Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles, je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une
même humanité. Aujourd'hui, je reçois Dorine Bocquet et on va parler ensemble d'Aphantaisie.
Alors Dorine, bienvenue dans Voix Plurielles, ça me fait extrêmement plaisir de te recevoir aujourd'hui et tu vas nous parler
de quelque chose qui pour le coup est encore plus atypique qu'atypique parce qu'on n'en parle
quasiment jamais. Donc merci de bien vouloir nous éclairer,
nous, les non-connaisseurs de ce trouble.
Merci à toi de m'inviter ça me fait très plaisir.
Donc si jamais tu veux te présenter un petit peu,
qu'on sache toutes les qualités que tu as !
Je m'appelle Dorine, j'habite à Paris, je viens de Guérande à l'Atlantique,
d'où le sel. Je mange beaucoup trop salé d'ailleurs.
Bref voilà, non je rigole je suis comédienne, improvisatrice.
De talent, je précise.
Oh merci. Et je fais beaucoup de spectacles d'improvisation.
Je fais aussi beaucoup, enfin beaucoup, un seul en ce moment,
mais j'aspire à plus, de théâtre texte sur l'éco-anxiété,
d'ailleurs.
Excellent. Allez le voir, No(s) Futurs. Vraiment un spectacle incroyable.
Très bien écrit, très bien joué.
C'est gentil.
N'hésitez pas. Au Théâtre de Nesle si je ne dis pas de bêtise.
Théâtre de Nesle, après, il ne reste que deux dates.
Il reste le 17 et le 24. Mais donc, voilà.
Si jamais ça ressort, allez le voir. Peut-être qu'il sortira en DVD.
Mais peut-être ! Peut-être qu'on fera une captation incroyable !
Non j'aime beaucoup ce spectacle avec des gens incroyables.
Bref. Et je fais un petit peu d'image aussi, des courts métrages tout ça.
Une merveilleuse personne, vous vous rendez compte mes chers auditeurs.
On a énormément de chance d'avoir Dorine ici avec nous.
Et du coup comment tu pourrais définir un petit peu cette singularité dont personne n'a entendu
parler ?
Pour la faire courte, en une phrase, c'est le fait de ne pas pouvoir convoquer d'image mentale.
Par exemple, si je dis « pense à une voiture », moi,
je ferme les yeux. J'ai beau essayer d'y penser,
je ne peux pas la voir mentalement dans ma tête.
J'ai littéralement un écran noir tout le temps.
Alors un écran noir c'est uniquement visuel mais est-ce que tu peux convoquer des sons ?
Alors en fait ce qui est particulier aussi c'est que tout ce que je vais dire là c'est assez subjectif parce que je suis
la seule à pouvoir m'en rendre compte et globalement dès que j'en parle avec des gens c'est aussi très subjectif donc il
y en a qui disent "ah ouais je vois un peu", "ah moi je suis pas sûre de voir"
Ce qui est très drôle de dire "je suis pas sûre de voir" pour un truc où on ne voit rien.
Oui mais en fait, petit disclaimer aussi, tu as un spectre très large aussi au niveau de
l'aphantaisie.
Oui, bien sûr.
Et à l'inverse de l'hyperfantaisie, parce qu'il y a des gens qui voient très,
très, très, très bien. Et donc, tu as des gens qui ne voient rien du tout.
Tu as des gens qui voient un tout petit peu. Tu as des gens même,
je crois, qui peuvent voir en noir et blanc. Mais c'est tout quand ils pensent à une image mentale.
Donc, tout ça pour dire, c'était quoi la question ?
C'était ?
Comment toi tu pourrais décrire un peu ce que tu vis mais je pense que c'est tout à fait "imagé".
Ouais ouais ouais
Je suis désolée mais c'est tellement une source de blagues infinies.
Ah oui non la question voilà c'est pour ça que je disais ça parce que la question c'est est-ce que
j'entends des choses. Je pense que quand je me parle dans ma tête,
je pense que j'entends, je pense que j'entends ma voix,
mais pas sûr, c'est comme si c'était assez loin d'accord.
J'essaie de le faire en même temps. Je ne m'entends pas vraiment.
Je pense que je m'entends. C'est une sorte de retranscription vocale interne.
Oui, un peu, c'est ça. Mais je n'entends pas ma voix clairement.
C'est vrai que je n'avais jamais pensé à ça.
Ce que je me dis, c'est les cinq sens. Il y a la vue.
L'odorat, c'est quand même difficile d'avoir l'odorat.
Oh quoique la Madeleine de Proust, on peut se souvenir d'odeurs.
Je pense qu'en vrai, tu peux te souvenir d'odeurs.
Mais non, je ne me souviens pas.
C'est très rare en général.
Ouais ouais ouais.
C'est beaucoup plus difficile de savoir si c'est la moyenne des gens ou pas.
Oui, oui, oui. Je réfléchis. en gros quand je ferme les yeux je vois rien du tout.
Ca doit être si calme ton monde mental.
Oui c'est vrai c'est très calme c'est vrai. Après il y a un truc qui est particulier avec l'aphantaisie c'est que je peux
pas convoquer des images mentales de façon consciente mais par contre de façon inconsciente
j'arrive. Par exemple, dans mes rêves, je pense que je rêve et que je vois des images dans mes
rêves. Et que j'arrive à convoquer des images à partir du moment où c'est inconscient.
Mais si c'est conscient, je n'y arrive pas.
C'est très subtil. Et en termes de pédagogie pour le public,
pour nos auditeurs, est-ce que tu penses qu'il y a des idées reçues ou des confusions qui existent
par rapport à ça, par rapport à l'aphantaisie ?
Je ne sais pas, parce que c'est quelque chose dont les gens...
J'ai l'impression que les gens ne savent pas ce que c'est.
Je n'ai pas l'impression qu'il y ait de confusion.
Juste une non-connaissance. Souvent, quand je dis que je ne vois rien dans ma tête,
il y a deux réactions. La réaction, c'est « Ah ouais,
mais c'est fou ! Si tu penses à une voiture, tu ne vois pas la voiture ?
Et si je te dis une couleur, tu ne vois pas la couleur ?
Non, mais c'est fou ! Mais comment tu fais ? Mais c'est dingue !
» Et il y a, à l'inverse, une autre population qui me dit « Ah ouais ?
Moi non plus, je ne suis pas sûre, en fait. Je ne suis pas sûre de voir des trucs.
» Et du coup, c'est fou à quel point on n'arrive pas à...
Quand on ferme les yeux, on n'arrive pas à vraiment bien définir.
Et d'où le spectre dont je parlais tout à l'heure.
Mais en général, les gens, ils n'arrivent pas à conscientiser et à se dire « Ah ouais,
tu ne vois rien ! » C'est fou, quoi ! Et ils sont en général assez surpris,
parce qu'en plus, comme je disais, c'est quelque chose qui est très peu vu,
très peu entendu. L'aphantaisie, les gens ne connaissent pas en général.
Bien sûr.
Et d'ailleurs, la genèse, moi, comment je me suis rendue compte que j'avais ça,
c'était en voyant une vidéo complètement random sur les réseaux sociaux.
Et je me suis vraiment posé la question. Je me suis dit,
mais c'est vrai ? Est-ce que je vois des trucs ?
Et en fait, j'ai essayé de visualiser des choses,
des objets, des mots, de plein de choses. Et je me suis vraiment rendue compte que je ne voyais
rien.
D'où l'importance de communiquer sur plein de sujets pour que tout un chacun puisse se reconnaître à un moment donné et avoir
de l'aide.
Mais tu vois même quand je faisais des cours de théâtre et quand je donne des cours de théâtre,
il y a un exercice de méditation où il faut que tu fermes les yeux et que tu imagines les choses.
Mais en fait j'ai tilté que moi par exemple on me dit "vous êtes allongé sur le sable,
il y a un coucher de soleil derrière vous, vous êtes près de la mer" et en fait je ne m'étais jamais rendue compte que
moi je ne voyais pas ces trucs là.
Tu les vis peut-être, tu les sens mais du coup il n'y a pas la vision.
En fait je ne sais pas vraiment je pense que j'écoute je ne visualise pas.
Je suis genre ok. Ah oui et il y a un truc particulier que moi je fais,
peut-être qu'il pourrait vous aider à comprendre.
C'est que j'ai essayé de trouver des mots sur ce que je ressentais quand j'essaye d'imaginer et de
penser à des choses. C'est qu'il y a un écran noir et en fait,
il y a une main invisible qui dessine avec un crayon invisible la forme de ce que je veux imaginer.
Par exemple, si je veux imaginer un verre d'eau et que je ferme les yeux,
en fait, je ne vois rien. Mais par contre, c'est comme si je traçais le verre d'eau dans ma tête,
mais sans qu'il y ait de... C'est comme si ça laissait juste la trace.
Oui, ce n'est pas tangible, en fait. Mais par contre,
l'idée, l'action a été là, l'objet est là. Donc,
il est là, mais il n'est pas tangible. On ne peut pas ni le voir,
ni le sentir. Et donc, l'action du dessin permet de le rendre réel.
Oui, c'est ça. Mais par contre, je n'ai pas le dessin qui reste,
qui s'imprime. C'est vraiment... Je fais le tour de l'objet et j'essaye de voir le tour,
mais c'est tout ce que je peux faire. Et c'est comme ça que j'essaye de...
Souvent, quand j'essaye par exemple d'imaginer des choses,
des structures, des bâtiments, parce que parfois j'essaye de créer des mondes aussi,
parce que dans l'improvisation, on crée beaucoup de choses imaginaires,
etc. Et parfois, quand j'essaye de solliciter mon imaginaire et mon imagination,
j'ai besoin de créer du lore c'est-à-dire de créer le monde dans lequel je veux que mon héroïne ou mon héros par exemple
déambule et donc des fois je ferme les yeux et j'essaye de tracer comme ça qu'est-ce (ah oui parce
qu'aussi je fais du dessin, je fais beaucoup de graphisme) et donc j'ai besoin de faire comme si je dessinais la chose dans
ma tête pour pouvoir la visualiser.
Comme ça il y a une sorte de souvenir d'événement plutôt que vraiment une image.
Oui voilà c'est ça c'est un souvenir du tracé plus que voir la chose réellement.
Vivre dans actions réelles.
Oui tout à fait.
Tu es une femme de l'action.
Je suis une femme du présent parce que l'une des caractéristiques aussi qui est un peu compliquée à vivre et je pense que
c'est dû à ça c'est que j'ai très très peu de mémoire.
Oui puisque du coup tout est dans le moment.
En fait mon enfance, enfin tout ce qui est souvenirs,
je n'en ai pas en fait. Et je n'arrive pas à en avoir.
Et c'est pour ça que j'aimerais bien mettre un système en place où j'essaie de prendre beaucoup plus en photo les choses
parce qu'en fait j'ai des souvenirs de mon enfance mais je pense qu'ils ne sont reliés qu'à des
photos que j'ai vues.
Ah, mais moi, je fais beaucoup ça aussi. Parce qu'en fait,
j'ai tellement trop de choses dans la tête, pour le coup,
que je mets des photos comme clé de mes souvenirs.
Ah, ouais. C'est un peu ça, ouais. Parce que sinon,
j'oublie, quoi.
En fait, tu n'oublies pas, mais tu perds l'accès.
Oui, voilà. Parce que vraiment, de mes zéros à mes 15 ans,
j'ai peut-être un souvenir ou deux de quand j'étais petite.
Et encore, c'est des souvenirs que j'ai permis de retracer via des photos.
Mais sinon, je n'ai rien. C'est un peu particulier quand même.
Une âme fraîche.
C'est ça, en fait. C'est pour ça que je ne suis pas du tout rancunière ou quoi.
J'oublie, en fait.
La meilleure personne, en fait. Tout va toujours bien parce qu'on vit aujourd'hui.
Par contre, c'est un vrai super pouvoir parce qu'en fait,
je ne peux pas à me rappeler non plus des sensations parce que souvent les souvenirs sont liés à
des sensations.
Ah bah oui tous les traumatismes.
C'est ça. En fait les souvenirs sont liés et sont corrélées plutôt avec des sensations que tu as pu
avoir. Et souvent, se remémorer des images, ça te remet dans des émotions et peut-être même voir des traumatismes ou des
choses, des sentiments de honte ou de tristesse intense.
Moi, je ne peux pas, en fait, parce que je n'ai pas accès à ces souvenirs-là et à ces images-là.
Donc, en général, ça passe mieux. Après, je ne sais pas,
parce que je n'ai pas eu l'occasion de trop discuter de ça.
Parce que c'est la première fois que je parle de l'aphantaisie aussi dans ce cadre là donc je sais pas comment est-ce que
les gens gèrent leurs émotions négatives vis-à-vis de leurs souvenirs alors.
Moi trop mal.
Mais c'est pour ça que je suis aujourd'hui là donc en fait moi si je vis des choses mal,
j'ai l'impression que ça passe plus vite en tout cas.
Je pense que c'est une force, effectivement. Après,
peut-être que tu as acquis aussi des mécanismes qui t'ont permis aussi de te protéger par rapport à ces trucs-là en utilisant
cette capacité que tu as.
Oui, peut-être, carrément.
Mais du coup, ça reste un super pouvoir.
C'est clair.
Et d'ailleurs, tu savais que le terme Aphantaisie,
il date de 2015 ?
Non.
C'est hyper récent, en fait.
C'est fou.
C'est-à-dire que les gens, ils n'avaient vraiment pas du tout conscience de ça avant ?
En fait, sauf erreur, il me semble que l'aphantaisie,
ça peut être d'être à naissance et ça peut aussi subvenir après un événement traumatique.
Moi, je pense vraiment que c'est depuis ma naissance,
en fait. Et vu que je n'ai pas de référentiel par rapport à ce que les gens ont vraiment dans leur
tête, j'ai appris à me construire avec ça en fait.
C'est un petit peu comme les gens qui sont daltoniens qui n'ont aucune référence des couleurs majoritaires chez les personnes
qui n'ont pas ça.
Et du coup c'est vrai que ça ne m'étonne pas tant que ça que ce terme n'ait été inventé qu'en 2015 parce que moi si on ne
m'avait pas dit que je ne voyais rien, je ne m'en serais pas rendue compte en fait.
Et je me serais dit que tout le monde pensait comme ça alors que non,
pas du tout.
Ce qui prouve quand même que les humains sont tous très différents et c'est ça qui est beau aussi.
C'est que si on inclut toute la variété, on peut aussi comprendre,
créer différemment, avoir des choses différentes.
Mais tu sais qu'il y a quand même pas mal, (bon,
pas mal, je ne sais pas, mais moi, je trouve que c'est quand même un pourcentage assez élevé) Il y a 2 à 3 % de la population
qui aurait une aphantaisie totale, donc vraisemblablement comme toi,
et 5 % une forme partielle. Donc, ce n'est pas si peu.
Oui, c'est vrai.
En fait, j'ai l'impression que c'est complètement passé en sous-marin,
que personne n'a fait attention, mais à partir du moment où on a commencé à en parler,
là, on a découvert qu'il y avait des gens qui faisaient ça différemment.
Et c'est ça qui est intéressant. Moi, j'aime bien des fois avoir un peu les petits pourcentages comme ça parce que ça permet
de se rendre compte de finalement quelque chose qui n'est pas si marginal que ça,
c'est juste qu'on n'a pas pensé à en parler.
Non mais c'est pour ça, comme je disais tout à l'heure,
que parfois quand j'en parle, les gens me disent "je ne suis pas sûr non plus mais je vois un peu mais pas sûr" donc je
pense que c'est pour ça que c'est bien d'en parler aussi.
Bah oui parce qu'il y a beaucoup de diagnostics qui sont liés à la discussion justement.
C'est clair et aussi ça te permet parce que moi je sais que du coup au niveau de mon apprentissage du coup c'est très dur
d'utiliser des techniques d'apprentissage qui sont liées avec le visuel et donc ça me permet de me focaliser sur d'autres techniques
qui me permettent du coup d'apprendre plus facilement parce que enfin genre l'audio moi j'aime
beaucoup l'audio, j'aime beaucoup aussi la répétition moi-même et j'ai d'autres techniques...
La mémoire musculaire. Enfin le "vocal musculaire".
Oui voilà c'est ça. Et j'ai d'autres techniques pour apprendre mes textes,
notamment. Je ne peux pas les voir dans ma tête.
Je pense qu'il y en a qui voient leurs textes, je pense notamment aux gens qui je ne sais plus comment ça s'appelle quand
ils lisent des livres et qu'ils impriment...
C'est la mémoire eidétique, quelque chose comme ça,
comme Sheldon dans Big Bang Theory.
Oui oui oui voilà c'est ça et donc moi ça m'impressionne parce que vraiment j'imagine un livre je vois rien quoi et je trouve
ça incroyable quoi.
Juste une main visible qui est en train d'écrire tous les trucs.
Mais donc ouais moi l'audio ça me marche bien j'aime beaucoup les podcasts.
Oui j'imagine donc le livre audio aussi.
Ouais ouais j'aime beaucoup.
Donc tu peux partir dans un univers avec un livre audio.
En fait, je ne dirais pas partir dans un univers,
parce que quoi qu'il arrive, je ne verrai rien. Et d'ailleurs,
ça me fait penser même, tu vois, quand je parle avec des gens,
des lecteurs et lectrices, et qui ferment les yeux,
en fait, les gens adorent se faire leur propre histoire et leur propre graphisme mental quand ils
lisent des livres. Genre, comment est-ce que le personnage ou la personnage principale est
physiquement, comment le paysage est, etc etc mais en fait j'ai rien quoi.
Donc en fait tu t'en fiches quand on adapte en film pour toi c'est...
Au contraire moi j'aime bien !
"C'est exactement ce que j'imaginais"
Au contraire, j'aime bien parce que du coup, ça me permet de poser des visages,
un physique sur quelque chose qui était relativement abstrait pour moi.
Si je pense à, je sais pas, une jeune femme avec des cheveux roux,
avec des couettes et des petites lunettes, je la vois pas.
Je sais juste factuellement qu'elle a des lunettes,
qu'elle a des cheveux roux, qu'elle a des couettes,
des tresses et c'est tout.
C'est vrai que si t'es extrêmement factuel comme ça,
impossible d'avoir un biais cognitif.
C'est à dire ?
Parce que je suis en train de me dire.. Là, tu décrivais une jeune femme qui a les cheveux rouges,
des lunettes, tout ça. En général, on fait la moyenne de ce qu'on a vu et on s'imagine une personne qui va ressembler un
peu à ça. Souvent, ça peut faire des biais cognitifs,
par exemple, notamment au niveau des ethnies ou des choses comme ça.
En fait, toi, t'es imperméable au racisme.
Voici le deuxième super pouvoir.
Devenez tous à aphantaisique. Franchement, c'est super bien.
La lutte contre le fascisme grâce à l' aphantaisie.
C'est vrai que je ne créais pas de biais cognitifs,
du coup dans ma tête, je suis neutre.
C'est beau, je trouve ça très beau.
Et bah, merci, écoutez.
Moi je trouve ça incroyable, parce qu'en plus, effectivement,
tout est découvert par hasard. Sur le tard, c'est impossible de t'auto-diagnostiquer tant que tu n'as pas parlé à des gens
neurotypiques. Tu es obligée de discuter avec des neurotypiques.
Tu ne peux pas... C'est juste inconcevable que la différence est par observation,
puisque c'est tellement dans ta tête que c'est forcément sur une discussion,
même assez profonde, parce que c'est pas tous les jours qu'on va discuter de "tu vois quoi dans ta
tête?"
C'est clair, surtout qu'en plus même en sachant ça,
encore une fois comme je disais, l'exercice de méditation,
moi je voyais rien. Mais ça m'est jamais venu à l'esprit que je voyais rien,
donc tu vois, même parfois il faut vraiment aborder le sujet,
aborder cette thématique-là en particulier, l'aphantaisie,
le fait d'avoir l'écran noir, c'est...
Et d'ailleurs, même au niveau médical, tout est subjectif.
Oui, c'est ça.
C'est-à-dire que leur questionnaire, j'avais noté,
il y a un questionnaire qui s'appelle « A vividness of visual imagery questionnaire ».
Très chic, mais en attendant, que subjectif. Donc du coup,
derrière, est-ce qu'on va vraiment pouvoir l'évaluer ?
Surtout qu'en plus, leur question, c'est « Est-ce que quand vous pensez à un bouquet de fleurs,
vous voyez le bouquet de fleurs ? » c'est "oui",
"non", ou "je sais que j'y pense, mais je ne le vois pas".
Ça, c'est la grande question de l'aphantaisie. C'est le petit C du questionnaire.
"Je sais que j'y pense, mais je ne vois pas". Et en fait,
c'est vraiment ça. La phrase à retenir, c'est "je sais que j'y pense",
parce que moi, je sais que j'y pense au bouquet de fleurs,
mais je ne le vois pas, en fait.
C'est une pensée abstraite.
Oui, voilà, c'est ça.
C'est-à-dire que tu passes par un autre schéma mental.
Un autre chemin de pensée. Oui, c'est ça, un autre schéma mental.
Et d'ailleurs, je pense que c'est ça aussi qui est à noter,
c'est que c'est un "autre" chemin. Ce n'est pas une pathologie.
Donc, il n'y a pas de traitement. C'est juste différent.
Et je pense que c'est ça qui est important. C'est pour ça d'ailleurs que je fais ce podcast.
C'est que c'est hyper important de noter que c'est juste différent.
Et le comprendre permettra de pouvoir avoir avoir une connaissance plus large de ce que les
personnes peuvent vivre au quotidien. Comme tu disais tout à l'heure,
c'est un spectre. En plus, il y a des personnes qui sont totales,
partielles, etc. Mais ce n'est pas grave.
Tout va bien se passer. Vraiment. Oui, c'est ça. C'est vrai que ce n'est pas grave.
Ce n'est pas grave.
C'est juste différent.
Oui, voilà. Et moi, je m'en accommode très bien. Après,
après, comme je disais par exemple pour le graphisme tout à l'heure,
les dessins, souvent quand même... Quand je dessine,
j'ai besoin d'avoir des modèles de référence. Parce que si je n'ai pas de modèles de référence,
c'est vraiment galère pour moi. C'est pour ça que j'ai besoin.
Je prends plein d'images et après, je fais ma tambouille.
Après, en général, quand on dessine, je connais des gens qui dessinent.
Les références, c'est quelque chose qui est l'inspiration dans le dessin.
C'est hyper important.
Moi je dessine un tout petit peu mais c'est vrai que pour moi c'est l'inverse,
c'est que ça bouillonne tellement dans ma tête, c'est pas fixe,
il y a trop d'idées, trop de trucs, donc du coup les références m'aident à canaliser.
A canaliser ! Ah ouais.
Parce qu'il y a trop de trucs.
Ah c'est hyper intéressant.
C'est pour ça que je suis hyper admirative de ton calme ambiant.
C'est la nuit noire dans ma tête.
Je rêve de ça.
En même temps, moi j'aimerais bien (et c'est ça qui est hyper chiant),
c'est que moi j'adorerais voir ce que ça fait d'avoir plein d'images dans sa tête.
Je pense que ça me submergerait, mais malheureusement ce sera impossible.
Peut-être dans tes rêves ?
Oui oui voilà mais consciemment, tu relâches, ferme les yeux...
J'aimerais bien voir des trucs. Voir ce que ça fait que de pouvoir...
Tu imagines un coucher de soleil, avec la mer et quelqu'un sur la plage avec une serviette.
Est-ce que ce n'est pas un truc qu'on a envie parce qu'on ne l'a pas ?
Oui, bien sûr.
Moi aussi, j'aimerais bien voir ce que ça fait d'avoir rien.
Si, tout à fait.
Il y a des moments quand je suis sur le point de m'endormir,
des fois, je vois un peu mon corps comme s'ils faisaient un truc un peu de kaléidoscope,
où t'as un carré, et après t'as le même carré mais en plus petit,
puis en plus petit, puis du coup ça devient de plus en plus petit,
et du coup toi tu te mets de plus en plus lointain,
et à la fin c'est comme si l'intérieur de ton crâne c'était un peu l'univers avec les étoiles,
donc c'est presque noir, et du coup ça fait hyper peur,
parce que du coup t'as l'impression que t'es tout seul,
hyper lointain, parce qu'il y a quand même mon corps qui est là.
Et du coup des fois je me dis, quand on a beaucoup d'imagination,
c'est pas toujours un avantage de voir des images.
Parce que toi du coup tu peux canaliser ton imagination après.
Ce que tu dis ça me permet de parler d'autre chose,
de l'imagination. En fait j'ai pas d'imagination à proprement parler.
Mais par contre, je pense que quand je fais de l'impro,
on a besoin d'imagination, et en fait l'imagination,
du coup ça peut être dans la tête, mais c'est aussi tout ce que tu crées en fait.
Et quand on fait des scènes d'impro, on a besoin de créer des choses avec ce qui est là,
mais aussi parfois quand tu joues, je sais que quand je fais par exemple des impros d'aventure etc,
des choses un peu fantastiques, puisque c'est ce que j'adore faire.
Je me souviens d'un merveilleux bateau sur Fushigi...
Qui est un spectacle d'improvisation.
Excellent aussi au demeurant.
(Merci c'est gentil) à la manière de Miyazaki. Mais attends,
je parlerai d'un truc après ! Mais du coup, j'utilise mon imagination,
mais par contre je vois rien. Donc je sais pas, peut-être que j'ai jamais trop su expliquer d'où venait du coup cette imaginaire
là, pas d'images en tout cas...
Mais peut-être des autres ?
Ouais peut-être...
En fait t'as réussi à atteindre le graal de l'improvisateur,
qui consiste à être tellement ouvert, à l'écoute des autres,
que tu crées le monde en live, dans l'instant présent,
avec les autres personnes, les autres comédiens et comédiennes.
Peut-être mais c'est quelque chose vers lequel j'ai envie d'aller et de comprendre.
Parce que c'est vrai que c'est fascinant. D'où nous viennent nos idées inconscientes?
Parce que c'est beaucoup ça aussi l'improvisation.
Il faut, (j'arrive plus à avoir le terme), l'improvisation,
il faut convoquer des choses, parfois inconscientes.
Il faut convoquer la première idée que tu as et accepter de la sortir aussi sur scène.
Et d'où est-ce qu'elles viennent, ces idées-là ?
En fait c'est hyper intéressant. Ca vient de ta journée,
de ton passé aussi, de ce que t'as vécu,...
De la culture...
Oui c'est ça, de la culture. Donc je pense qu'en fait,
j'ai des choses dans ma tête, elles sont là, c'est juste que j'arrive pas à m'en souvenir parce que je les ai pas en image
mentale mais elles sont quelque part.
En fait t'as juste besoin de clés, c'est ce qu'on disait tout à l'heure avec du coup les photos.
Donc en fait, si ça se trouve, quand tu es en impro,
tu utilises les autres comédiens et comédiennes et les plateformes,
tout ce qui va être apporté, comme clé.
Comme des clés, ouais. Ouais, c'est bien!
En fait, tu es la marchande de clés, ou comme on dit,
la gardienne des clés.
C'est ça ! Et ce que je voulais dire tout à l'heure,
après, je ne sais pas si c'est trop pertinent. En gros,
dans le spectacle Fushigi, Miyazaki, dans une de ses interviews,
il disait que lui, il créait ses histoires toujours à partir d'une page blanche.
Et en fait, il convoque des grandes images. Et après,
il relie ces grandes images entre elles pour créer une histoire.
Et en fait, il ne sait jamais ce qui va se passer dans le futur.
En fait, il crée vraiment sur l'instant présent.
Et il voit en fait où ses dessins le mènent. Et il ne réfléchit pas trop à une trame narrative.
Il sait qu'il veut faire vivre des choses à ses personnages,
etc.
C'est exactement toi.
Voilà, exactement. L'âme de Miyazaki.
L'âme de Miyazaki. En pré-réincarnation, parce qu'il est toujours pas mort.
Oui, oui. Heureusement.
On touche du bois.
On touche du bois.
Mais oui, si ça se trouve, c'est ça en fait. C'est que du coup tu utilises les images créées par les autres comédiens et
comédiennes, tu fais les liens, tu ouvres des portes dans ta tête et t'avances.
Bah oui, c'est ça. C'est ça.
C'est beau.
La semaine prochaine.
Et sur cette merveilleuse image, je propose qu'on essaye justement de voir ensemble comment ça se
passe dans ton quotidien.
Ok!
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