Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles, je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une
même humanité. Aujourd'hui, je reçois Léa Vigier pour parler ensemble du trouble bipolaire.
Bonjour Léa.
Hello Delphine.
Alors je suis hyper ravie de te recevoir Léa parce que je t'ai découverte sur les réseaux et je trouve que ce que tu fais
est assez incroyable et vu qu'on parle pas assez en plus de toutes ces choses sur les
neuro-atypies, toutes les variations mentales, psychiques,
cérébrales, neuro-développementales, plein de termes,
du coup je veux bien que 'on fasse un peu tous connaissance avec toi,
ce que tu fais dans la vie et pour promouvoir notre merveilleuse maladie.
Pour moi, c'est la première fois que je fais un podcast avec quelqu'un qui est bipolaire.
Je suis super contente. Très hâte de voir de quoi on va échanger ensemble.
Je pense qu'on va toutes les deux apporter pour expliquer ce qu'est la maladie.
Peut-être que je me présente rapidement.
Oui, c'est un podcast très libre.
Je m'appelle Léa Vigier, j'ai 32 ans. Et aujourd'hui,
ce que je fais, c'est que je sensibilise à la bipolarité,
aux maladies mentales. J'essaye de casser les tabous,
les stigmates dessus. Et je le fais au travers de grandes aventures pour pouvoir toucher le plus de
monde possible. Ne pas venir avec un discours très noir,
culpabilisant, mais plutôt venir avec des aventures qui emmènent les gens au travers de mes aventures et qui leur permet
au travers de ça de mieux comprendre la maladie mais aussi d'avoir de l'espoir et de se dire ah tiens si cette fille est
malade mentale et est bipolaire et qu'elle réalise ses rêves ça veut dire qu'il y a de l'espoir,
ça veut dire aussi que les bipolaires ne sont pas que cette image qu'on peut tous avoir,
en tout cas moi, que j'ai eue au tout début, de fou en asile,
en camisole, dangereux pour la société.
Instable.
Voilà, exactement. Et donc, c'est ça ce que je fais.
Et donc, pour donner aux auditeurs des petites idées des aventures,
l'été dernier, j'ai fait un tour de France avec une pancarte,
"Je suis bipolaire, tu m'invites?". Et sans argent.
C'est comme ça d'ailleurs que je t'ai connue.
Ah, c'est comme ça que tu m'as connue.
Et j'ai trouvé que c'était extraordinaire.
J'ai fait aussi des aventures comme de l'alpinisme.
J'ai fait l'ascension de plusieurs sommets, dont le dernier à plus de 7000 mètres.
Je fais aussi de la plongée en apnée pour aller en haute profondeur.
Et donc, à chaque fois, il y avait ce challenge d'inspirer,
sensibiliser. Et puis aussi, on en parlera je pense ensemble,
de qu'est-ce qu'on met en place dans sa vie pour pouvoir réaliser ses rêves,
pour pouvoir peut-être faire des choses qui pourraient nous rendre instables en tant que bipolaire,
mais grâce à tout ce qu'on va mettre en place, au final on va pouvoir rester stable et pouvoir
aller au bout de nos ambitions. Et alors, moi je suis un exemple où on va dire que moi la vie que je veux avoir on va dire
qu'elle va être très aventurière. Mais ce message,
il est pour toutes les personnes et tout type de rêve qu'on peut avoir.
Bien sûr, on peut avoir un rêve de vouloir boire du chocolat chaud avec un chat,
avec un plaid, c'est tout à fait OK.
Je valide ! Je valide ! Je valide de pouvoir avoir le job qu'on veut,
de pouvoir rencontrer l'amour, de pouvoir fonder une famille,
de pouvoir partir faire un voyage, seul ou avec ses amis.
Voilà, il y a tout type de rêve. Et c'est vrai que pour beaucoup de personnes quand on entend le diagnostic d'une maladie
mentale on se dit bon bah ça y est ma vie est foutue et j'aurai une vie compliquée,
éloignée de la société voilà..
Voire très courte...
Voilà parce que si on n'est pas bien traité, on a une mortalité qui est quand même assez élevée dans cette maladie donc on
estime c'est 13 ans d'espérance de vie en moins et 50 % des bipolaires qui font des tentatives de suicide ce qui est énorme
donc c'est comment sensibiliser et expliquer que oui c'est une maladie puis on va pouvoir en parler ensemble je pense et
en même temps gardons nos rêves gardons l'espoir.
Oui, parce qu'on reste humain, c'est ça qui est le plus important et si on perd nos rêves si on perd tout notre imaginaire
finalement qu'est-ce qu'on devient ? On perd cette humanité qu'on a tous le droit d'avoir !
Et du coup est-ce que tu penses que toi tu as un fonctionnement particulier ?
Tu le définirais comment pour toi personnellement ?
Alors je pense qu'il y a, en fait ce qui est intéressant c'est que déjà il y a une bipolarité et
il y a des bipolarités. Donc, on va dire qu'on va expliquer la bipolarité,
si c'est ça que tu me demandes.
Oui, c'est une merveilleuse transition en plus vers cette partie un petit peu plus didactique.
Donc, la bipolarité, si on veut l'expliquer de manière simple et universelle,
on va dire que c'est une alternance entre deux phases.
Une phase qu'on va appeler UP et qui va être une phase dans laquelle on va avoir une hyperactivité
au niveau cérébral, physique et au niveau aussi de comment on va voir la vie.
Et on va la voir de manière beaucoup plus colorée,
de manière beaucoup plus belle. Et souvent, on dit,
voilà, tu es dans un état d'exaltation. Donc ça,
c'est la phase up. Et puis la phase down qui à l'inverse va être donc une sous-activité de ton cerveau qui marche beaucoup
moins vite, de ton corps aussi ce qui amène à vouloir beaucoup plus dormir à avoir beaucoup moins envie de faire de choses
et de comment on voit la vie et là on va plutôt avoir un filtre plus noir et blanc de la vie on va beaucoup moins voir la
beauté de la vie et donc on va trouver tout ça assez déprimant.
Ce qui est important, c'est que c'est une maladie.
C'est marrant parce que j'ai eu beaucoup de personnes que j'ai pu rencontrer qui me disaient « Ah,
mais je pensais que les maladies mentales n'étaient pas des maladies,
parce qu'il y a mental après. » Et donc du coup,
ils se disent « Bon, c'est dans la tête. » Alors oui,
c'est dans la tête, parce que dans la tête, il y a le cerveau.
Mais le cerveau peut être cassé aussi.
Exactement, mais le cerveau, il va sécréter. Et il va sécréter voilà,
il y a la sécrétion des neurotransmetteurs qui vont t'amener à avoir de la motivation,
à avoir la vie de la bonne manière à trouver des solutions,
etc et puis après il y a aussi la sécrétion des hormones et ça dans la bipolarité c'est aussi une sécrétion du coup qui
est dérégulée et qui fait que par exemple quand tu vas avoir certaines hormones en excès tu vas
avoir beaucoup plus de motivation, tu vas par exemple tomber amoureux beaucoup plus facilement,
tu vas avoir envie des autres, avoir une hypersexualité beaucoup plus importante et du coup à l'inverse quand tu n'en as
plus, il n'y a plus de tout ça donc on est vraiment sur une maladie.
Il n'y a pas à dire "tu peux changer comme ça juste par la pensée",
non.
Comme dirait psychologue, "Si vous aviez une jambe cassée Delphine et bien vous n'iriez pas faire un marathon et vous vous
sentiriez légitime à dire je suis malade car j'ai une jambe cassée et bien c'est pareil sauf que c'est dans la tête et ça
se voit pas".
C'est exactement ça et donc c'est là où on a un travail de sensibiliser à ça pour que les personnes comprennent que c'est une
maladie, que les personnes n'y peuvent rien qu'elles ne sont pas coupables et qu'elles ne sont aussi pas responsables de
leurs actions quand elles sont dans les phases et dans les crises.
Après, là, je t'ai donné une définition universelle.
Oui.
Et après, en fonction des bipolaires, on va avoir des phases up et down plus ou moins fortes et plus ou moins longues avec
aussi plus ou moins d'alternance.
Et plus ou moins de symptômes aussi.
Voilà. Et plus ou moins de symptômes. Et donc, c'est là où on va dire qu'il y a plusieurs
bipolarités. Et c'est ça qui rend quand même le diagnostic plus difficile.
Parce que ça ne va pas être exactement pareil d'une personne à l'autre.
Par exemple, il y a beaucoup de personnes qui peuvent avoir des hauts qui ne sont pas très hauts.
Oui, c'est les hypomanies.
C'est ça.
Moi, par exemple, je suis bipolaire de type 2. Donc,
à ce jour, je n'ai pas fait de manie. J'ai fait que des hypomanies.
Ça ne veut pas dire que c'est moins fort, ça veut juste dire qu'on n'a pas les mêmes symptômes dans ce qui est ressenti
et ce qui est vécu. Donc effectivement, c'est ça qui peut jouer sur les perceptions en termes de
UP. On peut confondre avec la dépression aussi.
Exactement. Beaucoup, beaucoup de psychiatres vont diagnostiquer à tort quelqu'un de dépressif chronique psychologique parce
qu'il va le voir du coup plusieurs fois sous dépression,
il ne verra pas les moments où ça va mieux parce que le patient ne va pas voir le psychiatre quand il va mieux et que lorsque
ça va mieux, en effet c'est un up mais ce n'est pas non plus un up qui est flagrant et qui se voit directement et qui va
inquiéter directement les proches. Et donc ça pour te donner un chiffre,
c'est 60 % des bipolaires qui sont diagnostiqués à tort dépressifs.
Ce qui, du coup, pose des gros problèmes aussi au niveau du traitement.
Exactement. Tu as tout à fait raison. Le problème,
c'est que les personnes qui vont être dépressives vont être traitées avec des antidépresseurs,
ce qui, dans une grande partie des cas, ne va pas traiter la bipolarité et surtout,
dans une bonne partie des cas, va l'accentuer.
Ca va partir en up une fois que tout est résolu.
C'est ça, ça va emmener du coup la personne, pour expliquer peut-être aux gens,
les antidépresseurs ils viennent réactiver la sécrétion de la sérotonine.
La sérotonine qui est un neurotransmetteur qui te permet de trouver des solutions à tes problèmes et de voir la vie de manière
plus colorée.
Grosso modo c'est la joie.
C'est ça, et ça vient du coup de le réactiver et ça permet que ça se resécrète et le problème c'est que quand t'es bipolaire
bah le problème c'est que tu manques pas de sérotonine tout le temps t'es dérégulé donc en dépression tu en manques mais
par contre en up t'en as beaucoup trop et si du coup en plus on met des antidépresseurs bah du coup on va t'emmener directement
vers les hauts et de manière fort et très rapide et malheureusement plus on va vers des hauts forts plus derrière les bas
vont être forts et donc du coup ce traitement là va aller accentuer ta bipolarité,
moi ça a été le cas ça l'a accentué année après année,
crise après crise et donc du coup peut-être je peux te poser la question tu dis donc,
toi tu avais des hypomanies, est-ce que tu pourrais décrire quels étaient les symptômes et peut-être pourquoi c'était difficile
à être distingué ?
C'est vrai que les hypomanies c'est assez traître parce que ça donne un petit peu l'impression que
on est juste content. Alors certes, on est content,
mais par contre, il y a aussi dans ces symptômes-là,
c'est très vicieux parce qu'il y a la privation de sommeil.
Moi, j'ai lu, je pense, l'intégralité des fanfictions Harry Potter la nuit sans arrêt.
Je pense que j'ai vidé Internet de ces fanfictions et en fait,
je ne me rendais pas compte que j'avais cette privation de sommeil parce que je lisais et je n'avais pas besoin d'aller aux
toilettes, je n'avais pas soif, je n'avais pas faim,
je n'avais pas envie de dormir, j'étais juste concentrée sur lire ces histoires.
Et le fait donc d'avoir cette privation-là, les gens ne vont pas forcément le voir à moins de vivre au quotidien avec moi
parce que le lendemain, je vais quand même être suffisamment opérationnelle pour que ça marche.
Et vu que je vais avoir cette hyper joie, je vais avoir envie de changer ma garde-robe,
donc je vais avoir envie de m'acheter beaucoup trop d'affaires qui ne vont me servir absolument à
rien. Ca m'est arrivé aussi de vouloir complètement changer ma vie,
de devenir graphiste alors que je dessine aléatoirement.
D'ailleurs je l'ai vu aussi dans mes aquarelles,
ma technique de dessin est différente en fonction de mon état mental donc je voyais vraiment la précision aux détails parce
que je me suis prise pour un peintre où il faut absolument souffrir dans le froid pour réaliser un
bon croquis, danser sous la lune parce que c'est comme ça qu'on fait en Bretagne parce que c'est le
pays de tous les folklores... Que des actions comme ça,
ou alors ne plus savoir exprimer l'amour ou la joie envers autrui et donc la seule solution que j'avais c'était qu'il fallait
que je touche la personne et que je la secoue parce que du coup il y avait trop d'énergie et j'avais cette envie de secouer
absolument la personne pour lui montrer que j'avais cet attachement envers elle.
Et bon, ça ne plaît pas beaucoup, en général, qu'on soit secoué.
Et puis, évidemment, oui, l'hypersexualité, ça m'est beaucoup arrivé.
J'avais l'impression d'être nymphomane, alors qu'il y avait d'autres moments,
j'avais l'impression d'être asexuelle. Donc, les remises en question de ma propre sexualité,
ça, ça a été beaucoup aussi de variations. Et puis des fois,
des mises en danger aussi. Je me souviens avoir fait un up pendant le Covid.
J'avais une entorse juste au début du confinement et j'ai eu la brillante idée d'acheter Just
Dance, ce qui n'est pas très conseillé avec une entorse.
Mais il fallait absolument. J'ai eu un projet de faire un cosplay donc je suis sortie pour aller chercher du papier journal
pour faire du papier mâché... Vraiment, rien de prioritaire mais c'était important et donc dans ces moments-là j'étais sûre
de moi, moi qui d'habitude n'ai pas trop confiance en moi,
en tout cas j'ai eu des grandes périodes de ma vie,
la quasi-totalité avant ma prise en charge thérapeutique on va dire,
où j'avais pas de confiance en moi, où c'était très difficile d'avoir une estime positive mais dans les moments de tout
allait bien, pas de problème je pouvais partir dans des...
Oui, oui, ça c'est vraiment un point. Il y a quelque chose,
c'est quand tu es dans les up, tu acquiers une estime,
une confiance en toi qui est énorme, et qui est vraiment très très agréable.
Et c'est la raison pour laquelle on va pas se dire qu'il y a un problème quand je suis en up.
Parce que pour nous les up, surtout du coup quand derrière on va vivre des down de dépression,
les up c'est les meilleurs moments qu'on peut vivre...
Bah on a l'impression d'être enfin heureux.
Exactement. On est là "ça y est, je suis enfin en haut,
je suis au top, je me sens trop bien, je brille" et donc du coup on aimerait pouvoir être comme ça
tout le temps.
Surtout qu'en termes de timing, moi j'avais lu dans mes recherches et aussi quand j'ai eu la psychoéducation à l'hôpital de
jour où j'étais en clinique de jour, que les up durent moins longtemps en moyenne que les down,
puisqu'on peut avoir de quelques jours à quelques semaines,
allez quelques mois vraiment mais c'est très rare pour les up,
alors que pour les down on est sur minimum on est sur un mois,
plusieurs mois voire si c'est pas traité, plusieurs années donc c'est pas du tout les mêmes ratios
et on sait qu'en plus, il y a ce fameux effet de crash,
comme pour les drogues, en fait, où dès qu'on a plus toute cette sérotonine et qu'on arrive au point où on l'a vidée et
où on est dans le deuxième mode qui se casse, et tout retombe,
et là, c'est la chute.
Oui, oui, carrément, carrément. Et du coup, la question,
c'est... Bon, il y a 1, il y a le point de réussir à déceler les moments de up et du coup,
se rendre compte qu'on est dans une bipolarité et pas dans une dépression chronique.
Et puis après, la deuxième étape, elle est de réussir à accepter qu'on a cette maladie-là.
Donc, un, c'est ne pas en avoir honte. Et donc ne pas avoir honte d'être malade mentale dans une société qui stigmatise
énormément les malades mentaux. Donc ça, c'est un véritable travail qui est à faire.
J'accepte. Dans cette acceptation, c'est j'accepte que je ne suis pas responsable,
que j'ai une maladie, que ce n'est pas une maladie imaginaire et que derrière,
vu que ce n'est pas une maladie imaginaire et comme on pourrait avoir un diagnostic de diabète,
eh bien, en fait, il faut le prendre au sérieux.
Et il faut, du coup, trouver un bon traitement et puis trouver un bon accompagnement pour pouvoir réussir à s'en sortir
de cette maladie. Et vu que c'est une maladie qui est invisible et en plus très stigmatisée,
c'est très dur de la prendre au sérieux. déjà on se dit non mais c'est bon ça va passer,
non mais c'est bon ça va aller mieux, ok c'est bon j'ai pris un peu un traitement,
ça va aller mieux etc. On la prend beaucoup moins au sérieux que comme tu disais s'il te manque une jambe ou autre quoi
et puis en plus on n'a pas envie de la prendre au sérieux parce que plus on doit la prendre au sérieux plus du coup on doit
accepter notre statut d'être un malade mental et donc là est l'enjeu aujourd'hui,
parce que toutes ces épreuves, tous ces obstacles empêchent les personnes de pouvoir être
correctement traitées, accompagnées, et donc de pouvoir atteindre le stade qu'on appelle de
rétablissement. Et donc un stade de rétablissement,
c'est pouvoir avoir la vie qu'on a envie de mener avec cette maladie-là.
De toute façon, on le rappelle, ce n'est pas une maladie qui se guérit,
c'est une maladie qui se stabilise.
Oui. C'est une maladie chronique qu'on a à vie, mais dont on peut apprendre à vivre avec et à se
rétablir. Et donc, du coup, à vivre une vie stable,
souvent beaucoup plus stable que beaucoup, beaucoup de personnes qui n'ont même pas la maladie.
Parce qu'on apprend à se connaître finalement.
Exactement, parce qu'on apprend à se connaître. Et donc,
qui nous permet d'avoir la vie qu'on a envie de mener.
Donc là, c'est vraiment ça. C'est vraiment ces étapes-là par lesquelles aujourd'hui,
on doit se battre. C'est aider les personnes à comprendre que c'est une maladie,
qu'il ne faut pas avoir honte, qu'en fait, une maladie surtout qui est classée comme sixième
handicap mondial.
Ce qui est énorme, mondial, je ne sais pas si vous vous rendez compte,
ça veut dire tout handicap confondu. Les handicaps invisibles,
visibles, physiques, psychiques, psychologiques,
neurodéveloppementaux, donc c'est énorme, 6ème mondial vous vous rappelez sur Terre on est combien
? 8 milliards ?
7 milliards
7 milliards, j'ai mis un milliard de trop.
Carrément et donc du coup comprendre que oui il va falloir mettre en place plein de choses comme on dit t'as un cancer il
va falloir mettre en place plein de choses et t'accompagner etc et donc ça c'est la bataille,
pourquoi c'est la bataille ? Parce que encore un autre chiffre quand même qui est très important
pourtant, on estime qu'il y a 1,6 million de bipolaires en France,
ce qui du coup amène à, je crois, être la maladie qui touche le plus de Français.
Pour donner un peu des ordres de grandeur, le cancer du sein touche 900 000 Français.
La sclérose en plaques, dont on peut souvent entendre parler,
touche 100 000 Français. Donc, ce n'est pas une guerre de...
Ça, c'est plus grave, etc. Mais c'est juste se rendre compte qu'on parle beaucoup de plein de
maladies, qu'on sensibilise, etc. Et c'est génial et c'est trop bien.
Mais la bipolarité touche énormément de personnes.
Mais énormément.
Et là, le nombre en plus qu'on a, c'est le nombre de diagnostiqués.
Oui, oui. C'est pour ça que moi, souvent, je dis 2 millions.
C'est sûr qu'il y en a beaucoup plus qui ne sont pas diagnostiqués,
qui sont médiagnostiqués en dépression, qui sont médiagnostiqués en schizophrénie,
borderline, qui sont médiagnostiqués TDAH... Parce qu'en plus comme dans la santé mentale il y a beaucoup de symptômes qui
s'overlap, qui vont les uns au-dessus des autres mais il faut avoir tous ces symptômes pour avoir,
(j'ai l'impression de faire une collection) mais pour entre guillemets être dans la catégorie de cette maladie et donc c'est vrai
que des fois si on prend juste une partie des symptômes on pourrait se dire ah mais oui mais ça
fait rappeler nanani nanana...
Et puis après il y plein d'autres diagnostics qui sont beaucoup plus faciles à accepter tu vois moi on a pu me dire ah bah
"t'es HPI" ah bah oui oui je suis HPI bien sûr ça explique tout bah oui HPI t'es super intelligent bien sûr que t'as envie
de l'accepter ce diagnostic là. "T'es hypersensible" bah oui voilà je suis hypersensible etc mais c'est pas stigmatisé d'être hypersensible
donc du coup tu vas directement l'accepter alors qu'on te dit bon bah "en fait non t'es plutôt
bipolaire", non non en fait je suis plutôt hypersensible haut potentiel intellectuel je crois tu vois donc ça il y a aussi
ça.
Après, ceci dit il y a beaucoup de comorbidités aussi c'est à dire qu'on n'a pas,
enfin c'est rare d'être juste bipolaire, moi je sais que justement l'hypersensibilité,
j'ai toujours été hypersensible même avant de déclarer la maladie et après,
j'ai toujours aussi eu un trouble anxieux généralisé et un trouble panique.
L'anxieté, ce grand ami. Et donc, c'est vrai qu'il y a beaucoup de choses aussi qui peuvent perturber le diagnostic parce
que souvent, le dernier diagnostic, en fait, ça va être la bipolarité.
Oui, c'est qu'on n'a pas réussi à traiter. Et du coup,
on se dit, bon, OK, là, il y a vraiment un souci.
Alors que tous les autres ont été déclarés, connus,
catalogués. On les a, oui, c'est gentil. J'ai bien ma collection de cartes Panini.
Mais derrière, c'est souvent le dernier. Moi, je sais qu'il m'a fallu dix ans d'errance médicale.
Ça, c'est une maladie qui amène énormément d'errance médicale.
Parce que même au niveau des psychiatres, tous ne sont pas au fait des subtilités de la maladie
Pas du tout. Même pas des subtilités, même des basiques.
Oui, c'est vrai. J'ai voulu être sympa.
Malheureusement, je n'arrive pas à comprendre pourquoi,
parce que je me suit dit, de quoi ils parlent alors ?
Si on est en train de parler quand même d'une maladie psychiatrique qui touche 1,6
million de Français. Mais je demandais à des psychiatres s'ils avaient été vraiment formés et tout.
Ils disaient, non, c'est une page que tu vois et basta.
Et d'ailleurs, à l'époque, c'était même le trouble maniaco-dépressif.
Oui, oui, oui. Donc du coup, par définition, pour expliquer aux auditeurs,
maniaco-dépressif, maniaque, c'est la phase up mais très très forte donc du coup par définition ça veut dire qu'ils allaient
diagnostiquer les personnes bipolaires s'ils avaient une phase haute très très forte et aujourd'hui ça a évolué pourquoi
c'est aussi important de diagnostiquer un bipolaire même s'il n'a pas des phases hautes très fortes c'est parce qu'il ne
va pas s'en sortir tant qu'il n'a pas un stabilisateur de l'humeur.
Exactement.
Et que si on lui donne d'autres traitements, ça va continuer et il continuera à faire des énormes dépressions chaque année
ou tous les deux ans.
Et de pire en pire.
Et de pire en pire. Donc c'est là où quand même c'est essentiel.
Moi j'ai vu ma vie changer, être bouleversée, bouleversée complètement le jour où j'ai pris un stabilisateur de l'humeur et
j'ai vu que c'était quoi la vie, quand on la voyait stabilisée,
j'ai été choquée.
Ça m'a fait pareil, mais il m'en a fallu trois.
Tu as dû en tester plusieurs, moi j'en ai testé aussi.
Donc effectivement, en termes de soins, il y a plusieurs catégories de médicaments qui existent.
Il y a ce qu'on appelle les antipsychotiques. Donc eux,
leur travail, c'est de diminuer la phase haute. Il y a également les traitements pour l'épilepsie qui peuvent bien marcher
aussi sur la bipolarité. C'est d'ailleurs pour ça qu'on les utilise.
Et en fait, ça, c'est des traitements qui sont plutôt doux.
Et après, il y a également le médicament phare, entre guillemets,
celui que les gens vont connaître en général, qui est le lithium,
qui est la molécule historique qui a été la première utilisée pour le traitement de l'humeur et qui est devenue une référence
médicale, même si aujourd'hui les médecins utilisent aussi les autres médicaments en fonction du patient et en fonction
de sa réception aux molécules puisque chaque personne va avoir une réception aussi différente donc c'est pour ça qu'un psychiatre
est très important tout de même.
Oui carrément et puis je pense que ce qui est important c'est de garder espoir et de continuer à
tester, j'ai eu plein de personnes qui m'envoyaient des messages qui me disaient non mais j'ai
testé un traitement, j'ai eu plein d'énormes effets secondaires donc j'ai envie d'arrêter les
traitements. Il y en a quand même beaucoup. Il y a vraiment beaucoup de traitements possibles donc il ne faut pas lâcher
et toutes les personnes que j'ai pu rencontrer elles ont dû tester plusieurs traitements parce que ça dépend vachement de
notre physionomie, de comment on est, et il y a des traitements qui vont très très bien marcher
pour certaines personnes, par exemple moi mon traitement il marche bien sur moi mais j'ai plein de personnes qui me disent
bah non moi j'ai pris 20 kilos ça va pas. Ce qu'il faut faire c'est vraiment continuer à tester,
garder espoir, parce que clairement vous allez trouver le bon traitement.
Surtout qu'en plus, il y a la molécule et après il y a le dosage.
Parce qu'en fonction de la réception, moi, je sais que justement,
on parlait des hormones. En tant que femme, j'ai mes hormones qui varient aussi avec le cycle
menstruel. Et du coup, on s'est rendu compte avec ma psychiatre que si on adaptait le traitement en
suivant ce cycle menstruel, eh bien, ça me stabilisait mieux.
Donc, on a adapté aussi dans la temporalité.
Incroyable, trop bien. Et après, deuxième point, c'est aussi parfois il faut accepter que pendant
un moment, tu aies un traitement qui te stabilise bien et peut-être qui t'amène des effets
secondaires pas faciles, mais au moins qui te stabilise,
ce qui s'appelle la période de rémission. Et pourquoi l'accepter ?
C'est se dire, du coup, je n'aurai pas ça sur le long terme,
mais ça me permet de me sentir stable et de pouvoir commencer à faire des choix de vie,
c'est-à-dire des choix d'environnement, c'est-à-dire des choix de routine qu'on va mettre en place pour pouvoir avoir une
hygiène de vie, un environnement qui va nous permettre de nous sentir beaucoup plus stables et ensuite de pouvoir diminuer
notre traitement et donc, du coup, diminuer les effets secondaires.
Donc moi, ce que je conseille, c'est qu'il faut tester des traitements et trouver celui qui nous
convient le mieux. Mais il faut aussi se dire que,
parfois, le plus important, c'est d'être stabilisé pour pouvoir,
derrière, construire, mettre en place plein de choses.
Et ensuite, tu pourras diminuer, du coup, ton traitement et donc les effets secondaires.
Et surtout, d'ailleurs, diminuer le traitement avec le psychiatre.
Bien sûr, ah bah oui.
Pas d'automédication. Surtout qu'en plus, nous, en tant que bipolaire,
vu qu'on a ces variations d'humeur quand on est stable on se dit "bah c'est bon,
tout va bien" et il y a énormément de bipolaires justement qui ne sont pas observants de leur traitement parce que dès qu'ils se
sentent mieux ils s'imaginent qu'ils sont guéris.
Spoiler alert, on n'est pas guéris, on est stabilisés et du coup c'est très important de garder un traitement stable et
de discuter avec les soignants pour adapter ensuite en fonction de la réception de notre corps de s'il y a besoin de faire
des prises de sang, faire les prises de sang et de faire ce suivi personnalisé de manière très monitorée parce que si on
arrête tout d'un coup, du coup notre corps il est déjà en train de faire le yo-yo de base donc si ensuite on le force à
faire du yo-yo là c'est pas la bonne idée.
Carrément et puis c'est toujours ce même sujet de "j'ai honte de la maladie,
j'ai pas envie de l'accepter, elle est invisible donc je l'oublie vite" et donc du coup je me dis en fait c'est bon je l'ai pas
vraiment ou ça s'est arrêté et c'est ça qui peut être un peu pervers et comme tu le dis,
il ne faut absolument pas arrêter sans en avoir discuté avec la psychiatre et y être allé peut-être pas à pas et puis au
final qu'est-ce que c'est de prendre un médoc tous les jours.
Je veux dire, moi, je vois un million de personnes tous les jours qui prennent des compléments,
qui prennent des trucs pour le cholestérol, qui prennent...
Ou même la pilule pour les personnes qui prennent la pilule.
Voilà, tous les gens qui prennent la pilule tous les jours.
Enfin, je veux dire, la pilule, je veux dire, je pense que l'impact sur le corps,
il est encore plus important que nos stabilisateurs.
Ne me lance pas là-dessus.
Non, mais tu vois ce que je veux dire ? Et pourtant,
ça, on ne l'a pas diabolisé et on est là, ah ouais,
c'est normal, tu vois. Alors qu'en réalité, c'est quand même assez mauvais pour le corps.
Et d'ailleurs, pour les bipolaires, c'est personnel,
parce que je suis très sensible au niveau des variations de mon corps,
mais j'ai remarqué que les contraceptions hormonales jouaient beaucoup sur ma stabilité d'humeur.
Ok, super intéressant.
J'ai été obligée de trouver une solution pour avoir une contraception non hormonale.
Il n'y en a pas non plus de 3 millions. Je ne vais pas faire non plus l'apologie du retrait à 2
minutes et demie. C'est vrai que le stérilet au cuivre,
moi j'ai eu la chance d'être bien réceptive mon corps a été bien réceptif et donc j'ai pu enlever les hormones alors malheureusement
tout le monde ne peut pas, je sais bien que c'est très difficile la gestion du cycle menstruel chez les personnes qui ont
un cycle menstruel. Du coup je sais que j'ai eu la chance sur ce coup là mais ça peut jouer aussi vu que le cycle hormonal
des femmes n'est pas le même cycle que les hommes.
Nous on est sur un cycle d'un mois alors que les hommes d'après ce que j'ai compris eux c'est des
cycles beaucoup plus journaliers, c'est pas du tout la même façon de sécréter et donc d'avoir cette évolution donc je pense
que ça doit peut-être jouer aussi. Un appel aux psychiatres,
si jamais vous voulez faire des études là-dessus,
ça peut être intéressant de voir justement la différence biologique entre une biologie masculine et une biologie féminine
par rapport à ce cycle de l'humeur. Donc, s'ils ont envie de faire des études,
allez-y ! Mais voilà. Ah oui, on n'a même pas parlé d'ailleurs de la psychothérapie.
Parce que ça, c'est un chouette complément.
La semaine prochaine.
Moi, ce que je propose, c'est que, bon, peut-être que les auditeurs en ont un petit peu marre d'avoir des chiffres et beaucoup
d'études et une petite partie éducative. Donc, ce que je te propose,
c'est qu'on essaye de rentrer un petit peu plus dans la façon dont nous,
on vit personnellement au quotidien cette maladie,
avec un peu nos tips, la façon dont on est suivi,
comment on se monitore un peu, comment on s'observe et comment ça se passe comme ça.
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