La semaine dernière.
Aujourd'hui, je reçois Inès et nous allons parler ensemble de troubles du comportement alimentaire.
Et donc c'est vrai que, comme tu disais, recalculer ou ne plus calculer justement qu'est-ce qu'on
va pouvoir manger ? Quoi choisir ? Qu'est-ce que c'est avoir faim ?
Comment ça se passe avec les proches, avec les amis,
au niveau professionnel ? Quand tu es revenue dans cette vie quotidienne,
comment tu l'as vécu justement ?
Alors, en fait, du coup, deux mois et demi après l'hospitalisation,
quand je suis retournée faire une visite de contrôle à l'hôpital,
parce qu'en fait, à la base, j'aurais dû continuer en hôpital de jour.
Mais vu qu'il y avait le Covid et que les patientes,
on est toutes des personnes à risque, il n'y avait plus vraiment de personnes qui avaient le droit
de rentrer dans l'hôpital. Donc, en fait, je faisais hôpital de jour par téléphone.
Et j'ai dû trouver une psychiatre du côté de Chambéry,
un peu à la "oneguen". Et en septembre, quand j'ai fait ma visite de contrôle et que le médecin m'a pesée et qu'il a vu
que j'avais tout perdu mon poids, etc. Il m'a dit,
en fait, moi, si j'étais moi, là, je vous réhospitalise.
Là, vous êtes de nouveau en sous-poids et en danger,
donc pour moi, je vous réhospitalise. Sauf que je venais de trouver un boulot.
Et du coup, j'ai dit non, non, non. Et en fait, j'ai été traumatisée par l'hospitalisation,
je n'avais qu'une peur, c'était retourner à l'hôpital.
Et j'ai dit non. J'ai dit, prescrivez-moi des compléments alimentaires et je vais m'en sortir comme
ça. J'ai eu des compléments alimentaires qui sont hyper protéinés,
hyper caloriques. J'ai mangé des compléments alimentaires jusqu'à...
Je crois que les derniers, je les ai mangés en 2023.
C'était les bouteilles ?
Les petits yaourts qui font 400 calories par pot.
Sauf que là encore, j'avais la maladie qui était présente parce que ça,
c'est censé être un complément alimentaire. Ce n'est pas censé remplacer.
Et du coup, moi, ça a remplacé mon petit déjeuner et ça me faisait le goûter.
Mais bon, j'ai réussi à survivre comme ça et à ne pas continuer à perdre du poids.
J'ai stabilisé, en fait. Je ne prenais pas de poids,
vraiment. Je prenais, je perdais, je prenais, je perdais,
mais j'avais stabilisé. Et en fait le seul truc qui m'animait c'était la peur de me retrouver en
hospitalisation à nouveau. Donc en fait je me suis dit je vais me battre et je me suis dit en plus c'est pas l'hospitalisation qui
va forcément me sauver. C'est à dire que j'ai constaté que oui l'hospitalisation m'a sauvée sur le moment mais en fait quand
je suis sortie de là bah en fait j'avais rien appris.
C'était une procédure d'urgence en fait.
Ce que tu voulais c'était quelque chose de concret qui te permette de tenir sur la durée.
En fait il faut tous se rééduquer. Quand je dis que la maladie a rééduqué le cerveau et le corps,
la guérison, c'est rééduquer à nouveau son corps et son cerveau pour dire,
il faut que tu manges plus, il faut que tu apprécies ce que tu manges,
c'est manger par exemple en pleine conscience. Donc j'ai été accompagnée par des psychiatres sauf
que c'était pas une spécialiste. Ensuite là quand je suis arrivée à Lyon bah là j'ai en fait trouvé une diététicienne qui
elle est spécialisée dans les TCA. Et je la remercie énormément parce qu'en fait c'est elle qui m'a sauvée de l'engrenage dans
lequel mon cerveau il était. C'est elle qui m'a aidée à reprogrammer mon cerveau,
qui m'a aidée à comprendre qu'est-ce que j'aimais,
qu'est-ce que j'aimais pas. Elle me donnait des objectifs,
j'avais des missions et au final des fois j'en étais même fière d'aller la voir et de dire aujourd'hui j'ai réussi à manger
ça, cette fois-ci j'ai réussi à manger ça. C'est sûr que c'est un investissement parce que ce n'est pas remboursé par la
sécu la diététicienne.
Comme les psychologues c'est pas remboursé.
Non, parce que c'est pas des médecins, contrairement aux nutritionnistes.
Mais la thérapie que j'ai eu avec elle, couplée en plus,
elle fait de la sophrologie, ça m'a beaucoup aidé sur les anxiétés.
Et on dit qu'une personne atteinte d'anorexie pour vivre au quotidien,
faut plus qu'elle pèse, faut pas qu'elle se pèse,
faut pas qu'elle pèse sa nourriture, faut pas tout ça.
Et bah sachez que moi je fais tout le contraire.
Enfin je me pèse jamais, parce qu'en fait la balance c'est une angoisse pour moi,
que ça soit que j'ai pris du poids ou perdu du poids.
Récemment j'ai reperdu du poids et en fait c'était une angoisse,
parce qu'en fait il y a la petite voix de la raison qui me dit "c'est pas bien Inès" et la voix de la maladie qui dit "hey
bien joué" tu vois. Et du coup, le fait de peser mon alimentation,
c'est ce qui me sauve aujourd'hui, parce qu'en fait,
je pèse des quantités normales pour quelqu'un à manger.
Si je ne pesais pas, je mangerais moitié moins, voire deux tiers de moins de ce que je mange.
Alors que là, ça te fait un cadre, en fait.
C'est ça, ça me fait un cadre qui me rassure. Pareil j'ai,
et ça c'est peut-être des traits qui se rapprochent par exemple du TDAH et de l'autisme,
c'est à dire que j'ai des aliments que je vais manger tout le temps,
les préférer, j'ai des phases. J'ai eu ma phase que j'ai encore un petit peu où je me fais cuire des pâtes que je mets au
Airfryer et après je trempe dans un yaourt. Débile !
Mais j'adore ça. Et en fait c'est du coup vivre au quotidien la maladie.
Quand on en sort, pas quand on est guéri, même quand on est guéri c'est réapprendre.
Quand on sort de crise quoi.
C'est ça, c'est réapprendre à apprécier les petites choses de la vie.
C'est aussi apprendre à écouter ses envies sans laisser la maladie parler.
Parce que des fois on a du mal à savoir qui parle.
Moi des fois je sais pas si si c'est la maladie qui me dit qu'elle n'a plus faim ou qu'elle n'aime pas quelque chose ou
est-ce que c'est vraiment moi qui n'aime pas ça ?
Et il y a des moments où je deviens schizophrène.
Je me dis, qui est dans ma tête ? Qui c'est qui parle ?
Qui c'est qui est dans le corps ? Des fois, c'est limite si je ne suis pas témoin de mon propre corps et que mon corps fait
ce qu'il veut derrière. C'est hyper compliqué parce qu'en fait,
il faut constamment être en débat dans sa tête. Tout est source d'angoisse.
Les repas, les repas de fête... Les repas de fête,
s'il vous plaît, c'est un enfer, c'est une source d'angoisse.
C'est en face de nous aussi avoir des proches qui ne comprennent pas ce qui se passe dans notre
tête. Ils disent mais pourquoi tu ne veux pas ? Pourquoi tu culpabilises ?
Qu'est-ce qui t'angoisse ? En fait, tu ne sais pas,
c'est viscéral, tu sens la sensation dans le vide.
Et il y a une fois où en fait, je me disais il faut que je mange,
il faut que je mange, ce n'est pas bien et tout.
Et je me suis forcée et j'ai mangé, c'était de la crème de marron.
C'était un dessert, la crème de marron et tout, j'étais en déplacement.
J'ai dit, vas-y, il faut que je le mange et tout.
Et je me suis forcée et j'ai mangé le truc. J'ai été malade avec une sorte de gastro pendant deux
semaines. Mon corps a complètement rejeté les choses.
Donc en fait c'est le quotidien d'une anorexie qui est sur la voie de la guérison,
qui est sortie de l'hôpital, ou même qui est encore malade.
C'est un combat constamment avec soi-même. Et du coup c'est hyper compliqué au niveau des relations
de famille, c'est hyper compliqué au niveau des relations amicales,
c'est difficile au niveau de la vie sociale. Même la vie amoureuse en fait ça devient hyper
compliqué, parce que surtout les relations sociales et les relations amoureuses,
c'est à dire de faire rentrer quelqu'un dans ta vie et lui expliquer bah non en fait je pourrais pas manger avec toi dans
tous les restaurants, non je pourrais pas aller faire des bouchons lyonnais avec tous mes amis,
non je peux pas faire des restaurants d'équipe toutes les semaines ou tous les jours,
non je ne peux pas faire. Enfin voilà c'est plein plein de moments de sociabilité qu'on se refuse.
Aujourd'hui, je suis capable de manger au restaurant.
Je trouve toujours un truc à manger, sauf si on m'emmène dans un bouchon lyonnais,
s'il vous plaît, ne le faites pas. Là, c'est vraiment me tirer une balle dans le pied et me prouver
que je suis malade. Je n'ai pas besoin de ça, mais je suis capable aujourd'hui d'aller dans des
restaurants japonais, des restaurants chinois, des restaurants libanais,
tout type de restaurant.
Tu peux manger quand même dans un restaurant, à trouver quelque chose,
tu n'es pas juste en spectatrice.
Il y a eu des fois où j'étais spectatrice. Il n'y a pas longtemps,
il y a eu un restaurant d'équipe et j'ai dit à ma collègue,
ne choisis pas ce restaurant, je ne pourrai pas manger.
Bien sûr, elle l'a choisi. Et on s'est retrouvés dans un restaurant où les seuls repas végétariens,
c'était soit des trucs avec des pommes de terre et du fromage fondu dessus,
soit c'était des burgers.
Oui c'est pas très facile.
Donc, j'ai un peu fait l'affront, c'est mon côté rebelle.
Je suis venue au restaurant et je les ai regardés manger.
Juste pour prouver le truc du dire, ok, je veux bien faire des efforts.
Mais je ne peux pas tout faire non plus. Je ne suis pas une surhumaine.
Je vais mieux, c'est sûr. J'ai fait énormément de chemin,
c'est sûr. Je suis là aujourd'hui. C'est grâce à ma famille,
c'est grâce à mes amis.
C'est grâce à toi surtout.
Oui, mais c'est vous tous qui m'avez donné une énorme force de me dire,
continuer à me battre, même mon chat. Aujourd'hui,
vous savez que j'ai adopté mon chat en 2021, donc un an après ma sortie d'hospitalisation.
Et c'était aussi le moyen de me dire, en fait Inès,
là t'as quelqu'un pour qui tu te bats tous les jours,
c'est mon bébé quoi, et du coup ça voulait dire si je me faisais hospitaliser,
qu'est-ce qu'il advenait de mon chat ?
Mais j'ai l'impression que ça revient beaucoup ça en termes de santé mentale.
Le fait d'avoir un animal duquel on est responsable et bien ça nous aide beaucoup avec nos maladies
diverses et variées. Parce que la personne, enfin la personne,
le chat, l'animal, ne va pas juger. Et le fait que l'animal ne juge pas,
ça nous rend encore plus heureux ou heureuse de l'aider,
de pouvoir participer à son bien-être. Et donc cette responsabilisation aide aussi à se dire je
dois être là pour cet animal.
Au début avant d'avoir mon chat, j'étais chez mes parents et du coup il y avait le chien,
donc Happy. Et Happy a été mon psy pendant un bon moment.
C'est à dire que quand j'allais pas bien, quand j'avais envie de parler,
et en fait des fois on a juste envie de parler, mais pas avoir forcément quelqu'un qui nous réponde
derrière, je parlais à mon chien et il me donnait un amour inconditionnel.
Et en fait il le sentait quand j'allais pas bien.
C'est à dire que d'un coup, il allait juste venir et poser sa tête sur moi,
et je savais que, en fait il sentait que j'étais en anxiété,
et que du coup il fallait m'aider, et voilà. Et en fait c'est vrai que la vie sociale,
la vie au boulot, tout ça, c'est hyper compliqué.
Moi pendant très longtemps et encore maintenant j'ai peur de rencontrer des gens.
Il y a des applications qui font pour des rencontres amicales,
mais c'est souvent des trucs qui tournent autour de la bouffe.
On a la chance et la malchance d'être dans le pays où la gastronomie c'est le nerf de la guerre.
C'est à dire que on est à table, on parle de bouffe.
On est en pause, on parle de bouffe. On raconte notre week-end,
on dit ce qu'on a cuisiné, on dit qu'on a fait nos courses,
on dit qu'on a fait des restos. La vie d'un français tourne autour de la nourriture, honnêtement. honnêtement.
Il y avait une phrase qu'on mentionnait beaucoup dans ma famille,
c'était qu'il y a beaucoup de familles françaises où on vit pour manger au lieu de manger pour
vivre. Et c'est vrai que vu qu'il y a beaucoup de spécialités,
qu'on fait tout autour des restaurants, des plats,
que les familles se rencontrent autour de la table et qu'il y a un peu cette envie aussi de faire
partie d'un groupe. Si on ne mange pas pareil, et on le voit bien avec les personnes qui ont des régimes alimentaires différents
comme les véganes, les végétariens, les sans gluten...
Il y a plein de personnes qui ont pour diverses raisons des régimes alimentaires différents,
et ça impacte leur relationnel. Donc évidemment que dans le cas d'une maladie aussi impactante par
rapport à la nourriture, c'est sûr qu'en France c'est pas le meilleur pays effectivement.
Et du coup honnêtement, moi ce que j'ai, si j'avais un conseil honnêtement à dire,
c'est de parler en fait. Moi j'ai arrêté de trouver des excuses en disant "non merci non ça va merci j'ai pas faim" avec
toujours un grand sourire. Encore maintenant mon père se moque de moi quand il me propose quelque chose à manger et que
je le regarde je fais "non merci, merci". Et là,
il me regarde en mode "pourquoi j'ai demandé en fait". "pourquoi j'ai demandé en fait". Voilà.
Ecoute c'est un progrès. Ça veut dire qu'au moins,
il a compris que c'était au delà de juste "j'ai pas faim" et que c'est un réflexe, etc. etc.
C'est ça, c'est que en fait, il y a plein de choses que on ne veut plus forcément manger.
Il y a plein de choses c'est encore difficile. Je serais incapable.
Je commence à manger un peu de la crème, etc. Mais la cuisine au beurre,
la truc, tout ça, c'est hyper compliqué pour moi.
Et quand je vais en manger, ça va me coûter beaucoup.
Je vais pas manger comme n'importe qui. J'ai besoin de tout peser.
Donc à partir de ce moment là, c'est quand même un peu compliqué.
Même les repas, ou les repas de nouvel an par exemple avec des potes,
ou les soirées avec les amis. Moi j'ai des amis,
on fait des soirées toutes les semaines, et en fait à chaque fois on cuisine les uns pour les
autres. Sauf qu'ils mangent, il est 22h et sauf que moi j'ai des TOCs.
Dans mes TOCs alimentaires j'ai plein d'autres TOCs.
Notamment le fait de peser, le fait de manger à la même heure tous les jours,
que ce soit le midi ou le soir. Le midi je suis devenue un peu plus flexible.
Wouah !
Attention c'est funky ! Mais le soir c'est, je ne peux pas manger passé 20h,
sinon mon cerveau : complètement en mode "ah bah non j'ai plus faim".
Ah oui.
Et en fait c'est juste ça. Et donc du coup c'est vrai que c'est difficile.
Au début tu te dis, bah comment je vais faire, je vais aller à une soirée,
je vais aller à un truc et je suis pas capable de manger.
Je vais t'offrir une balance lance portative.
C'est ça, mais du coup, en fait, ce que j'ai commencé à faire,
c'est que mes soirées avec mes potes, je leur ai dit : j'ai une anorexie,
ça se passe comme ça, je ne suis pas capable de manger avec vous,
du coup, est-ce que ça vous dérange si les soirs où on fait soirée,
soit je mange avant et je viens et on fait soirée et tout,
(parce qu'en général, on se rejoint même à 20h30,
donc j'ai le temps de manger chez moi et de les rejoindre),
soit je ramène, si on se rejoint par exemple à 19h ou 19h30,
en fait, je ramène ma popote de chez eux et je mange mon repas que j'ai fait.
Et en fait ça passe crème en fait.
Normalement les gens qui comptent pour toi, ou en tout cas les gens importants,
c'est des gens qui sont capables de comprendre cette difficulté.
Mais après en fait le problème, c'est que eux c'est des bonnes pâtes,
ils sont vraiment pas chiants. Genre c'est pas compliqué,
même les repas de nouvel an, si je leur dis bah non mais je fais mes courses dans mon coin et je
ramène mon truc, ils sont en mode pas de soucis tu fais ce que tu veux Inès.
Tu vois ils sont vraiment en mode tu fais comme tu veux.
Mais quand il y a un investissement émotionnel plus important...
C'est pas la bonne chose à dire, parce qu'en fait dans ces amis là,
il y a mon meilleur ami, je peux pas dire qu'il n'y a pas d'investissement émotionnel dans l'histoire. l'histoire.
Mais il n'y a pas le poids peut-être par exemple...
Du passé. C'est ça. Ce qui a été très dur avec moi,
et qui me blesse encore, c'est d'entendre ma famille ou des amis me dire : "en fait j'aimerais bien partir en voyage avec
toi Inès mais en fait ça m'angoisse par rapport à la bouffe".
Et je me demande pourquoi. "En fait, j'ai peur que tu ne trouves pas à manger et que ça soit trop compliqué pour toi de
faire que des restos, etc". Et c'est vrai que quand je voyage,
je voyage seule. Ça m'arrive de voyager seule, j'aime bien.
Mais en fait, je ne vais pas me faire des restos quand je vais voyager seule.
Je vais aller faire des courses et je vais m'acheter de la nourriture que je vais pouvoir peser.
Parce que ma balance, je l'emmène partout. Elle a fait Madrid,
elle a fait Barcelone, elle a fait Londres, elle a fait Basingstock...
Je l'emmène partout ma balance. Donc en fait les gens,
malgré que je vais mieux, ils peuvent pas s'en passer d'avoir encore cette perception de moi en mode "Inès ne va pas manger
de lait entier", "elle va pas manger de crème", "elle va pas manger de lardons".
Je suis végétarienne parce que j'aime pas la viande.
Ce n'est pas l'anorexie qui fait que je ne mange pas de viande,
c'est vraiment que je n'aime pas le goût. Par contre j'adore le poisson.
Mais voilà, il y a ce problème là, où ma mère jusqu'à cette année,
jusqu'au mois d'octobre, à chaque fois je lui proposais "tu veux venir à la maison",
"tu veux qu'on aille se faire un truc toutes les deux",
"tu veux qu'on se fasse un week-end entre filles",
"tu veux qu'on voyage ensemble", ma mère trouvait toujours des excuses en mode "oui peut-être pas
tout de suite", "non mais ce week-end je veux rester à la maison",
"non mais viens plutôt toi à la maison". Et en fait un jour on a percé l’abcès.
C'est juste que ma mère m'a dit "devant toi je sais pas quoi faire".
En fait son cerveau trottait, cavalait à fond en mode "est-ce que ce que je vais faire c'est
assez". Et en même temps elle pouvait pas s'empêcher d'avoir ce regard vers moi de quand je mangeais genre "est-ce qu'elle mange
assez", "est-ce qu'elle mange pas assez". En fait on était beaucoup dans ce conflit intérieur sans
se dire les choses, la peur en fait chacune de son côté.
Moi la peur de pas faire assez pour ma mère, pour mes parents,
pour leur montrer que je vais mieux, et mes parents qui avaient l'impression que j'allais pas
mieux, mais qu'ils osaient pas dire quoi que ce soit.
C'est hyper compliqué.
C'est très difficile je trouve pour les parents qui ont un enfant avec un trouble psy.
Je pense que c'est très difficile, parce qu'il y a probablement une forme de culpabilité immense de se dire "mince je n'ai pas
réussi à accompagner mon enfant avant qu'il y ait ce problème" et "peut-être que je ne l'ai pas
détecté assez tôt", "peut-être que je n'ai pas réussi à accompagner mon enfant après la déclaration
de ce problème". Et du coup il y a une sorte sorte d'essai un peu maladroit,
je pense, d'essayer de combler un peu quelque chose qu'ils ont peut-être pas bien fait,
pas fait, mal fait ou je ne sais pas quoi. Et je pense qu'en fait,
ce que tu disais tout à l'heure est très juste. Le fait d'avoir cette communication plus la
confiance dans l'un dans l'autre, dans un sens comme dans l'autre,
des parents vers l'enfant et l'enfant vers ses parents,
de se dire juste aujourd'hui on est adultes tous et donc on peut aujourd'hui avoir une relation qui soit autre que toujours
centrée en fait sur la maladie.
C'est ça, c'est que moi maintenant j'essaie de dire : "non mais en fait considérez-moi comme
normale". Je trouverais toujours un truc à manger,
je trouverais toujours un truc, même si des fois c'est plus compliqué.
Mais en fait ce que je demande, c'est un peu le pacte à chaque fois,
c'est-à-dire tu veux manger au restaurant, ok, préviens-moi c'est quoi le restaurant,
comme ça j'ai le temps d'anticiper, de regarder la carte.
J'ai des amis aussi qui me disent "tu veux manger où,
vas-y je choisis le restaurant, on te fait confiance".
Ou alors ils me proposent des choix et ils m'ont dit "parmi ceux-là c'est lequel qui te plaît le
plus". Et ça marche super bien en fait. Et avec ma famille,
là cette année par exemple pour Noël, ça a super bien marché.
Parce que j'ai pu manger quasiment comme eux, plus facilement.
Donc le repas du 24, le problème c'est que moi je prends pas d'apéritif ni rien,
donc du coup en fait c'est pendant qu'ils prennent l'apéritif que moi je mange mon repas.
Parce qu'en fait eux ils ont le temps de manger et qu'ils attendent de digérer.
Mais en fait moi je vais pas attendre après les huîtres,
après le foie gras, et après la totalité, et qu'il est 23h pour commencer à manger,
ça fait un petit peu tard. Et du coup on trouve des mécanismes comme ça,
genre je mange un petit peu comme eux mais pas totalement comme eux.
Et pour le repas du 25 par exemple, on a fait un test cette année.
C'était ma diététicienne qui m'a recommandé, et ça marche super bien,
et je le recommande à des patientes qui ont une anorexie.
C'est de faire plutôt les repas où c'est chacun qui mange un peu ce qu'il veut.
C'est à dire qu'à table, on met plein de trucs. Donc ça peut être du libanais où on va mettre du
taboulé libanais, du houmous, des falafels... Enfin où il y a vraiment un peu tout et c'est chacun qui pioche ce qu'il veut
et qui met dans son assiette.
Plein de plats et on ne sert pas sur assiette.
C'est ça et du coup il n'y a pas de jugement. Et là,
nous, on a fait quoi ? On a fait une fondue chinoise.
Une fondue chinoise ou japonaise. Mais du coup, c'est dans un bouillon où on a fait cuire de la viande pour ceux qui voulaient
de la viande, du poisson pour ceux qui voulaient faire du poisson,
du tofu pour ceux qui voulaient faire du tofu. Et plein de légumes.
Et des vermicelles de riz pour ceux qui voulaient manger.
Et en fait, c'était chacun qui servait et qui prenait ce qu'il voulait.
Et mes parents, ils m'ont vu me régaler et passer un repas en mode normal.
Et j'étais trop contente.
Ça, c'est un gros progrès. C'est une super victoire.
C'est ça. On s'est fait un week-end entre filles,
deux jours complets à Paris. Et genre ça s'est super bien passé.
Pareil pour l'alimentation, ça l'a rassurée au point qu'à Noël ils nous ont offert une semaine au
ski. Donc là je suis honnête, dans deux semaines je pars au ski une semaine avec ma famille,
on est en demi-pension, ça va être le défi de tous les défis.
Est-ce que je vais arriver à manger ? Et en même temps,
je me dis, si je n'y arrive pas, au pire des cas,
je sais déjà que dans ma tête, je vais prévoir dans mes affaires de quoi manger au cas où il y a des soirs ou il y a des
midis, je sois trop en difficulté pour manger quoi que ce soit.
Et que du coup, pour être sûre, parce qu'en fait,
oui, je peux faire l'effort de goûter. Oui, je peux faire l'effort de manger.
Mais en fait, vaut mieux quoi ? Que je mange une potatoes et c'est tout ?
Ou vaut mieux que je mange mon repas à côté et que je continue à prendre du poids comme je
l'entends, comme ce qui est prévu, avec le bon apport calorique,
le bon apport de protéines, le bon apport de féculent,s
de tout en fait.
En fait c'est juste ne pas faire dans la violence mais faire dans la compréhension.
C'est ça, je peux essayer, je peux manger, mais il ne faut pas que ce soit sur une longue période.
Donc je sais que sur la semaine, il y a peut-être des fois où il y aura des repas,
je vais moins manger. Je fais de l'effort physique,
ça sera déjà plus facile.
En fait, c'est comme si tu partais, mais avec un parachute.
Oui, c'est ça.
Comme ça, au moins, tu es sûre d'avoir ce qu'il te faut.
Et ça te fait une sécurité à l'avance.
Exactement, c'est exactement ça. En fait, vivre avec l'anorexie quand elle devient chronique,
c'est prévenir toutes les situations de stress. Parce que là,
tu as encore le négociateur du FBI qui rentre en scène et qui dit "écoute,
on teste, on y va, si tu le sens, tant mieux, si tu le sens pas,
t'as un plan B". Et en fait, ça marche. Ça marche super bien.
Déjà, c'est moins stressant et au moins, ça évite que le négociateur,
il se dise, "tu vois, je te l'avais dit, allez maintenant,
tu manges plus".
C'est ça. Et là, moi, en fait, je me suis plus en mode non,
non, mais on teste et si ça marche, bah voilà, et si ça marche pas,
c'est pas grave. Et en fait t'essayes, et derrière,
c'est une petite victoire. Parce que même, en fait,
là aussi, ce qui est important, c'est qu'il n'y a pas de petite victoire dans cette maladie.
Il n'y a pas de petite victoire. C'est-à-dire que même un matin,
se lever, c'est une victoire. Une journée sans pensée négative,
c'est une victoire. Manger un carreau de chocolat,
c'est une victoire. Tout est une victoire. Réintroduire un aliment dans son alimentation qu'on n'a pas mangé depuis très
longtemps, c'est une victoire. Et tout ce qu'il faut retenir c'est : tout est victoire et il faut
pas culpabiliser. Si pendant une semaine, t'as envie de manger le même repas matin,
midi et soir, bah tant pis, tu manges le même repas matin,
midi et soir. Si ça te permet d'avancer et ça te rassure et ça te fait du bien,
tu le manges. Tout en respectant bien sûr qu'il y ait,
parce qu'en fait le problème de l'anorexie aussi,
c'est qu'il faut un bon apport en graisse et un bon apport en protéines.
C'est le plus important, parce que c'est ce qui nourrit le cerveau.
Donc faut pas non plus te dire pendant une semaine,
matin, midi et soir tu bouffes que des pâtes. Non.
Ou que des légumes.
Ca c'est le régime des étudiants !
C'est ça, il faut trouver l'alimentation qui permet,
qui te plaît, et en même temps qui rentre dans cette dénutrition.
Parce qu'on ne parle pas, (ma diététicienne serait fière de moi si elle m'entendait le dire),
on ne dit pas que l'on grossit, on dit que l'on démaigrit.
Et aujourd'hui j'ai un IMC qui est encore loin d'être le minimum.
C'est à dire que le minimum c'est 19.
J'aurais dit 18 mais j'étais plus sûre.
Je crois que c'est 18 ou 19. Aujourd'hui je crois que je suis un IMC entre 16 et 17.
T'es presque arrivée !
Ouais mais en fait pour y arriver, il faut encore que je prenne je crois minimum 5 kilos je crois.
Que tu enlèves 5 kilos négatifs.
Voilà j'enlève 5 kilos négatifs. Donc en fait c'est énorme,
parce que sachant que j'arrivais à prendre on va dire,
pendant un moment j'arrivais à prendre 1 kilo par mois.
Mais j'étais capable d'en perdre 2 en un mois aussi.
Comment dire que le chemin il est encore très long,
très très long.
Mais t'es beaucoup plus armée aussi, enfin t'es mieux armée aujourd'hui.
C'est ça et j'assume ma maladie. Et je sais qu'elle fait partie de moi.
Je sais qu'au fond de moi, je m'en débarrasserai jamais complètement.
Je sais qu'elle aura beaucoup de conséquences sur ma vie cette maladie,
notamment sur la partie des enfants. Je sais qu'elle a une conséquence sur mon anxiété,
ce qui fait qu'aujourd'hui bah oui je suis traitée j'ai des antidépresseurs,
des anxiolytiques. Mais c'est plus, j'ai plus le brouillard dans ma tête que j'avais avant.
Et du coup je me rattache à ça, et je me dis chaque jour,
c'est un pas. On recule, bah c'est pas grave, on va continuer à avancer derrière ça,
on lâche rien. Et surtout, on est honnête avec soi-même et on communique aux autres ce dont on a
besoin. Et voilà, après, dire aussi qu'il faut s'entourer des personnes comme nous qui ont été guéries de la maladie ou des
personnes comme nous qui sont malades, ben non. Parce que peut-être que ces personnes,
elles peuvent mieux te comprendre, mais c'est aussi des personnes qui peuvent soit t'embarquer dans
une rechute, soit te faire te sentir encore plus...
Une espèce de comparaison.
Ouais c'est ça et culpabiliser en mode "ah mais moi je vais mieux,
mais elle elle va pas mieux, est-ce que je suis un problème".
En fait par exemple quand je vois quelqu'un dans la rue qui va être dans une maigreur extrême,
ça me génère, et la personne je ne lui ai pas parlé,
mais juste de la croiser ça me génère une angoisse monstrueuse.
Parce qu'en fait il y a une part de moi qui dit "mon dieu j'étais comme ça" et il y a une part de moi qui me dit "mais mon
dieu t'es énorme maintenant Inès".
Ouais, le combat permanent...
C'est le combat permanent.
Mais aujourd'hui j'ai l'impression que t'as beaucoup plus de force que par le passé.
Parce que t'as cet entourage médical, enfin en tout cas des soignants,
ou t'as pu trouver des soignants qui te correspondent.
Et donc du coup cet accompagnement là, comme tu parlais de ta diététicienne qui t'aide et qui te
suit, qui te donne du vocabulaire qui te correspond,
qui te donne des objectifs qui te correspondent.
Ça, c'est hyper positif parce que ça veut dire que ça te permet d'avancer avec la maladie au lieu
d'avancer contre elle. Et je pense que si on avait fait ce podcast quand tu étais à l'hôpital,
je pense qu'on n'aurait pas du tout eu la même Inès, en fait. en fait. fait.
C'est ça. Et après, il n'y a pas de traitement miracle.
L'hospitalisation, c'est pas ce qui va faire guérir,
j'en suis la preuve. Les antidépresseurs, les anxiolytiques,
c'est pas ça qui va faire guérir non plus. C'est ce qui permet de calmer la petite voix de temps en temps quand on a un
trop plein émotionnel, c'est ce qui permet de canaliser ce trop plein émotionnel,
mais c'est pas ce qui guérit non plus. Moi ce qui m'a beaucoup aidée,
c'est au final des thérapies alternatives. J'ai fait du coup de la sophrologie avec ma
diététicienne, ce qui m'aide beaucoup au niveau de la respiration quand je sens les angoisses
monter. J'ai fait de la microkinésie qui lui a permis de déterminer des blessures que j'ai pu avoir dans le passé dans mon
corps, ce qu'on appelle des flèches, qui me les a enlevées.
Donc c'est des thérapies qui sont alternatives parce que ça touche plutôt au spirituel.
J'ai été suivie aussi par une coach de vie, mais qui était spirituelle parce qu'elle avait des dons
de médiumité, et qui elle m'a appris plein de choses sur moi.
J'ai fait aussi ce qu'on appelle, c'est quelqu'un qui coupe les liens émotionnels
transgénérationnels. C'est-à-dire qu'elle remonte dans les générations pour voir comment ça se fait
que tu as ce bagage émotionnel-là. Pourquoi tu en es arrivé là ?
Et en fait, toutes ces petites thérapies mises toutes bout à bout,
heureusement, j'avais un soutien avec ma famille.
C'est ma mère qui a beaucoup cherché ces thérapies-là pour m'aider,
qui me les a proposées. Moi, au début, je l'y allais pour elle.
Et en fait, maintenant, je la remercie parce que je l'ai fait aussi pour moi,
au final. Parce que c'est ça qui m'a sauvé la vie et m'a sorti la tête de l'eau beaucoup plus vite que si j'avais pataugé
toute seule avec les médecins. Donc en fait il n'y a pas de remède miracle par rapport à la
maladie, il faut juste trouver ton remède à toi, celui qui te convient.
Et moi c'est le côté spirituel qui m'a beaucoup aidée.
C'est d'apprendre ce qui a pu se passer dans mes générations passées,
c'est ce qui a pu se passer et que j'ai pu intérioriser des traumatismes intérieurs qui font
qu'aujourd'hui, j'ai pu avancer et comprendre. OK,
j'ai ce comportement-là ou j'ai telle réaction parce qu'il m'est arrivé ça.
Et du coup, qu'est-ce que tu dirais à une jeune personne,
donc femme ou homme, même si on sait qu'il y a beaucoup plus de femmes,
qu'est-ce que tu dirais à une jeune personne qui,
aujourd'hui, se trouve dans une situation d'anorexie mentale et qui découvre ça la concernant ?
Si elle n'arrive pas à en parler, si elle n'arrive pas à demander de l'aide,
à le vocaliser, comme moi j'ai pu faire, dire "Maman,
j'ai besoin d'aide, je veux me faire hospitaliser"...
C'est très dur. C'était les paroles les plus dures de ma vie que j'ai pu prononcer.
Et en même temps je vois le soulagement que ça a pu provoquer chez ma mère.
C'est peut-être de commencer par faire des messages d'alerte,
des SOS, en fait. Des fois, c'est juste ça, de dire un SOS,
ça ne va pas bien, et de laisser le temps de venir.
En fait, le meilleur conseil, c'est de parler, mais parler,
ce n'est pas évident pour tout le monde. Et peut-être qu'il faut y aller par étapes,
trouver quelqu'un avec qui on se sent assez en confiance.
Ça peut être un inconnu, en fait, des fois. C'est juste des fois aussi de faire la démarche,
de dire, je vais aller voir un médecin. Peut-être que je n'irai le voir qu'une fois,
mais j'ai besoin de vider mon sac avec cette personne-là.
Et en fait, de le vocaliser à quelqu'un d'extérieur,
de le vocaliser à la voix haute, des fois, c'est là où ça nous permet de vraiment prendre
conscience de ce qu'on a.
Peut-être un chien alors, comme toi, tu as fait avec Happy.
C'est ça, c'est ça. Mais en fait, c'est d'avoir le...
C'est con, mais c'est dur. C'est se confronter au regard extérieur.
Je sais que c'est extrêmement difficile.
C'est comme un miroir donc en même temps...
C'est ça. De se juger. Parce qu'on a l'impression que tout le monde nous juge,
tout le monde nous regarde, tout le monde regarde notre assiette,
tout le monde nous regarde ce qu'on fait etc. Donc c'est hyper difficile de se confronter au regard
des autres. Et en même temps en plus il ne faut pas qu'on se compare.
C'est vraiment dans notre cerveau c'est très compliqué.
Parce qu'en fait on ne peut pas s'empêcher de comparer si quelqu'un à la table mange moins que
nous, on est en mode...
"Mince, j'ai trop mangé".
C'est ça. Si quelqu'un dit, j'ai raté un... Moi, le truc qui me rend le plus malade,
c'est quand quelqu'un me dit, "j'ai loupé mon repas" ou "j'ai pas mangé depuis ce matin" ou "j'ai pas mangé depuis hier
soir". C'est une angoisse pour moi. Parce qu'en fait,
je me dis, moi, j'ai mangé quatre repas, en fait,
entre-temps. J'ai fait un petit déjeuner, un déjeuner,
un goûter et le dîner.
Alors que si ça se trouve, cette personne avait mangé huit pizzas à son dernier repas.
Et on ne le sait pas.
Mais c'est ça.
C'est juste l'expression qui met en alerte la dualité qu'il y a dans ton cerveau et qui est en
mode, "mon Dieu, il faut que je fasse ça". Ou "maintenant,
il faut que je fasse autre chose". Et la confrontation totale entre les deux.
C'est ça. Et en fait, moi, je pense que mon seul conseil que je pourrais donner,
c'est si on n'arrive pas à demander de l'aide, déjà de montrer qu'on a besoin d'aide.
Parce que peut-être que la personne en face, elle trouvera plus facilement les moyens
d'accompagner. Ça peut être, par exemple, la personne,
elle voit que tu fais un signal d'alerte et elle te dit,
"écoute, je sais que ça ne va pas trop en ce moment,
j'ai potentiellement quelqu'un qui pourrait t'aider,
c'est si tu veux on y va, tu peux y aller seule ou avec moi,
mais voilà c'est sa carte tu peux prendre rendez-vous quand t'en as envie".
En fait des fois juste de savoir qu'on a cette porte ouverte sans jugement c'est le premier pas, des fois. des fois. fois.
Finalement, c'est un beau message parce que c'est un message à la fois pour les personnes qui souffrent de ça et pour les
personnes qui sont autour. C'est juste communiquer et être ouvert et tolérant.
C'est très beau. Et justement, en parlant de choses très belles,
moi, j'aime bien finir ce podcast, en règle générale,
par une impression un peu plus douce, quelque chose qui parle d'un point de vue un peu artistique.
Donc, je ne sais pas si toi, de ton côté, tu as des œuvres,
ça peut être des œuvres littéraires, des tableaux,
de la musique, un film, peu importe. Juste quelque chose qui te parle par rapport à cette maladie
que tu vis au quotidien.
Alors, moi, je lis beaucoup. Alors, beaucoup, beaucoup.
C'est vrai, je confirme.
J'ai une addiction, c'est les livres. Et du coup,
c'est vrai que en fait, je ne suis même pas capable de dire un livre auquel je peux plus
m'identifier. En fait, ça dépend vraiment des étapes de ma vie.
Oh tu peux en dire plusieurs.
Par exemple, j'aime bien lire "L'attrape-cœur" de Katerina Rye.
Parce que ce jeune qui a plein de troubles psychiatriques,
profondément dépressifs, mais qui est complètement dans le déni en mode "mais non c'est pas moi le
problème c'est les autres", qui a des réactions des fois où les gens le regardent en mode "mais
c'est quoi cette réaction". Et en fait des fois je le lis,
quand je lis ce livre je fais "ouais bah je suis un peu pareille quoi".
Donc c'est un peu le bouquin en mode "je suis pas la seule".
En fait il y a plein de livres sur lesquels, qui peuvent nous aider à avancer.
J'ai pas un exemple en soi. Une chanson que j'écoute beaucoup,
pas tant pour les paroles en entier, mais juste pour la dynamique qu'elle me provoque,
genre quand je l'écoute ça me fait un frisson, et du coup je l'écoute en général quand j'ai une
petite victoire, c'est la chanson d'Elton John, "I'm still standing",
qui pour moi en fait, me parle beaucoup. Parce qu'en fait je me dis,
"punaise j'en ai vécu des merdes, je suis encore là,
et je suis toujours debout, et je continue". Et en fait quand j'ai besoin,
même quand j'ai un échec, je suis en mode "vas-y je la mets".
Et en fait je m'énergise en mode, "en fait Inès t'es toujours là donc continue,
lâche pas". Donc voilà c'est un peu la musique. Après les livres il y en a plein.
J'aime beaucoup lire aussi "Ne tuez pas l'oiseau moqueur" parce que pareil en fait c'est à chaque fois des livres où je
m'identifie aux personnages. Parce que c'est des personnages qui se sentent pas normaux dans le
sens du terme. Et j'ai lu il y a pas longtemps un livre,
un livre sur une actrice, c'est une histoire vraie.
C'est Jeannette... Je ne sais plus quoi. Qui raconte...
C'était une star, Nickelodeon.
Oui, la chaîne.
Et la petite a eu sa mère qui l'a forcée à devenir anorexique pour pouvoir avoir des rôles dans les
films. Et au bout d'un moment, l'anorexie a pris le dessus.
Elle avait aussi de la boulimie. Et en fait, de lire son livre,
ça m'a donné une perspective parce que, pareil, elle a commencé à se faire traiter plus tardivement
comme moi. Elle a eu la maladie qui a duré de ses quasiment 11 ans jusqu'à plus de 25 piges.
Donc, pareil, chronique. Et en fait, elle s'en sort aujourd'hui.
Elle est quand même devenue une écrivaine. Elle fait encore...
Enfin, elle a une vie, on va dire, presque normale,
même si son passé est toujours là, en fait. Et c'est montrer que ok on a un passé mais il faut l'accepter et il faut continuer
à aller de l'avant et pas regarder derrière.
C'est vraiment joli ce que tu dis. Et tu sais que d'ailleurs moi en termes de petite reco,
c'est un livre que j'ai lu quand j'étais enfant et qui m'avait beaucoup marquée sur l'anorexie,
et qui fait que pendant des années je me suis dit "non Delphine tu ne peux pas être anorexique,
tu n'as pas le droit, ce n'est pas bien, ce n'est pas une chose qu'il faut faire" etc.
Ça s'appelait "3 filles et 10 kilos en trop".
Oui je me rappelle.
C'est un bouquin pour enfants, vraiment, qui justement parlait d'une jeune fille,
je crois que c'est au collège ou au lycée, qui justement était beaucoup moquée pour son physique.
Et pour pouvoir être plus à l'aise dans son cercle d'amis,
et je crois qu'il y avait une histoire avec un garçon ou un truc comme ça,
du coup, elle arrêtait de manger progressivement,
de plus en plus, et faire énormément de sport. Et j'ai trouvé que pour un livre pour enfants c'était intelligent de mentionner
justement cette détresse de quelqu'un donc ça m'avait pas mal marqué sur le sujet.
Tu m'étonnes.
Et bien en tout cas Inès je pense que ces recommandations de lecture seront très bien à écouter,
à lire en même temps qu'écouter "I'm still standing" d'Elton John.
Nous irons le mettre nous directement après ce podcast.
Et je voulais te remercier d'avoir accepté de venir nous parler ici,
parce que c'est toujours très difficile de parler de ce genre de choses.
Et vraiment merci à toi, car aujourd'hui je pense que tu as pu nous éclairer davantage sur les troubles du comportement
alimentaire et surtout l'anorexie mentale, donc merci beaucoup Inès.
Merci Delphine, merci à vous tous de m'écouter.
Merci d'avoir écouté Voix plurielles. Comprendre,
c'est déjà faire un pas vers l'autre. C'était Delphine et à bientôt pour une nouvelle rencontre,
une autre façon de voir le monde.
Ce podcast vous a été présenté grâce à la solution de diffusion de podcast Castopod.