de personnes étaient là en mode "quoi t'as eu autant de dépressions,
mais moi je t'ai toujours vu au top" et c'est ça.
Donc du coup c'est vrai que c'est bien d'avoir des images pour pouvoir montrer aux autres pour
qu'ils puissent mieux comprendre.
Ta chaîne Youtube, du coup "Delphine ESTOURNET".
Oui, tout à fait. Oui mon nom c'est vraiment le nom de partout.
Oui, c'est ce que je me suis dit. C'est quand même beaucoup plus simple.
Et c'est vrai que je pense que par l'image on peut voir des choses.
J'ai quelques autres projets en tête, je te les dirai en off,
parce qu'on ne va quand même pas spoiler à nos auditeurs !
Mais c'est vrai que l'image, le son, vraiment tout ce qui peut toucher aux sens,
ça permet de pouvoir poser les choses. Et vu que les humains sont quand même des êtres visuels
principalement, c'est quand même plus utile aussi quand on met l'image quoi.
Et d'ailleurs je voulais mettre aussi un petit mot bonus,
parce que François Mallet a failli être parmi nous pour ce premier épisode.
Et effectivement il serait ravi de pouvoir être là avec nous une prochaine fois.
Mais allez voir son spectacle "Heureux soient les fêlés" qui est super.
Et il faut aussi absolument lire son livre "Fêlé".
C'est bien, c'est le le leitmotiv, et donc François est comme nous,
enfin comme nous est différent, puisque c'est une autre personne donc c'est toujours intéressant d'avoir les interprétations
de chacun donc n'hésitez pas aussi à aller le voir,
c'est sur Paris, son spectacle et je crois que c'est jusqu'en mars prochain,
mars 2026. Donc voilà, plein de recommandations et sur ce et bien écoutez je suis vraiment très
très contente, merci beaucoup Léa pour cet échange autour du trouble bipolaire parce que ça
"Fêlé", c'est bien, c'est le le leitmotiv, et donc François est comme nous,
enfin comme nous est différent, puisque c'est une autre personne donc c'est toujours intéressant d'avoir les interprétations
de chacun donc n'hésitez pas aussi à aller le voir,
c'est sur Paris, son spectacle et je crois que c'est jusqu'en mars prochain mars 2026 donc voilà,
plein de recommandations et sur ce et bien écoutez je suis vraiment très très contente,
merci beaucoup Léa pour cet échange autour du trouble bipolaire parce que ça
nous a été
nous a été très riche d'échanges en tout cas.
Merci d'avoir écouté Voix Plurielles. Comprendre c'est déjà faire un pas vers l'autre.
C'était Delphine et à bientôt pour une nouvelle rencontre,
une autre façon de voir le monde.
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