Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles, je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une
même humanité. Aujourd'hui, je reçois Sonia !
Bonjour Delphine !
Bonjour Sonia ! Et on va parler ensemble d'un terme qui n'existe même pas en français,
le AuDHD, c'est-à-dire l'autisme et TDAH, les deux en même temps.
Ça fait beaucoup de choses en même temps, d'ailleurs.
Mais avant de nous spoiler un peu ces deux troubles associés,
ce que je te propose, c'est de te présenter un petit peu à nos auditeurs et auditrices.
Je m'appelle Sonia, donc. J'ai toujours des difficultés à me présenter parce que pour le coup là je suis vraiment la définition
de l'atypie. C'est à dire que j'ai mille vies, je suis touche à tout,
je fais mille choses, et c'est compliqué pour moi de choisir quelques termes ou quelques bouts.
Donc voilà, je ne saurais pas me définir plus.
C'est vrai que tu es une personne extraordinaire puisque tu fais beaucoup de choses dans la vie.
Nous on s'est rencontrées en doublage.
Oui dans un stage de doublage.
Un stage de doublage exactement. Et effectivement ça a matché très vite.
Mais tout de suite ! T'es arrivée, "C'est où le doublage?",
"c'est là!". Et bim, direct !
Je pense qu'il y a eu peut-être une sorte de reconnaissance atypique mutuelle,
peut-être ?
Je ne sais pas, mais en général, c'est vrai qu'entre atypiques,
il y a une espèce de connexion qui se fait directe.
Alors après, pas forcément entre tous les gens atypiques,
parce que les atypiques sont différents et les gens sont différents.
Mais c'est vrai que les connexions que je peux ressentir comme ça avec des personnes atypiques,
il y a toujours une partie de nos personnalités,
de notre caractère, qui est quand même assez similaire du fonctionnement aussi.
C'est vrai. Et finalement, on s'est bien trouvées.
On s'est même retrouvées au théâtre.
Ouais, théâtre d'impro
Donc encore une de tes nombreuses vies.
Grave.
C'est vrai parce que du coup t'as beaucoup de côtés très artistiques aussi.
J'ai un côté, oui je suis quelqu'un d'assez créatif,
plutôt d'artistique c'est vrai. Après j'ai eu une vie aussi qui m'a demandé d'être beaucoup en
survie. Donc quand t'as besoin de t'adapter, de te suradapter,
pour mener ta barque, tu développes pas mal de compétences,
pas mal de masques, pas mal de déguisements jusqu'à te perdre.
Et te retrouver finalement.
Ouais. Pour ça il faut bosser sur soi quand même.
Mais on va pouvoir en parler de tout ça. Parce que ça fait un grand chemin effectivement pendant
toute ta jeune vie.
Je suis vieille quand même.
Ohlalala !
En tout cas ça se voit pas. On me donne toujours 10 ans de moins !
C'est vrai, c'est vrai.
Il paraît que ça c'est aussi chez les autistes c'est comme ça,
ils font toujours plus jeune que leur âge.
C'est un bon tips pour, voilà, pas besoin de crème spécifique.
Tout à fait.
Et donc oui effectivement beaucoup de choses variées et diverses dans ta vie.
Et je pense que nos auditeur.ices ont peut-être besoin de certaines petites explications sur,
effectivement, ce dont on va parler aujourd'hui.
Parce que comme ça mêle deux troubles, que sont l'autisme et le TDAH,
je pense qu'on pourrait peut-être les aiguiller un petit peu.
Qu'est-ce que tu en penses, ma chère Sonia ?
Oui. Après, je ne pense pas être forcément très objective dans le sens où,
par-dessus, il y a un autre trouble qui s'ajoute,
qui est le trouble anxieux généralisé, qui est dû à la suradaptation que nos handicaps invisibles
demandent. Après, ça peut être compensé aussi par un haut potentiel intellectuel,
ce qui est aussi mon cas. Donc la manière dont je peux en parler n'est pas le reflet 100 % d'un pur
profil TDAH TSA seulement.
TSA trouble du spectre autistique.
De l'autisme oui. Et TDAH donc trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité.
Tout à fait.
Donc le spectre par lequel je peux l'aborder n'est pas forcément celui de quelqu'un d'autre.
Et c'est bien de le rappeler. Mais c'est aussi très intéressant d'avoir justement un avis d'une
personne ancrée dans le réel, qui vit au quotidien ce genre de troubles.
Voilà. Donc, l'AuDHD, comme on dit en anglais, c'est un...
A priori, on aurait tendance à dire que c'est un profil à part entière,
qui est indépendant du TSA. Enfin, c'est pas indépendant,
mais c'est un profil en plus, en fait. Il y a le TSA d'un côté,
le TDAH de l'autre, puis après, il y a l'association des deux,
qui est aussi un profil. Et c'est un profil qui est assez paradoxal.
Parce que quand l'autiste a besoin de routines, de rituels,
que tout soit prévu en avance, planifié, bah lui le TDAH ce qu'il aime c'est la nouveauté,
c'est la spontanéité, l'impulsivité (pour peu qu'on ait un profil impulsif dans son TDAH),
le renouveau, tester des expériences nouvelles,
voir des gens, se socialiser. Alors que l'autiste lui,
la socialisation ça le fatigue. Donc en fait ça c'est un exemple parmi d'autres.
Mais en fait ce profil là il est pour moi en tout cas difficile à vivre parce qu'un jour c'est
blanc, non, un jour, c'est noir. J'ai l'impression de danser sur un pied,
puis sur un autre, avoir le cul entre deux chaises.
Ce n'est pas évident de trouver un équilibre qui contente à la fois ce côté TSA et ce côté TDAH.
Il y a toujours des jours ou des moments dans ma vie où je vais être plus dans le profil TSA et d'autres où je vais être
plus dans le profil TDAH. Et là le travail que j'essaye de faire depuis que j'ai été diagnostiquée,
c'est d'essayer d'allier les deux. Enfin non, c'est pas depuis que j'ai été diagnostiquée,
même si ça fait un an que j'essaye. Parce que quand j'ai été diagnostiquée,
j'ai d'abord investi l'identité du TSA, rejetant complètement celle du TDAH.
en doutant bien sûr que "suis-je vraiment autiste?".
Et une fois qu'en fait ce profil là a été intégré,
j'ai traité celui du TDAH. Donc ça c'était l'année dernière,
le TDAH. Et là maintenant j'essaie de faire converger les deux ensemble et de trouver quelle est
mon identité là-dedans. Quelle est ma manière de fonctionner avec ces deux troubles-là,
tout en prenant en compte aussi que les déclencheurs de ces handicaps peuvent être aussi dus au
trouble anxieux, et que parfois je peux aussi avoir du mal à trouver un équilibre.
Parce que mon côté haut potentiel va venir compenser voire surcompenser.
Ce qui fait que je me dis "ça va, j'ai aucune difficulté",
puis à la fin de la journée je suis crevée, je suis juste bonne à aller coucher et j'ai plus de vie. vie.
C'est le revers de la médaille de cette adaptation effectivement.
Et d'ailleurs, c'est très intéressant que tu dises qu'aujourd'hui ces deux diagnostics différents sont reliés aujourd'hui en
un profil particulier. Parce que c'est vrai que ça a pu entraîner des diagnostics incomplets ou des errances médicales pour
des personnes qui, comme toi, ont les deux. Et donc finalement se sentir un peu n'appartenir à
rien, être un peu nulle part, au milieu de...
C'est pas forcément un sentiment d'appartenance, c'est plus savoir qui on est,
comment on fonctionne, d'avoir accès à ça et de ne pas se comprendre,
de ne pas savoir comment on fonctionne, de ne pas savoir comment on mène sa barque.
En fait c'est une angoisse terrible. Et que l'autre particularité aussi,
c'est que moi je suis une fille. Et que les filles elles masquent déjà de base beaucoup plus.
Parce que, de part le fait qu'on soit des femmes,
la société nous demande déjà de nous adapter etc.
Donc nous. les filles ont très vite compris très jeunes,
qu'il y a des choses à pas montrer etc. Là où chez les hommes c'est beaucoup plus compliqué,
bien qu'il y ait des hommes qui y arrivent très bien.
D'ailleurs on n'en parle pas assez mais il y en a beaucoup qui sont en errance et qui ne sont pas diagnostiqués parce qu'ils masquent
très bien.
On ne minimise pas du tout ce qui se passe aussi pour les hommes.
C'est juste que chez les femmes il y a cette surfatigue liée au masquage.
Parce que le masquage est déjà inhérent à, même les femmes neurotypiques.
Le statut de la femme, même neurotypique exactement.
Je ne sais plus pourquoi on disait ça.
Parce qu'on parlait justement de cette identité de se sentir un peu tiraillée entre deux mondes,
le TDAH, le TSA. Et du coup, ce tiraillement, ce que tu décrivais très bien,
le côté j'ai besoin de structure du TSA et j'ai besoin de nouveauté du TDAH.
De ne pas tout faire péter.
C'est rigolo parce que moi, je suis bipolaire. Et donc ça me fait penser un petit peu aux up et down que je peux avoir en
bipolarité. Donc là c'est complètement différent,
parce qu'il ne s'agit pas d'émotion ou d'humeur mais c'est deux états qui coexistent.
Bah en fait chez le TDAH c'est la dopamine, c'est ça,
qui fait l'espèce de up et down. Et qu'en fait on a plus de difficultés à,
comment dire, à réceptionner sur nos synapses la dopamine.
En fait on sécrète de la dopamine de ce que j'ai compris,
on sécrète de la dopamine comme tout le monde, c'est juste que nous au niveau neuronal en fait on
la reçoit moins bien. Et que pour la recevoir à une dose qui nous satisfasse et bien il faut qu'on puisse déclencher des
choses qui nous permettent d'en sécréter à haute dose pour espérer assimiler une dose qui soit,
pour nous, satisfaisante. Et donc voilà, je ne sais plus ce que je voulais dire,
comme d'habitude.
C'est bien, on a l'illustration en direct.
C'est terrible. Je disais quoi ?
On parlait de la dopamine.
Ah les up and down. Et que du coup, chez le TDAH,
ça va être ça. C'est qu'à partir du moment où il va s'enflammer pour une activité,
je dit n'importe quoi, il a développé un intérêt,
comme chez le TSA d'ailleurs, pour l'aquarelle. Chez le TSA,
on va acheter tous les bouquins, on va acheter de la peinture,
on va se renseigner à mort, on va aller voir des expos,
ça va tourner autour de ça. On va s'y mettre et on va faire de l'aquarelle.
Ca peut durer, ou après, une fois qu'on a fait le tour,
on arrête et on passe à autre chose. Alors que chez le TDAH,
ça peut être ça aussi, mais ça peut être que j'achète tous les pinceaux,
toute la peinture, tous les livres tous les carnets,
tous les types de feuilles, tous les machins, et une fois que j'ai tout,
j'ai plus envie de le faire.
Une sorte de magnifique collection, mais...
Voilà. Et après, on a ce... Pour peu qu'on l'ait rangé dans un endroit pour pouvoir y avoir accès
et le faire. Parce qu'à partir du moment où on a des rideaux,
des placards, on oublie. Donc on met ça dans des étagères ouvertes.
Tous les jours, on regarde ce fichu matériel d'aquarelle et tous les jours,
on se dit, il faut que je fasse de l'aquarelle. Il faut que je fasse de l'aquarelle.
Je n'ai pas envie de faire de l'aquarelle. Ça a l'air si intéressant.
Ah là là ! Et en fait, ce matériel d'aquarelle devient un poids.
Et moi je le supporte plus, et au bout d'un moment,
soit je le revends, soit je le donne, soit je le mets dans un endroit où je ne le vois plus pour
l'oublier. Et donc voilà, les ups du TDAH c'est ça.
Et ça va être comme ça aussi dans la relation sociale.
A partir du moment où on a une connexion avec quelqu'un,
cette personne, on va vouloir lui parler tout le temps,
la voir tout le temps. Et puis, au bout d'un moment,
ça retombe comme un soufflet. Et c'est pour ça que parfois,
on peut passer pour des personnes qui, finalement,
ne côtoient les autres que par intérêt, parce qu'il y a eu une grosse période hyper intense,
que d'ailleurs, peu de gens arrivent à absorber.
C'est assez fort. Et puis, d'un coup, tout retombe et il n'y a plus personne.
Soit parce que le TDAH oublie ou parce que c'est passé dans une autre catégorie de relation,
plus calme, plus platonique.
C'est à dire que la relation ne s'en va pas. Ce n'est pas parce qu'il y a une perte d'intérêt.
C'est juste qu'il y a un changement dans le type de relation.
Ca déclenche pas la même satisfaction qu'au début,
en fait.
En termes de dopamine. Mais par contre en termes de fidélité amicale ou amoureuse ou peu importe,
ça, ça reste. Pour ne pas confondre justement, c'est pas un désintérêt,
c'est juste un changement de dynamique. C'est un petit peu peut-être comme quand on a...
Il y a beaucoup de gens qui décrivent les périodes d'euphorie de début d'amour et qu'après ça se
calme. C'est un peu ça du coup mais pour tout.
Oui, c'est juste que ça déclenche... C'est pas le même type de satisfaction,
en fait. On est plus dans quelque chose qui est réconfortant,
qui est en fond, qui est chaleureux, rassurant, sécurisant.
Et ça n'est plus un... On vient plus prendre son shot,
quoi, en fait. C'est plus ça. Et qu'après, ça peut être une vraie souffrance,
parce que quand tu oublies, en fait, tu penses à tes amis,
mais tu oublies de les contacter, ou tu as des amis qui préfèrent t'avoir au téléphone.
Je sais que, merci le TSA, je n'aime pas être au téléphone.
Je préfère les textos ou à la rigueur les vocaux.
Parce que les vocaux, avec mon TDAH, du coup, je ne coupe pas la parole.
Je peux déblatérer tout ce que j'ai à dire. Si j'oublie,
je réécoute mon vocal et je reprends là où je me suis arrêtée.
Et ça permet vraiment de transmettre le fond de sa pensée.
Et mon côté TSA est content parce que ça permet de bien choisir ses mots,
de bien poser sa réflexion, etc. Et donc là, ça devient un peu compliqué quand tu as des amis qui veulent t'avoir au téléphone
et que toi, tu préfères les avoir par écrit. Forcément,
ça crée beaucoup de loupés et on ne prend plus forcément de nouvelles.
Et puis les personnes, on dira du coup, si elles s'intéressaient vraiment à moi,
elles m'appelleraient.
Il y a une mécompréhension du fonctionnement. De ce double fonctionnement un peu paradoxal.
Il peut y avoir une vraie compréhension, mais il n'y a pas l'acceptation derrière.
Parce que du coup ça demande à ces personnes là de s'adapter en retour à toi.
Mais comme c'est pas dans ce sens là que ça fonctionne habituellement,
ben eux ça leur demande un effort qu'ils n'ont pas envie de faire.
Et que comme nous on l'a toujours fait cet effort là,
ben pourquoi ça changerait. Donc c'est ce qui met fin aussi parfois à des relations.
C'est sûr qu'en plus vu que là il y a les deux, autisme,
enfin en tout cas TSA et TDAH, ça fait vraiment beaucoup de fluctuations.
Et en plus l'un peut masquer l'autre.
Oui complètement, ou compenser.
Oui c'est ça.
Plutôt que masquer c'est plutôt compenser. Enfin oui,
du coup, ça masque aussi, mais ça ça se compense entre eux ouais.
Donc c'est vrai que on peut passer à côté. Déjà qu'on passe à côté de l'autisme chez la femme.
C'est ça que je voulais dire tout à l'heure. Je disais,
je ne sais plus, par rapport aux errances de diagnostic,
ou au fait qu'on soit mal diagnostiquées. C'est pour ça que je te parlais de la femme,
que c'était différent. Parce que chez la femme, avant d'être diagnostiquée autiste ou TDAH ou quoi,
on va être diagnostiquée dépressive ou avec un trouble anxieux ou un trouble post-traumatique.
Qui peuvent exister ceci dit. C'est juste que c'est les couches externes de l'oignon qu'on voit en premier. premier.
Exactement. Et qu'en fait les spécialistes, alors peut-être maintenant un peu plus,
mais n'avaient pas forcément ce réflexe d'aller creuser,
de dire, "bah attends peut-être que ça c'est juste la surface".
Ou même bipolaires par exemple, il y a des femmes autistes,
ou même plutôt TDAH je dirais, qui ont été diagnostiquées bipolaires justement à cause de ces
fameuses phases de up et down, mais qui sont pas en fait dues aux mêmes raisons.
Du coup, chez toi c'est plus émotionnel, alors que chez moi,
c'est clairement donnez-moi de la joie, donnez-moi de l'amour,
donnez-moi de la motivation.
Ah bah c'est sûr. Et en plus après ça peut, de toute manière,
tout peut être concomitant. Parce que même au niveau de la bipolarité,
moi je sais que j'ai aussi le trouble anxieux généralisé comme toi.
Parce que tu masques aussi.
Bah oui. Et j'ai aussi le haut potentiel. Bon ça ne s'appelait pas comme ça quand il y a eu le
diagnostic, parce que j'étais en CP quand il y a eu les tests,
donc ça s'appelait les surdoués. Mais c'est la même chose.
Même si bon on n'est pas surdoué pour autant, c'est juste qu'on a le cerveau qui marche différemment. différemment.
Tout à fait. Mais de toute façon surdoué c'est un terme qu'on n'emploie plus maintenant.
Et bah heureusement parce que ça fait beaucoup de mal aux enfants.
On parle de haut potentiel, ouais.
Et donc c'est vrai qu'en fait tous ces trucs là c'est des choses qui vont être diagnostiquées
avant. Parce que c'est ce qu'on va voir, on va voir la personne anxieuse,
on va voir la personne qui a le cerveau qui marche différemment,
on va voir éventuellement la personne hypersensible,
bien que ce soit pas un trouble. c'est juste une atypie mais c'est des choses qui vont être détectées et ou diagnostiquées
et après c'est pareil, moi la bipolarité est arrivée très tard et là dernièrement je suis en cours de finalisation d'un diagnostic.
Tiens, tiens, tiens, qui aurait pu te mettre sur cette voie là ?
Je ne sais pas, peut-être une certaine personne donc le nom commence par un S.
Mais ceci dit c'est vrai que c'est très complexe.
Parce qu'on en parlait avec la psychologue justement,
qui s'occupe de ce diagnostic, donc je ne veux pas faire des conclusions hâtives,
c'est pour ça que comme je n'ai pas encore reçu le diagnostic officiel,
je n'avais pas trop parlé de ça, parce que je n'ai pas encore eu les termes spécifiques.
Mais en tout cas au cours de la discussion, c'était très clair que tout ce qui avait été diagnostiqué jusqu'à présent n'était que
des couches qu'on a enlevées progressivement, jusqu'à potentiellement atteindre cet,
entre guillemets, ultime diagnostic qui pourrait expliquer également les comorbidités qui se sont
déclarées a postériori.
Et puis tout ce que tu n'expliques pas jusqu'à présent et qui continue de te poser problème.
Tout à fait. Et donc c'est un travail, dans tous les cas,
de toute une vie. Surtout quand il y a beaucoup de choses qui se croisent.
Et donc effectivement, pour le cas du TSA/TDAH, on est clairement sur une addition qui n'est pas
simple du tout. Parce que c'est quasiment de la soustraction,
mais non réelle, puisque ça s'annule mais ça existe.
Donc c'est ça qui est incroyable. Et d'ailleurs,
quand j'avais regardé un petit peu les chiffres,
on est sur environ 30 à 50 % des personnes qui ont un TSA qui présentent aussi un TDAH.
Ah moi, j'avais vu 80, tu vois.
Ah oui ?
80 % des personnes TSA ont un TDAH.
Mais parce qu'en fait, je pense que c'est l'ajout des deux.
Parce que du coup, mon deuxième chiffre, c'était entre 20 à 30 % des personnes TDAH d'abord,
qui sont aussi sur le spectre de l'autisme. Et donc finalement,
quand on ajoute les deux, on arrive sur les 80 %.
Parce que du coup, c'est l'ajout des deux, c'est juste qu'il y en a qui vont avoir une majorité
TDAH et un autisme latent, et d'autres qui vont être une majorité autisme et qui vont avoir un TDAH
latent. Et au final, on tombe sur le même chiffre.
Mais c'est énorme, parce que ça veut dire que c'est un profil qui est majoritaire.
C'est à dire l'ajout des deux est plus fréquent que le diagnostic seul.
Oui, complètement. donc c'est pour ça qu'ils sont en train de se dire que potentiellement en fait c'est pas forcément TSA
séparé et TDAH séparé mais en fait c'est un profil unique.
Bien sûr.
Avec toutes ses nuances bien sûr mais...
Mais c'est ça qui est fou. Et moi je me dis aujourd'hui en tant que femme,
en tant que neuroatypique de base, en tant que trouble déjà déclaré,
qu'on n'arrive pas encore aujourd'hui à favoriser le diagnostic de ce nouveau profil.
On est en 2025 quand même, bon presque 2026, mais c'est incroyable.
Parce que c'est énorme en termes de pourcentage.
Et ça a été complètement passé sous silence. Et là on parle que de notre expérience en tant que
femme, parce que les hommes aussi derrière ils ont quand même...
Ouais mais après tu vois, c'est aussi tout nouveau ces diagnostics.
Enfin tout nouveau... C'est pas tout nouveau, mais je veux dire,
il y a 20 ans, on ne diagnostiquait pas des femmes TSA,
tu vois. Et que je dirais que ça doit faire une dizaine d'années,
je pense, qu'on commence à s'ouvrir là-dessus. Voilà,
il y a des praticiens qui ne sont pas tous formés de la même manière.
Ce n'est pas toujours les mêmes praticiens aussi qui font passer les tests,
tu vois. Entre des psychologues, entre des neuropsychologues,
entre des psychiatres, ça peut être aussi différent.
Et que dans cette masse de gens qui sont diagnostiqués,
il y en a qui sont bien diagnostiqués, il y en a qui sont mal diagnostiqués,
ou il y en a qui sont sur-diagnostiqués. Donc il y a aussi ce pourcentage d'erreurs qu'il faut
prendre en compte. Et que comme il n'y a pas de consensus,
j'ai l'impression, sur la manière de diagnostiquer,
parce que j'ai l'impression qu'on en découvre un peu tous les jours aussi,
je peux comprendre que ce soit encore compliqué.
Et que pour l'instant, pour moi, on est encore en train de faire le tri là-dedans,
et que il y en a qui peuvent être diagnostiqués alors qu'ils ne le sont pas,
et il y en a qui ne se sont pas diagnostiqués alors qu'ils le sont.
Et que voilà, ça ne me choque pas qu'en 2025, ou presque en 2026,
ce soit compliqué, en fait, pour moi.
L'évolution de la société, c'est pas posé.
C'est pas posé, c'est pas clair, il y a encore beaucoup de choses à découvrir.
Et pour moi, on est juste en train d'enlever des couches vis-à-vis de ça.
Je pense que dans 10 ans, 15 ans, ça va commencer à,
peut-être même plus tôt je l'espère, mais ça va déjà commencer à,
il va y avoir un espèce de noyau, un consensus.
Et on écoute aussi des patients. Parce que je pense qu'en plus ce qui est difficile,
c'est que TSA, TDAH, c'est des profils où il y a beaucoup aussi de haut potentiel,
d'hypersensibilité etc. Donc c'est des gens qui vont se renseigner en plus.
C'est des gens avec, parce que TSA on rappelle il y a beaucoup d'intérêts spécifiques.
Mais TDAH aussi et le haut potentiel aussi.
Voilà, donc du coup, quand on mêle les trois, on se retrouve avec des gens qui vont être quasiment plus experts de leurs
propres troubles que les experts qu'ils vont voir.
Mais expert, même presque plus expert que son propre médecin généraliste.
Moi ça m'est arrivé, c'est moi qui lui disais que les vitamines dont j'avais besoin,
je sais pas quoi, c'est fou.
Et c'est ça qui est incroyable. Et en fait il n'y a pas d'écoute non plus.
Mais en même temps le biais c'est qu'il y a cette expertise,
mais en même temps, comme on est nous-mêmes à l'intérieur de nous-mêmes,
il y a une expertise qui peut aussi nous biaiser.
Si on ne fait pas attention, c'est facile de nous mettre dans une case,
parce qu'on sait exactement ce qu'il faut avoir pour être dans la dite case.
Oui mais moi, vu comment je l'ai vécu, parce qu'avant de me faire diagnostiquer je me suis
renseignée, je doutais quand même.
Ah bien sûr : anxiété.
Je doutais quand même. Je me disais "non mais j'essaie de me coller une étiquette,
c'est parce que je trouve pas de réponse à mes problèmes,
donc en fait j'ai trouvé ça". Et même après avoir été diagnostiquée,
comme j'ai dit tout à l'heure, j'ai encore douté.
Je me suis dit "mais non c'est pas possible". Donc même en se renseignant et en sachant qu'est-ce
qu'il fait le TSA, qu'est-ce qu'il fait le TDAH, la phase d'acceptation et de reconnaissance de ça elle est quand même ultra longue. longue.
Il y a le syndrome de l'imposteur en plus qui vient dessus.
Mais complètement. J'aurais plus tendance à me méfier d'un patient,
si j'étais psychologue, neuropsychologue, qui viendrait me voir en disant "je suis autiste et TDAH
parce que, parce que, parce que". En fait je pourrais me dire "il me recrache les trucs qu'il a vu
dans un bouquin". Et que je pense que ce qui fait la différence,
c'est vraiment ce doute, cette remise en question,
ce manque d'assurance et puis ce sentiment d'être illégitime et de se dire "ouais en fait
j'arnaque", "mais non en fait j'arnaque c'est parce que c'est facile".
Et ça prend du temps en fait d'épouser ça. Je sais que moi au bout d'un an,
je suis tombée en dépression. Parce que forcément,
tu revois toute ta vie sous un autre angle, il y a des choses qui s'envolent.
Par exemple tout ce qu'on a pu dire de toi quand t'étais enfant,
comment on a pu te qualifier aussi grâce à ces diagnostics,
ça l'explique. Donc finalement ça s'envole, parce que les paroles de ces gens là,
c'était que ce qu'ils eux percevaient de toi, mais ça n'était pas toi,
donc ça n'avait plus d'impact. Donc ça c'était cool pour le coup,
c'était la partie cool du diag. Mais la partie moins cool,
c'est de se dire, en fait c'est d'être en colère,
parce qu'on se dit "merde j'en ai chié à cause de ça,
je vais continuer d'en chier à cause de ça" malheureusement.
Et que, et que je sais plus ce que je voulais dire.
TDAH !
Il faut un jingle pour ça. Mais je disais quoi ?
On parlait de.... TDAH !
On va bloquer dessus !
Mon dieu quel enfer ! Oui on parlait en fait, du fait,
les proches, tout ça, et que du coup t'étais à la fois très heureuse d'avoir eu ce diagnostic,
et soulageant. C'était très soulageant d'avoir le diagnostic mais en même temps c'était pas forcément une libération non plus. plus.
oui parce que tu te dis, en fait, tu passes par cette phase de te dire "mais je suis mal faite,
il y a un truc qui est cassé chez moi". Et que j'aurais beau faire tous les efforts que je veux,
je continuerai à avoir les mêmes problèmes. Parce que même si moi je m'adapte,
que je fais en sorte d'être plus en accord avec ce que je fais,
il y aura toujours la partie extérieure, si elle n'est pas éduquée,
si elle n'est pas informée, si elle n'est pas dans l'acceptation,
la compréhension, en fait j'aurais encore les mêmes problèmes.
Et du coup ça m'a vraiment minée. Parce que je me suis dit "oui ça explique tout,
mais merde j'en ai vraiment bavé". Et qu'est-ce que j'en ai souffert.
J'en ai vraiment souffert et que je ne le méritais pas.
Ah bien sûr.
Et ça c'est super dur de l'accepter.
Après ceci dit l'autisme, en tout cas tout ce qui est TSA c'est neuro-développemental.
Ah oui le TDAH aussi.
Voilà, exactement. C'est pas comme la bipolarité par exemple,
pour faire un comparatif, qui est un trouble psy acquis,
c'est vraiment une maladie. L'autisme n'est pas une maladie.
Le TDAH n'est pas une maladie. C'est juste une façon différente de vivre et d'être.
Donc ça c'est très important de le souligner quand même parce que,
quand tu disais "oui mais du coup je serai toujours pas bien,
j'aurais toujours ça, etc, et je serai quand même différente".
C'est juste de la différence, c'est pas une maladie.
Oui, ça maintenant je l'ai accepté. Je te parlais dans le cas où j'ai eu du mal à...
Bien sûr. Je dis ça pour les auditeur.ices qui nous écoutent.
Parce que c'est très important de bien notifier que ce n'est pas une maladie.
Ni l'un, ni l'autre, et donc encore moins le profil des deux.
L'anxiété ça se guérit et c'est une maladie, un trouble.
La bipolarité ça ne se guérit pas, mais c'est un trouble qui a été acquis et qui du coup se
stabilise. L'autisme, le TDAH, c'est juste un développement neuronal différent.
Mais qui ne s'inscrit pas, malheureusement, dans le fonctionnement de cette société.
Exactement.
La société n'est clairement pas faite pour des personnes TSA et TDAH.
Tant que les mentalités n'évolueront pas dessus,
que la société n'évoluera pas, on pourra diagnostiquer tous les gens que tu veux,
on pourra faire tout le travail que tu veux sur soi-même,
etc, on fera quand même face encore aux mêmes difficultés.
Et on va quand même devoir s'adapter, se suradapter,
compenser, prendre de la ritaline pour ceux qui acceptent d'en prendre.
Je ne suis même pas certaine que j'arriverai à finir ma vie en disant "ça y est,
je vis enfin dans un monde qui est adapté pour moi".
Et c'est ça qui est aussi très difficile à accepter et très dur à vivre.
Maintenant ça va, mais avant, quand tu es vraiment triste et désespéré,
parce que tu te dis que malgré tout ça, malgré que tu aies des réponses,
ça veut pas dire que t'en sortiras totalement, tu vois.
La semaine prochaine.
Et c'est une très belle transition vers notre deuxième partie.
Car, effectivement, qu'est-ce qui se passe quand on vit avec tout ça ?
Qu'est-ce que c'est les retours sociaux, émotionnels,
professionnels et personnels également ? Quel est l'impact global sur la vie d'être AuDHD ?
Ce podcast vous a été présenté grâce à la solution de diffusion de podcast Castopod.