Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles, je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une
même humanité. Aujourd'hui je reçois Cécilia.
Bonjour !
Et on va parler ensemble de stress post-traumatique.
Oui, un gros mot, un gros mot.
C'est vrai, ça fait un peu bande-annonce de films noirs.
Clairement, même apocalyptique. Mais non, pas du tout.
C'est vrai. C'est juste de l'anxiété et envie de crever,
sinon tout va bien.
C'est ça, en gros c'est ça.
Justement, ma chère Cécilia on a un peu envie de faire connaissance avec toi.
Si tu veux bien te présenter. Qui es-tu ?
Je m'appelle Cécilia, j'ai 25 ans, plutôt 26, notez vos agendas.
Et moi, je travaille dans le cinéma d'animation et je fais aussi de la BD, voilà. voilà.
De manière brillante, vraiment, si jamais...
Adorable, vraiment, merci beaucoup. Donc, c'est ça,
mes activités principales. Et je suis aussi impliquée dans la communauté brésilienne et j'aime beaucoup tout ce qui s'y rapporte, voilà. voilà.
C'est vrai que tu parles couramment portugais, ce qui n'est pas du tout mon cas.
Complètement aléatoire mais voilà. Juste pour dire que je suis une personne qui a des centres d'intérêt bien spécifiques disons donc. disons donc. donc.
Est-ce que ce serait pas un petit lien avec certains autres épisodes ?
Ouuuh teasing... Et donc tu as accepté de venir nous en parler aujourd'hui.
Et je te remercie énormément parce que c'est vrai que,
qui dit stress post-traumatique, dit qu'il y a eu un traumatisme.
Oui tout à fait. Je sais pas si tu veux que j'explique mon traumatisme,
enfin ma réaction, tout ça...
Alors moi je ne force personne à quoi que ce soit.
Donc tu te sens libre durant tout cet entretien à dire exactement ce que tu souhaites dire et ce que tu souhaites partager
à nos auditeurices.
Bien sûr. Bah écoutez, je vais raconter mon expérience avec le stress post-traumatique.
Parce que je pense que c'est bien que les gens soient informés.
Parce que si je fais cet épisode avec toi, c'est un peu aussi pour de la prévention.
Parce que moi c'était vraiment vraiment un très gros mot pour moi,
le stress post-traumatique, c'était un truc. On a tous l'image du soldat qui revient de la guerre,
traumatisé, de ces films un peu sur la guerre du Vietnam,
etc. On fait beaucoup de blagues là-dessus. Et moi,
personnellement, ça me fait rire aussi. Mais c'est vrai que c'est une image qui fait peur et moi,
c'était quelque chose dont je pensais ne jamais pouvoir être atteinte.
Et quand j'ai eu ce diagnostic de stress post-traumatique,
c'est vrai que ça m'a surprise parce que je ne pensais pas du tout que c'était possible pour moi.
Je ne sais pas si ça fait sens. Mais du coup comment c'est arrivé,
je vais faire quelque chose d'assez sobre histoire de ne pas aller dans trop de détails.
Mais il y a un an de ça, ma mère a été diagnostiquée d'un cancer.
Et elle va très bien aujourd'hui d'ailleurs, si vous vous demandez.
Elle a une guérison totale, cancer du sein. Et à l'annonce de cet événement,
j'ai eu une espèce de comment dire, de déphasage un peu si je puis dire,
mais j'ai très bien encaissé le diagnostic de ma mère.
Et en fait, j'ai été absolument solide comme un roc pendant tout son traitement,
c'est-à-dire toute sa chimio, je l'accompagne à l'hôpital.
Vraiment, j'ai été extrêmement solide, très fonctionnelle.
Et en fait, je pense que j'ai fait ce qu'on appelle une décompensation plus tard.
Parce que plus tard, après, j'ai dû partir dans une autre ville pour mes études.
Je n'avais jamais quitté le foyer familial, etc.
Et à cette époque-là, ma mère, elle est déjà beaucoup mieux.
Sauf qu'en arrivant dans la nouvelle ville en question,
là, il s'est passé un phénomène qui est que j'étais dans une angoisse,
mais pas possible, de manière permanente. C'est-à-dire que j'étais,
à la tombée de la nuit, ce qui était un petit peu l'heure à laquelle j'amenais ma mère à l'hôpital,
le moment où je veillais un peu sur elle, j'étais en panique absolue,
je ne pouvais plus fonctionner en tant qu'être humain normal.
Et c'était une anxiété, mais je ne peux même pas décrire le niveau d'anxiété.
J'étais un fantôme, en fait. Ddonc je suivais mes études le jour normalement,
j'allais faire ma formation etc, et le soir quand je rentrais,
je dînais etc, ça se manifestait toujours quand j'étais seule.
Donc en gros quand j'étais entourée à l'école ou avec mes collocs ça se passait très bien.
Mais à partir du moment où j'étais seule, je n'étais plus un être humain.
J'étais que du stress, que de l'angoisse et voilà,
c'est pour raconter brièvement.
En tout cas, merci beaucoup d'avoir partagé ça avec avec nous tous qui écoutons.
C'est un peu lourd, je sais, mais bon.
C'est vrai que c'est toujours très compliqué parce qu'effectivement,
le stress post-traumatique, ça veut dire que c'est après un traumatisme.
J'insiste bien là-dessus parce qu'effectivement,
ça ne dépend ni de la gravité de ce qui s'est passé,
de l'événement, ni de la force, entre guillemets,
de la personne qui le vit. C'est-à-dire que ce stress,
c'est une menace pour la vie. C'est une atteinte à ta santé mentale,
voire physique. Mais il faut bien comprendre que c'est réel pour la personne et que ce qui est raconté comme le traumatisme
initial, peu importe sa gravité et peu importe la force de la personne qui le reçoit,
ça amène ce traumatisme, enfin ça amène ce stress derrière.
Donc il ne faut pas minimiser ce moment là. Surtout qu'il y a des personnes qui ont vécu entre guillemets ce qu'on pourrait
qualifier de trauma et qui n'ont pas en fait, qui ne se reconnaissent pas dans le mot traumatisme parce qu'ils ne l'ont pas
vécu de la même manière. Donc c'est vraiment une question de vécu et il faut respecter le vécu de
la personne.
Ouais tout à fait. D'ailleurs c'est intéressant ce que tu dis,
parce qu'à l'époque où j'ai vécu mon traumatisme,
je l'appelle comme ça mais c'est vrai que j'avais même pas conscience que c'était un traumatisme,
parce que pour moi en fait tout s'est bien passé au moment où ma mère m'a fait l'annonce de son
cancer, où j'ai suivi son traitement etc. En fait à ce moment là,
j'avais absolument pas conscience d'avoir vécu un traumatisme.
Et c'est que plus tard, quand je suis partie dans cette fameuse ville (que je ne nommerai pas mais envers laquelle en plus
j'avais des sentiments assez positifs et j'étais plutôt contente de faire cette formation-là).
Malgré ces conditions que je dirais idéales, c'est là que j'ai fait une décompensation dans le
terme psychiatrique. C'est ça, c'est une décompensation.
Parce que j'étais loin de ma mère. Et j'ai commencé à développer une grosse thanatophobie,
c'est-à-dire que je m'inquiétais tout le temps pour mes proches de manière paralysante et ça me
menait à des TOCs. C'est-à-dire que j'avais beau avoir ma mère au téléphone une heure,
après, l'heure d'après, je me disais, mais si ça se trouve pendant l'heure où je l'ai pas eue,
il lui est arrivé un truc de ouf. C'était que des trucs où ça me développait des TOCs pour éviter qu'il arrive des choses
à ma mère ou à mes proches. Et c'est vrai qu'à ce moment là,
je me posais pas du tout la question de si j'étais atteinte d'un traumatisme.
Je pensais juste que j'étais angoissée, que je vivais mal ma transition dans une autre ville.
Parce que je me disais c'est vrai que j'ai jamais bougé de ma ville initiale.
Je pensais que c'était beaucoup de changements et beaucoup de maladaptations j'ai envie de dire.
Mais non, en fait c'était vraiment comme tu dis le traumatisme.
Et c'est vrai qu'on ne le reconnait pas forcément toujours au moment où on le vit.
Bah parce que du coup c'est quelque chose qui est déjà passé et on est dans l'après.
J'avais lu une phrase que j'avais bien aimée, c'était "le traumatisme ce n'est pas ce qui est
arrivé, c'est ce que le corps en a fait".
C'est assez juste, parce que pour le coup moi ça c'est pas..
Les symptômes, j'en ai eu aucun l'année, la fameuse année.
C'est vraiment un an après que tout a pété. Et c'est vrai que je pense que c'est là où mon corps a décidé de tout lâcher
en mode au secours, appel à l'aide.
Un peu comme si tu t'étais pas permis de lâcher quand ta maman avait besoin de toi.
Oui je pense.
Et que du coup maintenant que ça allait mieux, t'as eu tout le retour de bâton.
Complètement, c'est complètement ça.
Mais c'est quelque chose qui est quand même très important à comprendre,
c'est quelque chose de très réel même si c'est dans la tête.
J'insiste toujours sur ce point là : c'est pas parce que c'est dans la tête que ce n'est pas vrai.
On dirait Dumbledore. Mais c'est vrai que c'est complètement neurobiologique parce qu'on a le cerveau qui reste bloqué en
mode survie. Même quand le danger n'est plus là.
Puisque tu disais que ta maman est guérie aujourd'hui.
Oui tout à fait.
Et en fait dans ton cerveau il y a quand même ce mode survie qui est toujours activé.
Exactement. Et ça c'est le truc le plus handicapant je pense.
Parce que ça provoque une anxiété énorme, c'est à dire un mode survie comme tu dis,
une méfiance. Moi aussi j'avais beaucoup d'agressivité,
de TOCs, que si je ne rentre pas à cette heure-là,
que je ne l'appelle pas à cette heure-là, il y a un truc qui va mal se passer.
Et ça s'étendait en plus à tous mes autres proches,
petit à petit. C'est-à-dire mon partenaire, ma sœur.
En fait, tous ceux qui étaient vraiment très proches de moi,
je commençais à développer cette même thanatophobie envers eux.
Une thanatophobie, je le reprécise, c'est la peur de la mort.
Exactement, la peur de la mort. Et ce qui était paradoxal,
parce qu'avant, je n'avais pas cette peur de la mort.
Et je tiens à préciser que d'ailleurs, je n'ai pas vraiment peur de la mienne,
ce qui est paradoxal. Mais c'est vrai que ma propre mort m'indiffère assez peu assez lourdement
d'ailleurs, mais celle des autres était une préoccupation majeure,
et effectivement physique dans le corps. C'est à dire que je le ressentais physiquement.
J'étais incapable de me consacrer à mes hobbies cette année d'études.
Cette fameuse année, j'étais tous les soirs dans ma chambre,
limite en train de vriller ou à me faire du mal d'une manière ou d'une autre,
ou à saboter mes soirées quoi. En gros c'est ça.
Du coup il y avait beaucoup de ce qu'ils appellent altération émotionnelle,
de la honte, de la culpabilité, toutes ces choses là...
Beaucoup parce qu'en plus c'était, dans mon cas, parce que je sais que tous les traumatismes sont
différents bien sûr, et j'ai été un petit peu informée avant grâce à MeToo,
tous ces mouvements, que les viols etc. pouvaient apporter ce genre de stress post traumatique.
Mais je ne me voyais pas, ni comme un soldat de la guerre,
ni comme une personne ayant subi ce genre de violence.
Donc je me disais c'est un événement qui arrive à beaucoup de gens,
pourquoi en faire des caisses. Je minimisais beaucoup ma douleur.
Mais force est d'avouer que ça a un impact énorme sur le quotidien et le ressenti.
Pardon, je me suis un peu perdue dans la question.
Non, non. C'est tout à fait ça. Et c'est d'ailleurs ça qui est très problématique.
Comme il n'y a pas de valeur de qu'est-ce qui est grave ou pas grave,
puisque c'est complètement indépendant de la gravité,
on va dire objective, d'un événement, puisqu'il peut arriver n'importe quoi.
Je sais pas mais si une personne voit tomber une brique depuis le haut d'un mur et que ça lui tombe
même pas dessus, juste voir tomber une brique et qu'après ça lui fait un stress post-traumatique de peut-être la mort de
mourir écrasé ou je ne sais pas quoi, ça peut exister puisque c'est pas en lien avec l'événement de base. base.
Ouais complètement. Mais tu parlais de culpabilité,
et c'est vrai que pour moi c'était un élément fort parce que,
en fait, ma mère n'a pas choisi d'avoir un cancer,
la pauvre. Et il y avait cette double culpabilité de non seulement elle se sentait mal d'être
malade et de nous imposer. Je mets des très gros guillemets parce que ma mère est une personne qui est très discrète et qui
n'aime pas trop s'imposer. Mais elle n'aimait pas nous imposer,
qu'on l'amène à l'hôpital, tout ça. Elle détestait.
Et moi, j'avais cette énorme culpabilité de, non seulement elle était malade,
mais en plus, j'avais développé une réaction face à cette maladie,
ce qui a été... En fait, je l'ai cachée. A ce jour,
je ne lui ai pas dit... Je lui ai dit que je souffrais de stress post-traumatique,
mais je ne lui ai pas dit pourquoi. Parce que je ne voulais pas qu'elle se sente mal par rapport à
cette annonce. Parce que déjà, la pauvre, elle a eu un cancer.
Si en plus, on lui disait... En plus, ta fille,
maintenant, elle est folle à cause de toi. C'est quelque chose qui n'est pas plaisant,
je pense. Et donc, la culpabilité, dans mon cas,
était forte. Parce que je ne voulais pas que ma mère se sente mal par rapport à ça.
Et donc, je lui ai toujours... A ce jour, elle ne le sait pas.
Elle connait mes problèmes mentaux car elle est psychiatre.
Petite annonce au passage donc j'ai dû lui parler par rapport à mes médicaments etc de tout ça.
Mais je ne lui ai pas parlé du pourquoi.
Après de toute manière ça reste à chacun de savoir ce qu'il ou elle souhaite faire en termes de
communication. Moi personnellement je prône toujours la communication,
mais après c'est ma façon de faire. C'est pas la "bonne" façon,
c'est juste moi. Et en plus de ça, ce que je pense qui est le plus important,
c'est surtout de se dire que chaque chose qui arrive,
que ce soit le cancer de ta maman, que ce soit ce que toi tu vis actuellement,
en fait c'est la faute de personne, c'est juste arrivé.
Et en fait elle n'a pas à se sentir coupable par rapport à toi,
et tu n'as pas à te sentir coupable par rapport à elle.
Parce que c'est deux choses qui sont indépendantes.
Ah mais complètement.
C'est le seul truc que je peux apporter de petite pierre à l'édifice.
Je tiens à dire aux personnes qui souffrent de stress post-traumatique,
ce n'est jamais de votre faute, ni des circonstances quelles qu'elles soient.
J'aimerais que les gens le sachent, il n'y a pas à se sentir honteux ou coupable.
Même si je suis encore sur ce chemin de guérison moi-même.
Mais je tiens à dire qu'il ne faut vraiment pas en avoir honte.
Et c'est vrai que comme tu dis, la communication est la meilleure chose à faire.
Mais effectivement ça dépend des circonstances, ça dépend d'où on en est dans sa vie,
et la relation avec ma mère aussi. Chaque cas est particulier dans tous les cas.
Bien sûr. Et il ne faut pas juger les personnes qui font ce qu'elles peuvent surtout.
Oui, complètement. C'est ça, donc petit à petit.
Et d'ailleurs, est-ce que tu savais, parce que j'ai fait un petit peu mes recherches de chiffres,
j'aime bien faire mes petites recherches de chiffres.
Je me doute.
Et j'ai vu, alors j'ai trouvé ça incroyable, environ 70 % de la population mondiale vivra au moins un événement potentiellement
traumatique. Ça veut dire que si on regarde la gravité entre guillemets des événements,
il y a quand même presque enfin presque les trois quarts de la population qui va vivre un événement qu'on pourra qualifier
de traumatique.
C'est fou.
Mais il n'y a que 5 à 8 % des personnes qui vont développer un stress post-traumatique au cours de
leur vie. Ce qui fait qu'on voit bien qu'il n'y a pas du tout de corrélation entre la gravité de
l'événement. Puisqu'il y en a 70 % des gens qui vont avoir un événement grave dans leur vie et qu'on pourrait qualifier de
traumatique et qui vont avoir ça dans leur vie, mais il n'y a que 5 à 8 % des gens qui vont
développer ça, le stress post-traumatique.
Ah, c'est fou.
Donc, on voit bien que ça n'a rien à voir avec la gravité de l'événement.
C'est fou, j'avais lu 20 % au lieu de 70. Ça fait beaucoup.
C'est dire que la vie humaine est dangereuse.
Oui, clairement.
C'est fou, 70 % à la vache. Mais en même temps, ce n'est pas étonnant.
Tout peut déclencher ce trouble.
Bien sûr, quand on voit le nombre de personnes qui ont subi des viols,
malheureusement, dans la vie, la guerre, les personnes qui sont,
la famine, qui sont SDF, les morts graves d'accidents de la route ou ce genre de choses,
ça fait beaucoup d'événements traumatiques potentiels.
Oh oui oui c'est sûr. Et puis on est tous humains et chacun de nos proches va mourir.
Si on veut reprendre mon cas personnel, en fait c'est une réalisation je pense.
C'est grandir que de se rendre compte que oui chacun de nos proches est inévitablement voué à
mourir. Et chez certains c'est une réalité qui est facilement acceptable,
chez moi ça a développé ça. Mais effectivement c'est de la faute de personne.
Après peut-être que tu es quelqu'un de très, comme on dit,
comme les moines, les dalai-lama. Tu es très proche,
tu as une réflexion spirituelle et philosophique très poussée,
qui fait que du coup chez toi ça a généré ce traumatisme.
C'est drôle que tu parles de ça parce que je suis bouddhiste.
Alors pas bouddhiste tibétain, parce qu'il y a différentes écoles de bouddhisme,
on en parlera peut-être plus tard. Le bouddhisme au contraire,
m'a aidée à surmonter cette perte de la mort, au contraire.
Parce que dans le bouddhisme, comme peut-être certains savent,
il n'y a pas de fin. C'est-à-dire c'est de la réincarnation,
la fin c'est d'être un Bouddha, c'est d'être éveillé,
c'est d'atteindre le Nirvana. Donc au contraire,
ce non-soi et ce cycle de réincarnation m'a aidée personnellement à me dire qu'il n'y avait pas vraiment de début ni de
fin. Je ne sais pas si ça fait sens. Et ça m'a aidée à y réfléchir,
donc à plutôt m'apaiser paradoxalement. C'est drôle je voulais en parler un moment,
mais merci d'avoir lu dans mes pensées.
Alors moi je ne suis pas bouddhiste du coup, mais je lis dans les pensées.
Mais très très occasionnellement.
Bah voilà finalement !
Oh mon dieu. Est-ce que tu savais d'ailleurs ma très chère Cécilia,
que le stress post-traumatique était plus fréquent chez les femmes ?
Ah ça m'étonne pas trop.
J'ai l'impression que c'est très sociétal ça.
Bah oui. Je pense que la plupart des femmes vivent quand même des choses qu'on minimise beaucoup.
Et comme je t'ai dit, moi l'image que j'avais c'était vraiment le soldat revenu de la guerre,
machin. C'est un truc très masculin en fait. Le stress post-traumatique,
dans l'idée qu'on s'en fait. Mais dans la réalité,
je pense que les femmes, de par la nature de personnes opprimées je pense,
ont plus de chances de vivre ce genre de choses.
Et puis la plupart des violences sexuelles sont commises sur des femmes.
Je suis pas très étonnée, je dois dire.
On nous apprend à beaucoup contrôler aussi. Donc finalement toute cette hyper vigilance,
cet hyper contrôle, ça peut être aussi favorisant d'un stress post-traumatique.
Puisque comme tu le décrivais, toi t'as contrôlé pendant un certain temps,
et ensuite t'as fait une décompensation.
Tout à fait je pense que c'est... Je m'y connais pas énormément sur la question,
mais je pense que oui les femmes (car j'en suis une jusqu'à preuve du contraire),
oui on intériorise beaucoup de choses, et on se permet pas forcément d'exprimer toutes les
émotions. On s'apprend à être fortes. Je sais pas ce qu'un homme pourrait dire sur le sujet,
mais j'imagine que pareil, mais j'en sais rien en fait.
Mais je pense que les femmes ont ce poids effectivement,
de peut-être ne pas trop montrer, ne pas trop être une chochotte aussi,
machin... Et puis moi j'avais ce truc que j'étais l'aînée de la famille.
Donc il y avait aussi cette espèce de poids du type "si l'aînée tombe,
tout tombe". C'est un château de cartes. Je pense que j'ai contrôlé ça en grande partie par rapport
à ça, oui, peut-être.
C'est vrai que c'est très complexe comme syndrome.
Je ne sais pas si on dit syndrome ou trouble.
Je pense que c'est trouble, je pense, je ne sais pas.
En fonction du sigle, en français ou en anglais, n'est-ce pas ?
On a TSPT, ça c'est en français.
C'est moche, j'y arrive pas.
J'ai PTSD en tête.
Bah moi aussi. C'est pas bien, c'est un anglicisme,
mais j'ai PTSD vraiment dans la tête. TPSP ça ah non...
C'est très bizarre. Ca fait un peu émission de télévision...
Je trouve ouais. Très étrange. Qui passe à une certaine heure.
C'est pas bien, moi je dis PTSD parce que c'est plus simple,
mais c'est vrai que c'est un anglicisme.
Et du coup, juste pour conclure un peu sur cette partie pédagogique,
le diagnostic est donc bien posé soit par un psychiatre,
soit par un ou une psychologue formée au traumatisme.
Alors tout à fait. J'ai parlé de mon cas, j'en ai parlé à ma mère,
parce qu'à un moment ça devenait invivable. Je commençais à me faire du mal.
C'est pas de l'automutilation, parce que je pense pas que ce terme soit approprié (j'ai très peur
du sang), mais je me mordais. En fait j'essayais d'avoir...
C'est de l'automutilation.
Bon bah ok.
C'est juste que c'est de l'automutilation qui ne reste pas dans le temps,
qui ne fait pas de traces.
Moi je ne supporte pas tout ce qui est tranchant etc.
Mais il fallait que je ressente quelque chose, et là ça commençait à devenir très problématique.
Et même en classe quand on regardait des courts métrages où il y avait un sujet sur la mort,
je devais sortir de la pièce, c'était physique. C'était au mois de décembre 2024,
ça devenait impossible. Donc, en janvier 2025, j'ai contacté grâce à ma mère,
une psychologue spécialisée en TCC, donc thérapie cognitivo-comportementale,
à qui j'ai expliqué tous mes symptômes et qui m'a diagnostiquée de stress post-traumatique.
Et c'est là que j'ai été complètement choc-barre,
disons. Voilà, j'ai été très étonnée parce que, comme j'ai dit plus haut,
je ne pensais pas que ça pouvait être mon cas. Et tout s'expliquait.
En fait, là, c'était une révélation pour moi. Je me suis dit,
ah, mais ça explique tout, c'est fou, c'est fou.
Et donc avec elle, j'ai travaillé par la thérapie cognitivo-comportementale l'exposition.
Donc en fait c'est l'exposition à ma thénatophobie.
Au début c'était aussi simple que de lire le mot "cancer".
Et donc je paniquais, je pleurais, et puis petit à petit,
à force de s'exposer à ces choses dures, on finit par amoindrir la peur et la terreur qu'on
ressent. C'est comme regarder un film d'horreur : la première fois,
on est terrorisé, au bout de la cinquantième fois,
bon, un peu moins. Donc c'est une exposition.
Le corps et l'esprit se rendent compte que le danger pour lequel on est tétanisé et la peur qu'on
génère, ce danger-là, il n'existe pas.
C'est ça, exactement. Grâce à elle, j'ai pu poser un diagnostic sur ça.
Elle m'a diagnostiquée d'anxiété qui était liée à ça et de TOCs.
Comme je disais, si je n'appelais pas à une certaine heure,
si je n'étais pas à la maison à une certaine heure,
je m'imaginais un scénario alors que ça n'avait aucune corrélation.
Les gens vivent leur vie et des fois, ils ne sont pas à la maison à 19h00.
Donc voilà, mais grâce à elle, j'ai pu me débarrasser de ces TOCs et de cette peur envahissante on
va dire. Donc c'est en cours, je dis pas que c'est complètement fini,
parce que c'est en cours.
De toute manière c'est pas linéaire le rétablissement.
Complètement, mais après j'ai dû voir une psychiatre effectivement pour un traitement médicamenteux
qui là est différent.
Oui parce que de toute manière les médicaments ne peuvent être prescrits que par un ou une
psychiatre, puisque c'est eux les médecins entre guillemets du cerveau.
On n'a pas le choix.
C'est ça. Et dans mon cas je faisais n'importe quoi avec des médicaments.
Parce que comme je vous ai dit, ma mère est psychiatre.
Donc elle m'a ordonné des choses qui étaient mal dosées,
parce qu'en fait elle ne connaissait pas la gravité de mes symptômes,
je l'épargnais en fait beaucoup. Sauf qu'on ne peut pas avoir ce genre de relation patient comme ça
avec sa mère. C'est pas possible. Donc j'ai pris le parti de consulter une psychiatre qui n'était
pas elle. Et donc j'ai suivi un traitement, et je suis un traitement médicamenteux à l'heure
actuelle contre dépression, anxiété et qui m'aide aussi pour les TOCs.
C'est un combo, ça fait tout.
Bah de toute manière les TOCs, l'anxiété, c'est assez proche,
c'est assez lié. L'anxiété, les TOCs, le stress post-traumatique,
c'est une sorte de petite île...
Ah ouais ouais, une petite île super sympa ! Il y a beaucoup de comorbidités.
Mais effectivement oui je pense qu'il ne faut pas prendre des médicaments à tire larigot parce que j'ai fait vraiment n'importe quoi
fût un temps.
On ne le dira jamais assez : suivez les recommandations de vos praticiens et praticiennes.
Et surtout communiquez entre vos différents praticiens et praticiennes pour qu'ils puissent connaître vos différents diagnostics
et qu'ensuite ils puissent faire le dosage et faire les choix médicamenteux en conséquence.
Tout à fait, parce que je faisais n'importe quoi et au final ça m'angoissait deux fois plus.
Parce que je prenais des benzodiazépines à mon bon jugement,
ce qui est une très mauvaise idée, parce que du coup ça m'angoissait deux fois plus quand j'étais
en manque. Parce que moi j'en prenais que un quand j'étais un peu angoissée,
sauf que quand votre corps s'habitue, il se déshabitue,
ça vous angoisse deux fois plus, donc c'était n'importe quoi.
Et j'ai réajusté mon traitement aujourd'hui, et j'ai bien fait.
Donc ne vous faites pas n'importe quoi, ne vous automédicamentez pas.
Je sais que c'est tentant, je l'ai fait, je ne recommande pas.
De toute manière oui, c'est très important, mais pour tous les troubles,
toutes les maladies, tout ce qui existe, surtout dans la santé mentale.
En plus, des fois, on a l'impression qu'on est guéri alors qu'en fait,
pas encore. On a juste une stabilité et du coup,
c'est relatif parce que c'est lié aussi aux médicaments.
Donc, il faut surtout bien suivre les prescriptions,
bien suivre la thérapie, bien suivre ces professionnels de santé qui sont là pour nous accompagner
parce qu'en plus, le PTSD, donc le stress post-traumatique,
le PTSD français, le stress post-traumatique, c'est réversible.
Oui, tout à fait.
Comme l'anxiété, d'ailleurs.
Oui, ça, c'est la partie, je dirais, positive de ce trouble.
C'est que c'est quelque chose qui a un avant et un après.
Bon, là, je suis dans le pendant. Donc, je ne peux pas vous dire...
Et c'est déjà un grand pas.
Tout à fait, c'est déjà un grand pas. J'aurais pu rester dans le mauvais présent,
on va dire. Mais là, je suis dans le bon présent,
où je me soigne. Mais... Je ne sais plus, on a bougé avec tout ça !
On disait que c'était réversible.
Oui c'est réversible tout à fait. Donc oui, ma psychiatre me dit que les médicaments ce n'est pas
une solution miracle, et de continuer la TCC. Parce que c'est ça qui,
sur le long terme, va me permettre d'aborder les questions de mort etc,
sans grande peur et sans grande terreur comme c'était le cas avant.
Oui. Bah toute manière, les médicaments, il y a deux catégories de médicaments : les médicaments qui vont agir chimiquement
là où il y a un manque chimique, et les médicaments qui vont agir chimiquement là où il y a un
manque psychologique. Ou en tout cas là où il y a quelque chose à régler qui est de l'ordre
psychologique. Et du coup il y en a où on sera obligé de les prendre tout le temps puisque c'est vraiment un mécanisme physico-chimique qu'il
faut réparer, alors qu'il y en a où ils sont là en béquille le temps qu'on arrive à faire le suivi suffisamment longtemps
pour pouvoir réparer avec la thérapie.
Oui, tout à fait. Mais ça, c'est la bonne nouvelle.
C'est un trouble qui est réversible et qui si bien suivi,
si bien traité, peut nous faire grandir, même en tant que personne.
Parce que c'est une épreuve dure, mais de savoir qu'on peut s'en sortir,
ça fait quand même du bien à la tête. De se dire que ce n'est pas permanent.
Ouais, c'est quand même quelque chose de cool.
En fait, la difficulté, c'est qu'il faut réussir à avoir cette reconnaissance par les professionnels de santé et notre entourage
de, oui, il y a un truc. Oui, c'est arrivé, ce n'est pas à minimiser,
quel que soit le traumatisme qui a engendré ça. Et ensuite,
une fois qu'on a cette reconnaissance, c'est cool.
Enfin, c'est cool. On va pouvoir mettre en place les choses pour pouvoir avancer.
Ce qui est cool, cependant.
Oui, voilà. Mais en tout cas c'était ce "cool" cool dans ce sens là.
Ouais clairement.
La semaine prochaine.
Tu nous disais mais oui du coup au quotidien tout ça tout ça...
Et donc je te propose ma très chère Cécilia de passer un petit peu à comment ça se passe au
quotidien avec ton ami PTSD.
Ce podcast vous a été présenté grâce à la solution de diffusion de podcast Castopod.