La semaine dernière.
Aujourd'hui, je reçois Cécilia.
Bonjour.
Et on va parler ensemble de stress post-traumatique.
Tu nous disais, mais oui, du coup, au quotidien,
tout ça, tout ça. Et donc, je te propose, ma très chère Cécilia,
de passer un petit peu à comment ça se passe au quotidien avec ton ami PTSD.
Ok, au quotidien, alors, au quotidien, je dirais qu'il y a encore des résurgences de mon PTSD,
c'est-à-dire que c'est surtout mes TOCs qui m'handicapent le plus.
Et mon anxiété, donc les deux vont de pair. Ils se serrent la main,
là, bien fort. Et donc, je dirais que quand il y a quelque chose d'inhabituel ou quand quelqu'un ne
répond pas au téléphone, j'ai beaucoup d'anxiété due à mon téléphone justement,
ce que j'essaye de travailler. Je dirais que je peux avoir encore cette montée d'anxiété,
donc je dirais qu'au quotidien, ce qui m'handicape le plus c'est ça.
Et aussi quand je regarde certaines séries ou films.
D'ailleurs pendant l'année où j'ai été très très malade,
je n'ai pas du tout regardé de séries ou de films,
parce que j'étais tétanisée à l'idée même de pouvoir voir une mort impactante à l'écran.
C'était pas du tout le moment de regarder Bambi.
Non absolument pas. C'était vraiment pas le moment le petit re-watching là,
non c'était pas le moment. Mais du coup oui, j'arrive à revivre,
on va dire au quotidien, de manière normale. En regardant des séries,
en faisant toutes ces choses que je faisais avant sans y réfléchir,
mais que maintenant je médite un peu plus. Mais beaucoup moins,
c'est à dire maintenant, je me lance une série sans me poser la question de est-ce que quelqu'un va mourir. mourir.
T'arrives à faire la part des choses entre les personnages fictifs et la vie réelle ?
Tout à fait. Alors qu'avant ça m'aurait mis dans un état pas possible,
là j'ai... Mais j'ai encore quand même des petits pics en mode "ah ça me fait un petit truc" mais c'est pas la crise de
panique où je me roule par terre comme c'était avant quoi.
Donc je dirais que comment ça impacte au quotidien,
c'est que des fois j'y pense parce qu'il y a des choses qui m'y ramènent mais...
Et puis j'y pense quand je prends mes médicaments,
parce que je me rappelle que "ah oui c'est pour ça que je les prends".
Évidemment. C'est vrai que ça c'est très ambivalent la prise d'un médicament.
Des fois, ça te rappelle que en fait tu as ce trouble,
cette maladie.
Exactement. Donc c'est les deux. Les fois où j'y pense c'est ça,
c'est les petits trucs comme ça qui m'y ramènent.
Mais grâce à la TCC j'ai moins de confrontations difficiles par rapport à ça.
Et effectivement quand je prends mes médicaments,
ce qui est paradoxal. Mais sinon au quotidien je dirais que c'est ok.
Il y a juste certaines choses qui peuvent me rendre agressive,
donc ça c'est la partie pas cool, et un peu de tabou je pense du stress post-traumatique.
Parce qu'on parle beaucoup du grand sentiment d'incapacité,
etc., que ça provoque. Mais j'ai aussi, moi, des tendances agressives qui vont se déclencher si je suis dans un environnement
trop stimulant, ce genre de choses, où je vais me sentir en danger,
en fait, où je vais sentir que mes proches sont en danger,
par exemple, et ça va me rendre assez agressive.
Ça, c'est tout à fait normal, puisque, en fait, c'est les deux fonctionnements reptiliens de notre
cerveau, c'est-à-dire le passif ou l'agressif. Donc,
le passif, bon ça saoule un peu parce que les gens ils bougent pas.
Mais on se dit c'est pas très grave, ils sont juste là.
Mais l'agressif on a plus de mal à l'appréhender alors qu'en fait c'est le même schéma,
c'est un schéma de défense : la fuite ou l'attaque.
L'attaque c'est un sujet très tabou pour moi, parce que je ne suis pas quelqu'un d'agressif,
je ne suis pas quelqu'un de violent.
Vraiment je confirme, Cécilia est une personne extrêmement douce.
C'est adorable. Mais c'est vrai qu'il y a des circonstances qui peuvent me faire vriller assez
brutalement. Et ça je dirais que c'est la partie impactante du quotidien qui me met un peu honte aussi par rapport à mon
entourage. Parce que c'est pas facile de se montrer sous ce jour très primaire,
très reptilien, très animal comme tu dis, de "oula il y a des ennemis dans la rue,
je passe en mode jeu vidéo". Je sais pas comment dire mais c'est,
non mais c'est vrai, il y a des ennemis dans la rue.
C'est vraiment comme ça que je le vois, et que ma maladie me fait percevoir de cette manière en tout cas. tout cas. cas.
Mais est-ce que tu as essayé d'en parler ? Alors c'est très naïf ma question.
Est-ce que tu as essayé d'en parler justement à ces personnes de ton entourage ?
Pour les prévenir que s'il se passe quelque chose qui déclenche,
ça te fait devenir comme ça, mais ce n'est pas un état que tu contrôles.
Et du coup, dans ce cas-là, ils peuvent peut-être t'aider à diminuer ce côté agressif
artificiellement créé par l'anxiété.
Oui, j'en ai parlé à mes proches de confiance, mes amis,
c'est surtout les personnes avec qui je sors dans la rue,
donc typiquement mes amis, mon partenaire, ma sœur,
je suis très proche. Je les ai prévenus, effectivement,
que je pouvais avoir ces tendances-là, parce qu'en fait,
même mentalement, je ne suis plus trop la même personne.
Et ça se voit, parce que c'est des personnes qui me connaissent excessivement bien,
et d'un coup, qui me voient complètement changer de comportement ou d'attitude.
Et c'est vrai qu'avant, je n'en parlais pas par pudeur,
mais au final, ça les inquiétait quand même, parce qu'ils ne comprenaient pas,
ils étaient là, "mais ceci est bizarre, là" ! Et donc,
je les ai prévenus, effectivement, qu'il y avait des situations,
des déclencheurs qui peuvent me mettre dans cet état où j'ai besoin d'être stabilisée.
Et ils l'ont tous très bien compris les personnes avec qui j'en ai parlé.
Donc ça c'est top, je suis bien entourée par rapport à ça.
Et je suis bien protégée dans la rue. Si je ressens
cet état, j'ai juste à me mettre un petit peu sur le côté,
ou sentir que la personne est à côté de moi, sentir que je ne suis pas en danger.
Les personnes sont compréhensives, il suffit juste de le dire.
Dieu merci ça ne me prend pas énormément de temps pour me calmer si je sens que je suis entourée.
Juste me tenir la main ou me rassurer, quelques secondes suffisent.
Mais des fois c'est vrai que j'ai besoin de me poser,
de fuir un peu la foule, s'il y a beaucoup de bruit,
s'il y a beaucoup de stimulation, je vais avoir tendance à avoir besoin d'aller dans un endroit
plus calme par exemple. Mais ces personnes là le comprennent.
Ça c'est hyper positif. Et du coup, est-ce que ça...
Parce que là on est plutôt dans la sphère personnelle.
Et dans la sphère professionnelle, t'as jamais eu de soucis à ce niveau là ?
Parce que c'est toujours difficile la sphère professionnelle,
parce que du coup il y a moins d'affects, enfin en tout cas l'affect est différent.
Et du coup t'as pas été soumise à ce genre de choses ?
Parce qu'en plus comme tu fais de l'animation, imagine tu dois animer une scène où il y a quelqu'un
qui est mort.
C'est une question très intéressante. Alors dans la sphère professionnelle ça m'a pas trop posé de
soucis, si ce n'est au début de mon traitement, parce que j'étais complètement dans le vent.
Et j'ai des collègues que j'adore dans mon travail actuel,
donc ça va peut-être changer d'ici là. J'en ai parlé à un collègue parce que c'est la personne dont je me sentais le plus
proche, et je peux dire que c'est un ami maintenant.
Et il voyait que j'étais différente, donc quand il y a des questions évidemment j'y réponds,
donc je lui ai expliqué, mais je lui ai dit de ne pas le dire autour de lui,
de ne pas le dire à mon chef.
Parce que c'est toujours très difficile la sphère professionnelle.
Tout à fait. Et puis j'ai pas envie d'avoir un regard différent par rapport à moi,
qu'on me juge incompétente au travail, ce genre de choses.
Mais bon, j'ai la chance de travailler dans l'animation,
et effectivement il y a tout type d'animation. Mais là je suis sur un projet très family friendly,
il n'y a pas de mort.
Après, ceci dit, Bambi c'était pour les enfants.
Tout à fait. Mais là non, on va dire que ça va. Mais j'évite absolument d'en parler à part si
nécessaire. Parce que c'est, je trouve que ça relève du privé,
et j'ai pas envie d'être spécialement catégorisée de ce handicap.
J'ai pas envie que ce soit perçu comme un handicap face à ma compétence.
Parce que si je dois animer quelqu'un qui meurt,
et maintenant grâce à la TCC, je pense que ça ne m'affectera pas autant.
Ou peut-être que je me sortirais par une pirouette en me disant "peut-être que cette scène je la
donnerais bien à un collègue".
"Il est évanoui".
Oui voilà, ou peut-être que je m'arrangerais d'une certaine manière.
Mais pour l'instant ça ne m'a pas posé problème spécifique non.
Mais du coup tu penses qu'on a encore du travail à faire au niveau professionnel pour intégrer ce genre de troubles ou handicaps ? ?
Oh oui je pense que tous les troubles ou les handicaps,
franchement la santé mentale et l'aspect professionnel,
c'est pas 2 milieux qui font bon ménage je trouve.
Après j'ai de la chance parce que je suis dans un milieu très arrangeant au niveau des horaires,
à partir du moment où on bosse 8h par jour c'est bon,
tu peux bosser de 8h à 17h comme tu peux bosser de 10h à 20h si tu veux,
ça regarde que toi. Donc ça c'est bien, donc je pense que dans mon milieu j'ai de la chance.
Mais c'est sûr que oui au niveau professionnel il y a beaucoup de choses à améliorer.
Après ça dépend du traumatisme de chacun.
Donc toi t'as plutôt tendance à essayer de trouver des gens au niveau professionnel qui
t'entourent, en qui tu as confiance, qui deviennent des amis,
des copains. Et du coup tu passes par ce biais là pour être en sécurité aussi dans le milieu professionnel. professionnel.
Oui, si j'ai une personne en qui j'ai confiance, ça me rassure.
Et je sais que cette personne est là, comprend, et j'ai pas trop besoin de m'épancher sur le sujet,
cette personne va comprendre. Et puis voilà, j'aime bien aussi faire mes petits tours,
sortir un peu. J'ai de la chance de pouvoir sortir de mon open space pour prendre un peu l'air.
Il y en a qui font bien des poses clopes, moi je prends une pose air.
On devrait peut-être y penser plus souvent effectivement.
Donc oui mon mécanisme je dirais que c'est ça. C'est de trouver une personne en qui j'ai confiance
et aussi m'écouter. C'est à dire écouter mon corps me dire,
"OK là je suis dans un mauvais état". Je vais sortir un petit peu,
faire un tour, revenir. Ça prend 5 minutes, ça ne perturbe pas du tout mon travail et ni la productivité. productivité.
Et il y a des moments spécifiques où tu trouves que c'est plus difficile que d'autres ?
Ou c'est très dépendant d'un déclencheur aléatoire ?
Comme tu parlais tout à l'heure de la foule etc.
Ou alors il y a des moments qui sont encore fixes ou c'est dur ?
Comme tu disais au tout début, le soir...
Attends tu peux répéter ?
Pardon j'ai fait une phrase de 10 km. C'était par rapport au fait que là tu as illustré deux
moments. Les moments où ça peut arriver, par exemple qu'il y ait quelqu'un dans la rue et que ça te déclenche un stress
qui te déclenche de l'irritabilité. Là, c'est plutôt que tu ne peux pas prévoir,
c'est juste que ça arrive dans ton environnement.
Mais après, tu décrivais au début le fait que tu avais des crises régulières vers le soir.
Là, c'est des choses qui sont plus calées dans des moments spécifiques.
Oui, tout à fait. C'était au début. En fait, dans le stress post-traumatique,
il y a une évolution selon la manière dont vous êtes ou non traité malheureusement.
Mais dans mon cas, au début quand j'étais pas traitée ou au tout début de ma thérapie,
ouais c'était très timé dans le temps. C'est à dire que c'était le soir vraiment où j'avais ces
crises là. Aujourd'hui c'est plus trop le cas. C'est à dire que voilà,
je suis pas spécialement fan de la nuit qui tombe tôt etc,
mais ça me déclenche plus de crise comme c'était le cas avant.
C'est à dire que maintenant j'appréhende ça avec plus de calme.
Donc je pense que ça c'est une question qui a évolué,
c'est à dire que à l'époque c'était le cas, plus maintenant.
Ok, ça c'est plutôt positif. Donc en gros finalement,
t'as un petit peu ta petite stratégie de mieux vivre avec la TCC,
les médicaments, et puis parler aux proches.
Oui c'est ça. Je pense que l'important c'est d'être bien entourée,
d'être bien suivie. Et franchement la guérison j'y crois.
Mais c'est sûr que c'est vraiment pas facile, et il y a des jours où même on n'y croit pas,
on se dit "putain je suis coincée comme ça pour toujours,
c'est foutu". Mais c'est pas vrai, faut combattre ce genre de moments.
Parce que c'est pas vrai.
Déjà en tout cas rien qu'avec tout ce que tu nous racontes depuis le début,
moi je vois qu'il y a un énorme progrès. Si tu faisais des crises le soir comme ça,
et que maintenant c'est plus juste au niveau d'événements qui t'arrivent,
c'est déjà un immense progrès. Que nous applaudissons toutes et tous sans faire de bruit.
Pour les micros.
Évidemment pour les micros. Non effectivement, c'est vrai que je vois une évolution dans la
thérapie. Et ça c'est génial. Donc oui, franchement croyez-y.
Si j'avais quelque chose à dire, ce serait vraiment : il faut vraiment y croire,
il faut vraiment se dire, il faut vraiment reconnaître son trouble.
Ça c'est le plus dur. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui vivent avec des stress
post-traumatiques, qui ne se rendent pas compte, ou qui ne veulent pas faire les démarches pour
aller mieux, ou qui ne se connaissent pas bien. Parce que moi je ne me connaissais pas bien à
l'époque. C'est-à-dire que niveau émotionnel, je me disais "mais pourquoi je suis comme ça".
J'avais tendance à m'énerver, alors qu'au final,
en général, s'écouter, c'est le plus important, finalement.
Et ne pas avoir peur de demander de l'aide aussi à des professionnels.
Tout à fait. Ce qui peut être compliqué, parce que le système de santé,
c'est long, cher.
Pas du tout remboursé par la Sécurité sociale.
Absolument pas. Donc, j'ai cette chance de ne pas avoir à me soucier des moyens mis en œuvre.
Mais oui, on est très inégaux face à ça, oui, ça, c'est sûr. c'est sûr. sûr.
Et en termes des autres ? Entre guillemets, si on axe un peu notre regard plus sur comment toi tu
te sens à l'intérieur. Quelle est ta façon de voir et de gérer tout ça ?
Si on se place un peu du côté de tous les gens qui gravitent autour de toi,
est-ce que tu penses que ta famille ou tes collègues,
tes amis, la manière dont ils perçoivent ce trouble-là ?
Est-ce que tu penses qu'ils ont bien compris ?
C'est intéressant. Je pense que... Honnêtement, non.
Si je dois être totalement honnête. Parce que, comme j'ai dit tout au long de cet épisode,
le truc, c'est que le stress post-traumatique, c'est un gros mot qui fait peur et qu'on associe à
des clichés bien précis. Donc, je pense que quand on annonce ça à quelqu'un,
en tout cas, je l'ai vu dans les yeux des personnes à qui je l'ai dit,
c'est "ça fait peur", "c'est un truc de ouf ce qui lui arrive" et tout.
Alors qu'en réalité, oui c'est quand même quelque chose à prendre au sérieux.
Mais c'est pas, en fait dans la tête des gens, c'est terrifiant.
Parce qu'ils lient traumatisme avec gravité objective du traumatisme,
et pas avec gravité de ce que tu vis après.
Oui je pense qu'il y a beaucoup de fantasmes autour de cette condition.
Et c'est vrai que les gens, je vois dans leurs yeux,
ça change. C'est la guerre, c'est vraiment ça. Et franchement je pense qu'il y a une mesure à avoir dans la réaction que
vous avez, si vous avez un proche atteint de stress post-traumatique.
Il faut être là, il faut écouter. Moi j'ai parlé de mes déclencheurs.
Il faut écouter les personnes qui vous disent "oui ça ça me déclenche",
"est-ce qu'on peut prendre une petite pause", "ça c'est ok".
Ca c'est la réaction bien à avoir. Mais c'est sûr que je pense qu'ils n'ont pas tous compris.
Ils n'ont pas bien compris pris mes proches. Ils ont entendu le mot, proches. Ils ont entendu le mot,
ils se sont dit "waouh c'est juste terrifiant". Mais non ils se sont pas forcément informés sur la
condition. Et c'est sûr que c'est un gros mot qui fait vraiment hyper peur.
Et je pense qu'ils se doutent pas des enjeux, ou de ce que ça implique réellement au quotidien.
Ils ont pas bien compris, mais ils me font confiance.
Ils me font "ok Cécilia elle a besoin de ça, on fait".
C'est déjà pas mal, mais c'est sûr que l'information en tant que telle pédagogiquement j'en doute fort. fort.
C'est vrai que c'est en fait c'est un peu comme s'ils se disaient "ah mon dieu Cécilia elle a fait
la guerre, elle est allée au Vietnam, elle a fait...
Rambo". Et en fait tu leur dis juste "bah moi en fait quand je vois un verre d'eau à moitié plein,
bah vu que je le vois à moitié vide, ça me déclenche des angoisses pas possibles".
Et du coup ils se disent "mais comment ça on m'a vendu Rambo,
et là c'est juste un verre d'eau". Alors qu'en fait ça peut être hyper grave si pour toi c'est grave de voir le verre d'eau à
moitié vide ou à moitié plein. C'est que t'as besoin qu'il y ait des gens,
qu'il y ait des moyens qui soient mis en place pour t'aider à ce que ça aille mieux.
Surtout que tu vois fréquemment quand même des verres d'eau.
Enfin, c'est pas du tout ton cas. Je suis en train de faire un magnifique comparatif qui n'a rien à
voir avec toi. Mais c'était pour expliquer un peu que de dire que c'est des choses qui sont
beaucoup plus anodines. Et peut-être que c'est ça aussi.
C'est qu'ils se disent, mince, je m'attendais à avoir Rambo.
En fait, c'est un truc du quotidien. Et du coup,
peut-être qu'ils se disent pourquoi on en fait tout un foin ?
Alors qu'en fait si, on en fait tout un foin parce que c'est le principe du truc.
Ouais ouais carrément. C'est vrai que les gens s'attendent à,
quand je vois la guerre, quand je vois les armes,
c'est terrible pour moi. Mais au final, ce que j'ai vécu,
c'est la quasi perte d'un proche, ce qui est finalement un événement grave quand on y pense.
Oui c'est vrai que relativement en plus c'est un traumatisme d'un événement qui en soi est grave.
Oui tout à fait. C'est à dire que la perte d'un proche c'est terrifiant,
ça pourrait faire peur à n'importe qui. Mais c'est sûr que quand on l'explique,
les gens sont un peu terrifiés aussi par cette question parce que la mortalité c'est pas quelque chose où on a plaisir à
s'informer dessus. Donc dans mon cas spécifique en plus,
c'est ce truc là. C'est vrai que c'est un sujet lourd etc,
mais ça se manifeste par "oui j'aime pas trop quand il y a du bruit,
haha, ça me fait peur". Et les gens sont là "quel rapport?".
Mais c'est sûr que, bah oui effectivement, je pense que même Rambo,
s'il entendait des explosions, il aurait peur.
Peut-être qu'il ferait partie des 70 % qui ne font ensuite pas partie des 5 à 8 %.
Peut-être que Rambo a un stress post-traumatique,
et que quand il entend des ballons exploser il a peur.
Et quand on dit "Rambo il a peur d'un ballon de baudruche",
on le regarde en mode "what, pourquoi". Mais moi c'est un peu comme ça que je le vois.
Oui un événement grave s'est produit, et du coup j'ai peur de certaines choses qui te le
rappellent. Mais qui sont, pour la plupart des gens,
anodines, en vérité.
Oui, mais ce n'est pas parce que c'est pour la plupart des gens anodin.
Je veux dire, le sucre, c'est anodin pour la majorité des gens.
Et les diabétiques, il faut qu'ils se posent vachement de questions.
On ne va quand même pas dire que les diabétiques,
ce n'est rien du tout.
Ah oui, c'est clair.
Oui, c'est important quand même. Et donc, j'en déduis que tu as dû beaucoup te masquer et suradapter. suradapter.
Oh oui, au début, je ne le disais à personne, parce que j'avais honte.
J'avais de la culpabilité que je portais par rapport à ma mère,
mais en plus il y avait ce truc de, je voulais fonctionner entre guillemets normalement.
Je fais le geste. Donc j'avais pas envie d'être en mode "non j'ai pas envie d'aller au centre
commercial, parce que ça va me déclencher tel ou tel problème".
Non j'avais pas envie. J'avais pas envie que les gens me voient comme différente.
Donc oui, j'ai pas menti, mais en fait c'était impossible de mentir,
parce que les gens voyaient. Les gens avec qui je sors,
c'est des amis, des proches qui me connaissent, et ils voient mon changement de comportement,
de visage. Ils me voient freeze et ils sont là "qu'est-ce qu'il se passe".
Donc au bout d'un moment, j'ai masqué. Mais c'était raté.
En tout cas, c'est faisable jusqu'à un certain point.
Mais tu t'es sentie quand même obligée de le faire à certains moments même si c'était pas forcément réussi ? réussi ? ?
Oui oui oui ah oui bien sûr. Et même comme j'ai dit,
pendant ma formation, quand on regardait des courts métrages pour l'animation etc,
il y avait bien des scènes de mort etc. Je bougeais pas,
j'avais envie de sortir de la pièce physiquement,
mais je le faisais pas parce que je voulais pas interrompre la séance.
Je pouvais, on était des adultes, on était plus des lycéens,
c'est ça que je veux dire. Mais je me retenais de partir,
alors que physiquement j'en avais envie. Donc oui,
je masquais, même si à l'intérieur ça me provoquait des réactions terribles,
oui bien sûr.
Tu penses que si on était dans une société plus inclusive,
on prendrait davantage le droit, enfin en tout cas on s'autoriserait davantage à s'écouter ?
Tu serais sortie du coup ?
Oui oui complètement je pense. Parce que je pense qu'il y a beaucoup d'efforts qui sont faits.
Enfin en tout cas, je le vois. Je reviens à la sphère professionnelle,
mais au travail, on a une cellule anti-harcèlement,
on a ce genre de moyens de prévention, c'est ce que je trouve cool.
Après c'est sûr qu'il y a beaucoup à faire. Et puis il y a tellement de troubles et de choses à
prendre en compte, d'histoires personnelles, je me dis que c'est difficile d'accommoder tout le
monde. Mais c'est sûr que, en plus il y a ce truc de j'ai pas toujours envie de parler de ma
condition. Donc j'ai pas envie de dire "excusez-moi madame j'aimerais sortir car je souffre de
stress pour traumatique". Enfin vous voyez, c'est un peu,
c'est une question personnelle. Et puis en fait si la société était plus inclusive,
je ne sais pas comment est-ce que ça se manifesterait pour que je me sente à l'aise de sortir.
Je ne sais pas si ma réponse est bien.
Si si je vois ce que tu veux dire.
Ce serait difficile de sentir "oui là je me sens légitime de sortir".
Parce que du coup, on a tellement de cette culture en nous depuis si longtemps,
que du coup même si aujourd'hui d'un coup de baguette magique la société était plus inclusive,
notre éducation passée du système dans lequel on est actuellement ferait qu'on n'arriverait peut-être pas à s'habituer aussi
facilement à cette nouvelle société.
Je pense que peut-être on aurait du mal et au début on n'oserait pas.
Mais c'est sûr que par exemple, je me souviens que dans cette formation,
on voyait des films où il y avait des scènes de viol,
de violence. C'était des vieux films années 50 et compagnie.
Et puis des dépistions racistes. Enfin c'était pour l'histoire,
tout ça c'était à titre purement historique etc,
mais je me dis ça aurait pu déclencher des choses chez certaines personnes.
Et moi je pense que juste dire "attention", voilà,
s'il y a des gens qui sont sensibles à ça, voilà,
"attention il va y avoir ça". Ou des scènes très gores.
On a dû regarder des extraits où j'étais là. Je suis assez sensible à tout ce qui est gore,
pas lié à mon stress post-traumatique mais à titre personnel.
Et des fois, je suis là "est-ce que j'avais envie de voir ce mec se faire couper la jambe".
Ou j'aurais préféré sortir là par exemple. Et je me dis même pour des trucs qui ne sont pas des maladies mentales ou des
stress ou des traumas ou je ne sais quoi, même une société plus inclusive dans le sens de
«Attention, petite information, il va y avoir un mec qui va se faire trucider là à l'écran.
Ça va être violent. Les personnes qui sont sensibles peuvent sortir.»
Juste cette petite phrase-là, je pense que ce serait une grande aide, effectivement. effectivement.
Je me souviens qu'on est allé voir la dernière des Franglaises avec mon compagnon.
Et en fait, à l'entrée de la salle, il y avait écrit « Attention,
il y aura des effets pouvant s'apparenter à des effets stroboscopiques».
Et j'ai trouvé que c'était génial d'avoir prévenu.
Parce que du coup moi j'ai pu fermer les yeux quand il y avait les effets.
Ouais clairement. Puis c'est épileptique. Je trouve que c'est même de la santé publique,
parce que t'imagines des personnes qui font des crises d'épilepsie,
c'est horrible. Et puis c'est un coup de poker, tu te dis "putain je vais entrer voir ça,
je sais pas sur quoi je vais tomber, je sais pas sur quel contenu" potentiellement.
Enfin juste dire, pas besoin d'entrer dans les détails et d'en faire un pataquès,
mais juste un petit carton en mode "attention il y a ça".
Voilà, après chacun prend sa décision, et chacun juge le taux.
Ça dépend aussi des jours, il y a des jours où par exemple je peux plus encaisser que d'autres.
C'est à dire qu'il y a des fois ça va pas forcément m'affecter,
il y a des jours où je suis plus fragile. Le stress post-traumatique c'est aussi quelque chose qui
fluctue beaucoup. Donc il y a des jours où ça va moins me poser problème que d'autres.
Mais il y a des jours, effectivement dans ces cas là ,j'aurais
bien aimé ne pas assister à ça forcément. Pour pouvoir choisir finalement.
Parce que du coup, si c'est écrit avant, tu peux choisir.
Mais c'est des choses basiques, mais je pense qu'il serait bien dans une société plus inclusive,
juste prévenir.
Finalement ça suffit souvent. Moi je regarde des courts métrages de l'ESMA,
l'école supérieure des métiers artistiques, un truc comme ça.
Et en fait avant les courts métrages, il y a les disclaimers : "il va y avoir beaucoup de sang",
"il peut y avoir des effets lumineux". Et à chaque fois,
s'il y a quelque chose, c'est écrit devant. Donc je pense que ça commence à rentrer un peu dans les
mœurs de prévenir. Et je pense que c'est très bien.
Parce que comme ça au moins les gens peuvent choisir si oui ou non ils le font.
Au moins c'est écrit.
Ouais c'est ça, je trouve que c'est bien. Et puis il y a aussi ce truc de,
t'as été prévenu, tu savais qu'il y avait ça, et puis t'as pris ton choix comme une grande fille,
un grand garçon peu importe, une grande personne.
Donc moi je pense que c'est bien de prévenir. Et c'est vrai que,
de plus en plus, ça rentre dans les mœurs. Surtout dans les films,
les débuts de jeux vidéo, ce genre de choses, il y a beaucoup plus d'accommodations qui sont
faites par rapport à ça. Ça touche surtout aux médias,
mais c'est sûr que dans mon cas précis, "attention il va y avoir de la foule",
je sais à quoi je m'expose en allant dans certains endroits on va dire.
Faut pas jouer aux lemmings !
Donc techniquement par rapport aux médias je trouve que ça c'est cool.
Parce que PG-13, tous les trucs liés à l'âge, ça ne sert à rien.
Non, ça n'explique rien.
On peut très bien avoir 50 ans et avoir des problèmes de stress,
d'angoisse, ou juste des sensibilités visuelles pour les effets et tout.
Et avoir 15 ans et avoir aucun problème.
Ah mais clairement. L'exemple de ma mère, parlons d'elle,
elle ne regarde pas les films moins de 16 ans parce qu'elle sait que c'est des films d'horreur et
elle a très peur de ça. Dès qu'elle voit le sigle,
elle ne le regarde pas. Je trouve ça bien. Mais si en fait elle a peur de certains trucs spécifiques genre les démons et
s'il y avait juste marqué "attention ce film contient ça,
ça, ça", peut-être qu'elle le regarderait plus.
Bah oui parce que au moins ce serait dit dedans. Parce que moins de 16,
ça n'a pas trop de sens.
Non ça n'a aucun sens. Ça peut être des scènes suggestives,
comme ça peut être gore, comme ça peut être du surnaturel.
Ça peut tout et rien dire. Mais je pense que j'ai l'impression que Netflix fait pas mal d'efforts
par rapport à ça. En ce moment je vois beaucoup de séries où il y a écrit "attention épisode
contenant auto-mutilation", ce genre de choses. Enfin bref.
C'est ça. Je pense que c'est bien aussi pour pouvoir aider les plus jeunes qui ont des difficultés
aussi, de l'anxiété ou des choses comme ça.
Ouais complètement. Et comme tu dis, il y a des gars de 15 ans qui regardent tous les Saw à la
chaîne et ça leur fait rien. Et je suis là...
Surtout le 6ème opus mon préféré....
Je n'ai pas regardé les Saw pour des raisons évidentes.
Moi non plus, jamais. Mais c'est juste que Saw 6 (saucisse) moi ça me fait beaucoup rire.
Saucisse ! J'adore qu'on ait placé la saucisse dans cet épisode c'est magnifique.
Mais oui, à qui ça ne fait rien? Et effectivement c'est à toi même de juger avec ton bon sens.
Mais ouais, la prévention c'est bien.
C'est un bon mot. Et d'ailleurs sur ces bons mots,
est-ce qu'on continuerait pas à dire des mots positifs ma chère Cécilia ?
Parce que effectivement, c'est un trouble très difficile à vivre qui t'a posé beaucoup de soucis et qui est encore difficile
aujourd'hui. Mais je suis sûre que ça a quand même pu t'apprendre des choses sur toi-même.
Et qu'est-ce que tu pourrais nous dire justement ?
Si on essayait de mettre un peu en lumière la part positive de ça ?
Oh la part positive. Alors je dirais que ça m'a fait grandir de manière émotionnelle par rapport
aux questions de la mort. Donc en fait, j'ai pu vraiment me poser,
savoir ce que je pensais de ce sujet qui est un sujet que la plupart des gens évitent.
A juste titre, parce que la mortalité c'est pas quelque chose à laquelle on veut penser vraiment je
pense, de manière générale. Et j'ai pu vraiment me poser et réfléchir,
et grandir par rapport à ça. Notamment via la spiritualité.
Attention ne rejoignez pas de secte les enfants,
mais par rapport à toute spiritualité qui vous convient,
ou des moyens d'expression différents je dirais.
Ça m'a permis d'y penser et de mieux l'appréhender.
J'ai pu aussi me rendre compte que j'étais quelqu'un de courageux,
d'indépendant. Parce que toutes les démarches que j'ai faites pour me faire diagnostiquer,
me faire médicamenter, c'est moi qui ai pris le parti de me dire "là ça va pas",
"là je ne suis plus moi-même, je dois faire quelque chose".
Et j'ai aussi pu utiliser mon bon jugement pour prévenir les personnes que je jugeais dignes de
confiance. Je pense notamment au travail, avec le collègue susnommé.
Bah c'est pas facile de choisir quel collègue prendre pour parler de ça.
Donc moi je voulais pas que toute la boîte le sache etc.
Donc ça m'a permis d'affiner mon jugement des gens aussi.
Et aussi de mieux m'écouter, ce qui était quelque chose que je ne faisais pas,
parce que j'ai tendance à beaucoup refouler mes émotions.
Donc maintenant, au lieu de me dire « Hum, c'est bizarre,
je suis très énervée ». Maintenant je m'assois et je me dis « Mais pourquoi ?
». Et rien que de se dire « Mais pourquoi ? » ça calme l'enfant intérieur,
je ne sais pas, l'enfant intérieur, l'enfant indigo,
tout ça. J'ai l'impression d'être dans les bails bizarres là,
mais non, juste s'écouter c'est quelque chose que je ne faisais jamais et là ça m'a forcé à le
faire, ça c'est sûr. Et je pense que chaque adulte a besoin de le faire à un moment dans sa vie,
ça c'est sûr. Faire un peu son autothérapie en quelque sorte.
Ouais et puis savoir pourquoi on agit de la manière de laquelle on agit.
Parce que il y avait des comportements qui ne me ressemblaient pas,
et j'aurais pu continuer dans cette spirale autodestructrice,
mais j'ai choisi de ne pas le faire. Et je pense que ce choix,
c'est quelque chose de positif. Et je vous encourage si vous voyez des choses qui ne vous
ressemblent pas, à vous poser la question de "pourquoi".
Genre à prendre un pas de recul et à vous dire "mais pourquoi je fais ça".
Et des fois il y a des situations comme tu disais,
d'automutilation déguisée.
Ça reste de l'automutilation c'est juste que ça ne marque pas.
Exactement. Je faisais exprès un peu, de prendre de l'alcool,
de mélanger, de faire des potions magiques, que je ne recommande pas.
Des fois je prenais des pas de recul, et je me disais,
"attends, pourquoi tu fais ça ?", "Pourquoi est-ce que tu fais cette potion magique de tous les médicaments qu'il ne faut
pas mélanger ensemble ?", "Pourquoi ?". Et rien que de se poser,
de se dire "pourquoi", généralement, ça arrête l'action.
Parce qu'on se rend compte que c'est toujours pour une mauvaise raison.
Enfin, en tout cas, dans mon cas, et avec un peu de pratique.
Je ne dis pas que ça vient tout de suite.
Oui, dans tous les cas, ça demande toujours du temps de pouvoir mieux se comprendre.
On ne se comprend jamais 100%, mais en tout cas,
on est la meilleure personne placée pour le faire.
Oui, complètement. Et ça m'a permis je dirais de mieux m'écouter et puis de croire dans le futur.
Ce qui peut être paradoxal quand on est atteint de ce genre de troubles.
Parce que c'est quelque chose qui vient du passé qui nous empêche d'avancer,
qui nous tire toujours vers le passé. Mais moi, vu que je vois des améliorations,
j'encourage tout le monde à penser comme ça. Il faut dire que c'est possible de s'en sortir.
En tout cas, je suis sur ce chemin je n'en suis pas sortie,
mais je suis sur le chemin.
C'est beau ce que tu dis, c'est très beau. Et du coup est-ce que tu aurais un petit mot à dire à quelqu'un qui découvrirait
ce genre de diagnostic aujourd'hui ?
Oui bien sûr. Je dirais n'aie pas peur déjà. Parce que moi c'était la première réaction.
J'étais un peu "wouah wouah la la je suis Rambo".
Donc ouais la première réaction, première chose,
je dirais n'aie pas peur fais-toi confiance. Fais-toi aider et sois honnête envers toi-même,
envers les autres. Et dis ce que t'as envie de dire.
Surtout genre ne te force à rien. Parce que il y a des personnes qui vont me dire "mais si fais
ça, fait ça". Enfin écoute-toi, mais ne reste pas seul surtout.
Je pense que la solitude ça amplifie x10 000 le stress post-traumatique.
Et j'ai la chance d'avoir un entourage qui m'écoute,
qui est compréhensif et qui m'aide à ajuster. Donc c'est vraiment,
c'est dur parce que t'as envie de te recroqueviller sur toi-même,
mais vraiment ne reste pas seul. Et à ton rythme,
va vers le bien sur ton chemin, le temps qu'il faudra,
les méthodes qu'il faudra, pour telle ou telle personne.
Parce que je suis personne pour dire quelle méthode.
Mais voilà, fais les choses pour toi. Et petit à petit,
tu verras que ça ira mieux.
C'est si beau ce que tu dis.
Bah c'est la base.
Ah ma chère Cécilia nous arrivons à la fin de ce podcast,
le temps passe si vite avec vous.
Quelle flatterie.
Et j'aimerais laisser une petite impression un peu douce,
comme ces derniers mots que tu viens de nous dire.
Est-ce que tu aurais, par hasard, une phrase, une œuvre,
une musique, quelque chose qui représenterait un peu ton rapport au stress post-traumatique ?
Alors, moi, ça va être un peu un choix audacieux.
Ça va être un jeu. C'est Disco Elysium. Si vous ne connaissez pas ce jeu,
vous incarnez le rôle d'un policier qui ne se souvient de rien,
parce qu'il a fait une giga cuite, parce que ça n'allait pas du tout dans sa vie.
Et en fait, c'est quelqu'un de très socialement inadapté et qui se remet d'un stress
post-traumatique, justement, et qui réapprend tout de la vie,
parce qu'en fait, il a tout oublié, littéralement tout.
Donc, il réapprend le monde dans lequel il vit, il réapprend à faire des choses aussi simples que
cuisiner, que parler à des gens de manière « normale »,
je mets les guillemets. Et tout au long de cette aventure,
vous êtes suivi par un collègue à vous qui est une oreille très attentive et qui,
à la fin du jeu, peu importe ce que vous faites,
même si vous êtes la pire personne dans le jeu, vous défendra.
Et je trouve que c'est une œuvre qui, moi, m'a marquée pour ça.
Parce que ça prouve que les gens sont généralement bienveillants.
Même si vous êtes la personne la plus bizarre et excentrique qui soit,
comme le protagoniste de ce jeu, il y aura des gens pour vous épauler et il y a un futur possible.
Même si vous n'êtes pas forcément la meilleure personne,
même si vous avez fait des actions ou qu'il vous est arrivé des choses,
il y aura des gens pour vous écouter, il y aura des gens pour vous soutenir.
Le jeu est beaucoup plus nuancé que ça. C'est un jeu de nerd.
C'est un jeu de plateau ou un jeu vidéo ?
C'est un jeu vidéo. C'est un jeu indépendant, c'est un jeu d'enquête.
Mais le personnage principal souffre de stress post-traumatique.
A mon sens. C'est pas canon, mais c'est clairement ce qui s'y apparente le plus.
Et je trouve que c'est une très bonne représentation de la chose.
Le personnage est un peu, vous le découvrirez, il est fou,
mais d'une manière où c'est "relatable", on va dire.
C'est marrant que tu donnes un jeu vidéo, parce que du coup,
ça m'a fait penser à l'instant à un jeu indépendant également qui s'appelle Limbo.
Et c'est une silhouette noire qui ne peut que avancer et qui doit fuir des trucs qui font un peu
peur. Genre une araignée, genre un rocher qui va s'écraser,
etc. Et il ne peut que avancer et du coup, si tu meurs,
tu es obligé de recommencer là où tu étais et essayer d'aller jusqu'au bout.
Et du coup ça me fait un peu penser à ça, avec les peurs du passé.
Quand tu disais que c'était plutôt tourné vers le passé le stress post-traumatique,
ça essayait de nous tirer vers la bas mais qu'on essayait d'aller de l'avant.
C'est vrai.
Dans un monde un peu en noir et blanc. On sait pas trop quoi faire.
C'est clair.
C'est probablement complètement aléatoire, mais c'est un petit ressenti que j'ai eu quand t'as parlé de jeux vidéo ça m'a fait
penser à ça.
Je trouve que c'est très pertinent. C'est pas du tout le même style de jeu,
mais c'est foncièrement ça. T'es toujours tiré en arrière par des trucs et petit à petit tu deviens plus fort et tu les
combats. Je pense que c'est une bonne définition.
Mais jouez à Disco Elysium, c'est vraiment bien.
Et je trouve que c'est une belle représentation.
Et ça montre qu'il y a des proches qui peuvent être là pour vous,
je trouve que c'est une belle autothérapie ce jeu.
Moi ça m'a fait cet effet là.
Et bien on espère que plein de nos auditeurices vont être chargés,
enthousiasmés par ce jeu.
J'espère aussi.
Et bien ma chère Cécilia, je crois que "it is time".
Et bien soit.
Je te remercie beaucoup en tout cas d'être venue nous parler du stress post-traumatique.
C'était vraiment un plaisir.
C'était un plaisir partagé. Merci beaucoup de m'avoir invitée sur l'émission Delphine.
C'est adorable.
Un plaisir. Merci d'avoir écouté Voix plurielle. Comprendre,
c'est déjà faire un pas vers l'autre. C'était Delphine et à bientôt pour une nouvelle rencontre,
une autre façon de voir le monde.
Ce podcast vous a été présenté grâce à la solution de diffusion de podcast Castopod.