L'autisme masculin avec Dushan Delic-Illien (2/2)
S01:E18

L'autisme masculin avec Dushan Delic-Illien (2/2)

Episode description

La suite de notre discussion avec Dushan DELIC-ILLIEN sur l’autisme chez les hommes.

(Partie 2/2)

Invité : Dushan DELIC-ILLIEN www.instagram.com/dushan_delicillien

Download transcript (.srt)
0:40

La semaine dernière.

0:42

Les psychologues qui sont spécialisés là-dedans, etc.,

0:45

ben je ne sais pas, ils créent quelque chose. On a le mode d'emploi pour l'humain normal.

0:48

C'est ça.

0:49

Enfin, normal, neurotypique. On ne peut pas avoir le mode d'emploi pour le neuroatypique ?

0:53

Oui, et en plus, on peut avoir toutes les variations du spectre pour d'autres troubles.

0:57

Enfin, ça peut être super. Donc, si jamais vos plans ne sont pas comme prévus,

1:01

respirez un grand coup, relativisez.

1:03

Oui, non. Tu sais, les petites boîtes là où, du coup,

1:05

tu fais "si vous faites ceci", "vous avez fait ceci?",

1:08

"Oui, dirigez-vous vers..."

1:09

Oui, c'est ça. Exactement, ce serait super. Un livre dont vous êtes l'autiste.

1:14

Ah j'adore !

1:15

Ce serait une très bonne idée ! On va exploiter ça.

1:17

Merveilleux ! En plus on a des idées créatives pendant le podcast,

1:20

c'est parfait.

1:21

Mais par exemple je parlais tout à l'heure d'hyperfixation.

1:25

En ce moment, je suis dans les hyperfixations culinaires.

1:29

Je ne mange que la même chose en ce moment, c'est des gnocchis à la poêle avec un petit peu de bouillon de bœuf par dessus

1:38

à la fin de cuisson.

1:39

Je comprends, j'ai eu aussi une fixation gnocchique.

1:41

Ou alors, les pâtes Rana, les raviolis, je ne mange que,

1:47

et ça depuis des années maintenant, que celles au jambon cru.

1:50

Les autres, je ne les aime pas, parce qu'il y a plusieurs aliments dans le même ravioli,

1:54

et ça, je ne peux pas. Je n'aime pas que les aliments se touchent.

1:57

Effectivement.

1:57

Quand je vois que sur le paquet, il y a mozzarella-bacon dans mon ravioli,

2:02

je vais dire "non, vous me faites un côté ravioli mozzarella,

2:05

un autre côté ravioli bacon". Et puis voilà. J'accepte les mélanges que quand les mélanges ne se

2:11

voient pas, quand je ne vois pas les aliments. Ca ne me dérange pas sur une pizza,

2:14

ça ne va pas vraiment me déranger parce que c'est un tout,

2:16

pour moi la pizza est un aliment. Et si ce n'est pas écrit sur la boîte du ravioli,

2:20

sur le sachet, je vais sentir un peu quand même parce que le goût et la texture ne sera pas la même et je n'aime pas que

2:26

les textures se mélangent.

2:26

Et si c'est une texture en tout mixé ?

2:29

Tout mixé ça va, parce que c'est la même, c'est une seule.

2:31

Sauf que pour avoir goûté ces raviolis mozzarella-bacon...

2:36

C'est deux textures.

2:37

C'est deux textures différentes et je ne supporte pas.

2:40

Ca peut me donner des relents. Sans avoir envie de vomir mais ça peut me donner des relents.

2:46

Au secours.

2:47

Alors que les raviolis au jambon cru ils ont une forme parfaite.

2:51

Ils sont petits donc tu peux en prendre plusieurs sur ta fourchette.

2:55

Ils sont bien pliés donc parfois quand ils sont encore un petit peu secs sur les rebords.

2:58

Il ne faut pas qu'ils soient trop cuits.

2:59

Il ne faut pas qu'ils soient trop cuits parce que quand c'est mou et que la farce sort,

3:02

on ne mange pas ceux-là. Alors que quand ils sont bien fermés et bien fermes,

3:06

c'est parfait. Et il n'y a qu'un aliment et il est mixé donc c'est bon.

3:11

Il n'y a pas de morceaux, il n'y a pas d'ajout de trucs,

3:14

de machins non. Laissez-moi avec mon uniformité.

3:18

Du coup tu aimes bien les purées.

3:19

Alors non justement

3:23

Voilà mesdames et messieurs et tutti quanti, maintenantvous avez compris ce qu'est la richesse de l'autisme. l'autisme.

3:31

Voilà, c'est à dire que les purées je n'aime pas ça.

3:34

Si elles sont écrasées, il y a des morceaux, je n'aime pas.

3:39

Mais quand elles sont trop lisses, c'est trop lisse,

3:41

je n'aime pas.

3:42

Donc il faut un moit-moit.

3:44

Mais non, non plus. Mettez-moi l'ingrédient en entier et je me débrouille avec ça.

3:49

Vous me le transformez histoire que je vois ce que c'est.

3:53

Parce que quand je mange une pizza, j'ai envie de pizza.

3:57

Quand je mange une purée trop lisse, j'ai peur qu'il y ait un morceau dedans.

4:01

Quand je mange une purée écrasée, j'aime pas qu'il y ait des morceaux dedans,

4:07

donc je n'aime pas les purées, et je n'aime pas la texture.

4:12

Même avec la seule façon où je peux en manger, c'est quand je mange de la viande avec,

4:16

comme ça je mets...

4:17

Il y a déjà des morceaux différents.

4:18

Il y a déjà des morceaux différents. Donc je mets ma purée sur la viande comme ça je sais que s'il y a un morceau ça ne me

4:24

choquera pas.

4:24

C'est vrai que quand il y a un morceau dans une purée très lisse c'est extrêmement affreux.

4:30

C'est affreux, on a des vrais problèmes. Mais je peux ne pas finir ma purée uniquement parce que j'aime pas manger comme ça. ça.

4:38

Ah oui alors que moi je vais me forcer.

4:40

Je gâche pas. En général j'essaie quand même de me forcer à manger.

4:43

Mais c'est dur. Je peux passer beaucoup plus de temps.

4:47

Et généralement je mange en premier des choses que je n'aime pas.

4:50

Là pour le coup c'est compliqué.

4:51

Moi aussi en premier.

4:52

Et ça, ça choque tout le monde.

4:53

Bah oui parce qu'ils disent que c'est pas possible.

4:55

Du coup si quelqu'un te vole le truc c'est le meilleur truc.

4:57

Mais personne me vole mon truc. Personne ne me vole mon assiette.

5:00

Sinon je mors, je tape, je fais un truc, je sors un taser.

5:04

Moi j'ai une façon spécifique de manger le pain.

5:08

Oui, moi aussi. Alors attention, est-ce que tu commences par la partie en dessous qui est un peu

5:13

trop grillée ? Ensuite tu manges les rebords un peu blancs ?Après

5:16

tu manges la croûte croustillante ?

5:18

Et tu finis par la mie. Oui !

5:21

On va se serrer la main.

5:22

Vous voyez pas mais là on est vraiment.

5:23

Voilà comment les autistes mangent le pain. Est-ce que tu aimes le pain de mie?

5:29

Alors ça dépend lequel.

5:30

Le pain de mie sans croûte.

5:31

Alors sans croûte ça va. Mais en vrai je trouve que ça n'a pas très bon goût.

5:36

Non ça n'a pas bon goût. Et la texture me dérange.

5:39

Mais le vrai pain de mie japonais c'est presque comme une brioche.

5:43

Et ça c'est bon.

5:45

Ça c'est pas mal. Mais j'aime bien, ça c'est un truc qui peut surprendre.

5:47

Mais j'aime bien le pain de mie avec des graines.

5:50

Parce qu'on les voit les graines.

5:52

Elles sont entières.

5:53

Et je sais ce que c'est et ça ne me dérange pas. Mais il y a des matières aussi que je ne supporte pas. pas.

5:57

Dieu du ciel, si on part sur les matières on en a pour deux heures de podcast !

6:02

Quand quelqu'un, par exemple, griffe un tableau ça ne me dérange pas,

6:06

mais le sopalin j'ai horreur de ça. Je ne supporte pas toucher du sopalin,

6:12

la texture, la matière, le fait que deux feuilles de sopalin se frottent,

6:16

rien que ça, ça me trigger.

6:18

Le côté un peu alvéolé.

6:20

Oui, sec. Sec, rapeux. Pareil avec les éponges sèches,

6:25

je ne peux pas les toucher.

6:26

Ah oui je vois ce que tu veux dire.

6:27

Quand une éponge est sèche, trop sèche, je ne peux pas.

6:29

Les craies, je ne peux pas. La ceinture de sécurité sur l'horizontale...

6:36

Mais pas sur la tranche.

6:37

Sur la tranche non, c'est parce que c'est parfaitement lisse.

6:40

Non non, je veux dire quand tu vois ta ceinture.

6:42

Le fait de mettre ses doigts dessus !

6:45

Gratter à l'horizontale.

6:46

Ah non non non, ça c'est pas possible.

6:48

Parce que c'est horrible.

6:48

Ça, ça fait du poil aux dents comme je dis.

6:50

Oui, exactement.

6:51

C'est horrible.

6:52

C'est comme, j'explique cette sensation là, c'est comme si,

6:55

imagine croquer dedans. C'est, voilà. J'ai imaginé l'éponge sèche et croquer dans l'éponge sèche,

7:01

je ne ferais jamais ça.

7:02

Mais il y a des trucs qu'on ne peut pas croquer dedans.

7:04

Genre par exemple, une fourchette dans une assiette.

7:10

En effet, oui.

7:13

On est en train de se faire des triggers mutuels,

7:15

c'est horrible.

7:17

Mais oui, il y a des matières, il y a des textures,

7:19

il y a des aliments, il y a des odeurs aussi.

7:21

Ah oui.

7:22

Les odeurs, l'essence...

7:23

Sephora.

7:23

Je ne comprends pas.

7:24

Ah non, l'essence, c'est un enfer.

7:25

Ah non, l'essence, c'est horrible. L'essence, le blanco,

7:27

tout ça, les odeurs que les gens adorent, je déteste.

7:30

Toutes les odeurs chimiques, la peinture chimique.

7:33

L'aquarelle, c'est bien.

7:34

Alors par curiosité je vais quand même sentir mais je ne vais pas passer un bon moment.

7:37

Mais ça c'est la curiosité aussi qui est problématique.

7:41

Mais après passer devant un Sephora par exemple,

7:43

mettre du parfum.

7:44

Impossible.

7:46

Le seul truc c'est de pouvoir avoir un parfum qui a...

7:49

Justement j'ai découvert une marque, malheureusement c'est une marque très chère,

7:53

c'est Serge Lutens, mais c'est une marque où justement ils vendent ça encore dans les flacons de parfum à l'ancienne avec

7:59

le petit réceptacle, le petit bouchon en verre. Il n'y a pas de pchit en fait,

8:05

c'est un bouchon en verre et on retourne le flacon et ça met un petit peu de parfum sur le bouchon et on peut se le mettre

8:12

un petit peu sur soi, sur la peau.

8:14

Tu t'imbibes.

8:14

Mais très peu. Et en fait, cette odeur là, comme c'est des parfums avec des fragrances naturelles et qui sont beaucoup moins

8:22

fortes, j'ai réussi à trouver. Oui Muta ? C'est mon chat.

8:26

Il a envie de participer aujourd'hui. Il a beaucoup de choses à dire sur l'autisme comme c'est un

8:31

homme, c'est un chat mâle.

8:34

Il rentrerait dans le sujet. Il rentrerait totalement dans le sujet.

8:36

Mais c'est possible qu'il soit autiste ce chat. Mais en tout cas c'est vrai que toutes ces odeurs

8:42

là, il peut y avoir des odeurs très violentes.

8:45

Moi les parfums j'ai pas de problème, parce que j'ai pas de problème avec le mien.

8:49

Oui voilà avec le mien ça va.

8:50

Le mien ça va, parce que c'est le mien, c'est mon odeur.

8:52

Et je l'ai trouvé pour qu'il soit comme moi même.

8:54

Voilà. Et d'autres odeurs, le parfum de ma mère par exemple moi j'adore.

8:59

La mienne c'est trop compliqué parce qu'elle met Shalimar et c'est avec de l'ambre.

9:04

Hyper fort ça c'est dur. Ma mère avait un parfum très réconfortant,

9:12

alors que celui de mes petites soeurs je supporte pas.

9:14

Quand j'ouvre le placard de la salle de bain, il y a tous leurs parfums dissimulés,

9:19

je me prends une bouffée à chaque fois que je l'ouvre.

9:21

De laque, de parfum, de tous les produits cosmétiques qu'elles ont.

9:26

Je déteste.

9:28

C'est sûr que les cosmétiques, les shampoings, j'ai cherché des choses où les odeurs ne m'agressent pas. pas.

9:34

J'allais illustrer l'odeur, je sais pas si tu vas comprendre ma vision de la chose mais une odeur

9:39

claire, une odeur aiguë.

9:41

Oui, genre des fleurs très fortes par exemple.

9:45

Des odeurs fraîches et aiguës. J'insiste sur le fait,

9:48

la tonalité pour moi.

9:49

Je vois bien, aiguë c'est un petit peu comme les pchit de chiottes.

9:52

Oui, exactement. C'est exactement ça, ça c'est des odeurs aiguës.

9:57

Ah là là, mon Dieu. Je ne sais pas si vous voyez aiguë,

9:59

mais on est vraiment sur une fragrance qui agresse.

10:03

Ça pique.

10:04

Voilà. Quelque chose qui tape un peu le nez, qui pique presque les yeux.

10:06

Comme une note très aiguë qui pourrait faire mal aux oreilles,

10:10

en fait. Mais naturellement, on va associer ça avec la sonorité,

10:15

en fait.

10:16

C'est vrai que ça, c'est aussi une caractéristique de l'autisme,

10:18

c'est de faire des associations intersens.

10:22

Pour comprendre. Pour les interpréter et les comprendre.

10:24

Oui, parce que c'est trop complexe, la vie.

10:26

Oui, mais voilà, bienvenue dans notre monde. On a des odeurs aigües,

10:30

des matières qu'on n'aime pas, des parfois très spécifiques,

10:33

comme l'horizontale de la ceinture. C'est impossible.

10:37

Oui, mais on arrive à vivre quand même.

10:39

On arrive à vivre.

10:39

Et du coup, c'est quoi les moments pour toi où c'est le plus difficile?

10:43

Encore aujourd'hui.

10:45

Alors encore aujourd'hui, ça va être à m'adapter aux grandes foules.

10:49

Impossible. Impossible quand il y a trop de monde et trop de bruit.

10:52

Et ça va dépendre du contexte et de mon envie. Quand j'ai pas envie d'aller dans,

10:57

en fait quand je veux aller quelque part et qu'il y a malgré moi trop de monde je vais être très

11:04

irritable. Parfois désagréable. Malgré moi.

11:08

Mais c'est une sorte de colère qui masque l'intensité émotionnelle.

11:12

Exactement. A la fête de la musique par exemple,

11:14

je cherchais un restaurant avec mon père et mes soeurs,

11:17

et il y avait énormément de monde. Et ça m'énervait,

11:21

tout ce monde et tout ce bruit, parce que nous on voulait juste être tranquillement à manger un

11:26

steak. Donc c'était assez dur. Mais c'est pas une grande difficulté.

11:31

Je peux aussi ne pas savoir comment aborder des conversations.

11:34

Ne pas savoir comment les maintenir quand je ne suis pas à l'aise.

11:38

Là ça va, je suis à l'aise donc j'y arrive bien.

11:41

Mais quand c'est quelqu'un que je ne connais pas beaucoup ou que je viens de rencontrer...

11:47

Est-ce qu'on va parler du bon sujet? Est-ce que la personne va être intéressée ?

11:50

Est-ce que je ne vais pas paraître bizarre? Est-ce que je ne vais pas avoir l'impression d'être un

11:54

chatGPT quand je parle? C'est un truc des fois quand j'écris par message à des gens que je

11:58

rencontre, je leur dis "pardon si je parle comme chatGPT,

12:01

je ne suis pas à l'aise comme ça par message". Je ne sais pas comment m'exprimer,

12:05

je suis obligé de faire des phrases un peu robotiques.

12:08

Parce que je n'aime pas le langage SMS non plus.

12:11

Donc c'est pas logique, c'est pas bien formé et ça m'énerve.

12:16

Mais je vais pas savoir comment aborder, faire de nouvelles rencontres.

12:20

Moi j'utilise beaucoup de smileys du coup.

12:21

Oui aussi énormément. Quasiment à tous mes messages.

12:24

Ouais pareil. Parce que sinon je me dis mais en fait elle est horrible ma phrase.

12:27

Pour être sûr que ça soit bien compris, que comment je ressens la chose,

12:31

j'utilise toujours tel smiley pour telle situation,

12:34

pour pas paraître froid. Et ça me met mal à l'aise de ne pas en utiliser.

12:37

Quand j'en utilise pas pendant un message, je vais en mettre 12 pour les messages d'après.

12:43

Les mails du coup t'es obligé d'être plus formel.

12:45

Oui. Ça me dérange moins par mail parce que par mail pour moi je l'ai associé à ce côté formel.

12:49

Même quand je parle avec quelqu'un que je connais,

12:51

je me sens obligé d'être formel par mail, c'est bizarre.

12:54

Si toi tu m'envoies un mail, je te répondrais formellement.

12:56

Cordialement.

12:57

Vraiment je te dirais "cordialement Dushan". Avec mon nom de famille.

13:01

"Bonjour Delphine"... Je serais très cordial. Par message t'aurais reçu un "ok" c'est tout.

13:07

Smiley !

13:08

"Ok smiley". Parce que là, un ok, un OK sec c'est détestable.

13:12

Horrible à recevoir. Et quand on l'envoie, on fait volontairement ça pour montrer qu'on n'est pas content. content.

13:18

Ou alors on l'a fait, mais pas exprès. Et le message d'après,

13:20

c'est... "Hiiii". Petit spoiler.

13:24

Oui voilà tu mets un smiley. Après, quand tu oublies d'en mettre un,

13:25

tu en mets un ou deux après. Il faut rattraper absolument ça.

13:28

Je crois que tu l'as fait hier quand on discutait.

13:30

J'ai dû le faire aussi.

13:32

Je plaide coupable.

13:35

Je comprends parfaitement.

13:37

Et du coup, oui, ça fait beaucoup de stratégies que tu as trouvé pour t'adapter.

13:40

Exactement, t'es obligé de... En plus moi je l'ai découvert très tard.

13:45

J'ai toujours dû faire avec et à essayer de m'adapter.

13:49

Donc aujourd'hui j'ai une adaptabilité facile dans certains contextes,

13:56

mais une adaptabilité générale compliquée. C'est à dire que quand c'est individuel ça va pas me poser de problème et je

14:05

vais me comporter un peu comme la personne se comporte.

14:08

En caméléon.

14:09

Je vais faire le caméléon constamment. Quand c'est dans des grands groupes,

14:14

j'ai constamment peur d'être moi-même.

14:17

Mais c'est fou ce que tu dis.

14:18

Ce qui est très dur aussi, c'est que peu importe la journée que je vais passer,

14:23

quand je vais rentrer chez moi, je vais me dire que j'ai été odieux toute la journée.

14:28

C'est horrible, parce que c'est faux. Les gens m'ont pas fait une seule remarque.

14:33

Les gens, on a rigolé ensemble, on a fait des vannes.

14:36

Parce que les gens dans mon entourage m'aiment tel que je suis.

14:39

Mais quand je vais rentrer chez moi, je vais me dire "à un moment j'ai dit cette phrase là",

14:43

et la personne a réagi de telle façon, donc ça veut dire qu'elle va y penser énormément,

14:48

elle me déteste, c'est foutu, je sors plus jamais,

14:50

calme-toi, tu ressors demain si tu veux, il n'y a pas de soucis,

14:55

personne ne se souvient de ce que tu as dit à ce moment là,

14:58

ou si toi tu as été mal à l'aise de prononcer cette phrase là personne n'a peut-être pas forcément été mal à l'aise de la

15:04

recevoir. Parce que tu interprètes tout, tout est surinterprété.

15:09

Faudrait qu'on arrive à s'excuser envers nous même.

15:12

Non parce que j'essaie déjà de ne plus m'excuser d'exister auprès des gens.

15:15

Donc s'excuser auprès de moi même...

15:18

D'avoir été trop dur.

15:19

Ouais, bah..

15:20

Ou alors de s'accepter et de se dire peut-être en fait...

15:25

Oui mais dans ce cas t'excuses pas. Parce que t'excuses pas de t'accepter.

15:28

T'as pas à t'excuser de t'accepter. Oui, et tu as complètement raison petite créature.

15:32

Oui et Muta est totalement d'accord avec ce point,

15:35

il ne s'excusera pas de vouloir ses croquettes.

15:39

Oh là là, petit coeur !

15:41

Mais il nous donne l'impression qu'il n'a pas mangé depuis 2012 alors qu'il a mangé il y a une

15:45

heure. Voilà. Mais c'est le chat.

15:48

Et il part bouder ailleurs. Il roule des fesses, il montre son mécontentement.

15:53

Tout à fait. C'est l'autisme dans sa grandeur.

15:58

Mais ça va aussi amplifier plein de petites choses.

16:03

Par exemple, les cerveaux nocturnes qui vont être bien plus créatifs ou productifs de nuit,

16:08

ce qui est mon cas. Quand tu es atteint d'autisme comme ça,

16:13

tu ne dors plus. Ce qui fait que quand je me dis à 2h du matin,

16:18

"bon allez, je vais me coucher", 2h10 j'ai un pic d'énergie d'idées et d'envie d'écrire d'un coup,

16:25

tout me vient. Et j'ai deux décisions : soit je sacrifie ma nuit pour écrire et donc je sacrifie ma journée de demain parce

16:33

que je la passerai à rattraper mon sommeil, soit je dors et dans ce cas je prends le risque d'oublier mon idée ou de pas

16:38

avoir la motivation pour la mettre en place demain.

16:41

Et ça mène à aussi autre chose que je voulais dire.

16:45

Quand on a des plans dans la journée, on a un plan par jour.

16:49

On peut pas en mettre deux.

16:51

Quand j'ai eu ma journée concert-casting, j'étais très angoissé parce que c'était la première fois

17:00

que je faisais ça. Et j'étais à deux doigts d'annuler le casting,

17:04

parce que je ne pouvais pas mettre les deux en même temps.

17:06

Alors que j'avais facilement deux heures et demie entre les deux.

17:09

Et que j'avais le temps.

17:10

Oui, mais on ne sait jamais.

17:11

Mais on ne sait jamais. Ce qui fait que...

17:13

Et ça fatigue beaucoup plus en plus. Est-ce que je vais avoir encore de l'énergie pour être au top de mon énergie pour le

17:18

deuxième plan?

17:19

Exactement. Typiquement, aujourd'hui, on a ça. Je n'ai consacré que ça.

17:24

Et si quelqu'un ce soir me propose « Viens, on fait ceci »,

17:26

je vais dire « Non! » J'ai déjà eu quelque chose ou j'ai déjà quelque chose,

17:29

je ne peux pas faire autre chose. Demain, je sors boire un verre avec des amis,

17:34

même boire un verre, à une certaine heure, c'est-à-dire que tout le reste de la journée,

17:38

j'ai le temps, mais je veux consacrer ma journée à ma préparation psychologique à,

17:42

ce soir, je vais avoir ça. Donc, je ne peux pas mettre autre chose vendredi parce que j'ai déjà quelque chose de prévu le soir. soir.

17:49

De toute manière, on gère en fonction de ses énergies.

17:53

C'est ça qui est hyper important.

17:54

Et si jamais il y a l'odeur... "L'odeur", bien sûr,

17:58

encore une fois, les odeurs ! Si jamais il y a l'horreur qu'un plan ne se passe pas comme prévu ou qu'il y ait un aléa qui

18:05

se profile en plein milieu de ton truc, c'est mort.

18:08

Ça va être très très dur de se remettre. Et c'est ce dont je parlais tout à l'heure,

18:08

si j'ai pas prévu de voir quelqu'un, je ne veux pas voir cette personne.

18:08

D'où le fait que je ne viendrai jamais vers quelqu'un que je reconnais dans la rue.

18:08

Parce que je n'ai pas prévu de voir cette personne.

18:08

Donc cette personne n'a rien à faire dans mon quotidien de ma journée.

18:08

Non mais c'est ma logique.

18:36

Oui bien sûr. Cause à effet.

18:39

Exactement.

18:39

Mais est-ce que tu as vu des changements dans ta façon d'appréhender le monde et ton quotidien entre avant le diagnostic

18:39

et après le diagnostic?

18:41

Je relativise beaucoup plus. Déjà je suis bien plus rassuré.

18:44

Je ne me dis plus que c'est moi qui suis bizarre.

18:48

Pour moi c'est tous les autres qui sont bizarres.

18:51

Mais non, plus sérieusement... C'est pas bizarre c'est juste différent.

18:56

Donc déjà j'ai relativisé par rapport à ça et j'ai fini par m'accepter.

18:59

Ensuite je me pose beaucoup moins de questions, ou en tout cas quand je me pose des questions je sais pourquoi je me les

19:06

pose. Et il n'y a pas de mystère de "qu'est-ce que j'ai",

19:09

"pourquoi je suis comme ça", "pourquoi je suis bizarre",

19:11

"pourquoi je ne suis pas comme tout le monde". Non non c'est bon,

19:13

on se pose. Là t'as cette réaction qui est compliquée à gérer,

19:16

pourquoi t'arrives pas à la gérer. Mais tu sais pourquoi,

19:19

tu sais dans quel cadre. Et maintenant c'est à toi de trouver la piste de pourquoi t'arrives pas à

19:25

la gérer, comment tu pourrais mieux la gérer. Mais si t'as pas la matière initiale,

19:29

tu peux pas avoir ces conclusions. C'est pour ça que c'est très important d'avoir toujours la piste

19:34

de ce qu'on a. Il y a des gens qui s'en fichent et franchement bravo à vous.

19:38

Mais en ce qui me concerne, je ne peux pas ne pas savoir.

19:42

Parce que depuis tout petit je sais que j'ai un truc.

19:45

Oui c'est ça. Et puis du coup ça fait une sorte de,

19:47

enfin un soulagement, de se dire...

19:50

Ah c'est que ça.

19:53

En fait c'était pas du bluff.

19:55

Déjà c'était pas du bluff, et en plus de ça je me suis dit "c'est bon,

20:00

c'est que ça, je suis pas un psychopathe, je suis pas un fou malade qui va se faire interner,

20:04

je suis pas schizophrène, j'ai pas 12 personnes dans ma tête".

20:10

C'est bon, je suis autiste, comme plein de gens.

20:14

Comme plein de gens super d'ailleurs. C'est juste quelque chose de différent.

20:19

Exactement, c'est un fonctionnement différent, comme tous les troubles.

20:23

Mais en tout cas, comme celui-là, c'est le mien.

20:25

J'ai compris que je n'étais pas bizarre, mais que j'étais différent.

20:29

J'ai des bizarreries et j'en suis fier. Mais à l'époque,

20:33

je l'ai caché. Aujourd'hui, si tu ne m'acceptes pas comme je suis,

20:36

ce n'est pas moi le problème.

20:37

Et justement, ton entourage, comment il le perçoit,

20:40

ton trouble?

20:41

Ma mère, sa première réaction m'a beaucoup fait rire.

20:44

Elle m'a dit, "ça explique beaucoup de choses". Et moi ça m'a fait rire parce qu'avec ma mère on s'est mutuellement analysé

20:51

avec les jours qui ont suivi. Et j'ai conclu la chose suivante,

20:56

c'est que ma mère l'est également.

20:57

Ah oui d'accord.

20:59

Parce que j'ai appris après que c'était héréditaire.

21:03

Je ne le savais pas en fait.

21:03

Oui c'est vrai on a oublié de le préciser.

21:05

C'est héréditaire et je suis aujourd'hui persuadé.

21:08

Sans faire leur diagnostic à leur place ou à la place d'un professionnel,

21:11

mais je suis persuadé que mes deux parents sont atteints d'autisme,

21:14

et d'autismes différents.

21:16

Oui c'est ça, c'est pas forcément les mêmes.

21:16

Ma mère est exactement comme moi. Sur beaucoup de sujets on a une manière de fonctionner qui est

21:23

très très similaire, c'est pour ça que je me permets de dire que ma mère l'est très probablement.

21:28

Parce qu'elle n'est pas choquée de l'apprendre. Quand je lui ai dit "maman je pense que tu l'es,

21:33

tu devrais peut-être consulter", elle me dit "ça m'étonnerait pas du tout".

21:37

Et on a les mêmes façons de fonctionner. Des fois on s'embête mutuellement.

21:41

Quand je vois qu'elle aligne bien tout sur la table basse,

21:44

la télécommande dans tel sens, à telle place, avec à côté tous les objets qui sont rangés par

21:49

taille et par ordre, et que je lui dis "moi avec mon autisme j'arrive pas à faire telle chose",

21:54

elle me dit "arrête avec tes excuses" et moi juste je bouge un des objets de sa composition,

21:58

elle me regarde et fait "ok je comprends". Et elle remet droit tout parce qu'elle n'est pas

22:04

capable de voir le désordre. Et mon père, et mon père a le côté dont on parlait tout à l'heure,

22:11

beaucoup plus pragmatique, mathématique, logique.

22:15

C'est ce qu'il me dit. Mon père par exemple ne comprend pas ma sensibilité.

22:19

Ce qui pourrait être un sacré indice aussi. Il ne comprend pas ma sensibilité.

22:24

Mais ça ne veut pas forcément dire qu'il n'est pas sensible.

22:28

Non non non, il l'est.

22:28

C'est dans la compréhension de l'autre.

22:29

Il ne comprend pas ma sensibilité, ma manière d'exprimer.

22:31

Il l'est à sa façon, ce qui fait qu'on a toujours l'impression quand on lui raconte quelque chose

22:36

qu'il n'en a rien à faire. au fond de lui il est fier.

22:38

Et c'est un truc que moi j'ai du mal à capter avec lui aussi.

22:42

Quand je vais lui raconter ma journée, à lui dire moi j'ai eu un casting,

22:45

j'ai eu un tournage, j'ai eu un truc comme ça, et qu'il me fait "ok".

22:47

Et sans me poser plus de questions. Au début, je peux le prendre un peu mal à me dire « tu t'en

22:55

fout ». Non, non, il ne s'en fout pas, c'est juste qu'il a enregistré l'information,

22:59

il faut lui laisser le temps de process, et dans deux jours,

23:03

il sera content que ça se soit passé. Et pareil dans son quotidien,

23:06

il a besoin que tout soit maîtrisé. Il ne peut pas ne pas contrôler sa vie,

23:13

sa maison, son quotidien. Il a toujours la même routine constamment,

23:18

il n'y a pas un jour où il ne fait pas la même chose.

23:21

C'est pour ça que j'ai des gros doutes sur le sien en tout cas.

23:23

C'est qu'il va se lever à la même heure, faire la même chose,

23:26

prendre la même chose au petit déjeuner, se préparer à la même heure,

23:30

s'habiller à la même heure, faire les choses dans le même ordre,

23:32

quand il rentre il fait les mêmes choses. Tout est constant.

23:36

J'ai des gens dans ma famille qui font ça aussi.

23:38

Et c'est pour ça que je soupçonne qu'il le soit aussi.

23:40

Mais le truc c'est que tu ne peux pas forcer quelqu'un...

23:43

Je ne le forcerai pas et je ne lui en ai pas parlé.

23:45

Je me fais ce petit plaisir moi-même d'analyser mes parents.

23:48

C'est un truc personnel. Ma mère est convaincue de l'être,

23:52

mais tant qu'on n'a pas de réponse d'un professionnel,

23:56

on ne va pas faire de conclusion, c'est un jeu entre nous.

23:58

Et mon père, je garde cette information pour moi,

24:02

parce qu'il n'en fera rien. Je le connais très bien et si j'ose lui émettre l'hypothèse,

24:07

il va me dire "oh pff t'façon".

24:08

Mais par rapport à toi, ton autisme, il l'a bien pris ?

24:12

Il a mis du temps avant de comprendre.

24:14

Après si tu me dis qu'il prend du temps à process.

24:16

Oui voilà, il a mis du temps à process aussi l'information.

24:19

Il m'a dit "ouais mais autisme ça veut dire quoi?"

24:22

Déjà il a posé la question, bravo à lui.

24:26

Oui mais voilà, c'est à dire parce que lui quand on lui dit autiste,

24:29

il s'imagine tous les exemples stéréotypés.

24:31

Évidemment. Et on peut pas le blâmer.

24:33

"Mais t'es pas Rainman." Et je fais "non, mais ça n'a rien à voir,

24:36

il n'y a pas un type d'autiste, il y a ça, ça, ça et moi je suis plus ça".

24:38

Et justement pour revenir sur le jour où on est allé à la fête de la musique,

24:44

il a vu que j'étais en colère, que ça commençait à bouillir à cause du trop de monde et que je me

24:50

bouchais les oreilles. Il m'a pris par les épaules,

24:53

il m'a guidé vers un endroit où il y avait moins de monde lui-même,

24:55

et ça, ça m'a beaucoup touché. C'est un petit geste qui peut sembler parfois normal,

24:59

venant de lui et c'est une attention qui est très touchante pour moi je trouve.

25:05

Je suis d'accord.

25:06

Parce que il aurait pu me dire "arrête de faire ton caprice,

25:10

on va trouver un endroit et puis c'est bon, patiente 5 minutes".

25:12

Non, il a vu que j'allais pas bien, il m'a dirigé vers un autre endroit pour que je puisse

25:18

respirer. Et il m'en a reparlé plus tard. Après, on en a discuté un petit peu.

25:23

Et aujourd'hui, il le conçoit. Avec toujours des difficultés de compréhension,

25:28

mais parce que lui, la psychologie, c'est quelque chose de compliqué.

25:30

Il est enfant unique dans une famille avec un père immigré de l'Europe de l'Est qui a toujours été très... très...

25:36

C'était pas dans les mœurs.

25:38

C'était pas dans les mœurs. C'était en plus qui avait fui le communisme et la guerre,

25:45

qui a perdu beaucoup des membres de sa famille là-bas.

25:47

Donc, lui, c'était on ne montre pas qu'on est faible.

25:50

Montrer ses émotions, c'est montrer une faiblesse.

25:52

Typique, le problème, ce qu'on disait tout à l'heure au début,

25:55

la société patriarcale...

25:57

Oui, mais lui, il avait ses raisons.

26:00

J'ai pas dit qu'il n'y avait pas... Tout à fait, tout à fait,

26:02

tout à fait. Mais effectivement, ça peut poser des soucis après pour les personnes pour pouvoir

26:08

exister en tant que tels.

26:10

Exactement, ce qui fait que mon père n'a jamais été très émotionnel.

26:15

C'est ce qu'il m'a dit. "J'ai pas un cerveau émotionnel ou sentimental,

26:19

j'ai un cerveau pragmatique". C'est-à-dire que lui il faut que les choses soient logiques.

26:24

Si c'est pas logique, on s'en fout.

26:25

La survie.

26:27

Voilà. Et c'est comme ça qu'il fonctionne constamment.

26:29

Et ça ne l'empêche pas d'avoir une sensibilité très forte à sa façon,

26:35

de vivre les choses comme il les entend, comme il les vit.

26:39

Lui il lui faut pas grand chose. Tu lui donnes un beau paysage et de la tranquillité,

26:44

il va être très heureux et très serein. Et lui c'est sa manière d'exprimer la joie.

26:48

Moi c'est un cadre sain.

26:52

Ça s'entend.

26:53

Après avec les choses comme je les imagine, bien rangées,

26:58

bien classifiées. Mais pour finir avec ça, c'est que s'il s'avère que mes deux parents sont

27:03

autistes, sachez que sur 5 enfants je suis celui sur qui c'est tombé.

27:07

Le seul. Et j'ai la place du milieu. Donc c'est pour vous dire à quel point on a décidé de tout me

27:13

donner d'un coup.

27:14

C'est tellement gentil.

27:15

Place du milieu avec 8 ans d'écart et 7 ans d'écart entre les deux générations avant et après moi.

27:20

Et en plus le seul enfant autiste et artiste. Parce qu'il faut tout donner au même.

27:28

C'est vrai qu'il y a beaucoup d'artistes qui sont neuro atypiques,

27:29

c'est vrai. Mais après au niveau de ce qui est hors famille justement,

27:35

dans le milieu artistique ou même auprès de tes amis.

27:38

Au niveau de la façon dont tu dont tu leur as parlé de ça,

27:46

l'inclusion dans le milieu artistique, ce genre de choses ?

27:51

Auprès de mes amis quand je leur ai annoncé, j'ai eu la réaction de mon pote,

27:56

mon meilleur ami, qui était "ok".

27:59

Il s'entendrait bien avec ton père dis donc.

28:01

Lui c'était "ok et ça change quoi de qui tu es par rapport à moi ?".

28:06

Et je lui ai dit "rien", il m'a fait "ok, viens on va manger un kebab".

28:08

D'autres potes qui sont un peu aveugles qui ont fait "ah bon?".

28:13

Pareil, exactement la réaction que mon père aurait pu avoir.

28:18

Et ma meilleure amie qui m'a répondu "bah oui", et ce à quoi j'ai répondu "comment ça?",

28:25

"bah oui mais tu étais le seul pas au courant". Mais mettez moi au courant vous !Dites

28:30

le moi ! Pourquoi c'est à moi de vous annoncer quelque chose que vous saviez déjà,

28:32

que vous ne m'avez pas annoncé. C'est dingue ça !

28:35

C'est pourtant logique, dites-moi, "Dushan tu es peut-être autiste".

28:40

Ce à quoi j'aurais répondu évidemment, "bah non".

28:43

Bah écoute en tout cas t'as eu le florilège des réactions positives par chacun de tes amis.

28:48

Oui. J'ai eu quand même droit au, "ah mais ça se voit pas que t'es autiste".

28:52

Qui est la phrase qui m'énerve le plus probablement parce que il n'y a pas un post-it.

28:58

"Je masque très bien."

28:58

Il n'y a pas un post-it sur ma tronche. Ensuite on peut masquer très bien les choses.

29:02

Moi qui n'ai pas eu le choix comme tu l'as dit, c'était une question de survie.

29:05

Donc je dois masquer pour m'intégrer. Donc c'est obligatoire.

29:10

Et dans le domaine artistique c'est une putain de force je trouve,

29:16

en tout cas mon point de vue.

29:17

Tu me fais mes transitions en fait Dushan.

29:23

C'est une putain de force. Donc ça me permet d'écrire des choses que j'aime,

29:30

que j'ai envie, que j'amplifie. Et j'en suis tellement enthousiaste que ça va extrêmement loin,

29:36

parfois trop. Il faudrait peut-être un petit peu freiner parce que je pars beaucoup trop loin dans

29:41

mes créations.

29:42

Après...

29:42

Parce que j'ai besoin que tout ait une explication.

29:44

Mais après c'est peut-être juste un curseur à régler.

29:48

Oui, ça c'est un truc, un travail qui est à part.

29:52

Pareil, dans mon art principal, qui est le théâtre,

29:57

c'est pour moi une force énorme, parce que quand j'ai commencé le théâtre,

30:02

j'ai commencé aussi tardivement le théâtre, c'est-à-dire qu'à peu près 14-15 ans de ma vie,

30:06

il s'est à peu près rien passé, ou pas des choses super.

30:10

Et les choses ont commencé à aller bien quand j'ai commencé le théâtre.

30:13

Et quand j'ai commencé, je me suis dit « Ok, c'est ça que je veux faire plus tard,

30:16

parce que j'ai enfin le droit de m'exprimer.»

30:18

Et d'apprendre des monologues de 20 minutes.

30:21

Ça c'est un autre détail qui arrivera prochainement probablement.

30:24

mais j'avais, enfin on me disait, "ok comment tu exprimes cette émotion?".

30:30

Et on me demande comment je le fais, et on m'autorise,

30:34

et on m'encourage à le faire. Je me suis dit "mais attends je peux être payé pour ça?",

30:40

"vous me dites que je peux être payé pour ça?".

30:42

Alors on peut être payé.

30:45

C'est pour ça que je dis on peut, parce que pour le moment je ne suis toujours pas payé.

30:47

Mais c'est quand on m'a dit oui tu peux exprimer la colère à ta façon,

30:54

me proposer ta proposition de comment tu exprimes ce personnage là par telle colère,

30:59

par tel désespoir, par telle joie. Moi j'ai été aux anges.

31:04

On m'a autorisé, et c'est obligatoire dans ce genre de milieu de s'exprimer avec ce qu'on a

31:10

vraiment sur le coeur.

31:11

En fait ton genre ne posait plus de problème

31:14

Non absolument pas. Et d'ailleurs j'ai déjà joué des rôles féminins aussi.

31:21

Oui parce qu'en fait c'est jouer un rôle, donc en plus ça n'a même pas d'incidence sur le genre de

31:26

toi-même. C'est juste que tu t'autorises à pouvoir avoir une palette artistique qui est différente.

31:34

Exactement. Moi, je n'ai jamais été fermé à l'idée d'un jour,

31:36

si on me propose un rôle féminin, je vais dire oui.

31:39

Bien sûr.

31:41

L'objectif sera bien sûr de ne pas caricaturer et de faire ça le plus proche possible.

31:45

Mais un jour, ma professeure de théâtre m'a appelé et m'a dit,

31:48

"oui, Dushan, je vais jouer la pièce Huit femmes".

31:51

Donc, une pièce composée de huit femmes.

31:53

Ah bon?

31:54

C'est subtil. Et il manquait une actrice. Et j'étais le seul homme dans le groupe de théâtre en

32:03

question et ma prof m'a appelé, elle m'a dit "bon il nous manque une femme est-ce que tu veux?".

32:07

J'ai dit "non ne m'en dis pas plus évidemment que j'accepte".

32:10

Et je suis rentré dans la salle, j'ai demandé "où est ma robe?".

32:13

Ça a été très vite. Le spectacle était complètement chaotique,

32:16

mais en tout cas l'expérience et l'envie étaient vraiment présentes.

32:19

Et je ne suis pas fermé à l'idée.

32:22

Surtout qu'en plus là pour le coup c'était spécifiquement des femmes pour le rôle puisque Huit Femmes c'est obligatoirement

32:28

entre guillemets des "personnages" féminins. Donc là pour le coup le comédien ou la comédienne qui va jouer le personnage

32:37

va jouer un personnage féminin que ce soit un comédien ou une comédienne.

32:40

Oui, contrairement au personnage de, par exemple,

32:43

Eva Perón.

32:43

Dans ?

32:43

Eh bien Eva Perón. Je ne sais plus si c'est le nom exact de la pièce mais je crois,

32:54

de ce que je crois comprendre, de ce qu'on m'a expliqué,

32:56

il faudrait que je me renseigne un petit peu, c'est des personnages féminins écrits pour des hommes. hommes.

33:01

Un petit peu comme le théâtre ancien.

33:05

Parce que c'est très inspiré de la culture drag queen.

33:08

Donc complètement différent.

33:10

Et en plus de ça c'est caricaturé à mort mais volontairement.

33:14

C'est spécial, il faut apprécier, mais c'est très intéressant à travailler.

33:22

Et c'est pas pour autant qu'une femme ne peut pas jouer ces rôles là.

33:25

Oui parce que pour le coup, le rôle va différer. En fait c'est le rôle qui va être fait pour un cas spécifique et non pas

33:35

comme un rôle qui pourrait être genré au féminin ou au masculin.

33:38

J'ai eu la chance de voir les deux versions, on va dire les deux versions binaires.

33:42

Oui Muta. Tu veux jouer au théâtre, nous avons compris.

33:44

Tu veux expliquer ? Tu veux quel rôle ? Tu veux jouer Hamlet ?

33:49

Mais j'ai eu la chance de voir cette pièce et certaines scènes de cette pièce interprétées par des

33:55

hommes et par des femmes. Deux différentes, deux personnes que je connaissais qui étaient très

34:01

proches de moi. Donc j'ai pu voir deux manières opposées de les jouer.

34:05

Et quand tu les joues en tant que femme, c'est des personnages très forts,

34:12

très caractérisés, qui ont un caractère marqué, trempé,

34:19

parfois un peu flippant. Quand c'est par des hommes,

34:24

il y a ce côté diva extrême. Je ne sais pas si c'est clair.

34:29

Et c'est hyper intéressant à regarder et à travailler.

34:33

Je pense que c'est un petit peu comme la chorégraphie du Boléro de Ravel faite avec des hommes ou

34:40

faite avec des femmes, et du coup ça ne rend pas du tout la même chose,

34:44

même si la chorégraphie en tant que telle est identique.

34:47

Je t'enverrai le nom de la pièce en question.

34:50

Avec grand plaisir. Eh bien, mon cher Dushan, nous arrivons à la fin de notre chemin podcastique.

34:58

Et je te propose, avant de refermer cette grande parenthèse très agréable,

35:04

de, si tu as une phrase, une œuvre, quelque chose qui te parle concernant l'autisme,

35:12

que ce soit en lien ou non avec l'autisme, juste quelque chose qui te parle,

35:15

si tu veux le partager à nos auditeurices.

35:18

Concernant une oeuvre, je ne vais pas aller dans la subtilité de littérature ou d'oeuvres de films,

35:23

moi je vais parler tout simplement de Doctor Who,

35:27

et principalement de l'interprétation du onzième docteur de Matt Smith qui est à mes yeux très beaucoup plus représentatif

35:37

de ce que pourrait être l'autisme ou la neurotypie générale.

35:42

La neuroatypie générale pardon. De par, par exemple,

35:46

le TDAH, le TSA. C'est un personnage qui représente très bien ces deux aspects en étant touchant.

36:22

Il est spécial on va dire, contrairement à Sheldon,

36:25

contrairement à Good Doctor où le personnage est caractérisé par ça justement.

36:31

Alors que là, le personnage du docteur dans Doctor Who est caractérisé par tout le reste et ça c'est un trait de la personnalité

36:38

de cette incarnation du docteur. C'est pour ça que je conseille vivement,

36:41

déjà de regarder Doctor Who en général, c'est une super série,

36:44

très safe place en plus, avec les queers, avec les neuroatypiques,

36:52

avec tout. Tout est super dans cette série, elle est géniale.

36:56

Foncez. Et si vous voulez vous sentir un petit peu représenté en tant qu'autiste,

37:00

regardez Le 11ème Docteur avec Matt Smith.

37:03

C'est une belle reco effectivement maintenant que tu le dis.

37:07

Quand tu le sais, quand tu regardes un petit peu avec cet aspect là et cet oeil là,

37:12

tu le vois tout de suite, tu le vois tout de suite.

37:15

Et une phrase : n'oubliez jamais qu'autiste rime avec artiste.

37:19

Oh là là là là là mais qu'est-ce que tu veux que je rajoute après ça.

37:23

Mais je fais ce qu'on peut.

37:26

Ohlala ! Comédien Dushan !

37:28

Evidemment je flatte le micro.

37:31

Ecoute en tout cas je suis vraiment ravie. Merci beaucoup Dushan.

37:37

Merci à toi.

37:37

C'était un superbe échange, très riche, très intense.

37:41

Et j'espère que ça va pouvoir donner plus d'informations sur l'autisme et spécifiquement l'autisme au masculin à travers

37:50

ton témoignage.

37:50

J'espère aussi, j'espère aussi. Merci beaucoup pour l'invitation et la proposition.

37:54

C'était très très sympa et très intéressant, j'ai adoré.

37:57

Avec grand plaisir.

37:58

Tu m'invites quand tu veux.

37:59

Ah mais toujours, toujours j'espère. Après pas trop d'épisodes,

38:03

parce que sinon ça voudrait dire que tu as beaucoup...

38:06

On va parler d'autres choses !

38:08

Mais avec grand plaisir merci beaucoup Dushan. Merci d'avoir écouté Voix Plurielles.

38:18

Comprendre c'est déjà faire un pas vers l'autre.

38:20

C'était Delphine et à bientôt pour une nouvelle rencontre,

38:23

une autre façon de voir le monde.

38:26

Ce podcast vous a été présenté grâce à la solution de diffusion de podcast Castopod.