Les TCA avec Inès (1/2)
S01:E15

Les TCA avec Inès (1/2)

Episode description

Aujourd’hui, nous abordons avec Inès un sujet complexe et stigmatisé par le culte de la minceur : les TCA, notamment l’anorexie mentale.

(Partie 1/2)

Invitée : Inès

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Bonjour et bienvenue dans Voix Plurielles, je m'appelle Delphine et ici on parle avec empathie de vies différentes pour une

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même humanité. Aujourd'hui, je reçois Inès et nous allons parler ensemble de troubles du

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comportement alimentaire.

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Bonjour Delphine, c'est avec plaisir que je viens aujourd'hui parler dans ton podcast.

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Alors troubles du comportement alimentaire, c'est hyper large.

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Tout à fait.

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Parce qu'il y a l'anorexie, l'hyperphagie et la boulimie.

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Moi personnellement du coup j'ai 30 ans et je suis tombée malade à l'âge de 18 ans.

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Et j'ai été atteinte du coup d'anorexie mentale.

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Je précise bien le mot anorexie mentale parce qu'en fait,

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même si c'est une maladie qui se voit physiquement,

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c'est avant tout une maladie psychique. Tout se passe dans notre tête.

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Donc voilà, moi je fais partie de cette catégorie de la société,

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de cette catégorie des TCA qui sont devenues chroniques.

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Parce que ça fait plus de cinq ans que je suis malade et du coup,

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c'est devenu chronique chez moi.

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et c'est pour ça également que nous allons pouvoir expliquer tout ça.

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Parce que c'est vrai que c'est assez obscur finalement.

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Parce que les médias aujourd'hui, la façon dont ils représentent l'anorexie mentale,

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malheureusement il y a beaucoup de biais qui montrent une certaine forme de gravité mais finalement ne montrent pas réellement

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le danger que ça pourrait apporter pour un humain d'être dans ces circonstances là.

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Et du coup c'est vrai que je pense que c'est hyper important de pouvoir,

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comme tu es en train de le faire maintenant, de pouvoir nous expliquer les réelles difficultés que tu as eues ou que tu

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as encore surmonté aujourd'hui par rapport à ça.

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Ouais. En fait l'anorexie c'est vraiment pas une maladie à la mode,

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c'est pas une tendance. On ne choisit pas de devenir anorexique du jour au lendemain parce qu'on est au collège ou au lycée

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et on regarde les magazines, on regarde Instagram.

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C'est faux. Moi de mon vécu dans l'hospitalisation que j'avais,

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parce que j'ai été hospitalisée 6 mois, il n'y avait pas une seule patiente qui était tombée malade à cause du fait qu'elle regardait

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les réseaux sociaux ou les magazines et qu'elle se trouvait grosse.

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C'est faux. C'est souvent des chocs émotionnels forts.

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Ça peut être des viols, ça peut être la mort d'un proche,

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ça peut être des violences conjugales comme dans mon cas,

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qui peuvent faire en sorte que ça crée un climat propice au développement de la maladie.

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Ce qu'on oublie aussi beaucoup, c'est que c'est une maladie qui est mortelle.

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Ce n'est pas une maladie dont on guérit comme par magie.

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Même quand on la guérit, c'est un peu comme un cancer.

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Tu peux avoir des récidives, donc ça peut revenir à n'importe quel moment si tu as à nouveau un

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choc émotionnel. Beaucoup de patientes atteintes d'anorexie peuvent mourir.

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Et c'est très important que tu le soulignes justement,

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parce qu'on ne se rend pas compte de la gravité que c'est.

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Et en plus, c'est souvent masqué, c'est-à-dire qu'il y a plein de femmes qui se battent avec cette maladie au quotidien

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et on ne voit pas du tout leur combat. Puisqu'en plus,

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il y a ce culte de la minceur au quotidien qui fait qu'on n'a pas forcément l'impression que ce sont des personnes qui se

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battent. Et même sous une moindre proportion, parce que les hommes sont moins touchés par cette

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maladie, mais même les hommes aussi. C'est beaucoup de minimisation de ce que c'est réellement,

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donc tu fais bien de le souligner.

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Oui, après c'est une maladie qui est extrêmement aussi compliquée à comprendre.

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Parce que vu qu'on n'a pas tous les mêmes causes de déclenchement de la maladie,

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et vu que c'est pas une maladie qui n'est non plus forcément dépistée,

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entre guillemets, mais vue au bon moment, des fois,

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il y a les conséquences, elles sont déjà super graves.

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Et l'anorexie se voit physiquement. L'anorexie, en fait,

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on est capable de voir sur quelqu'un que la personne,

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elle a perdu énormément de poids. Là où ça peut être plus dangereux aussi,

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c'est la boulimie. La boulimie, c'est pas seulement se faire vomir.

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Moi, j'ai eu une phase boulimique dans mon anorexie.

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Sauf que moi, c'était pas, je ne faisais pas des consommations d'aliments tabous comme manger du chocolat en énorme quantité

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d'un coup. Moi c'était plus sur des trucs au final healthy,

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genre j'étais capable de manger un kilo de pommes d'un coup en une après-midi.

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Parce que en fait je m'affamais tellement qu'il y a un moment ton cerveau qui déconnecte complet et tu fais une crise de

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boulimie dans ce sens là. Mais la boulimie elle a des conséquences qui sont encore plus graves parce qu'en fait on peut

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mettre énormément de temps avant de la repérer.

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Parce que c'est plus interne que ça ?

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C'est ça, et en fait là où on peut commencer à avoir un peu des effets,

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ça va être si on voit quelqu'un qui s'isole, si on voit quelqu'un qui à chaque fois après un repas passe beaucoup de temps

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à la salle de bain. Il y a aussi les problèmes de santé.

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C'est-à-dire que si la personne d'un coup commence à avoir des problèmes d'estomac,

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de digestion, des reflux gastriques, des problèmes dentaires surtout.

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Parce qu'en fait quand on se fait vomir, il y a tous les sucs gastriques qui sortent et donc du coup ça peut abîmer les

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dents. Il y en a beaucoup qui perdent leurs dents.

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Donc voilà, c'est des maladies qui sont encore très tabou,

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qu'on ne parle pas assez. Parce qu'on a ce clivage en tête de,

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c'est une maladie, c'est une tendance et c'est que les adolescentes.

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C'est faux, c'est faux. Moi je sais que j'ai été hospitalisée avec des patientes,

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j'en avais une, elle avait plus de 60 ans, voilà 60-70 ans.

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Il y a vraiment, il n'y a pas d'âge pour avoir cette maladie.

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Et c'est pas parce qu'on est boulimique, qu'on n'est pas anorexique.

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Les deux vont des fois ensemble. C'est à dire qu'il y a des patientes,

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il y a des femmes, des hommes aussi, qui peuvent avoir des phases soit d'anorexie et après passer

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dans une phase de boulimie. Donc autant dire que le yo-yo de poids ça joue énormément sur le moral.

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Donc l'image de soi elle est encore pire. Et du coup,

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là où il y a, en fait, après, il y a beaucoup de...

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des comorbidités, on va dire, autour de la maladie.

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Beaucoup de patientes qui sont anorexiques ou boulimiques,

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derrière ça, il y a souvent des HPI, il y a des TDAH,

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il y a des autismes, il y a des dépressions, des anxiétés chroniques.

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Il peut avoir aussi des problèmes de dysmorphophobie,

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des problèmes de bigorexie. Bigorexie, c'est l'addiction au sport.

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Et la dysmorphophobie, je précise aussi pour nos auditeurices,

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c'est le fait que son corps on se le représente différemment de la façon dont il l'est en réalité.

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Par exemple moi avec ma diététicienne, et encore aujourd'hui malgré tout le travail que je fais,

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des fois elle me fait l'exercice de la ficelle. C'est à dire qu'elle me demande de prendre une ficelle et de mesurer la

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ficelle pour quelle taille ça ferait le tour de ma taille.

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Autant vous dire que j'ai des ficelles qui pourraient rentrer sur une personne qui ferait au moins

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20 kilos de plus de moi. C'est pour dire. Et c'est très difficile,

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je fuis tous les miroirs chez moi. J'ai enfin installé un miroir chez moi,

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mais pendant je ne sais pas combien d'années je n'avais pas de miroir.

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Et je n'ai toujours pas de miroir de pied.

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C'est déjà un très gros progrès ! (pardon) Bravo à toi !

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Mais voilà. Tout ça aussi pour dire que ces comorbidités,

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ce n'est pas l'anorexie qui va provoquer un autisme,

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ce n'est pas l'anorexie qui va provoquer un TDAH,

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ce n'est pas l'anorexie qui va provoquer une bigorexie,

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ce n'est pas de l'anorexie.... En fait, au final,

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même l'anxiété, parce que moi j'ai été reconnue comme ayant une anxiété chronique,

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en plus de l'anorexie, et en fait c'est ce que m'ont expliqué les médecins.

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Ce qu'ils m'ont expliqué, c'est qu'en fait l'anxiété n'est pas une conséquence de l'anorexie,

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mais l'anorexie est une conséquence de mon anxiété.

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Donc en fait, derrière l'anorexie, il y a souvent plein d'autres troubles qui sont essentiels à

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traiter. Le seul problème, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas tant de médecins que ça qui ont,

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on va dire, les épaules pour accompagner une patiente atteinte d'anorexie.

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Pourquoi ? Déjà parce que quand on est anorexique,

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on a un gros problème d'estime de soi et on est des grands manipulateurs.

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C'est-à-dire qu'on est capable de cacher beaucoup de choses.

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On a tendance à beaucoup mentir, on cache tout, la nourriture par exemple,

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mais même en boulimie au final on cache la nourriture,

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on cache ce qui se passe. Mais du coup on est des vrais manipulateurs et des vrais caméléons dans la société pour essayer

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de masquer le plus possible les choses. L'autre problème c'est qu'une jeune fille qui est mineure,

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on peut la pousser un peu avec un peu d'insistement vers une hospitalisation.

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Une personne adulte, si elle n'a pas envie de se faire hospitaliser,

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elle ne se fera pas hospitaliser. Parce qu'on ne peut pas forcer une personne à être hospitalisée.

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Oui, c'est l'histoire du libre-arbitre qu'on a tous et toutes.

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Exactement. Et moi, par exemple, je sais que j'ai lutté,

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lutté, lutté, lutté pour ne pas me faire hospitaliser.

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Le problème, c'est qu'au final, à l'époque, je vivais à Paris,

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loin de ma famille. Du coup, eux, c'était aussi difficile de se rendre compte de mon évolution.

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Je pouvais venir à un moment où j'allais mieux et juste après,

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je n'allais plus du tout bien. Et en fait, c'est le jour où j'ai,

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moi, dit à ma mère, en pleurant, « Maman, j'ai besoin d'aide,

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j'ai besoin de me faire hospitaliser », que là, j'ai senti la libération de ma mère,

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parce qu'en fait, elle n'a jamais pu me forcer à quoi que ce soit.

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Voilà, donc après ça, peut-être qu'on parlera un petit peu plus après de la partie hospitalisation,

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mais peut-être expliquer aussi qu'est-ce qui se passe dans la tête d'une anorexique.

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Je pense que c'est important.

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Bien sûr, parce que souvent, en fait, toute cette souffrance est tellement intériorisée et

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tellement incomprise. Parce que c'est quand même ce que je trouve incroyable,

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c'est que les TCA c'est à peu près 5 à 10 % de la population.

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Donc hommes-femmes, même s'il y a 90 % de femmes pour les diagnostics.

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Mais l'anorexie spécifiquement, c'est 1 à 2 % de ces personnes qui ont un trouble du comportement

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alimentaire. Donc c'est assez peu, même si 1 % de 60 milliards c'est beaucoup.

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De 6 milliards pardon. Et c'est vrai que comme tu l'as dit tout à l'heure,

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c'est extrêmement minimisé alors que c'est un des troubles psychiatriques avec le taux de mortalité

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le plus élevé. Puisque ça touche directement à ce qui nous fait vivre,

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c'est-à-dire la nourriture. On est obligé en tant qu'être humain,

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on ne peut pas vivre sans nourriture, ce n'est pas possible.

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Et du coup c'est très, comme en plus c'est très social la nourriture,

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il y a beaucoup de choses qui vont être cachées pour qu'en société ça ait l'air normal.

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Mais que derrière, il y a cette souffrance qui soit inconnue du plus grand nombre et,

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a fortiori, des praticiens et des soignants qui essayent d'aider,

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mais qui, du coup, ne seront peut-être pas les plus à même de comprendre exactement ce qui se

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passe. Parce que, comme tu le disais, ces comorbidités,

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ça rebondit par rapport au diagnostic, donc ça ne fait qu'amplifier.

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Et c'est juste un signal d'alarme très fort que d'avoir une anorexie mentale.

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Parce que c'est, comme tu l'as dit, tous les autres troubles latents qui n'arrivent plus qu'à

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s'exprimer de cette manière. Et derrière il n'y a pas forcément la réponse médicale attendue,

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ni comment réussir à aider la personne, puisque comme tu disais cette histoire de libre arbitre et

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d'aide à chercher. Mais comment faire pour entre guillemets forcer une personne à se nourrir ?

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C'est pas évident quoi.

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On peut pas. Clairement, on ne peut pas. En fait,

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moi, ma maladie, je l'ai toujours perçue. Alors moi,

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c'est ma perception, bien sûr. Mais en fait, moi,

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ma maladie, je l'ai toujours perçue comme ayant en moi une autre personne.

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Ça a toujours été la maladie et moi. Et encore aujourd'hui,

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parce que les statistiques et les médecins le disent,

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une anorexie qui dure plus de 5 ans, s'il n'y a pas de...

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En fait, une anorexie qui est prise en charge à temps et avec quelqu'un d'assez...

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pris à temps et on va dire réceptif en face, si elle peut être guérie en 5 ans et si elle est

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guérie dans les 5 ans, il y a très très peu de chances de récidive.

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Une anorexie qui a plus de 5 ans, on dit qu'elle tombe dans ce qu'on appelle,

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enfin c'est chronique en fait. C'est que l'anorexie elle devient chronique,

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et que en gros c'est un peu le boulet avec lequel on vit au jour le jour,

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avec qui on négocie. Donc, c'est pour ça que moi,

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j'ai toujours dit que c'était la maladie et moi,

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c'est-à-dire que je suis devenue négociatrice du FBI grâce à cette maladie.

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Parce qu'en fait, dans notre tête, ce qui se passe,

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c'est... En fait, à table, il peut y avoir un repas,

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il peut y avoir des discussions, mais en fait, pendant le repas,

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dans la tête, il y a 10 millions de discussions.

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Et encore aujourd'hui, il y a dans ma tête, dès que je dois manger,

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c'est un florilège dans ma tête parce que c'est tout le monde qui dit "non mais fais pas ça",

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"ah mais si il faut le faire", "ah mais non il faut pas le faire",

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"ah mais si il faut le faire", "ah mais non il faut pas le faire".

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Et en fait c'est épuisant, ça crée encore plus un épuisement mental parce qu'on est tout le temps en train de négocier avec

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soi-même. Du coup on finit de fatigue par laisser la place à la maladie parce que c'est plus

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simple. Et au bout d'un moment on perd le contrôle.

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Moi pourquoi je suis tombée malade, j'avais un ex qui était violent,

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pas par les gestes mais par les mots. Les mots peuvent avoir des fois beaucoup plus d'impact que

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les gestes. J'ai perdu beaucoup d'estime de moi à ce moment là.

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Et j'avais mon petit ami à l'époque qui était en plus jaloux et hyper possessif.

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Et donc du coup j'ai été obligée de m'isoler. Je devais voir mes amis en cachette,

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c'était hyper compliqué. Et du coup, en fait, la seule chose que je pouvais contrôler dans ma vie à

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l'époque, c'était la nourriture et faire du sport.

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Et en fait, ça a commencé comme ça. Mais c'est hyper innocent.

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Et en fait, petit à petit, on se dit « Ah, mais non,

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mais j'ai le contrôle. Je contrôle ma nourriture.

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Je contrôle mon sport. C'est cool. J'ai du contrôle sur ma vie.

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» Mais au bout d'un moment, on n'a plus le contrôle sur notre vie du tout.

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Et c'est la maladie qui a un contrôle sur nous. C'est-à-dire que tout prend des proportions

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énormes. C'est-à-dire que moi, je peux voir une assiette comme étant un bol immense et remplie à

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ras bord. La personne en face de moi va voir l'assiette comme étant vide.

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Et en fait, l'anorexie, c'est aussi une force mentale,

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mais phénoménale. C'est-à-dire que je ne sais même pas aujourd'hui comment j'ai fait pour pousser autant mon corps au bord

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du précipice. Et comment j'ai fait pour tenir ? Comment j'ai fait pour ne pas avoir faim ?

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En fait, c'est que l'anorexie, c'est en gros reprogrammer,

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enfin l'anorexie reprogramme complètement ton cerveau.

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Genre, tu ne penses plus de la même manière, tu ne sais même plus comment tu étais avant la

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maladie, tu ne sais plus ce que tu aimais avant la maladie,

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ce que tu n'aimais pas. En fait, tu reprogrammes ton cerveau et tu reprogrammes ton corps.

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C'est-à-dire que tu ne peux pas demander à une anorexie du jour au lendemain de manger un mont

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d'or. Le mont d'or, c'est le fromage fondu. Parce que son corps va le rejeter aussi.

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En fait, finalement, c'est horrible à dire, mais les gens n'ont pas conscience que les anorexiques mentaux ont la même souffrance

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en crise majeure que des personnes qui ont été dans les camps de concentration.

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C'est horrible ce que je suis en train de dire, j'en ai bien conscience,

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mais que des personnes qui ont vécu l'affamement forcé.

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C'est pareil ! Sauf qu'en fait, vous, vous vous êtes forcés,

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entre guillemets, tous seuls, par cette entité, cette maladie qui vous plombe.

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Mais c'est ce degré de souffrance-là.

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C'est ça. Et en fait, tout nous fait peur. Moi, j'avais peur de tout.

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Pour un rien, je pouvais sursauter. Une assiette,

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un repas, tout était angoisse pour moi. Et surtout,

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tout était un synonyme de culpabilité. J'étais incapable.

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Et en fait, si je mangeais un truc, il fallait que derrière,

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je fasse 15 millions d'efforts pour me déculpabiliser.

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D'où la bigorexie dans laquelle je suis tombée. C'est-à-dire que le seul truc pour me calmer

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l'esprit, c'était souvent d'aller faire du sport et faire trop de sport.

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Je faisais tous les matins du sport à jeun. J'étais capable tous les matins d'aligner 20 burpees,

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des jumping jacks, des abdos et 2 minutes de planche tous les matins à jeun.

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J'allais courir une heure, une demi-heure à jeun.

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Et le reste de la journée, je ne mangeais que des fruits et légumes.

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Et j'avais supprimé toutes les matières grasses de ma vie,

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toutes les protéines, toutes les matières grasses.

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Donc en fait, quand je montais sur une balance, celle qui pèse vraiment tout mon squelette,

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c'était du muscle et des os. Voilà, c'est tout. Et ma peau.

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Je n'avais pas du tout le pourcentage de graisse minimum à avoir.

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Et tout ça derrière, ça a un impact aussi forcément sur le boulot.

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Parce que moi en fait du coup, pour oublier le fait que j'avais cette maladie,

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je me suis enfermée dans le boulot. Donc j'ai fait un burn out.

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Donc ça c'était juste avant de me faire hospitaliser.

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Et en fait le problème, c'est que ça a tellement d'incidence aussi sur le cerveau,

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c'est à dire que le cerveau il est sous alimenté.

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Le cerveau a besoin de gras.

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Et donc du coup on réfléchit plus correctement. Donc en fait,

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on vit dans un brouillard constant. Et donc on fait des choses de manière très manuelle,

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on n'a plus envie de débattre, on n'a plus la force pour comprendre les choses,

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on se laisse envahir par les émotions et en même temps on est en situation où on a zéro émotion.

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C'est-à-dire que, en fait, j'étais, et je le suis encore,

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c'est encore très difficile la gestion des émotions pour moi,

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parce qu'en fait, je suis tellement envahie d'émotions contradictoires en moi et d'émotions fortes

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que le plus souvent, en fait, je coupe. Et du coup,

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on a l'impression qu'en face, il y a une personne froide,

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il y a une personne qui n'a pas d'émotions, mais en fait,

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c'est juste que c'est tellement trop intense derrière.

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Parce que tout a un coût, en fait.

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C'est ça. Manger ne serait-ce qu'une petite miette de fruits,

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ça a un coût calorique, entre guillemets, derrière.

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C'est bête, mais un ananas, je n'arrivais plus à en manger.

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La mangue, pareil, parce que c'est des aliments et des fruits qui sont reconnus comme,

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certes, des fruits, mais qui sont extrêmement riches en sucre.

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Donc, forcément, ça rentre dans notre calcul. Et après,

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le problème, c'est que derrière ça, moi, on m'a déjà posé la question,

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en fait, quelle est la solution quand on est une personne qui est atteinte d'anorexie ?

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Qu'est-ce qu'il faut faire ? Est-ce qu'il faut faire tout de suite hospitaliser ?

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Et je suis en mode, en fait, "non, non". On peut s'en sortir de l'anorexie sans être hospitalisé.

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L'hospitalisation n'est pas automatique. Il y a des jeunes filles qui sont capables de s'en sortir juste avec la thérapie

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et un accompagnement diététique, c'est possible.

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Pourquoi on essaye aussi de faire le plus possible ce genre d'hospitalisation ambulatoire on va

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dire, c'est parce qu'en fait l'hospitalisation clinique peut-être traumatisante.

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Oui, bien sûr.

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Moi, j'en suis traumatisée.

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C'est vrai que je me souviens quand j'étais allée te voir et que tu avais la sonde dans le nez.

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Oui, parce qu'en fait, l'hospitalisation que j'ai faite,

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moi j'étais hospitalisée à Lyon, donc c'est une des cliniques aussi qui est très reconnue autour de

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l'anorexie. J'étais allée à Lyon parce que toute ma famille était plus proche de Lyon,

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donc c'était plus facile que de me faire hospitaliser à Paris et d'être loin de ma famille.

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Donc je m'étais fait hospitaliser à Lyon. J'ai eu la chance,

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j'ai eu une place vite. Et heureusement, parce qu'en fait je suis rentrée à l'hôpital,

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je faisais 36 kilos, 36,6. Sachant que quand je suis arrivée à l'hôpital...

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Ce qui n'est pas assez, je précise.

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Oui je fais 1m61 donc clairement j'étais dans le rouge-rouge.

21:42

Et en plus, quand je suis arrivée, donc l'hospitalisation elle arrive,

21:47

et en fait on nous enlève toute notre vie. On n'a plus droit au téléphone,

21:52

on n'a pas accès à internet, et on est dans une chambre qui fait 10 mètres carrés.

21:58

Et on passe notre journée enfermée dans cette chambre.

22:02

Et on nous ferme la salle de bain pendant les repas.

22:05

L'hospitalisation, moi la mienne, comment elle s'est passée,

22:09

après ça change d'une clinique à l'autre, mais en gros moi c'était vraiment une hospitalisation en quatre contrats qu'on devait

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passer. Premier contrat, pas de téléphone, enfermée dans sa chambre tous les jours et on fait juste le repas du midi avec

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les autres qui sont en contrat 1 et le repas du soir,

22:24

on est dans notre chambre, et petit déjeuner aussi dans notre chambre.

22:30

Contrat 2, on a le repas du midi dans le réfectoire avec toutes les autres patientes,

22:34

et le repas du soir dans notre chambre, et l'après-midi,

22:37

on a le droit et le matin, on a des droits de sortie dans les jardins et se promener.

22:43

Contrat 3, on récupère notre téléphone deux fois par semaine,

22:48

et on passe le repas du midi et le repas du soir au réfectoire,

22:52

et on a le droit de veiller le soir et de se faire des soirées entre copines entre guillemets pour se re-sociabiliser au

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final. Parce qu'au final on est dans notre chambre enfermée.

23:04

Et contrat 4, là t'es téléphone à gogo, t'as des droits,

23:10

t'as droit à des permissions pour rentrer un week-end chez ta famille,

23:14

sous autorisation bien sûr du psychiatre en chef,

23:17

et sinon on a aussi la possibilité de sortir la journée et se balader par exemple dans Lyon.

23:23

Donc voilà. Moi le problème, c'est que normalement dans une hospitalisation qui va tout bien,

23:31

qui n'arrive jamais, on reste à peu près un mois dans chaque contrat.

23:36

Sauf que moi le premier mois j'ai pas mangé. J'ai rien mangé jusqu'à mi-décembre.

23:45

Donc pendant un mois, je continuais à ne rien manger.

23:47

Je ne mangeais pas mon repas du midi, je ne mangeais pas mon repas du soir,

23:51

je ne mangeais que des fruits. Ça m'arrivait même de piquer des fruits sur les plateaux des patientes qui ne les avaient

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pas finis à midi pour me sustenter avec ça, parce que je ne mangeais vraiment plus rien.

24:00

Au point où en fait j'étais arrivée où je n'allais plus à la selle.

24:07

Du coup je m'inquiétais, je disais "c'est pas normal je vais plus à la selle".

24:11

Mais en fait, c'est parce que je ne mangeais pas.

24:12

Et à un moment ils me faisaient des prises de sang,

24:17

et là ça faisait je crois qu'ils ne m'en avaient pas fait une depuis longtemps,

24:20

et puis d'un coup ils m'en font une, et du jour au lendemain ils me disent "écoutez Inès,

24:25

là ça peut plus, là on est obligé de vous mettre sous perfusion,

24:28

parce que vos reins et votre foie sont en train de lâcher".

24:32

Je pense que j'étais tombée au moins en dessous des 34,

24:37

autour des 34, même peut-être moins. Parce que pendant un mois sans manger,

24:41

et je continuais à faire mon sport tous les matins en scred.

24:44

Je mettais ma couverture sur le sol pour pas que les gens m'entendent sauter,

24:47

et voilà, c'était toute une technique, pour dire.

24:51

Et pour faire semblant de manger mon plateau, je cachais dans un mouchoir que je cachais dans mon

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tiroir, qu'après je jetais aux toilettes. Voilà c'était plein de choses.

25:01

Et j'en suis arrivée à un stade où ils m'ont dit « Inès,

25:04

on vous met sous perfusion pendant 48 heures parce que vous êtes en train de perdre vos organes.

25:09

» Et j'ai eu la sonde gastrique. La sonde gastrique,

25:14

c'est un tuyau qui passe dans la narine, qui descend dans l’œsophage et qui arrive directement dans

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l'estomac. Et tous les soirs, on a une poche de compléments alimentaires qui passe.

25:26

Alors moi, je n'ai pas eu la plus grosse des poches.

25:29

Il y a des patients qui ont beaucoup plus que ça.

25:31

Mais j'avais déjà ça aussi qui était assez conséquent.

25:34

Et j'ai aussi fait la technique d'essayer de jeter la moitié dans le truc en faisant sortir plus

25:40

tôt. J'ai tout essayé, c'est pas la bonne chose.

25:46

Mais tu étais en combat avec toi même à ce moment là.

25:49

C'est pas tu as tout essayé, c'est ton combat mental était si intense qu'il y a ce moment là où

25:59

des fois tu faisais ça.

26:01

C'est ça. Et en fait la sonde gastrique elle est là pour te sauver,

26:05

pour te sustenter, pour te donner de l'alimentation.

26:07

Donc c'est 2000, 1200, c'est énormément de calories qui t'arrivent dans le corps.

26:12

Sauf que moi dans ma tête, du coup je ne voulais encore moins manger.

26:15

Et le pire, c'est que devant les infirmières, devant les médecins,

26:20

j'étais toute sourire en mode "tout va bien, je suis heureuse,

26:23

je suis trop bien". Je mettais la musique à fond,

26:25

je dansais etc. C'était vraiment le caméléon qui fait genre,

26:32

non, "tout va bien, je vais bien", "mais non, je mange".

26:35

Si tout va bien, on pourra te redonner à ta vie d'avant et donc plus personne n'ira surveiller ce

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que tu fais.

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C'était vraiment compliqué. À l'époque, j'étais en couple avec un ex qui,

26:47

en plus, a déclaré quand il a vu que ma maladie s'accentuait dans l'été,

26:52

donc je me suis hospitalisée en novembre, et quand il a vu qu'en l'été,

26:56

pendant l'été, ma maladie s'était accentuée. Il a dit « Tu sais quoi ?

27:01

Tu m'avais promis que tu te battrais et que tu t'en sortirais.

27:03

Tu ne l'as pas fait, donc je ne veux plus entendre parler de ta maladie.» »

27:07

Ce qui n'est pas du tout à faire, je précise.

27:10

Je précise, mais du coup, par contre, l'avantage de cette relation,

27:14

c'est que quand on a rompu, je vous dis les choses honnêtement,

27:18

il m'a plaqué comme un connard. Parce qu'en fait,

27:22

on a échangé par téléphone, parce que vu que je n'avais pas de téléphone,

27:24

je lui écrivais des lettres et lui il m'envoyait des lettres.

27:28

Et du coup en fait on s'est séparés où un jour les infirmières m'ont prêté un téléphone pour

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l'appeler. Et en gros il m'a dit "oui il faudrait qu'on discute,

27:35

je pense que c'est la fin". Je lui ai dit "oui, bah oui je pense aussi",

27:37

je suis pas quiche quoi. Et au final il est jamais venu le faire en face à face.

27:43

Et étrangement, c'est l'avantage de cette relation,

27:46

j'ai eu un déclic. Parce qu'en fait en même temps,

27:49

j'avais eu mes grands-parents au téléphone qui étaient hyper inquiets,

27:51

et en fait ça m'a fait un déclic. Et du jour au lendemain j'ai commencé à manger tous mes

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plateaux, toute ma bouffe. Et j'ai fait beaucoup d'efforts pour prendre du poids.

28:01

Mais alors là, spoiler alert, tous ceux qui se plaignent que c'est très dur de perdre du poids,

28:07

sachez que c'est tout aussi dur de prendre du poids.

28:10

C'est à dire qu'en fait, le corps il est tellement affamé pendant une longue période,

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moi ça faisait quand même quand je me suis hospitalisée j'avais 23 ans,

28:18

j'étais malade depuis 18 ans, donc ça faisait déjà beaucoup beaucoup de temps que,

28:23

ça faisait 5 ans déjà, que j'affamais mon corps.

28:26

Pas de manière continue. J'avais sûrement des phases un peu où j'avais plus d'anorexie que

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d'autres. Mais ça faisait quand même 5 ans que je me traînais ça déjà.

28:35

Et quand je suis arrivée à l'hôpital, juste avant l'hôpital,

28:37

la dernière année avant de me faire hospitaliser,

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c'était vraiment la pire. C'est-à-dire que j'ai vécu en perte de poids...

28:43

Je suis passée de... J'ai perdu quasiment... Je perdais quasiment 1 kg par semaine à la fin dans

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les pesées, en fait.

28:50

Ce qui n'est pas normal, encore une fois. Je le reprécise à chaque fois pour les auditeurices,

28:55

mais effectivement, perdre cette quantité de poids par semaine,

28:58

ce n'est pas une perte normale. Avoir ce poids-là pour cette taille,

29:04

ce n'était pas un poids normal pour être en bonne santé.

29:10

Là, ce que tu nous racontes, c'est vraiment les moments où la maladie qui était présente dans ton cerveau et qui du coup

29:18

est toujours là, contre laquelle tu te bats tous les jours.

29:22

Cette maladie là avait entre guillemets pris l'ascendant à ce moment là.

29:26

Là en fait j'avais vraiment baissé les bras, je l'ai laissée complètement s'occuper de moi.

29:30

En fait là sur les derniers mois avec la maladie,

29:33

c'était plutôt en mode "vas-y la maladie fais ce que tu veux",

29:35

"fais ce que tu veux de mon corps, fais ce que tu veux de ma tête,

29:38

fais moi disparaître si tu veux me faire disparaître c'est pas grave".

29:42

J'étais épuisée, je voulais plus me battre, et me battre au final seule,

29:48

sans être seule. J'avais plein de gens autour de moi,

29:51

j'avais des amis, tout ça, tout le monde était inquiet.

29:54

Mais j'avais plus envie de battre. Et après, du jour au lendemain,

30:00

j'ai recommencé à manger. Donc ça, il faut se rééduquer,

30:02

et c'est très compliqué, parce que c'est des plateaux qui sont censés être vus par des

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diététiciennes et des diététiciens. Mais en fait,

30:10

dans notre tête, on est en mode mais c'est pas possible,

30:12

on peut pas manger autant en une journée. C'est pas normal que de manger autant.

30:15

Donc en fait, on panique complet. Et au final, en fait,

30:20

on prend pas de poids. Le pire, je crois que ça a été quand on a eu une épidémie de gastro.

30:25

Mais l'épidémie de gastro, elle a été ravageuse.

30:27

Moi encore, j'ai eu une petite gastro et j'avais perdu plus d'un kilo en même pas une semaine.

30:33

Mais il y a des patients qui ont eu la grosse gastro et alors elle,

30:35

ça a été ravageur. Et du coup, là, ça fait fait reculer.

30:38

C'est en mode on recommence, on re-rame. Après, le problème aussi avec la nourriture,

30:45

c'est que le seul moyen aussi de guérir, c'est de passer par des médecins qui sont spécialistes,

30:50

des cliniques qui sont spécialisées. Je ne vous le cache pas,

30:54

c'est un gros coût financier. Moi, je sais que j'ai des patientes...

31:00

Moi, j'ai eu la chance, j'avais deux mutuelles. J'avais encore la mutuelle de mes parents et ma

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mutuelle. Et je touchais les indemnités journalières qui m'ont permis permis de payer mon

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hospitalisation avec mes deux mutuelles, tout rembourser mon hospitalisation.

31:13

Mais j'avais des patientes qui, elles, ne pouvaient s'offrir que trois mois d'hospitalisation.

31:19

En trois mois, comme je vous ai dit, si on fait un mois par contrat,

31:22

on n'arrive pas au bout des trois mois. On n'arrive pas au bout du quatrième contrat.

31:27

Il manque un truc. Il y a plein de patientes qui,

31:30

au bout de trois mois, partent parce que elles n'ont plus d'argent.

31:35

Elles n'ont plus d'argent. Elles se battent encore dehors et elles reviennent à l'hôpital après.

31:41

Oui, parce qu'en fait, ce n'est pas du tout linéaire comme maladie.

31:43

C'est une maladie qui fluctue énormément. Et du coup,

31:46

la guérison n'est pas linéaire. La prise en charge n'est pas linéaire.

31:50

L'évolution du corps n'est pas linéaire. Du coup,

31:54

ça fait beaucoup de facteurs qui ne sont pas pris en compte par la prise en charge médicale,

32:03

on va dire. En tout cas, les frais à engager et même la pression sociale aussi.

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Parce que derrière, personne n'a envie que ça prenne 100 ans pour guérir.

32:12

Mais c'est malheureusement une maladie qui prend du temps.

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Et puis, c'est une maladie où on peut avoir aussi honte.

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Moi, j'ai eu de la chance de ne pas vivre ma maladie,

32:22

à partir du moment où je l'ai acceptée et que j'ai voulu guérir,

32:24

j'ai décidé de ne pas vivre ma maladie comme une honte,

32:27

comme quelque chose que je devais cacher. Pas non plus quelque chose dont je suis fière pour être

32:32

honnête, mais plutôt pour dire genre "moi aussi je me bats".

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Et typiquement la sonde, j'ai encore tous mes carnets,

32:42

parce que j'écrivais beaucoup à l'hôpital. Si je relis mes carnets,

32:45

je pense que j'aurais très peur, parce que je pense que les tout premiers carnets de

32:48

l'hospitalisation, je raconte tous mes repas, je décris mes repas en détail,

32:52

c'est assez perturbant. Mais quand on m'a mis la sonde,

32:55

pour tenir le fil de la sonde la journée, parce qu'on ne nous enlève pas la sonde,

32:59

on a un scotch. Et moi le scotch, j'ai fait beaucoup de dessins quand j'étais à l'hôpital,

33:06

tous les jours je changeais mon scotch. Et tous les jours je le décorais.

33:10

Au point où les infirmières m'avaient donné un rouleau de scotch pour m'éclater et le faire.

33:16

Et du coup ça me permet de rebondir là dessus, c'est de dire aussi que l'hospitalisation ça m'a permis de faire pas mal

33:22

d'art, qui était du coup assez thérapeutique. Je lisais beaucoup déjà de base,

33:28

mais je me suis mise à faire énormément de dessins,

33:31

mais au point où en fait..

33:32

Toute ta chambre était tapissée.

33:34

Voilà toute ma chambre était remplie de dessins. J'en envoyais par la poste,

33:37

j'avais des gens qui m'en commandaient etc. Que ce soit dans les patientes ou dans les amis.

33:40

Donc voilà j'avais vraiment des dessins partout.

33:43

Donc j'ai fait pas mal d'art thérapie pour essayer de calmer la partie plutôt anxieuse.

33:51

On a toute une armada derrière nous quand on est hospitalisé.

33:55

On est vu une fois par semaine, après la pesée,

33:58

par le psychiatre en chef, qui lui est là pour nous taper sur les doigts ou pas.

34:03

Il ne nous dira jamais qu'on a bien fait, que c'est bien,

34:06

mais il sera toujours là pour nous dire quand ce n'est pas bien.

34:08

Donc quand on ne nous fait pas de reproches, c'est-à-dire que tout se passe bien et qu'on peut être

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fier de nous. Ensuite on avait un psychiatre qui nous suivait.

34:15

On le voyait, au début de l'hospitalisation, tu les vois entre 2 et 3 fois par semaine.

34:22

Tu vois un interne en psychiatrie pareil, une ou deux fois par semaine.

34:27

Psychologue, une à deux fois par semaine. Et les infirmières à qui il faut aussi demander des temps de parole pour parler

34:36

de nos problèmes. Parce que si on le fait pas, on se dit qu'il y a anguille sous roche.

34:41

Puis aussi comme on le rappelle, l'anorexie "mentale",

34:44

donc si on arrive à traiter le mental, ça peut permettre aussi de trouver des solutions qui sont en amont de ce qui a déclenché

34:51

le trouble.

34:52

Oui, mais le seul souci, et c'est ce que je reproche à l'hospitalisation,

34:55

c'est que quand je suis sortie de l'hôpital, en plus je suis sortie c'était le Covid,

34:59

c'était le premier Covid, c'était juste avant le premier déconfinement.

35:04

Et le problème c'est que pendant toute mon hospitalisation,

35:07

j'ai eu aucun accompagnement sur l'appropriation du corps,

35:13

l'estime de soi, et surtout sur la partie diététique.

35:18

C'est à dire que moi quand je suis sortie de l'hôpital,

35:21

heureusement je suis retournée chez mes parents.

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Mais en fait j'ai perdu tous les effets de mon hospitalisation en 3 mois.

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Je suis sortie de l'hôpital, je faisais 42 et quelques.

35:33

Au bout de 2 mois et demi, je suis retombée à 38.

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Parce que du coup il n'y avait pas le même suivi.

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C'est ça. En fait on a un champ de possibilités devant nous.

35:42

Et alors là c'est l'angoisse qui remonte d'un coup.

35:45

C'est-à-dire "mais qu'est-ce que je dois manger",

35:47

"mais où je dois manger" et "pourquoi je dois réfléchir à ce que je dois manger".

35:50

Qu'est-ce que j'aime ? Qu'est-ce que j'aime pas ?

35:53

Ça c'est la question qui reviendra le plus souvent quand on est anorexique.

35:56

C'est est-ce que j'aime ou est-ce que j'aime pas ?

35:58

Est-ce que j'ai faim ou est-ce que j'ai pas faim ?

36:00

Est-ce que j'ai assez mangé ou est-ce que j'ai pas assez mangé ?

36:02

En fait c'est des questions constantes, parce qu'on a aucune sensation de satiété.

36:06

On a perdu le goût de manger. Donc en fait moi, c'est que maintenant,

36:10

maintenant après 12 ans de maladie, que je fais "ah mais j'adore ça",

36:17

"ah mais ça c'est trop bon", "ah mais ça c'est...".

36:19

Et c'est maintenant en fait que je retrouve le goût de la vie et le goût de l'alimentation.

36:26

Parce qu'en fait j'avais tout perdu à cause de cette maladie.

36:30

Et justement, ça nous fait d'ailleurs une très belle transition à ce que tu nous décris,

36:34

le passage de l'hospitalisation à la vie quotidienne,

36:38

entre guillemets. Je te propose qu'on essaye de rentrer un petit peu dans cette partie-là,

36:43

qui concerne un petit peu ton quotidien avec cette maladie,

36:48

l'impact que ça a sur ta vie. Donc là, on a commencé à l'aborder un petit peu.

37:00

C'est vrai que, comme tu disais, recalculer ou ne plus calculer justement,

37:08

qu'est-ce qu'on va pouvoir manger, quoi choisir,

37:11

qu'est-ce que c'est avoir faim, comment ça se passe avec les proches,

37:15

avec les amis, au niveau professionnel, quand tu es revenue dans cette vie quotidienne,

37:20

entre guillemets, comment tu l'as vécu, justement ?

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Ce podcast vous a été présenté grâce à la solution de diffusion de podcast Castopod.