Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles. Je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une
même humanité. Aujourd'hui, je reçois Reda.
Bonjour.
Et on va parler de dépression. Je sais, ça fait toujours son petit effet.
On va beaucoup rire pendant ce podcast.
C'est pas mal, c'est pas mal. Belle entrée en matière.
Absolument. Il est important de rire.
Bien sûr.
Parce qu'effectivement, petit disclaimer, on va parler de choses difficiles.
Mais il est important de pouvoir justement positiver et essayer d'en tirer des petites leçons,
en tout cas des apprentissages.
Entièrement d'accord. Puis comme tu me le dis en off,
Hamdoullah, ça va mieux.
C'est vrai que je parle couramment arabe.
Haja le top, comme on dit. Masha'Allah.
Eh bien, pour les arabophones, vous traduirez. Mon cher Reda,
nos auditeurices ne te connaissent pas encore, mais ça ne va pas tarder,
car tu vas pouvoir te présenter.
Bonjour tout le monde, bonjour Delphine. Je suis Reda,
je m'appelle Reda, je suis étudiant encore, en passe d'obtenir mon doctorat quand même,
donc on croise les doigts.
Et on te félicite d'avance.
Merci beaucoup, ça a été un parcours du combattant.
Comme tout doctorat.
Comme toutes études de manière générale. J'étais pas destiné à faire des études longues,
sachant que mon épisode dépressif a commencé finalement à travers toute ma scolarité et avec une
tentative, du coup une T.S, donc tentative de suicide quand j'étais en terminale,
donc j'ai fini le lycée en apothéose. Mais maintenant je suis major de promo quasiment,
tout va bien.
Vous ne voyez pas mais nous applaudissons en mode podcast.
Nous applaudissons pour les sourds et malentendants,
et maintenant plus jeune : personne ne voit mais les jeunes ils tapotent le pouce et le majeur.
Très bien, je connaissais les sourds et malentendants évidemment puisqu'on fait ça aussi dans les
studios de doublage.
Mais oui mais on est moderne ici.
Absolument.
Ici ça six-seven !
Donc Reda qui touche toutes les populations pour le podcast.
Bien sûr, et Michel Drucker, toute la population.
Toute la population, c'est très large. On a un spectre d'écoute absolument.
Même pas trois minutes, quoi. J'ai déjà dit n'importe quoi.
Et j'ai même pas fini de me présenter. J'ai 26 ans.
Bientôt 27. Et du coup, en passe d'avoir mon doctorat,
donc je suis étudiant en art à la Sorbonne et en parallèle je suis artiste contemporain et galeriste. galeriste.
Oui et c'est vrai que on admire les jeux de mots de Reda car son Instagram : Redartiste.
Pas peu fier, pas peu fier.
Pas peu fière la papetière.
Plus jamais.
Ce n'est pas de moi, on remerciera mon compagnon pour cette blague.
Y'a pas de soucis ! Qu'on embrasse chez vous.
Pour vous, à la maison.
On se la joue Nikos, c'est ça ? "A toi papa"
J'étais sur Julien Lepers.
Ah oui, "indice, chez vous". Je l'ai, je l'ai.
Absolument.
Car je suis adulte.
Et drôle. Mon cher Reda. Maintenant que nous te connaissons un petit peu mieux,
je te propose qu'on passe un petit peu à la partie "Mais oui Jamy".
C'est-à-dire la petite présentation un peu didactique de qu'est-ce que c'est effectivement la
dépression. Parce qu'il est important de le rappeler,
c'est tout de même un trouble de l'humeur qui n'est pas à minimiser,
qui existe pour de vrai, et c'est pas juste être triste.
C'est vraiment une altération de l'humeur, de l'énergie,
de la motivation, et de comment on se positionne entre soi et le monde aussi.
Puisque c'est vraiment...
Un détachement, pur et simple.
Voilà, exactement. À ne pas confondre avec la déprime passagère,
qui est aussi à prendre en compte. Parce qu'on ne va pas non plus ne pas être empathique envers les
personnes qui sont tristes. Mais là, c'est vraiment le cerveau qui n'est plus capable de récupérer suffisamment de sérotonine
pour acquérir le bonheur.
Oui. Et après, je ne suis pas médecin.
Oui, c'est vrai, on précise, on n'est pas médecin.
Personne n'est médecin ici.
Peut-être le chat, mais...
Je travaille à un doctorat, ça ne signifie pas que j'ai des compétences.
C'est vrai, c'est bien de le préciser.
Mais je ne sais pas si c'est corrélé au fait d'être dépressif,
d'avoir des épisodes tout au long de ma vie de dépression,
qui fait que je développe aussi beaucoup dans ma personnalité un certain cynisme.
Peut-être aussi et qui dans mes relations avec plein de personnes qui ont aussi,
sont sujet à des épisodes dépressifs, ont ce même rapport à la réalité,
aux relations humaines, de vouloir toujours dédramatiser,
et rendre un certain nilisme et cynisme comme une norme.
Est-ce corrélé ? Je ne sais pas. Mais face à cette vue empirique de mon expérience,
j'ose espérer que oui. Et c'est aussi un peu une sorte de carapace donc beaucoup de personnes peuvent l'utiliser aujourd'hui comme
base d'humour, qui ne signifie pas qu'ils vont particulièrement bien aussi.
C'est ça qui est paradoxal.
C'est ça qui est paradoxal.
Paradoxal, exactement. Premièrement, il y a autant de dépressions qu'il y a de dépressifs.
Tout à fait.
Et un dépressif n'est pas forcément une personne triste visuellement.
Une personne peut même ne pas savoir qu'elle l'est.
Et du jour au lendemain, avoir une sorte de moment où elle s'oublie.
Moi j'appelle ça des phases, des moments d'absence et un blackout total.
Beaucoup de personnes ont des moments où leur cerveau cesse de fonctionner,
et de se rappeler de certains épisodes, moi ça m'est arrivé.
Et des personnes qui par exemple aussi manquent beaucoup de sommeil,
ça leur arrive souvent la dette de sommeil fait que les synapses éclatent beaucoup plus et donc
figent ces instants là. On a soit des sentiments de déjà vu,
soit comme si dans une conversation une personne saute des mots.
C'est pas vrai, c'est juste on oublie. Ces épisodes dépressifs exacerbent justement tous les
problèmes liés à la mémoire, liés au cerveau et aux actions cohérentes.
Oui parce que ça peut être vraiment complètement invisible,
les personnes peuvent continuer à vivre normalement en apparence.
Exactement.
Voilà.
Et nous ne sommes toujours pas médecins.
Toujours pas.
Même si depuis les deux minutes où on a fait le petit instant "mais oui Jamy",
je n'ai que des schémas avec le "fiouuuu, fiouuuu" de C'est pas sorcier.
"Mais dis-moi Jamy"
"Et bien Jamy quels sont les symptômes principaux de la dépression?"
"Fiouuu" "en effet Fred"
Il y a Sabine aussi que j'aime beaucoup. Mais oui c'est vrai,
exactement comme tu disais, il peut y avoir des troubles de sommeil,
des difficultés de concentration aussi.
Exactement.
Bon beaucoup de dévalorisation, de culpabilité, ça c'est normal.
et puis ça peut être aussi dans la façon de vivre,
ça peut être un ralentissement ou au contraire même une agitation.
Parce qu'on sait plus trop comment faire. Bon bien sûr,
les pensées noires dans les pires moments, parce qu'il y a plusieurs niveaux de dépression
évidemment. Et donc ça peut être à la fois, il peut y avoir des émotions qui sont très fortes comme
une immense tristesse, une immense perte etc, comme rien,
ça peut être complètement vide aussi. Donc ça c'est pour ça qu'il faut pouvoir être à même d'aider les personnes en fonction
de ce qu'elles peuvent ressentir ou non. Parce que la dépression peut s'exprimer de manière
différente, et encore une fois on rappelle, c'est clairement pas un manque de volonté ou un
caractère de la personne. La personne n'est pas comme ça et puis c'est pas grave.
On ne choisit pas d'être dépressif.
Je pense que si c'était un choix, il y en aurait beaucoup moins.
C'est pô fun de l'être.
Ben non. "Mon cher Guy".
J'ai une image que que j'apprécie quand je dois expliquer ça généralement,
parce que je ne peux pas être un dépressif normal,
ça n'existe pas un dépressif pas normal.
Oui exactement.
Mais j'aime bien un peu vivre pour les caméras j'ai l'impression.
Mes troubles, (je suis aussi dyslexique et dyspraxique)
Ouh, mais qu'est-ce qu'on va te revoir souvent Reda !
Mais bien sûr, bien sûr ! Et un truc qui souvent qu'on pourrait corréler,
enfin confondre avec la dépression, c'est que je suis bipolaire.
Et j'imagine, j'arrive à l'imager auprès des gens qui ne voient pas forcément ce que c'est,
des montagnes russes qui montent et qui descendent.
La dépression serait ça, avec des phases où tout se passe bien ça peut monter,
des phases où ça se passe pas bien ça descend. La bipolarité étant qu'il n'y a aucune sécurité,
on est sans ceinture. Tout va vite, et quand ça va haut c'est pas parce qu'on monte qu'on ne peut
pas être éjecté, jeté, propulsé à 10 mètres.
Je suis en train de visualiser des montagnes russes.
Et quand ça descend, on peut juste s'écraser au sol.
Pour moi, c'est ça la différence entre les deux.
La dépression est certes du coup passagère, mais elle est présente sur un long moment.
Et je ne sais pas si certains médecins se sont mis d'accord là-dessus.
Je n'ai pas lu d'études là-dessus. J'ai vu plusieurs psychiatres qui s'accordent à dire qu'on ne guérit jamais réellement
de la dépression. On peut l'atténuer, on peut faire en sorte d'avoir des outils pour vivre avec.
Et quand on a des phases de déprime et des phases dépressives,
de savoir mieux le gérer, on ne guérit pas. Après,
est-ce que maintenant, les études ont évolué sur le sujet?
Je ne sais pas exactement, puisqu'on le rappelle,
nous ne sommes pas médecins. D'après ce que j'ai compris,
vu que les dépressions, il y a les dépressions qu'on appelle unipolaires qui sont les dépressions seules c'est-à-dire sans
autre aspect de l'humeur, et les dépressions bipolaires dans le cadre de la bipolarité qui peuvent être l'issue d'une phase
haute ou juste une phase qui va ensuite se transformer en phase haute et que du coup il y a cette fluctuation en termes
de guérison. Ça a l'air de ne pas être les mêmes schémas.
Après évidemment, on n'est pas sur de la certitude,
puisque même dans les notices de médicaments c'est écrit "ça marche mais on ne sait pas où dans le
cerveau". Cool merci. Mais vraisemblablement on est sur quelque chose...
"Tinquiète, ça marche".
C'est ça exactement. "Tinquiète ça marche". Mais vraisemblablement on est sur une guérison potentiellement possible sur les
unipolaires mais en tout cas très progressive et surtout non linéaire.
C'est-à-dire que tu peux avoir des rechutes et avoir l'impression que ça ne marche pas du tout en
fait la progression.
Oui, bien sûr.
Donc, comme quoi, voilà.
Eh bien, c'est nice.
Voilà, tout à fait. Et donc, comme tu disais, sur la durée,
une dépression, c'est vraiment au moins deux semaines.
Il y a des variations d'intensité, puisqu'il y a les dépressions légères à sévères.
Tu peux avoir des dépressions chroniques, saisonnières aussi parce que ça joue beaucoup la lumière
ou la chaleur, le ciel... Et donc les dépressions...
Beaucoup de personnes le connaissent, au passage de l'hiver,
vers Noël, vers janvier...
Et c'est pas à négliger non plus c'est à dire qu'une personne qui fait une dépression saisonnière
c'est vraiment une dépression.
Bien sûr, ce n'est pas parce que un quart de ton travail fait une dépression saisonnière qu'on va
tous minimiser, on subit tous. Arrêtez de subir au bout d'un moment !
Mais oui !
Des gens ont pris la bastille pour moins que ça !
Et donc bipolaire, différent effectivement. Et moi ce que je trouve dingue c'est que,
j'ai regardé un peu les statistiques. J'aime bien les stats,
("j'aime Lestat" pour ceux qui ont le meme), environ une personne sur cinq vivra un épisode
dépressif au cours de sa vie.
Ça fait beaucoup.
C'est énorme si on comptabilise le nombre de personnes sur Terre.
On est quoi, 7 milliards?
On est bientôt 8.
Mon dieu, le temps passe vite... Bah c'est dingue quoi,
une personne sur 5.
Oui, 20 %.
Et donc c'est
Ce qui fait combien de personnes?
Oh non discalculie ! Vous calculerez !
1,6 milliard.
Merci Reda. Et donc ce qui est fou, c'est que si on prend par exemple le temps maintenant,
vous prenez maintenant, là tout de suite, top, 5 % de la population est en dépression.
Là.
Actuellement.
C'est dingue. Moi j'arrive pas à... Enfin c'est l'une des premières causes dans le monde
d'incapacité en fait.
Une personne sur 20.
Non sur 5, 20 %, une personne sur 5.
T'as dit 5 % de la population.
Une personne sur 5, ah oui oui c'est l'inverse, oui voilà oui.
En ce moment. Je trouve ça ouf. Et en plus ce qui est incroyable,
non pas incroyable, ce qui est triste à dire, c'est que dans notre société,
où on a éduqué les hommes et les femmes différemment,
c'est principalement les femmes qui sont diagnostiquées le plus souvent,
parce que c'est elles qui expriment leurs émotions.
Et les hommes, ils consultent moins, et du coup,
ils restent tout seuls dans leurs coins. Je trouve ça horrible.
Mais donc, en plus, ça signifie que le chiffrage est sous-évalué?
Oui, comme tout ce qui est santé mentale.
Comme tout, évidemment. Dans une classe d'élèves,
il y a au moins, deux dépressifs, ça sous-entend?
Oui...
Dont le prof.
Souvent le prof ! Et un autre dépressif dans la classe.
Oh mon Dieu.
Et nous ne sommes toujours pas médecins.
Toujours pas.
Restez peut-être à la fin du podcast.
Peut-être à la fin, on aura reçu les 6 ans d'études,
8 ans, 10 ans d'études en fonction des spécialistes.
Il est très long ce podcast.
Oh mon Dieu. Et du coup, tu disais que toi, tu as été diagnostiqué la première fois au lycée.
Exactement, oui. Après un épisode qui m'a fait aller en hôpital pour mineurs, du coup. coup. coup.
Parce que tu voulais creuser très loin des trous, pour mineurs. mineurs. mineurs.
Oui, exactement. Je vais partir de ce podcast.
Reda? Reda!
J'ai le monopole des blagues de merde. Normalement j'apprécie guère qu'on me vole la vedette..
Haha ! Non mais j'ai été au départ c'était admis.
Et ce qui est horrible quand t'es un ado, c'est que surtout à notre époque,
c'est comme le truc que vous avez inventé, à savoir le couscous royal,
je dis vous : la France, ça n'existe pas au Maghreb un couscous royal où tu mets tout.
Ils m'ont pris toutes les maladies "voilà vous avez tout monsieur,
petit paquet cadeau", après il y a une grosse facture parce qu'il faut quand même payer, voilà. voilà.
C'est vrai que les frais pour la santé mentale c'est pas encore ça la prise en charge...
Non mais tranquille. Ils ont dit aussi que j'étais THPI,
mais bon maintenant j'aime pas trop, ça justifie juste "non mais il est un peu spécial,
il est intelligent", ça veut rien dire.
C'est juste que ton cerveau marche différemment.
Vous avez juste pris 650 balles pour faire les tests,
dites les termes finalement. Et oui ça a commencé du coup au lycée,
qui a eu quand même comme effet d'ouvrir un peu les yeux,
en tout cas sur mon établissement, sur un certain type d'accompagnement.
Parce qu'aujourd'hui beaucoup d'étudiants, de jeunes lycéens,
collégiens, connaissent des épisodes dépressifs et peuvent être accompagnés aujourd'hui notamment
des AESH, plein de personnes qui sont formées pour ça,
mais qui manquent réellement de budget et il n'y a pas beaucoup de monde.
Il y a plus de cliniques privées que de places en hôpital psychiatrique.
À mon époque, il n'y en avait pas tant que ça, il n'y en avait pas dans mon lycée,
donc c'était plus difficile. Aujourd'hui, à travers tout un parcours de soins,
petit aparté, si vous faites diagnostiquer aujourd'hui,
vous avez un parcours de soins qui est offert justement par la mutuelle et la sécurité sociale.
Non ?
Si, chez le psy, les cinq séances de psy en tout cas.
Ah oui, mais il faut que ce soit des psys conventionnés par l'État.
Donc, ce n'est pas non plus fastoche, fastoche à trouver.
Mais disons que c'est toujours...
C'est mieux que rien.
Voilà, c'est mieux de le savoir, quoi qu'il arrive.
Tout à fait.
Plutôt que de le laisser couler.
Oui, il ne faut pas hésiter à en parler.
Exactement.
Parce qu'au pire, c'est rien.
Tant mieux.
Enfin, au mieux, c'est rien. Et au pire, au moins,
la personne sera prise en charge et aura une aide.
Exactement.
Et d'ailleurs, en hospitalisation, il peut y avoir aussi différents types d'hospitalisation.
Ça peut être une hospitalisation de jour. Ça peut être une hospitalisation complète.
Donc voilà. Moi je sais que j'avais été prise en charge en hospitalisation de jour dans un centre spécialisé pour les troubles
bipolaires. Donc suite à moult dépressions. Mais ça existe aussi en hospitalisation complète.
Et c'est ok. Il n'y a pas de... Les personnes sont là pour aider même si effectivement,
manque de moyens, manque de place, manque de budget.
Mais ce n'est pas un gros mot, l'hôpital.
Non, bien sûr.
Donc bon, c'est...
"HÔ-PI-TAL".
Oh mon Dieu! 20 kilomètres carrés.
Les psys, trouvez-vous un très bon psy aussi, accessoirement.
Et n'hésitez pas à partir, à ne pas voir un psy qui ne vous convient pas.
Ah oui, merci Reda!
C'est aussi ça le plus important. Je sais que c'est compliqué,
parce qu'on a l'impression que certaines personnes nous veulent du bien,
mais au final, c'est bien de faire la part des choses.
Et moi, il m'a fallu 4 psys avant d'avoir un bon psy qui finalement me permet aujourd'hui de plus
ou moins vivre convenablement. A savoir: avoir les outils nécessaires pour avancer,
pour maintenant être en thèse et avoir un travail plus ou moins normal,
vivre humblement et sereinement, et aussi renouer un peu avec les relations humaines.
Parce que la dépression, quand elle finit par t'enfermer,
t'as un peu honte de vouloir rechuter, d'imaginer de rechuter.
Et donc on se renferme et on évite de nouer des nouvelles relations,
par peur que ces personnes là, du coup à ces moments de rechute disparaissent,
et te laissent à nouveau solitaire. Un philosophe très connu,
j'ai oublié son nom, désolé, disait "non mais l'homme est un animal social".
Ah oui c'est "l'homme est un animal social". C'est pas Rousseau ?
Non c'est pas Rousseau.
Mais c'est dans le même, c'est les philosophes des Lumières...
Mais oui ! Ce que je confonds avec "l'homme est un animal politique" qui du coup n'est pas la même chose. chose.
Ce n'est pas la même chose oui. "L'homme est un animal social",
j'ai même "l'homme est un loup pour l'homme" mais c'est pas ça non plus.
C'est Hobbes ?
Ah bah peut-être que c'est Hobbes ? Ah non, c'est Aristote.
Ah, c'est Aristote?
On est parti dans les Lumières...
On est tellement nuls. On est tellement nuls.
Bon, au moins vous savez, c'est Aristote.
Aristote, ce fameux scientifique qui a démontré la poussée,
la fameuse poussée d'Aristote. Oui, oui, oui. (hahaha) On n'est pas médecin,
mais on n'est pas scientifique non plus. PhD, ça veut dire Philosophical Degree.
Oui, oui, oui, oui, oui. Bah voilà !
J'ai eu 16 en philo au bac.
Bravo bravo !
Ce qui montre bien, n'apprenez pas vos leçons juste pour apprendre les leçons et tout régurgiter
derrière, après on oublie tout. J'ai oublié la moitié de mes cours de géo.
Oui mais en même temps, la géographie bon...
Je me sers juste un petit verre d'eau en ASMR, bougez pas,
on dirait juste que je pisse c'est horrible !
Il faut rire, c'est très important. La catharsis par le rire.
Mais dans ce podcast vous allez rire c'est moi qui vous le dis.
Ah oui et d'ailleurs, je rappelle, très important aussi,
alors là on repasse vraiment du coq à l'âne, les petits trucs drôles à le sérieux.
3114 le numéro d'aide urgence suicide hyper important.
Ça, c'est vraiment un numéro qu'on ne donne pas assez et ça peut sauver des vies.
Et même si vous-même, vous vous sentez mal, n'hésitez pas.
Les gens qui travaillent pour cette hotline, ce sont des gens qui sont vraiment dédiés à aider les
autres. Et du coup, le 31-14, si vous appelez, vous aurez toujours quelqu'un qui sera là pour vous
écouter. Et il vaut mieux toujours téléphoner et être là en mode "c'est pas grave finalement,
tout va bien", que ne pas le faire et prendre un risque.
Parce que ça va très très vite les idées noires et il ne faut pas se laisser enfermer dedans.
Parce que souvent en plus quand on est seul, c'est là où ça peut se réaliser le plus.
En général moi je sais que personnellement quand j'ai eu des pensées très morbides,
j'avais pas envie de, j'avais pas envie de mourir devant des gens.
Donc du coup j'avais plus tendance à aller vers des choses horribles seule.
Donc c'est pour ça qu'on ne m'a pas laissé seule mais voilà.
Est-ce que toi c'était aussi ce côté un peu tu prends conscience quand même,
tu as cette force mentale de te dire "c'est douloureux de voir quelqu'un partir donc j'ai pas envie de leur imposer ça" ? ?
Oui. "Je suis un boulet".
Donc "hop dans un coin". Tout comme en soi plein d'animaux aussi,
qui eux se cachent...
Pour mourir oui.
Pour mourir. Après eux c'est plutôt...
La vraie mort. Enfin ils se suicident pas !
Ouais. C'est juste mourir-mourir. Et ça m'est arrivé en plus en septembre dernier ce truc là,
où c'est même, j'ai eu cette absence là où je me souvenais de quasiment plus rien à cet épisode-là,
et où c'est ma compagne qui me rapportait du coup ce qui s'était passé.
Où je suis littéralement parti de l'appartement et elle m'a retrouvé dans le parc à côté,
alors que c'est un bon 700 mètres. Et c'était du coup le dernier épisode qui m'est arrivé,
très mauvaise passe. Mais maintenant ça va, on essaye d'aller mieux quand même au quotidien.
Je sais que c'est compliqué dans la France de Macron,
mais... Eh je me suis donné hein.
Le podcast de gauche haha !
Je me retiens, désolé, mais au bout d'un moment, il faut dire ce qui est.
Je pense que s'il y avait des statistiques, il en est pour pas mal.
Bah on va pas se mentir, mais au niveau de la santé mentale,
au niveau de la prise en charge des handicaps, les psychologues etc,
la santé en général, c'est plutôt reculer ce qui se passe en ce moment dans la France de Macron.
Reculer dans quel sens ?
Ils essayent de cutter les budgets.
Ah oui ! Mais c'est pas il y en a moins.
Non c'est juste qu'ils essayent de ne pas faire mieux,
ce qui du coup fait pire.
Oui il y a ce truc là, c'est très compliqué. D'autant plus que après,
quand t'es une personne qui est très sensible aussi à ce qui se passe dans le monde,
ça n'aide pas du tout généralement. Parce que maintenant,
même pas forcément parler de politique ou quoi que ce soit,
mais les médias et ce dont on est bassiné quotidiennement,
que ce soit sur les réseaux sociaux ou ailleurs,
n'est que des images qui sont négatives. Et donc on vit aujourd'hui,
qu'on soit dépressif ou non, dans une bulle à la fois mortifère et par des biais de négativité...
C'est très noir.
Oui, même de jugement de valeur, du physique des gens...
J'ai arrêté de regarder les informations à la télé moi.
J'ai commencé.
"Je vais mieux, du coup je vais regarder les infos",
génial ! Merci Reda !
Eh bien je revais à nouveau mal ! Parce que c'était le seul truc qui me permettait d'être un peu
trendy être triste. Non je rigole, je ne fais pas ça.
Je ne suis pas médecin, mais je sais que ça c'est une mauvaise chose à faire.
"Je ne suis pas médecin" c'est le running gag. Mais ceci dit,
c'est vraiment dans les pires passes, je sais pas toi,
mais moi je sais que je pouvais quasiment plus me mouvoir,
j'étais lente, horrible !
Ouais bien sûr.
Et je me souviens que mon ex devait me doucher, me faire prendre ma douche,
quand je mangeais je mettais 100 ans pour manger 3 miettes...
Et enfin, il se passait rien quoi, je dormais, enfin c'était...
Rien.
Oui. Non, mais il y a ce truc-là. En fait, ne rien faire est devenu un quotidien.
Parce que c'est devenu une épreuve en soi. Se doucher te fait pleurer,
littéralement. Je crois que c'est Charlie Chaplin qui disait « J'aime bien la pluie parce qu'on ne voit pas les larmes couler ». ».
"On ne voit pas les larmes couler..."
Cette phrase résonne parfois dans ma tête. En fait toutes les émotions sont exacerbées aussi.
Quand t'es en colère intérieurement, tu bouillonnes de colère,
mais tu comprends que t'es pas censé être comme ça.
Donc tu t'en veux, beaucoup de culpabilité, énormément de culpabilité.
Et quand tu prends conscience que des personnes en ont quelque chose à foutre de toi,
et que toi, t'es dans cet état second de culpabilité,
de tristesse accrue, tu t'en veux de ne pas aller mieux,
de ne pas réussir à aller mieux, parce que tu vois que eux font des efforts pour toi.
Et du coup, ce serait mieux que je ne sois plus là car "je suis un boulet pour mes proches".
Et le cercle vicieux.
Et le cercle vicieux. Non, c'est horrible. En fait,
le combat de la dépression, c'est tomber de Charybde dans Scylla.
Il n'y a pas de très bonne issue là-dedans, de toute façon.
Il faut uniquement espérer tomber sur des personnes qui vous veulent du bien.
Et ça, ça s'accompagne quotidiennement. Donc, encore une fois,
le numéro est gratuit. N'hésitez pas à le connaître.
31-14.
31-14. Parce que ce n'est pas nous qui allons répondre,
car nous ne sommes pas médecins.
Et que c'est surtout nous qui allons téléphoner.
Mais nous, on va téléphoner. Et comme ça, ils diront « Ah,
désolé, il y a deux connards qui empiètent sur la ligne.
Rappelez tout à l'heure. »
La semaine prochaine.
En tout cas, tu me fais une très bonne transition, Reda. Reda.
Mais je suis que ça.
Ah là là là là, le GOAT. Parce que, justement, c'est intéressant de voir aussi comment tu vis avec la dépression dans ton
environnement, en fait. Au quotidien, avec ta vie personnelle,
professionnelle, sociale, émotionnelle.
Ce podcast vous a été présenté grâce à la solution de diffusion de podcast Castopod.