Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles, je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une
même humanité. Aujourd'hui je reçois Capucine. Bonjour Capucine !
Bonjour Delphine !
Et on va parler ensemble de dépersonnalisation et de déréalisation.
Deux grands mots qu'on ne connaît pas forcément très très bien mais nous allons pouvoir voir
ensemble de quoi ils retournent. Alors du coup ma chère Capucine,
ce que je te propose c'est en premier lieu de te présenter un petit peu pour nous raconter tout ce
que tu fais, qui tu es, tout ça.
Alors du coup je m'appelle Capucine, j'ai 22 ans.
Je suis actuellement en études de design textile en troisième année.
A côté je bosse en restauration et voilà. J'ai aussi quelques petits projets de stylisme à côté de
temps à autre.
Donc nous avons une personne extrêmement chic avec nous aujourd'hui.
Et donc Capucine, tu as accepté de venir parler avec nous de dépersonnalisation.
Donc merci beaucoup à toi d'avoir proposé cet échange,
parce que c'est vrai que c'est pas forcément facile de parler de ça.
Et surtout que c'est quelque chose qu'on connait très peu,
qui est très peu dit, en tout cas qui est très peu pers...
Oulala, je vais y arriver, les fêtes arrivent, il n'y a plus rien qui va au niveau du cerveau.
Oui donc c'est en tout cas quelque chose qui est très peu discuté avec le grand public.
C'est quelque chose qu'on connait très peu. Donc c'est vraiment adorable de venir nous partager
ton expérience. Surtout qu'effectivement, c'est quelque chose de difficilement descriptible comme
on va pouvoir le voir ensemble. Donc merci à toi de pouvoir nous partager ton ressenti.
Et du coup, est-ce que là tu pourrais nous l'expliquer ?
En tout cas nous le décrire très brièvement, comme si c'était une sorte de petit synopsis qu'on pourra étayer plus tard ? ?
En fait, la déréalisation ça va être un épisode où on va avoir de gros problèmes avec la conception
de la réalité. Où en fait la réalité va nous paraître complètement irréelle,
et on va avoir l'impression d'évoluer dans quelque chose qui n'est pas réel.
Et la dépersonnalisation, c'est un problème de rapport avec sa personne.
C'est notre personne. On n'a plus l'impression d'être nous-mêmes.
On a l'impression d'être hors de nous-mêmes et plus grand chose nous rattache à nous-mêmes.
Effectivement, c'est vrai que moi je n'ai jamais vécu ça.
Mais d'après ce que j'avais lu, il y avait une sorte de notion du cerveau qui se met à distance
pour se protéger, et donc toute l'intégralité de soi-même se met à distance.
Et donc il y a une sorte de dissociation entre l'individu physique et l'individu dans ta tête.
Une sorte de coquille ou quelque chose comme ça.
C'est vrai que les psychiatres, je vais te répéter ce que m'ont dit les psychiatres.
Ils m'ont expliqué que c'était une sorte de soupape émotionnelle,
un petit peu quand on avait trop d'émotions, trop de choses qui ressortaient.
C'était un moyen du cerveau de se protéger en fait.
Oui, c'est vrai que finalement, c'est comme si tu mettais une barrière entre toi et le monde.
Exactement, c'est ça. Moi, je le vis vraiment comme si la réalité n'est plus réelle,
elle ne fait plus mal.
Et du coup, c'est comme si tu étais une sorte de petite entité à l'intérieur de toi,
à l'intérieur d'une sorte d'armure qui serait Capucine.
Après, c'est vrai que moi, je ne le ressens pas tellement.
Disons que j'ai une grosse émotion, ça va me déclencher une crise.
Ce n'est pas aussi direct que ça. Mais quand je suis dans des périodes où j'ai beaucoup d'émotions
ou de choses comme ça, je vais plus avoir tendance à déréaliser.
Donc c'est lié vraiment à tes émotions, paraît-il.
Parce que c'est vrai que dans ce que j'avais lu,
ça pouvait être quelque chose de soit ponctuel, soit quelque chose de persistant ou chronique qui
était beaucoup plus rare. Donc là c'est vraisemblablement,
d'après ce que j'avais lu, c'est quelque chose qui apparaîtrait dans des contextes de stress,
d'anxiété, de traumatisme, voire d'épuisement psychique.
Donc c'est comme si ton cerveau se détache, comme si on avait un peu peut-être,
je sais pas, une sorte de... Le premier truc qui me vient à l'esprit,
c'est dans Docteur Strange, quand ils sortent en forme astrale de leur corps.
J'ai pas la ref.
Ah mince. Du coup comme si t'étais un peu le fantôme de toi même et que du coup tu vois un peu ton
corps qui est là.
Ouais c'est un peu ça. T'as un peu une sensation d'être au dessus de toi,
d'être vraiment en dehors de toi et que plus rien ne te raccroche à toi.
Après là je fais un peu des mix entre déréalisation et dépersonnalisation.
Mais c'est deux choses qui sont quand même différentes,
mais qui peuvent arriver en même temps. Moi je sais que ça fait 4-5 ans que j'en fais,
à peu près. Vers le début, j'avais fait beaucoup plus de déréalisations que de dépersonnalisations.
Et maintenant, je fais plus de dépersonnalisations que de déréalisations.
Et "qu'est-ce que tu préfères", j'allais dire.
La peste ou le choléra.
Voilà c'est ça ! Il y a une, hum, en termes de ressenti,
tu sens vraiment la différence ?
En fait je pense... Je pense que la différence majeure que je sens,
c'est que, comme je l'ai dit, ça fait 4-5 ans que j'en fais.
Et du coup, je sais que je ne vais pas mourir. Je sais que ça porte un nom.
Je sais que je ne vais pas rester bloquée comme ça toujours.
Je ne le vis pas du tout pareil avec le temps. Parce que maintenant,
je fais une crise, je sais tout ça et ça m'angoisse beaucoup moins de faire une crise.
Parce que du coup, tu es consciente qu'en crise, tu es en crise ?
Oui. Ah oui, parce que quand je suis en crise, je suis en mode,
"oh là là, la réalité, oh là là, ceci, oh là là,
cela". Et vraiment, je suis un peu choquée. Je me vois dans le miroir,
je sais que c'est Capucine dans le miroir. Je sais que c'est le reflet de Capucine.
Je sais que je vois par les yeux de Capucine. J'ai toute l'histoire de Capucine,
mais en aucun cas, je ne suis Capucine. Je sais que mon Capucine s'est retrouvé dans cette
situation à cet instant T. Mais par contre c'est pas moi qui ai mis Capucine dans cette situation à
cet instant T. Moi je me suis juste retrouvée là comme ça.
Donc en fait quand tu dis "toi", tu le différencies de Capucine à ce moment là.
Exactement.
Il y a vraiment : ton existence n'est pas l'existence de Capucine.
C'est ça, exactement.
Et c'est marrant parce que du coup tu dis pas que tu es dans le corps de quelqu'un d'autre et que c'est Capucine qui est
enfermée. Tu es une entité non nommable dans Capucine.
Exactement.
Donc tu peux décrire la vie de Capucine et tout ce qui s'est passé.
En fait, c'est vraiment comme si on m'avait choppée moi,
donc cette espèce d'âme innommable comme tu le dis,
qu'on m'avait mis dans le corps de Capucine à l'instant T avec une sorte de livre,
avec tous les boutons pour commander Capucine, toute l'histoire de Capucine.
Comme si vraiment j'avais clé en main un appartement meublé quoi,
mais je me retrouve là, et je suis là, c'est pas moi.
Donc ok, je vais continuer de faire vivre Capucine parce qu'il faut bien faire marcher ce corps,
mais en soi c'est pas moi.
C'est un peu comme dans Vice et Versa en fait. Les émotions qui sont dans la tête de Rayleigh.
Un peu ouais.
Et du coup t'appuies sur les boutons de la console.
Ouais c'est ça.
C'est juste que là, il n'y a plus aucun personnage.
Il y a juste "toi". Mais tu sais pas, une sorte de truc flou,
tu sais pas exactement qui t'es. Et tu te dis "bon j'ai une super console maintenant,
donc Capucine va aller à l'école".
C'est un peu ça.
Et est-ce que ça dure longtemps ?
Alors ça, ça dépend énormément. Chez les autres gens je sais pas exactement.
Mais chez moi, ça fait, du coup ça fait 4-5 ans.
Avant j'étais plus à 5-6 crises par jour. Maintenant je suis plus à 3-4 crises par jour qui vont durer entre 5 minutes
et une heure grand max, mais récemment j'ai fait un épisode une crise qui a duré 5 jours.
Ah oui, donc y compris la nuit et tu te réveilles...
Et je me réveillais j'étais toujours dans ma crise.
Et c'est vrai que là 5 jours c'était vraiment long.
Pour le coup j'étais là "les gars c'est pas marrant"
"Je suis coincée dans Capucine."
"Elle commence à me faire chier cette Capucine".
Oui effectivement. Mais donc ça veut dire que encore aujourd'hui,
tous les jours, il y a au moins une crise qui arrive.
Plus d'une même par jour.
Et du coup, tu as appris à te dire que ça faisait partie de toi et que du coup,
maintenant, tu connais le corps de Capucine.
Non, parce que c'est comme si à chaque fois, je revenais en étant une nouvelle âme.
Ah, donc nouvelle expérience à chaque fois.
Nouvelle expérience à chaque fois. Je connais l'expérience,
mais nouvelle expérience à chaque fois.
Ah, donc le manuel est toujours là. Tu peux feuilleter le manuel,
mais par contre, l'entité innommable, C'est pas la même.
C'est pas la même, exactement.
Ah c'est intéressant, parce que du coup ça veut dire que dans ta dépersonnalisation,
Capucine le vaisseau reste toujours, mais par contre l'âme qui voyage,
donc toi, puisque tu t'appelles toi.
Ouais c'est ce que je ressens, c'est être cette âme,
pas être Capucine. C'est différent à chaque fois.
Ouais je dirais que c'est une nouvelle âme à chaque fois.
En fait c'est un peu le docteur dans Doctor Who.
J'ai pas la ref...
Ah mince ! Le docteur dans Doctor Who en fait c'est...
Alors moi j'ai pas vraiment regardé Doctor Who Ne me jetez pas de pierre s'il vous plaît.
Vraisemblablement c'est juste que, quand il doit régénérer son corps,
il est immortel. Mais s'il doit mourir entre guillemets,
il va régénérer son corps en une autre forme. Donc c'est très pratique,
ça change d'acteur. Mais il va régénérer son corps dans une autre forme,
et en fait cette nouvelle forme va avoir un caractère qui est un peu différent quand même.
Donc du coup, les souvenirs sont là, mais c'est pas exactement le même.
C'est le même sans être le même.
Ok ouais c'est à peu près ça.
Du coup ça me fait penser un peu... En fait tu es un extraterrestre immortel qui a beaucoup de
régénérations. Un seigneur du temps.
Peut-être.
Mais du coup, si tu sais que ce n'est pas toi, mais que c'est toi,
c'est un petit peu comme si ton âme est différente à chaque fois,
mais que ça reste quand même toi. Est-ce qu'on peut considérer qu'il y a une sorte de sous-couche supplémentaire qui est
le toi, encore plus que l'entité innommable ?
Je ne sais pas du tout. Franchement, je ne saurais pas répondre à cette question.
Je saurais pas dire.
Peut-être que je me pose trop de questions. Mais c'est très intéressant,
parce que ça fait très Inception du coup. Tu descends des strates de toi-même en fait.
En plus ce qui est un peu marrant, c'est que je suis rêveuse lucide.
Du coup d'autant plus de questions avec ces histoires de réalité.
Ah oui bien sûr oui ! Donc pour rêveuse lucide donc on explique à nos auditeurs.
C'est le fait de pouvoir être conscient qu'on est dans un rêve.
Donc effectivement toi si tu déréalises ou que tu dépersonnalises,
c'est presque comme si c'était un rêve. Sauf que pour le coup c'est pas pendant une période qui est
censée être un rêve.
Ouais bah souvent quand je déréalise ou que je dépersonnalise,
je regarde ma main pour savoir si c'est un rêve ou pas.
J'explique que c'est une technique pour savoir si on est dans un rêve ou pas.
C'est de regarder sa main ça marche très très bien.
Mais c'est sûr que ça fait beaucoup de liens avec la réalité, finalement. finalement.
Oui, j'ai un rapport avec ces questions de réalité qui est très...
Est-ce que tu sais d'où ça pourrait venir ?
Il y a beaucoup de choses qui poussent à penser que ça vient d'un trauma.
Mais je ne connais pas ce trauma, je l'ai sûrement oublié.
En tout cas, il est enfermé à clé.
Oui enfermé à clé dans un recoin du cerveau. Mais il y a beaucoup de choses dans mon parcours qui
mènent à penser à ça.
D'accord oui. C'est vrai que souvent le diagnostic qui est fait par un psychiatre - on rappelle que c'est un trouble qui
est diagnostiqué par un psychiatre, qu'il y a un vrai suivi.
Donc psychiatre et ou psychologue après. Parce que c'est vrai que c'est toujours utile aussi
d'avoir un suivi psychologique. C'est vraiment, il peut y avoir le récit de toi,
ce que tu as raconté, de ton vécu, qui peut aider à ce diagnostic.
Donc, ça peut permettre de remonter à ce trauma.
Mais il y a aussi, ça peut être aussi, il faut bien sûr pouvoir exclure toute cause qui n'est pas neurologique ou prise
de substance. Parce que là, ton cas, il est vraiment,
il existe en tant que tel. Tu ne prends rien pour arriver dans cet état.
Les premières fois où ça m'est arrivé, c'est quand je fumais des joints.
Ne faites pas ça les enfants.
Surtout ne faites pas ça. Et en fait, les premières fois,
je fumais pas beaucoup. Honnêtement j'étais pas une grosse fumeuse.
Je fumais en soirée, comme ça, avec mes copains.
Et en fait, la première fois que ça m'est arrivé,
je pensais que je faisais un bad. Du coup sur le moment où je me suis inquiétée,
parce que je pensais que je faisais un bad, du coup forcément j'étais là en mode "je vais mourir
les gars". Et ils étaient là "non tu vas pas mourir".
Mais voilà et après ça m'est réarrivé quelques fois quand je fumais.
Et du coup je me disais "je fais juste des bad, en vrai ça arrive à tout le monde,
c'est pas la fin du monde". Et en fait, un jour je fais mes soi-disant bad,
et donc je vais me coucher, je me réveille le matin,
ça va mieux, je me lave les dents, ça repart.
Sauf que là t'étais plus sous l'influence.
Sauf que j'étais là, je me suis dit "il est long l'effet de ce joint quand même".
Et puis après l'après-midi ça continue, j'étais là,
"il est long l'effet de ce joint". Et puis le lendemain,
puis le surlendemain. Et j'étais en mode "bon, là c'est plus l'effet du joint".
Et j'ai appelé ma meilleure amie, je lui ai raconté,
et c'est vrai qu'elle m'a dit "je connais une fille qui fait de la déréalisation,
de la dépersonnalisation". Elle m'a dit "renseigne-toi là-dessus,
parce que ça ressemble beaucoup quand même". Et du coup,
je me suis renseignée, et j'étais en mode "c'est vrai que ça ressemble beaucoup".
Et après j'ai consulté et on m'a confirmé que c'était bien ça quoi.
Oui, dans tous les cas, c'est ça qui est important.
C'est de pouvoir avoir quelqu'un qui accompagne et qui peut permettre d'avoir un bon suivi etc.
Mais dans tous les cas, il y a beaucoup de troubles psy qui se déclarent à l'adolescence ou au
début de l'âge adulte, et qui vont être déclenchés par X, Y. Y.
Moi c'est ce qu'on m'a dit. Ce que le psychiatre m'a dit à l'époque,
il m'a dit... La première psy que j'ai vue était horrible.
Vraiment, c'était une femme atroce qui me faisait culpabiliser,
qui me disait, "oui, ben voilà, vous avez fumé, maintenant,
il faut assumer". J'étais là, "mais tu crois que j'assume pas les conséquences de mes actes,
là" ? Enfin, bon, vraiment, elle était complètement folle,
cette dame. Elle avait vraiment des paroles très culpabilisantes.
Mais bon, j'ai appris après que que c'était connu,
qu'il ne fallait pas aller voir cette femme, mais bon,
sur le moment, moi, je ne le savais pas.
On ne peut jamais savoir à l'avance.
C'est ça.
Mais on n'est jamais marié avec son psychologue ou son psychiatre,
donc on peut demander des avis complémentaires.
C'est pour ça que très vite, je lui ai dit, "Madame,
je vais arrêter de venir vous voir". Elle m'a quand même fait promettre que je ne me suiciderai
pas. J'étais là, ok. J'étais là, bon. Merci, Madame.
Mais bon, il se trouve qu'après cette femme, du coup,
j'ai fini par aller voir d'autres gens. Et j'ai mis du temps,
parce que forcément, je me suis dit "le corps médical ne peut rien pour moi".
Mais en fait cette femme ne représentait pas le corps médical.
Et t'as bien eu raison. Et c'est très important là ce que tu dis.
C'est que oui effectivement, ce n'est pas parce qu'une personne du corps médical a été peut-être
maladroit ou maladroite, néfaste, des choses négatives pour vous,
qu'il ne faut pas continuer à essayer de se soigner et de trouver des solutions.
Ça, c'est vraiment quelque chose que j'ai appris quand j'ai du coup refait le bas,
que j'ai malheureusement mis du temps à faire. Mais une fois que je l'ai fait et que je suis tombée sur des professionnels
compétents, j'étais là en mode, "OK, en fait, je ne suis pas folle".
En fait, ce que j'ai, ça porte un nom. Il y a d'autres gens qui ont ça.
Je ne vais peut-être pas dire tout va bien, mais en quelque sorte,
tout va bien.
Il y a quelqu'un qui croit à ce que je dis.
Oui, il y a quelqu'un qui croit à ce que je dis. Je ne suis pas juste la folle du bus.
Parce que quand j'expliquais ça à mes proches, ils étaient là en mode « Ok,
la folle du bus ». Là, c'est vrai que vraiment, je pense que le fait de mettre un nom dessus,
ça m'a vraiment enlevé un poids. Et aussi, le jour où on m'a dit « Ah,
mais ça, ça passe ! » J'étais là en mode « Ah ouais,
ça passe ! » Ça veut dire que je ne vais pas garder ça toute ma vie.
Il se trouve que là, ça fait 4-5 ans, c'est pas passé mais on garde espoir.
Mais bien sûr. C'est ce que j'avais lu justement.
On en parlait en off tout à l'heure c'est que ce qui est fou,
c'est que il y a 50 à 70 % de la population qui va vivre au moins un épisode,
mais transitoire de dépersonnalisation dans sa vie.
Mais dès qu'on passe à la dépersonnalisation, déréalisation en termes de troubles chroniques,
là, on chute à 1 à 2 % de la population. Parce qu'effectivement...
Alors après, ça reste beaucoup quand même. On est quand même plusieurs milliards.
Ca en fait du monde.
Ça fait quand même du monde. Mais en tout cas, c'est là qu'on peut voir qu'effectivement,
ça peut être transitoire, ça peut passer. Et après,
dans tout ce qui est chronique, ça reste quand même un trouble guérissable,
entre guillemets.
C'est vrai que c'est ce que m'ont dit les psychiatres.
Et en fait, ce qui est un peu marrant, c'est que j'ai l'impression après ça,
c'est vraiment une impression, c'est pas du tout quelque chose de fondé,
mais en fait quand on fait ça, on a l'impression que c'est le cerveau qui débloque un truc.
Et je me dis "mais maintenant que mon cerveau a appris à faire ça,
comment il peut le désapprendre"? Comment mon cerveau peut arrêter de faire ça,
alors que maintenant il sait le faire et que c'est devenu un réflexe quoi ?
Ouais c'est une bonne question.
Alors qu'en fait, il se trouve que il y a des moments où ça s'arrête,
et les gens arrêtent d'en faire. Donc évidemment que c'est possible,
mais c'est vrai que c'est dur à mentaliser quand on en fait,
de se dire qu'un jour on arrêtera en fait.
Après je me dis si on prend par exemple un parallèle avec les addictions.
Les gens qui sont addicts à quelque chose, ils vont pas se dire que ça va être facile d'arrêter
leur addiction, alors que c'est faisable quand même.
Donc ça prouve qu'on peut quand même recalibrer son cerveau,
même si c'est devenu un réflexe. Comme la cigarette,
c'est un réflexe pour beaucoup de personnes parce que c'est quelque chose de très addictif,
et en fait on peut quand même arrêter. Avec, effectivement,
ça demande beaucoup d'efforts, ça demande un travail sur soi énorme.
Parce que il y a quand même toute une addiction physique,
chimique. Ca fait beaucoup de travail, mais c'est faisable.
Mais c'est vrai que pour moi, c'est pas tout à fait pareil,
parce que la cigarette, ça demande de gros efforts,
mais c'est assez factuel. Si tu te... Même si c'est très dur,
évidemment, d'arrêter de fumer, si tu te dis « Ok,
je ne fume pas de cigarette », tu ne fumeras pas la cigarette,
même si tu en as très envie. Tu as un levier concret dessus,
en fait. Un levier d'action. Alors que la déréalisation,
t'as aucun levier dessus quoi. C'est vraiment ton cerveau qui lance une crise comme ça "allez c'est
parti, je ne suis plus là".
"Et je suis là". C'est le manège à sensations.
C'est ça. C'est, autant on peut lancer des crises quand on veut,
en tout cas moi je peux lancer une crise si j'ai envie de lancer une crise.
Ah donc tu peux t'auto mettre dans cet état. En mode protection si ça va pas bien.
Tu peux dire "bon ça y est, entité prends le contrôle,
je te laisse le corps de Capucine".
Ouais mais en fait c'est quelque chose que je fais très très rarement,
ça me... Je pense que je peux peut-être compter sur les doigts d'une main les fois où je l'ai fait.
Mais tu peux t'en sortir si besoin ?
Alors non par contre, je peux pas en sortir comme je veux.
Je peux rentrer comme je veux, mais je peux pas en sortir comme je veux.
Oui effectivement c'est sûr que c'est plus compliqué vu comme ça du coup.
Mais si jamais je pouvais en sortir comme je voulais,
j'aurais une bonne partie de mes problèmes de réglés dans la vie.
"Bon je m'ennuie" pouf !
Mais c'est vrai que ouais, si je décide de lancer,
bah en fait, étant donné que je connais mes déclencheurs,
enfin je connais une partie de mes déclencheurs.
Je connais mes déclencheurs, les choses qui me déclenchent systématiquement des crises,
je les connais. Donc si j'ai envie de lancer une crise,
hop je prends un déclencheur, ça lance la crise quoi.
Mais après la plupart de mes crises, je les choisis pas,
elles sont là, elles arrivent, je suis en mode "bon bah ok c'est reparti".
Mais du coup, si tu as des déclencheurs que tu connais,
est-ce que tu peux essayer de prévenir des crises ?
Je peux prévenir certains déclencheurs. Par exemple,
souvent quand tout ce qui est discussion autour de la réalité,
c'est souvent des discussions que je vais couper.
Je vais dire, "est-ce qu'on peut ne pas parler de ça,
parce que ça va me déclencher une crise". Donc ça,
c'est un déclencheur sur lequel j'ai un levier d'action.
Après, il y a un autre déclencheur qui est tout ce qui est choses bizarres.
Par exemple, une fois j'étais en cours, il y a eu une alarme incendie et en l'espace d'une
demi-heure, une heure, j'ai vu trois personnes qui avaient leur pull à l'envers.
Effectivement, très curieux.
Alors, vraiment, rien de fou, mais juste curieux,
bizarre. Et ça m'a lancé une crise.
Parce que c'est en lien avec la réalité, tous les trucs genre le chat noir nanani dans Matrix et tout. tout.
Ouais, c'est ça, exactement. Et les trucs un peu où tu te dis,
mais ok, c'est trop bizarre ça. Eh bien, crise.
Ah oui. Donc là, pour le coup, c'est plus difficile à désamorcer.
Ça, je ne peux pas désamorcer ce genre de choses.
Parce qu'il y a un moment, la vie, je ne la contrôle pas,
et je ne peux pas prévenir des choses un peu bizarres que je vais croiser sur mon chemin.
Après il y a certaines situations, par exemple quand on part en vacances.
Quand on change d'environnement, forcément, l'environnement nous paraît un peu étrange.
Je fais beaucoup de crises quand je pars en vacances ou quand je change d'environnement.
Oui, tout ce qui a vraiment trait avec ce qui, de près ou de loin,
est en lien avec la réalité.
Exactement.
Du coup, les films qui parlent de ça, ça doit être un enfer pour toi.
Oui. Oui. Typiquement, Inception. Je l'ai regardé.
Je l'ai regardé, ça allait à peu près. Parce qu'en fait quand on regarde le film,
on est pris dans le film. Du coup on réfléchit pas "est-ce que la réalité est réelle" parce qu'on
est concentré sur le film. Mais après je me suis dit "bon je vais aller dormir direct parce que là
voilà". Je me suis réveillée dans la nuit en pleine crise.
Je crois que c'était la seule fois que je me suis réveillée dans la nuit en crise.
Et j'étais en mode "qu'est-ce qu'il se passe" en pleine nuit.
Je dormais avec une amie en plus, qui était là genre "mais qu'est-ce qu'il se passe",
j'étais là en mode "la réalité". Donc ouais non un peu spécial les films.
Mais aussi un truc un petit peu marrant, c'est que quand je fais des activités très prenantes,
par exemple regarder un film ou même traîner sur TikTok.
C'est des choses qui nous prennent, qui nous captent vraiment notre attention.
On est concentré plus que là dessus. Et une fois que je sors à la fin du film,
ou quand je coupe TikTok, ou ça peut arriver quand je travaille et que je suis très concentrée
aussi. Pour les cours par exemple, si je suis en train d'écrire quelque chose et que je suis très
concentrée, et bien quand je vais sortir de cet état de concentration très intense,
je vais avoir ce retour à la réalité. Mais ça je pense que ça le fait un peu à tout le monde.
Alors moi je fais des hyper focus aussi. Et c'est vrai que quand tu reviens à la réalité,
tu sais plus comment tu t'appelles et .. Si comment je m'appelle,
je sais. Mais je veux dire, en tout cas, t'as l'impression que le temps il a passé pas du tout
pareil que du coup...
Je mets une option après, pour parler du temps.
Une option pour le temps. Et oui du coup c'est vrai que quand je sors de ces hyper focus là,
c'est un peu comme si je venais de sortir d'un long sommeil,
et que je ne savais pas exactement combien de temps j'avais passé.
Une hibernation.
Moi, ce n'est pas tellement ça, mais c'est plus vraiment ce truc de « Ok,
je reviens à la réalité ». Mais du coup, toujours ces questions de réalité.
Est-ce que c'est la réalité ? La vie de Capucine,
tout ça, bizarre. Et du coup, je refais ma petite parenthèse temps,
parce que c'est vrai que c'est quelque chose dont je n'ai pas parlé,
mais qui est quand même très spécial avec la déréalisation et la dépersonnalisation.
C'est qu'on peut avoir, alors des fois le temps va s'écouler normalement pendant la crise,
mais beaucoup de fois, en tout cas dans mon cas,
beaucoup de fois le temps est distordu. C'est à dire qu'on ne ressent pas le temps comme il passe.
Et moi il passe jamais plus vite que dans la réalité.
Par contre, ils passent souvent plus lentement que dans la réalité.
Par exemple, je sais qu'une des plus grosses crises que j'ai fait de ma vie,
je sais concrètement qu'elle a duré à peu près trois minutes parce qu'il y avait une musique qui
passait, une musique précise. Donc elle n'a pas duré plus de trois minutes trente,
ma crise. Et pourtant, quand je suis sortie de cette crise,
j'aurais mis ma main à couper qu'elle avait duré deux heures.
Mais j'en étais persuadée que ça avait duré deux heures.
C'était sans fin. Ça a duré trois minutes.
Mais après c'est vrai qu'on ne peut pas mesurer la vitesse des pensées.
Donc vu que t'es dans ta tête, tu vas peut-être tellement vite que ça paraît super long.
Ouais peut-être. Je sais pas tellement pourquoi il y a ce truc,
cette distorsion du temps. Ou aussi une fois j'étais à Will of Green,
et j'ai fait une énorme crise à Will of Green. Du coup je me suis dit "bon je vais rentrer chez
moi". J'avais perdu mes copains, c'était horrible,
j'étais toute seule en train de pleurer en pleine crise,
vraiment l'enfer sur terre. Et pour repartir, il fallait marcher dans la forêt.
Et le trajet, je l'avais fait à l'aller, ça a duré un quart d'heure.
Honnêtement ça a duré un quart d'heure. Et le trajet retour,
j'étais toute seule dans le noir, entourée de gens qui marchaient.
Horrible.
Mais tu te mets dans des situations de films d'horreur !
Ah vraiment c'était, cette crise elle était horrible.
Et vraiment je marchais et c'était sans fin quoi.
Alors que je savais concrètement, marcher un quart d'heure,
c'est pas le bout du monde quoi. Ah bah là c'était le bout du monde.
Ouais et puis du coup en plus, toi t'es bloqué dans ta tête.
Donc t'es juste avec ton joystick "avance Capucine".
Ouais c'est ça. Parce que du coup, ça j'en ai pas parlé non plus,
mais c'est des situations dans lesquelles en général,
j'arrive à me mettre en mode pilote automatique.
C'est à dire que si j'ai une discussion je vais continuer,
si je suis dans une discussion je vais la continuer,
si je suis en train de faire quelque chose je vais le continuer.
Enfin je vais vraiment pilote automatique. Alors je suis moins performante que quand je ne suis
pas en pilote automatique. Par exemple dans les discussions je vais être un peu plus à l'ouest,
je vais des fois répondre un peu à côté de la plaque.
Mais ça va être très léger, c'est très compliqué à déceler pour les gens qui ne me connaissent pas
très très bien. Il y a une personne qui savait quand j'étais en crise,
c'était mon ex, et c'est la seule personne qui arrive à déceler.
Ou des fois, j'ai des personnes qui des fois arrivent à en déceler une,
mais c'est très très rare.
Parce que toi tu peux pas ? L'entité à l'intérieur qui est toi,
innommable, ne peut pas faire dire à Capucine qu'il se passe une dépersonnalisation ou une déréalisation ? déréalisation ? ?
Alors si je peux le dire, je pourrais le dire. Mais en fait c'est quelque chose que je dis pas,
parce que les gens autour de moi ils y peuvent rien.
Ils peuvent rien pour me sortir de là, et ça va juste les faire paniquer,
ça va me faire paniquer, ça va être de la panique sur de la panique.
Du coup je préfère juste ne pas en parler. Les seules fois où j'en parle,
c'est quand je fais des très grosses crises et que j'ai besoin de m'isoler.
Parce que des fois, j'ai besoin de vraiment tout arrêter.
Et parce que je fais des trop grosses crises et je ne peux plus être en pilote automatique.
Mais ça c'est vraiment pas la plupart de mes crises.
Ca m'arrive 3-4 fois par an peut-être, de devoir tout arrêter ce que je suis en train de faire.
Mais c'est vraiment des crises qui sont très...
Lourdes.
Très lourdes ouais. Tu te doutes bien, ça fait 5 ans que j'en fais,
et qu'au bout de 5 ans je suis obligée de m'arrêter d'être en train de faire ce que je fais,
c'est vraiment que la crise est encore... Mais ça,
ça arrive rarement. Et dans ce cas là, je le dis parce que j'ai besoin de m'isoler,
et j'ai besoin d'arrêter, et je peux plus continuer ce que je suis en train de faire.
Donc si je m'arrête de faire ce que je suis en train de faire et que je me barre,
les gens vont se dire "mais cinglée celle là, pourquoi elle se barre d'un coup"?
Justement, tu me donnes une parfaite transition vers notre petite partie numéro 2 : comment tu vis avec tout ça dans ton
quotidien ? Et les répercussions que ça peut avoir,
notamment sur ta vie personnelle, les proches etc.
Donc je te propose qu'on passe à cette petite partie.
Allez !
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