Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles. Je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une
même humanité. Aujourd'hui, je reçois Dushan.
Bonjour.
Bonjour Dushan. Et on va parler ensemble de l'autisme masculin,
qui est un autisme tout à fait particulier, puisque la population mondiale est divisée en divers
spectres. Et selon les personnes touchées, il semblerait que ce soit différent.
En effet, oui.
Du coup, je te propose, mon cher Dushan, de faire connaissance avec toi et que tu puisses nous présenter un petit peu qui tu es. tu es. es.
Bien sûr, bien sûr. Alors, bonjour, bonjour tout le monde.
Je m'appelle Dushan et j'ai découvert mon autisme il y a assez peu de temps.
Il y a à peine quelques années, un an et demi, deux ans maintenant,
à peine que j'ai découvert que j'étais autiste. Et j'ai un autisme,
trouble du spectre autistique, sans déficience intellectuelle,
si je ne dis pas de bêtises exactes, parce que je n'ai pas tous les termes non plus.
Et voilà j'ai découvert ça à la première séance avec ma psychologue lorsque je l'ai vue.
Donc au fur et à mesure on a amplifié un petit peu cette hypothèse,
on est allé un peu plus, on a creusé un petit peu plus loin,
et aujourd'hui maintenant je vis avec. J'ai toujours vécu avec,
mais maintenant je suis conscient de vivre avec.
C'est vrai qu'il y a une grosse différence entre vivre avec et être conscient de vivre avec.
Quand tu n'es pas conscient tu t'adaptes comme tu peux sans être forcément au courant de «
qu'est-ce que je suis différent? Est-ce que j'ai juste des bizarreries?
» Mais en fait, il y a une explication pour à peu près tout.
Et quand tu t'en rends compte, c'est bien plus simple parce que tu es capable de chercher et de trouver tes outils beaucoup
plus facilement pour vivre après ça, avec ça.
C'est vrai. Et justement, on va pouvoir en parler ensemble.
Justement, concernant ce trouble, puisque le TSA,
le trouble du spectre autistique, c'est un trouble.
Je te propose qu'on essaye de vulgariser ça un petit peu pour nos auditeurices qui nous écoutent,
de manière à pouvoir leur présenter déjà l'autisme en tant que tel.
Et puis aussi les spécificités d'être un homme, entre guillemets,
que ce soit biologiquement ou sociétalement. Parce que du coup,
c'est un peu des deux. Et c'est surtout le deuxième.
Bien sûr, oui, évidemment.
Alors, moi, écoute, je m'étais un petit peu renseignée.
Et c'est vrai que souvent, j'ai vu que concernant l'autisme masculin on a beaucoup de mots qui viennent comme l'autisme "visible",
l'autisme "typique" avec des guillemets, c'est à dire c'est un petit peu le stéréotype de l'autisme. l'autisme.
Oui, je suis totalement d'accord. Il y a les exemples dans la pop culture qui ne sont pas des exemples représentatifs de
ce que représente la majorité des autistes. On n'est pas tous comme dans Rain Man ou Good Doctor ou Sheldon dans Big Bang
Theory même si j'aime bien ses œuvres. Mais il ne faut pas s'appuyer sur ça pour se représenter
l'autisme masculin. En tout cas dans ces œuvres, on n'est pas du tout comme ça,
quand une boîte d'allumettes tombe par terre, je ramasse ses allumettes mais je ne passe pas 3 heures à les compter pour
savoir combien il y en avait. Donc il y a ces stéréotypes là et c'est beaucoup plus simple.
C'est-à-dire qu'en tout cas, chez les hommes, c'est un des nombreux avantages d'être né homme,
c'est que ça se décèle plus facilement parce qu'on va apprendre à ne pas trop montrer ses émotions,
être plus renfermé, il faut être viril, il faut être dur,
il faut être solide. Soyez vous-même et puis laissez-vous exprimer par tout simplement votre
sensibilité, elle est personnelle et chez l'autisme,
elle s'amplifie. D'une certaine manière, on a une sensibilité bien plus grande.
On est touché par beaucoup de choses qui ne devraient pas nous toucher à ce point à certains
moments. Tout ce qui va être aussi des hyperfixations,
que ce soit des hyperfixations alimentaires, sur des personnages dans des livres,
dans des films, etc. Pour des musiques aussi, on peut avoir des attraits un petit peu obsessionnels pour certaines choses
sans que ce soit non plus nuisible pour la vie.
Oui tout à fait, ça c'est comme dans l'autisme féminin.
C'est juste que ça ne va pas être les mêmes intérêts d'un point de vue sociétal,
on n'a pas été éduqué de la même manière, et donc ça ne va pas forcément...
Je dis forcément parce que c'est vrai qu'il peut y avoir tout type d'intérêt,
même dans l'autisme masculin, tout type d'intérêt spécifique.
Mais c'est vrai qu'en moyenne ça va peut-être davantage se montrer par les trains comme Sheldon par
exemple, que quelque chose qui soit peut-être plus sociétalement du type féminin.
Évidemment, c'est surtout que c'est aussi la raison de pourquoi c'est bien plus dur à déceler chez les femmes déjà parce
qu'on n'a pas tous les outils à notre disposition.
Et puis c'est on va dire c'est plus facile entre guillemets à déceler chez un homme,
peut-être parce que ça a été fait comme ça.
Oui, que toutes les études ont été faites sur des hommes.
C'est la difficulté, c'est que on n'a pas assez d'études sur la santé mentale féminine,
qui est bien plus tout aussi complexe que la santé mentale des hommes.
Sauf que, évidemment, toutes les recherches vont d'abord aller vers les hommes et on met la santé mentale des femmes de
côté. On se dit, ah mais non, c'est juste que les femmes sont plus sensibles donc c'est normal.
Pas forcément. Il y a un trouble qui est, à ma connaissance en tout cas,
plus présent chez les femmes, c'est le trouble borderline.
De ce que je sais en tout cas c'est plus présent chez les femmes que chez les hommes,
et on n'a pas mis les ressources nécessaires pour déceler ça chez les femmes justement.
Ce qui fait qu'il y a un espèce de blocage aujourd'hui,
ce que tu me disais aussi, c'est compliqué de se faire diagnostiquer.
Déjà c'est compliqué d'avoir un diagnostic quand on est adulte et selon le trouble ça va aussi
dépendre de ton genre.
Oui tout à fait. Et on ne parle même pas des personnes non-binaires.
Ce qui va être encore plus compliqué.
De toute manière, c'est vrai qu'en termes de diagnostic,
la psychiatrie est encore très genrée, très binaire.
Et du coup, il y a la plupart des études qui sont que sur les hommes.
Et les études historiques, en tout cas, qui ont été faites sur les femmes,
ne sont pas les plus glorieuses. On ne va pas citer Freud,
par exemple, mais disons que ses idées n'étaient peut-être pas les plus progressistes.
Ah bon?
Bizarrement. Bizarrement.
Peut-être que c'était lui aussi qui avait besoin d'avoir une psychothérapie.
Oui, j'ai pas vraiment de doute quand tu me dis ça.
Mais c'est vrai que, pour rappeler quand même les bases de la base,
l'autisme, ce n'est pas une maladie. Ça ne se guérit pas,
entre guillemets. Ça n'empêche ni l'intelligence,
même s'il y a plein de types d'intelligence, ni les émotions,
au contraire. Mais c'est juste un fonctionnement neurologique différent.
Exactement.
C'est-à-dire que ça fait partie des troubles neurodéveloppementaux,
c'est-à-dire qui sont présents dès la naissance au niveau de la configuration du cerveau,
de comment le corps fonctionne de base. Et du coup c'est ce fonctionnement-là qui est important de
comprendre. Que ce soit les autres, pour les gens qui sont atteints de ce trouble.
Ou pour les personnes elles-mêmes, pour mieux se comprendre.
Parce que c'est vrai que ça influence, comme tu le disais,
la communication sociale, la perception sensorielle,
les intérêts spécifiques, on en a parlé, et puis tout ce qui est façon de penser,
de traiter les informations, de pouvoir justement évoluer dans l'environnement.
Mais il y a beaucoup de choses qui sont des mystères complets pour certains cas d'autisme.
Moi, par exemple, je sais que j'ai beaucoup d'incompréhension sur la non-rationalité des gens.
Je ne vais pas comprendre certains caractères, certains comportements,
certaines attitudes, certaines normes avec lesquelles je ne vais pas être à l'aise parce que je ne les comprends pas et
je ne comprends pas pourquoi c'est normal. Par exemple,
le simple fait de ghoster quelqu'un par message,
par exemple, c'est bête, mais je ne comprends pas.
En quoi c'est compliqué de dire à quelqu'un "ah j'ai plus envie de parler" ?
C'est un exemple parmi tant d'autres mais c'est un des exemples qui est le plus commun aujourd'hui
avec les réseaux sociaux. Donc c'est beaucoup plus facile de se faire ghoster par quelqu'un que d'aborder une conversation
et devenir ami avec quelqu'un dans la rue. Donc c'est plein de petites choses,
des incompréhensions générales, de ne pas comprendre certaines émotions.
Moi, ça m'arrive de ne pas ressentir des émotions au même stade que certaines personnes à certains
moments. Par exemple, aux enterrements, je ne suis pas triste parce que je préfère que la personne soit décédée et qu'elle arrête de souffrir. de souffrir. souffrir.
Tu vas rationaliser en fait. Ca va être logique donc ça va t'aider.
C'est ça. Je pleure pas beaucoup pour la disparition de certaines personnes.
La seule raison qui pourrait me faire pleurer, par exemple,
pour la mort d'un proche, c'est "Ah, je le verrai moins",
enfin, "je le verrai plus." Et c'est la seule chose.
Ça, c'est pas parce que cette personne est partie.
Si cette personne avait besoin de partir, la vie a fait que.
Et c'est OK.
En fait, c'est vraiment la logique versus les normes sociales.
Exactement.
Parce que du coup c'est vrai que la disparition de quelqu'un,
si c'est dans la logique des choses, alors l'émotion associée va être très pragmatique.
Mais ça ne veut pas dire que tu ne ressens pas fort,
tu peux ressentir une tristesse intense.
En fait, il y a aussi tout ce masque autistique qu'on a un petit peu tous eu à un moment ou à un
autre dans notre vie. C'est compliqué de montrer ce qu'on ressent parce que c'est compliqué de
comprendre ce qu'on ressent. Je ne sais jamais si je suis content,
pas content... Précisément. Je ne vais jamais être sûr de mes sensations,
de mes ressentis, si je passe un bon moment ou quoi que ce soit,
ça va être difficile de cerner même pour moi-même.
Est-ce que ça pourrait pas être lié, parce que ça en fait j'avais lu un livre justement quand j'ai lu Goupil ou Face de Lou
Lubie sur la cyclothymie et la bipolarité, elle parlait justement des émotions secondaires.
C'est à dire pas forcément juste la joie, la peur,
la colère, mais une colère-joie ou une tristesse-joie.
Et en fait moi je sais que je ressens beaucoup d'émotions complexes et du coup c'est pour ça que des fois j'ai aussi du
mal à identifier. J'ai aussi du mal à identifier justement exactement si je suis contente là ou pas parce que du coup il
y a plus qu'une seule émotion primaire.
C'est exactement ça. C'est exactement ça que je ressens,
tu l'as très bien expliqué.
Alors après peut-être que moi aussi j'ai eu un diagnostic TSA il y a pas très longtemps et que du coup... coup...
Peut-être ! Ca doit pouvoir jouer à mon avis, peut-être que ça aide un petit peu.
Mais après je suis une femme, je me sens femme dans mon genre,
donc j'ai été éduquée avec mes stéréotypes de genre,
et donc du coup ça n'impacte pas du tout de la même manière mon autisme et la façon dont c'est exprimé. exprimé.
Oui bien sûr. En plus ce que tu disais aussi tout à l'heure,
c'est que c'est un spectre, donc il y a une infinité de ressentis.
Il n'y a pas deux autistes qui vont être des copier-coller.
Il y a toujours la subtilité de, moi je ne vais pas avoir de problème,
moi je ne vais pas avoir de problème émotionnel ou de ressentir certaines émotions différemment,
mais par contre je vais avoir un cerveau beaucoup plus mathématique et beaucoup plus logique donc je vais être moins ancré
dans l'irrationnel, l'émotionnel ou la sensibilité.
Ce qui peut donner parfois l'impression que certains autistes sont très antipathiques.
Ce qui n'est pas le cas. C'est surtout qu'ils ne comprennent pas les codes de certaines
sensibilités, ou les émotions ne les ressentent pas de la même façon.
Ils les vivent mais ne sont pas vraiment capables de les ressentir autour d'eux.
Oui et de les exprimer aussi à l'entourage, puisque du coup sociétalement les hommes ont toujours été incités à rentrer leurs
émotions. Et du coup au niveau de l'autisme, il y a beaucoup d'hommes qui vont avoir plutôt une socialisation qui repose
sur les activités, les centres d'insérêts spécifiques,
des cadres très structurés etc. plutôt que sur l'émotionnel.
Enfin en tout cas au niveau de l'autisme masculin du coup.
Oui c'est un peu ça. Mais ce côté antipathique qu'il peut y avoir,
c'est pas du tout aussi un truc sur lequel il faut s'appuyer ou il faut avoir peur.
Parce que il n'y a pas de volonté d'être désagréable entre guillemets.
Si un autiste semble se moquer un petit peu de ce que tu vas lui raconter,
ce n'est pas qu'il s'en moque, c'est qu'il interprète à sa façon l'information qui rentre comme
n'importe qui. Quelqu'un qui va décrocher d'une conversation très rapidement,
quelqu'un qui va être hyper enthousiaste, c'est la même façon de fonctionner.
Chacun vit sa vie sociale d'une manière différente et pour cet autisme là en particulier pareil.
C'est pas, faut pas se sentir vexé ou pas écouté.
C'est juste qu'il écoute à sa façon. Il enregistre l'information sans pour autant montrer,
avoir montré d'intérêt, mais parce que c'est pas,
pour lui c'est pas logique de montrer que ça intéresse,
puisqu'il t'écoute. Et le fait qu'il t'écoute suscite déjà qu'il est intéressé.
Oui c'est ça. Parce qu'en fait les conclusions logiques que tu vas faire dans ton esprit vont être "tes" conclusions logiques
mais vont pas être forcément "les" conclusions normées de la société.
Et les langages de l'amour, (quand je dis amour avec un grand A,
bien sûr ça compte pour l'amitié), enfin les langages relationnels d'intérêt d'une personne envers une autre vont être différents
selon tes propres logiques et les logiques des normes sociales.
Et du coup il peut y avoir cette incompréhension,
alors qu'en fait toi tu vas être très engagé relationnellement parlant avec quelqu'un.
C'est ça. J'ai des amis, amis ami-i, ami-e, qui sont également atteints d'autisme,
mais qui font, qui te montrent l'amour amical d'une autre façon.
Moi j'ai besoin par exemple de montrer que j'aime mes amis donc je vais envoyer des messages,
je vais prendre des nouvelles. Et le lendemain je vais disparaître complètement,
ne pas vraiment donner de nouvelles. Mais ça veut pas forcément dire que je suis plus ami ou que ça
va pas, c'est juste que ma batterie sociale elle est...
Vide.
Ou elle alterne. Je vais avoir des phases où je vais avoir besoin de voir des gens,
besoin de parler, besoin d'exprimer ce que je ressens,
parce que il faut que ça sorte. Et d'autres moments où j'ai rien envie de faire,
j'ai rien envie de dire. Mais c'est pas pour autant que je vais pas apprécier ces personnes là.
Et inversement j'ai des amis à moi qui ne me montrent pas de signes affectifs particuliers,
qui ont des problèmes avec le contact physique par exemple,
ou qui vont pas forcément prendre de nouvelles ou envoyer des messages,
mais j'ai pas besoin qu'ils me prouvent leur amitié parce que je sais que quand on est ensemble et
qu'on se voit, il n'y a rien à prouver.
Oui, c'est une fidélité multiple, entre guillemets.
Parce que je sais que ces personnes-là, si jamais elles ne voulaient plus me parler,
je reçois un message dans deux jours qui me dit "on n'est plus potes,
on ne parlera plus, salut".
Ça a le mérite d'être clair en tout cas.
Ça a le mérite d'être clair.
Et c'est vrai qu'on devrait peut-être s'inspirer justement du fonctionnement autistique pour clarifier les communications entre personnes. entre personnes. personnes.
Exactement.
Beaucoup moins d'hypocrisie.
Ce serait tellement plus simple.
Mais c'est vrai que c'est très complexe parce que,
en plus comme on a dit tout à l'heure, la majorité des études sont faites sur les hommes.
Et donc en fait on va avoir une majorité des diagnostics qui vont être de 3 à 4 hommes autistes
pour une femme, alors qu'en fait il y a peut-être les 3 à 4 hommes autistes qui auront été détectés seront les 3 à 4 hommes
autistes qui rentrent dans les stéréotypes des études sur l'autisme qui ont été faits donc ça.
Donc ça n'inclut pas les hommes qui expriment l'autisme de manière différente parce que comme on a dit ça reste un spectre
donc forcément on n'est pas...
C'est ça, c'est comme si tu avais le spectre entier des couleurs et que tu disais "non mais il n'y
a que le orange".
Alors le orange franchement...
Et le orange... Il y a une infinité de variations,
de teintes de couleurs différentes.
Oui et puis comme on dit, c'est un spectre des couleurs.
C'est à dire que les couleurs se mélangent, se fondent les unes dans les autres il y a plus ou
moins de blanc, plus ou moins de noir.
Il faudrait donc changer la méthode de diagnostic probablement.
Moi j'aime bien imaginer que pour moi ça pourrait se passer plutôt par une forme de test-quiz,
entre guillemets, de manière très vulgaire, je raconte ça de manière très grossière et vulgaire.
Mais un peu comme le test des types MBTI, alors qui n'est pas le truc le plus fiable du monde, mais... mais...
Ouais, dégrossir quoi.
Elargir un petit peu, à montrer avec des échelles différentes.
Parce que tout n'est pas... On ne va pas passer du curseur 0 au curseur 100 d'un coup pour montrer
"il a 100%, il est autiste, il a 87%, on n'est pas sûr".
Non, c'est juste qu'il l'est, mais il est autant que l'autre,
mais à une échelle ou avec un fonctionnement différent.
Il n'y a pas assez de spécialisation dans les praticiens.
Puis autisme, c'est un terme trop large alors que deux autistes ne vont pas fonctionner du tout de
la même façon. Comme je te disais tout à l'heure,
il y a ceux qui ne vont pas exprimer leurs émotions et qui vont être beaucoup plus pragmatiques
avec un cerveau très mathématique, et t'en as d'autres qui vont être bien plus sensibles.
Et c'est pourtant deux façons de fonctionner qui sont complètement opposées,
et pourtant ils ont le même trouble. Donc les tests aujourd'hui qui sont faits pour déceler
l'autisme, c'est principalement autour des autistes le premier exemple que j'avais donné,
le côté plus pragmatique à la Sheldon.
Le plus représentatif, le plus stéréotypé.
Le plus stéréotypé oui exactement. Celui qui va par exemple faire une crise si jamais il n'a pas la marque de pâte qu'il prend
habituellement au marché. Ca m'arrive parfois, mais...
Oui mais c'est parfois, c'est pas juste une personne qui va être tout le temps comme ça.
Parce qu'il y a plein de petits trucs qui vont s'ajouter et qui vont faire que tu es toi.
Et d'ailleurs la plupart du temps c'est l'environnement aussi qui pénalise beaucoup les personnes
autistes, parce que c'est pas un environnement qui les inclut.
Et aujourd'hui je pense que ça pourrait être pas mal d'avoir les neurotypiques qui apprennent davantage à vivre avec les
autistes, parce que c'est un spectre très large,
et en plus comme c'est du neurodéveloppemental, c'est pas une maladie,
c'est juste une façon différente, donc pourquoi on ne nous inclurait pas aussi dans le monde?
Exactement, moi la plus grande difficulté que j'ai eu par rapport à mon autisme et avant même qu'il
soit décelé, c'était ma scolarité. Je n'étais pas du tout adapté au système scolaire.
Tout m'ennuyait et quand je m'ennuie, je ne fais pas d'effort.
Et ça pourrait être aussi un symptôme, mais ce n'est pas le terme exact,
mais un attrait qu'on pourrait retrouver chez les autistes.
C'est si tu n'as aucun intérêt pour certaines choses,
tu ne vas pas donner du tien. Et je n'ai pas fait le moindre effort à l'école,
parce que rien ne m'intéressait. Et au moment où je commençais à être intéressé par certaines
choses, j'avais de bons résultats.
Évidemment.
Quand j'ai découvert la philosophie, c'était la seule matière où je commençais à vraiment être
intéressé, de par la méthode d'apprentissage, les thèmes abordés et la manière dont les cours
étaient faits. Et là j'avais que des bonnes notes parce que je m'intéressais et je m'impliquais.
Et tout le reste, je ne faisais rien parce que je ne comprenais pas l'intérêt d'apprendre des choses qui n'allaient pas
me servir après. Les maths, je savais que j'avais une âme d'artiste,
donc je n'allais pas continuer après ça. L'allemand,
pourquoi j'ai fait ça? C'est une question que je me pose encore aujourd'hui.
J'ai perdu des années de ma vie à apprendre à dire "Schnell",
mais je ne l'utilise que pour faire des vannes.
Ben voilà. En tout cas, si tu arrives à utiliser l'allemand pour l'humour,
tu as tout gagné.
Ah ben bien sûr.
Mais je pense que tu as raison. Et je pense qu'en plus souvent quand c'est un garçon qui est en difficulté scolaire ou en
tout cas qui a l'air de s'en ficher un peu du programme au niveau de l'intérêt etc,
il est souvent plus stigmatisé par les professeurs justement qui vont dire "ouais c'est un peu la
racaille, le rebelle etc", qu'une fille.
Moi j'ai pas eu ça. Moi j'ai plutôt eu ce côté "il a du potentiel,
mais il ne l'exploite pas."
"Il le gâche".
"Il le gâche." "Tu ne fais pas assez d'efforts". "Approfondis le travail à la maison".
Donc moi ma logique encore une fois qui me disait "mais attends j'ai travaillé 8h pourquoi je vais
continuer à la maison?". Et quand je rentre chez moi,
il faut que je retravaille pendant 2h ? Tout simplement non.
J'écris et j'ai pour objectif aussi de faire de la réalisation et de mettre en film ou en série mes propres créations et
mes propres projets. Et ce sont des projets que j'écris depuis l'école,
que j'ai commencé à écrire quand j'étais encore au collège-lycée.
Et aujourd'hui je continue ça parce que c'est quelque chose qui m'anime énormément.
C'est mon objectif, et j'avais déjà cette bille en tête,
je partais déjà bille en tête comme ça, dès que j'avais 14-15 ans.
Ah bah de toute façon, en général, les passions principales d'un autiste,
c'est soit, c'est à fond jusqu'à ce que ça change,
si ça ne, enfin c'est possible que ça ne change jamais.
Oui bien sûr.
Mais c'est sûr que je pense que globalement en plus au niveau masculin il y a beaucoup d'attente sociale sur les hommes dans
cette société qui est encore très patriarcale, avec beaucoup de...
Il faut être cheveux courts, barbe, gros biscoteaux.
Je schématise, mais...
Vous ne me voyez pas, mais cheveux longs, imberbe et tout maigre.
Vraiment, je suis une honte pour cette société patriarcale et j'en suis fier.
Mais tu es un humain, Dushan !
Je suis un humain avant tout. Et c'est ça qui est beau.
Mais c'est vrai que cette attente-là et le fait, alors moi je sais qu'à ma propre échelle,
je me suis beaucoup sentie en décalage permanent.
Mais je pense que, tu confirmeras peut-être, que le décalage permanent en tant que garçon puis homme c'est quelque chose
aussi que tu as expérimenté je suppose.
Oui, parce que je ne correspond pas aux normes qu'on attend,
déjà psychologiquement parlant et même dans mes passions,
dans ce que j'aime, dans ce que je voulais faire.
Je pars dans une filière artistique donc "oh là là il est différent il fait pas médecine" ou "il fait pas de la com" ou
"il fait pas de la finance". Surprise !
Oui mais tu peux jouer un notaire.
Evidemment. Aussi j'ai jamais aimé le foot, que ce soit à regarder,
donc ça m'a très vite exclu des cours de récré quand tout le monde joue au foot.
Moi je voulais jouer à d'autres trucs, je voulais faire,
créer des personnages et les faire exister dans un monde imaginaire.
Enfin voilà c'était mon kiff, en fait j'adorais ça.
Et quand tout le monde jouait au foot, moi j'étais dans mon coin en train d'être dans mes rêves et
dans ma tête. Ou dans mes bouquins parce que je lisais beaucoup encore à ce moment là.
Donc pareil en termes de normes, et il y avait ce décalage justement dont tu parlais,
ce décalage de déjà pas rentrer dans les clous,
que ça se remarque et qu'on te le pointe du doigt.
Ca a été les difficultés principales aussi de mon enfance,
c'était de, "ah il est bizarre", "ah il est différent",
"ah regardez-le"...
Le jugement.
Et pour moi en fait on m'a convaincu que c'était moi qui n'étais pas normal.
Et on m'a fait croire que c'était moi le problème.
Alors qu'en fait, bah...
Il n'y a pas de problème.
Il n'y a aucun problème. Et il ne faut pas hésiter à en parler,
il ne faut pas hésiter à s'interroger aussi sur soi-même.
Pas pour culpabiliser, mais pour savoir pourquoi on pense que je suis différent.
Mieux se connaître.
Voilà apprendre à mieux se connaître. Déjà pour pas mieux réagir parce qu'il n'y a pas de bonne
réaction face au harcèlement, à part en parler. Ca c'est difficile d'en parler et surtout quand on te fait croire que t'es un problème. problème.
Tout à fait.
Quand tu as déjà en plus peur du contact, peur de parler,
moi je sais que j'aime pas ça, parler avec des inconnus.
Quelqu'un va me dire bonjour dans la rue, je vais faire semblant de ne pas avoir entendu.
Et je vais continuer d'avancer. Et en fait, pendant à peu près 100 mètres,
je vais réfléchir à est-ce que je me retourne pour dire bonjour ou pas.
Le débat intérieur.
C'est constant, c'est constant. Si je croise quelqu'un,
je vais faire exprès de l'éviter. Quelqu'un que je connais.
Je vais faire exprès de l'éviter. Pas parce que j'ai pas envie de parler à cette personne.
C'est parce que j'ai horreur d'aborder cette conversation avec quelqu'un.
Et que je l'adore ou que je le déteste je ferai la même chose avec n'importe qui.
C'est la rencontre random.
Voilà, parce que ça ne va pas dans mes plans. Je n'ai pas prévu de voir cette personne aujourd'hui,
donc je ne la verrai pas.
Ce n'est pas possible.
Ce n'est pas possible.
Ce n'est pas logique que cette personne soit là au temps T.
Voilà. Typiquement aussi, la perturbation de plan.
Il faut que tout soit organisé au cordeau, et si jamais il y a une petite perturbation,
la journée est fichue.
La semaine prochaine
C'est une super belle transition que tu es en train de nous faire là Dushan,
parce que la prochaine partie c'est justement sur vivre avec tout ça.
Bah parfait allons-y.
Et justement comment ça se passe au quotidien, les répercussions,
tout ça. Donc là c'est génial, c'est parfait.
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