La semaine dernière.
Aujourd'hui, je reçois Emmanuel. Bonjour Emmanuel.
Bonjour Delphine.
Et on va parler ensemble d'hypersensibilité. Et c'est un sujet très,
très vaste. On va pouvoir parler justement du monde qui est autour de toi,
puisque évidemment, en tant qu'hypersensible, on a tous ces ressentis qu'on a décrits.
Mais c'est bien de savoir aussi comment tu vis avec tout ça dans la société.
Alors des fois bien, des fois mal. Comme dirait Henri Dès.
Pour citer un artiste absolument extraordinaire.
Je suis ironique.
Si j'avais cru un jour qu'on citerait Henri Dès sur ce podcast.
Je le cite parce que dans la famille, on a été forcé d'en écouter.
Donc forcément, McDonald's, je connais. Ce n'est pas pour autant que je trouve que c'est de la
grande gastronomie.
Il est vrai, mais c'est vrai qu'Henri Dès, je pense que c'est beaucoup plus insidieux.
Ça s'immisce. Du coup ce que je te propose c'est d'explorer un petit peu l'impact de tout ce qu'on vient de décrire sur
ta vie personnelle, professionnelle, sociale et aussi émotionnelle.
Donc comment ça se passe dans ta vie de tous les jours avec ça ?
Quand tu vis au quotidien, quand tu vas au travail par exemple,
ce genre de choses.
Au niveau du travail, de tout temps on va dire, j'ai eu la chance de pouvoir avoir des jobs qui
m'intéressaient beaucoup, donc l'aspect ludique, trouver un plaisir à faire quelque chose,
à connecter des trucs, à réfléchir... Donc ça j'ai toujours aimé,
y compris à côtoyer des gens. Je n'aime pas, en fait on me dit souvent dans ma famille que je suis
asocial, je le vois pas comme ça. Je n'aime pas les gens,
mais j'aime des gens. En fait pour schématiser, j'aime pas les mouvements de foule idiots,
donc ça ça me déplaît. J'aime pas être forcé de suivre le mouvement parce qu'il faut suivre le mouvement comme un mouton
de Panurge. Voilà, ça, je n'aime pas. Par contre,
côtoyer des gens et pouvoir échanger avec eux, ça,
oui. Mais quand on est hypersensible, c'est parfois très compliqué parce qu'on n'est pas compris.
On exprime des choses ou on exprime un ressenti.
En face, c'est le désert. Donc, c'est très difficile.
Ouh, c'est le désert. Attention, je ne mets pas de jugement de valeur.
Oui, bien sûr. C'est juste que ce que tu exprimes est différent.
En tout cas touche des sphères qui ne sont pas...
Enfin c'est un peu la tour de Babel, c'est presque comme si on ne parlait pas la même langue,
c'est Rencontre du Troisième Type, et il faut apprendre à se comprendre.
Et c'est très difficile. Et quand on fait ça avec des êtres qu'on aime et bien c'est encore plus dur quand on ne se comprend
pas. C'est pour ça que moi ça génère une souffrance qui est vraiment très très forte.
Par contre quand on se comprend, ça génère à l'envers le même bonheur.
C'est fantastique de se comprendre à demi-mot, au quart de mot ou à pas de mot du tout,
ça c'est un sentiment on exulte totalement.
Et au travail, tu arrives à t'en sortir quand même?
Alors, il faut trouver des, comme on dit de façon moderne,
des stratégies. J'ai horreur de ce mot-là, appliqué à ce genre de trucs.
Mais on est obligé de trouver des trucs pour fonctionner,
parce que le phénomène de dissonance cognitive avec le monde du travail,
aujourd'hui, en plus compte tenu des incertitudes du monde,
le fait que les entreprises ne vont pas, en général,
pas du tout dans le sens qu'il faudrait, quand on parle de surconsommation ou de puissance
extractive, de fatiguer la Terre. Parce que la Terre,
elle s'en sortira bien sans nous mais nous, je ne sais pas.
C'est pour ça que le salut il vient de gens comme nous.
Et je prends chaque occasion au travail sur les personnes qui sont un petit peu réceptives pour essayer de communiquer ce
type de message. Alors c'est très difficile, parce qu'au départ ça demande une pédagogie donc ça
demande de se réfréner, ce qui est très dur, ça demande de comprendre qu'en face,
ils ne sont peut-être pas du tout au fait de toutes les informations techniques.
Parce qu'encore une fois, l'approche ne doit pas être une approche d'opinion,
mais une approche basée beaucoup plus sur des faits scientifiques.
La physique, elle est répétable, elle est falsifiable.
Falsifiable, ça veut dire qu'elle peut être testée.
Il ne s'agit pas d'une croyance obscurantiste en quelque chose.
C'est d'ailleurs le problème que c'est repris par des médias,
des politiques, et même des scientifiques, qui pervertissent l'information scientifique pour en faire du militantisme ou
de l'opinion. Ça ne devrait pas. Mais si on s'en tient à un certain nombre de faits,
il y a des ordres de grandeur qui permettent d'apprécier les choses.
Et une fois qu'on a apprécié les choses, on peut commencer à agir.
Faire comprendre rien que ce genre de concept à des gens qui vivent un peu comme le homard dans l'eau chaude qui ne s'aperçoit pas
que l'eau est en train de bouillir parce qu'il part à l'eau froide,
c'est très dur. Parce que, ou il y a une incompréhension,
au moment où il y a une compréhension il y a en général un déni qui est très fort,
et s'il n'y a pas le déni ça génère beaucoup d'anxiété ou de désespoir.
Or il ne doit pas y avoir de désespoir puisque le salut...
Alors je sais que ça fait très chrétien mais ce n'est pas du tout le sujet.
Surtout qu'il y aura des choses à dire sur les religions en termes de bienfaits pour l'humanité.
Notamment le salut de l'humanité viendra par les gens.
Quand on a fait arrêter de fumer dans les restaurants,
ce n'est pas venu des restaurateurs, ce n'est pas venu des politiques,
ce n'est pas venu des industriels. C'est venu des gens.
Ils ont bien fait.
Et pour le coup, là, j'émets une opinion, ils ont bien fait.
Mais factuellement, les méfaits du tabac sont connus.
Maintenant, factuellement, le plaisir que provoque le tabac chez un certain nombre de fumeurs,
il est aussi documenté.
Oui. De toute façon, ce qui existe, il faut juste observer les foules,
un peu la fouloscopie, la fameuse chaîne...
Mais je ne veux pas tomber dans une sorte d'hygiénisme autoritaire ou dictatorial.
Ce n'est pas du tout le sujet. Le sujet, je pense,
et pourtant je suis un violent rentré, mais je le suis en discours comme ça,
parce que je ne ferai pas de mal à une mouche.
C'est juste que tu as trop d'émotions, en fait.
Dès l'instant où on dit "il faudra arrêter ceci" ou "il faudra arrêter cela",
dès qu'on y réfléchit cinq minutes, si on le fait au niveau d'un état,
d'une entreprise et tout, c'est une dictature directe.
Vouloir le bonheur des gens malgré eux en leur imposant des lois,
ça va rapidement, pas du tout vers le bonheur des gens,
en fait. Et c'est pour ça que je pense que la prévention,
l'éducation, l'éducation au sens acquisition de connaissances,
c'est la seule chose qui permette d'avoir une vision pour aller dans le bon sens d'un équilibre de notre espèce vis-à-vis de
tout le reste du vivant, de l'écosystème qu'est la planète Terre avec tout ce que ça comporte.
Et c'est pour ça que le seul militantisme, si on peut dire,
que je peux faire, c'est, un, s'informer. Quand je dis s'informer,
c'est scientifiquement, pas prendre l'opinion de Madame Michu.
Désolé s'il y a une vraie Madame Michu. Une fois qu'on est informé,
partager. Et une fois qu'on a partagé, essayer de prendre quelques actions pour commencer à
infléchir le truc. On ne va pas révolutionner la planète à soi tout seul.
Oui mais toi ça te fait vibrer parce que c'est quelque chose justement où tu ressens au quotidien,
quand tu le vois autour de toi dans le monde, quand tu entends les choses,
même olfactivement tout ce que tu peux voir autour de toi.
C'est quelque chose qui va être exacerbé par cette hypersensibilité qui fait que t'as encore plus
toutes les causes.
En fait je le vois plus fort et je vois plus les conséquences.
C'est ça.
Ou les liens.
Et du coup, ça fait un peu cette ambiguïté, non pas ambiguïté,
mais cette dissonance par rapport à ton travail qui n'est pas sur ces rails.
Ou par rapport à la plupart des gens. C'est un peu comme dans un corps humain,
quand on vit dans un monde qui est complexe. Je vais prendre un exemple simple.
Le corps humain, quand la température augmente de 1 degré,
on n'est pas bien, on a de la fièvre. La température augmente de 2 degrés,
ce n'est pas un simple plus 1. C'est qu'on multiplie par 10 les problèmes.
C'est-à-dire que cognitivement, on n'arrive plus,
on ne peut plus conduire, on ne peut plus marcher.
Et puis, ça fait déconner à peu près tous les organes.
Donc, il y a tout le système complexe qui commence à dysfonctionner.
Et puis, si on augmente à 42, on meurt. Donc, on voit bien que ce n'est pas linéaire et on voit
bien que c'est complexe. Tout est lié.
Et justement, en termes de complexité, est-ce que tu pourrais nous dire un peu comment toi,
ton hypersensibilité, ça se manifeste par rapport à ta créativité ou même dans ta vie de famille,
cette hypersensibilité-là? Est-ce que du coup, ça va changer peut-être,
je ne sais pas, ta manière de communiquer, les activités que tu aimes faire?
Je suis quelqu'un d'assez idéaliste je pense. J'aime le beau.
Alors ne me demandez pas de définir ce que c'est,
parce que il nous faudrait un autre épisode. Et puis là pour le coup c'est éminemment casse gueule,
parce que ça fait intervenir les goûts et les couleurs,
et ça c'est quelque chose de personnel. Donc quelqu'un qui aime le rouge et quelqu'un qui aime le bleu ils seront peut-être pas d'accord. d'accord.
Mais peut-être qu'ils aimeront le violet ensemble.
Et ça veut pas dire que le rouge est plus beau que le bleu ou le contraire.
Donc là il y a une question de goût qui intervient.
Enfin en tout cas ta propre notion.
C'est difficile. Je ne sais pas trop comment répondre à ça.
Je sais que tu aimes beaucoup jouer par exemple.
Alors un des grands bonheurs dans ma vie, c'est de voir le côté ludique des choses.
J'ai toujours aimé les jeux de mots, j'ai toujours aimé les lettres,
même si j'ai pas assez lu quand j'étais jeune. J'ai toujours aimé faire des liens dans les
différentes choses. Par exemple regarder les étoiles,
un des trucs que je faisais quand j'étais enfant,
que je continue toujours à faire en tant qu'adulte,
c'est de faire des connexions entre les différentes étoiles et de dessiner quelque chose comme les
constellations, mais pas forcément des choses qui sont les constellations.
Tes propres constellations.
De voir des formes dans les nuages. Bon c'est un test de Rorschach géant on pourrait dire.
Oui mais c'est illimité !
Mais ça c'est quelque chose que j'aime beaucoup. Alors,
même si j'ai pas toutes les compétences, pas toujours l'énergie,
surtout en ce moment, j'aime beaucoup fabriquer des choses qui ont souvent des matières organiques.
Je n'aime pas trop travailler le métal, même si j'en vois l'utilité.
Tu as peint des figurines en métal.
J'ai peint avec ça, mais j'aime travailler le bois.
Petit, j'aimais faire des cabanes, des choses comme ça.
Des choses qui sont très organiques. Et pourtant,
j'adore les symétries. Donc quelque chose très matheux,
très carré, ça j'aime bien. Et d'ailleurs ça c'est une force pour l'hypersensibilité d'avoir...
Moi j'ai eu une formation d'ingénieur, mais j'ai un tempérament d'artiste.
Et le fait d'avoir eu une formation d'ingénieur,
c'est énorme, parce que non seulement c'est pas du tout incompatible avec la capacité artistique,
la capacité d'émotion, etc... Mais au contraire ça permet de la structurer et de l'étendre.
Et surtout d'avoir, en tout cas, d'essayer d'avoir une approche plus objective ou en tout cas
objectivée des choses. Ce que beaucoup de nos semblables n'ont pas.
Encore une fois, l'opinion par rapport à des choses avec une approche plus scientifique.
Quand je dis scientifique, il ne s'agit pas de dire c'est un matheux,
c'est un physicien ou un biologiste. C'est juste une sorte d'honnêteté intellectuelle,
la méthode scientifique, la méthode falsifiable.
C'est à dire, on fait un truc, on essaie de tester.
Et c'est pour ça que je suis souvent en phase avec les gens qui disent il faut essayer de retourner à des sources qui ne
sont pas trop discutables. Quand on fait des ordres de grandeur,
oui on peut être imprécis. Mais au moins ça permet de fixer les choses.
Et ça permet d'éviter à ce que certains se retrouvent à faire des calculs quand ils ont des interros en 1ère et qu'ils trouvent
une voiture qui pèse 2g, ça les choque pas.
C'était une voiture jouet.
C'est dans ce sens là d'ailleurs...
Mais c'est vrai que la méthode scientifique, je t'ai vu même l'appliquer dans le ludique,
puisque tu refais des règles, tu précises des points de règle...
Pour m'approprier quelque chose, j'ai besoin d'aller très loin dans l'analyse de ce quelque chose.
Et quand je dis l'analyse, il ne s'agit pas d'aller dans un point précis.
Il s'agit de le faire de façon nexialiste et scientifique.
C'est-à-dire, quand j'ai un jeu, je ne m'intéresse pas que au jeu.
Je m'intéresse... Cette règle, elle s'inscrit dans quel contexte?
Le jeu, il a été fabriqué dans quelle usine? C'est quel pays?
Ça veut dire quoi au niveau géopolitique? Etc. Et je fais des connexions sans arrêt sur ça.
Et j'ai une question peut-être un petit peu plus intime on va dire,
mais dans les émotions il y a une émotion qui est quand même très importante dans la vie humaine
c'est l'amour. Et comment tu aimes?
C'est un problème puisque l'amour n'est pas prouvable.
Oh non !
Donc là, ça devient quelque chose qui est plus du domaine de la conviction ou de la croyance.
Et c'est très, en tout cas pour une approche scientifique,
c'est beaucoup plus difficile à appréhender. Alors,
qu'est-ce qui fait qu'on aime?
Et comment toi, tu aimes?
Moi, c'est entièrement. Ça correspond à certaines valeurs.
C'est très chevalerie, on va dire. D'ailleurs, c'est réciproque.
Ça n'est pas sexué dans ma bouche. Puisque ma femme,
c'est exactement ça. C'est-à-dire qu'on se donne à l'autre et on est prêt à donner sa vie pour
l'autre. Alors, dans un autre ordre d'amour, qui est un amour filial,
c'est exactement la même chose pour mes enfants.
C'est-à-dire, si leur arrive quelque chose, ma première réaction,
c'est qu'est-ce qui sera le mieux pour eux? Ça rejoint un petit peu l'altruisme.
Dans l'amour, il y a forcément de l'altruisme. Si c'est la notion d'amour possessif,
c'est pour moi plus tout à fait de l'amour. L'amour,
c'est un partage. Donc forcément, il y a de l'altruisme.
Et donc, tu vois des choses différemment. La manière dont tu vas aimer justement ta femme,
tes enfants, les gens justement qui sont importants pour toi,
la façon dont tu vas les aimer ça va convoquer toutes tes sensibilités.
C'est à dire, c'est ce qui génère d'ailleurs les plus gros bonheurs mais les plus grosses
frustrations. Parce que quand on se comprend pas avec des êtres qu'on aime,
la souffrance elle est immense, elle est proportionnelle à l'amour qu'on porte aux gens.
Mais donc tu penses que ta manière d'aimer les êtres qui sont chers à tes yeux et à ton coeur,
est-ce que tu penses que tu as une manière exacerbée de le faire ?
Par rapport à...
Oui, je suis excessif. Pour prendre quelque chose de beaucoup plus prosaïque comme mot,
par rapport aux poétiques, oui, je suis excessif.
Ça t'envole, tu es enflammé de ça.
Je vais même le dire d'une manière, je fais encore référence à un célèbre auteur de
science-fiction, pas le même que Van Vogt, mais donc des années 40,
50, 60, plutôt 40, 50 d'ailleurs. C'est Théodore Sturgeon,
qui a écrit un bouquin qui s'appelle Les Plus qu'Humains.
Ah oui, Le Gestalt.
Et pour moi, l'amour qu'on porte à l'être qu'on aime,
la notion de couple, on crée un plus qu'humain. C'est-à-dire que l'existence de l'entité couple a fait quelque chose qui
est plus que la somme des deux individus. C'est-à-dire que vous êtes individuel,
mais par contre, il y a quelque chose... On est individuel,
on est des individus, on est unique chacun, mais on a aussi une troisième création,
qui est ce couple, qui est une entité à part entière.
Et du coup, tu le ressens émotionnellement dans la relation cette entité supplémentaire.
Ah oui, oui, oui. Oui, il y a... Alors, on est un couple assez fusionnel et c'est vraiment du genre
Humpty-Dumpty, c'est-à-dire il y en a un qui commence une phrase et l'autre qui la finit.
Et c'est d'ailleurs frustrant parce que quand il y en a un qui ne va pas à la même vitesse que
l'autre, il complète et ça frustre l'autre qui n'a pas pu finir d'exprimer ce qu'il a à dire,
etc. Mais ça crée également une frustration, parce qu'il y a des fois,
il faut se réfréner pour ne pas supplanter l'individu qui est en face de nous.
Parce que le plus qu'humain ne doit pas prendre le pas sur l'individu.
Justement c'est intéressant ce que tu dis.
Et ni le contraire hein.
Comment elle réagit par rapport à ton hypersensibilité ta femme ?
Elle est aussi hypersensible. Donc il y a déjà, alors ça facilite les choses parce qu'implicitement
on a ça en commun. Mais il ne s'agit pas que je dirais de mettre un mot scientifique sur quelque
chose, sur un état ou une capacité. Il y a aussi un certain nombre de valeurs qu'on a...
On a un grand, grand tronc commun sur la notion du beau.
On ne l'a jamais défini d'ailleurs de manière très explicite avec des mots.
On n'a pas fait une définition de dictionnaire ou de mathématiques.
Mais il se trouve qu'on a une grande convergence dans ce qu'on trouve beau ou dans ce qu'on trouve
pas beau. Évidemment, il y a des choses sur lesquelles elle va aimer le rouge et moi le vert,
mais ou le contraire.
Oui, parce que vous avez des hypersensibilités qui sont quand même un petit peu différentes.
Ah bah oui, par exemple, elle, elle est beaucoup plus sensible à l'art pictural que moi.
Pourtant, je le dis, voir un paysage de nature me fait pleurer mais ce qu'elle va ressentir en
regardant un tableau, ça va lui raconter beaucoup plus une histoire qu'à moi.
Moi il faut que je l'aborde d'une manière assez technique pour que je commence à comprendre "ah
ouais, d'accord, c'est pas qu'un barbouillage" ou on a,
même un barbouillage très très bien fait. Je dis barbouillage volontairement pour montrer le côté péjoratif qu'on pourrait
avoir. Il faut que je comprenne une démarche beaucoup plus technique vis-à-vis de la peinture,
alors que l'émotion c'est direct, ça n'est pas raisonné,
ça va directement dans les tripes on pourrait dire.
Justement donc ta femme merveilleuse, qui te comprend totalement sauf quand elle ne te comprend
pas, perçoit cette particularité de manière sans y réfléchir puisque c'est également son quotidien.
Mais est-ce qu'il y a des gens qui justement t'ont aidé ou t'ont blessé dans la manière dont ils
ont pu réagir?
Mes enfants, les deux. Pas les deux enfants, mais trois enfants ont fait les deux,
c'est-à-dire qu'ils m'ont blessé profondément quand on se comprend pas,
et c'est réciproque. Moi, j'ai fait pareil avec mes enfants.
Mais les trois m'ont apporté énormément. Par exemple,
en termes de valeur, quelque chose qu'on a avec ma femme,
c'est qu'on a considéré, dès l'instant où on les a conçus,
même avant de les concevoir, qu'un enfant, quel que soit son âge,
un être vivant, humain, quel que soit son âge, c'est une personne à part entière.
Ce n'est pas un sous-homme en devenir, un sous-mensch humain,
pas homme ou femme, encore une fois, ça n'est pas sexué.
Et quand on leur a parlé tout petit, alors bien sûr,
on a bêtifié avec eux, parce qu'il y a un plaisir régressif,
mais on leur a parlé toujours comme à des personnes à part entière.
Évidemment, on ne leur a pas expliqué la critique de la raison pure mais on leur a jamais je dirais donné par exemple dès
l'instant où ils ont été en capacité de manger les mêmes choses que nous,
ils ont mangé les mêmes choses que nous. Pas dans les mêmes quantités,
on a adapté un certain nombre de choses. Mais on n'a jamais considéré qu'ils avaient une tranche de jambon et une purée
pendant que nous, on avait...
Un rôti.
Un rôti, etc.
Une ratatouille.
Ou une ratatouille, ou j'en sais rien. Donc, de ce point de vue-là,
pareil, quand ils demandent, quand ils ont posé des questions sur comment on fait des enfants,
ou je ne sais rien, qu'est-ce que c'est qu'un pays,
etc., on n'a jamais fait du simplisme. On a essayé de synthétiser des propos ou de les simplifier,
mais jamais à outrance.
Une adaptation à l'âge et à la taille de l'enfant.
Il y a des notions qui n'étaient pas en capacité d'appréhender.
Donc, celle-là, on leur a dit honnêtement, bon, ça,
tu ne peux pas, il faudra attendre. Plutôt que de leur dire "ah non,
ton grand-père, il est parti, il est en sommeil".
Non, quand quelqu'un est mort, on n'a jamais caché la notion de décès.
On a accompagné, on a été très présent, mais on n'a jamais caché ces réalités.
Et ça crée à la fois une force, ça crée quelques fois des faiblesses.
Parce que comme on est dans une société qui essaye de cacher un certain nombre de poussières sous
le tapis, la notion de mort, la notion de vieillesse,
la notion de "tu ne fais pas partie de la norme" etc,
ça crée de la souffrance. Quand on essaye de mettre des choses,
d'être honnête, être honnête au sens sincère, honnêteté intellectuelle,
l'approche scientifique, c'est difficile dans le monde d'aujourd'hui.
Mais pour moi c'est la seule voie.
Et là tu nous as parlé beaucoup de ta famille nucléaire.
Mais il y a d'autres gens aussi qui t'ont quand même aidé ou blessé dans les deux sens ?
Qui ont affecté ou influencé ton hypersensibilité ?
Dans les gens pour qui j'ai une affection particulière oui.
Tous les amis proches certainement. Ils m'ont apporté énormément,
tous. Pas la même chose. Mais oui, ça c'est très important.
Donc, il y a une sorte de remise en question constante avec l'entourage que tu acceptes de faire
rentrer, les proches, les gens importants.
Je ne comprends pas la question.
Oui, ce n'était pas du tout clair. C'est-à-dire que les proches que tu as décidé de faire rentrer
dans ta vie, donc pas le côté mondain dont tu parlais,
que tu n'aimais pas trop, ceux que tu veux faire rentrer,
les humains que tu veux faire rentrer dans ton cercle proche,
ces personnes-là t'ont permis de te remettre en question à chaque fois,
de t'aider à avancer par rapport à justement ta position.
Sans parler de remise en question, ça c'est beaucoup plus quand même ma famille proche,
c'est-à-dire femme et enfants. Et après, dans un deuxième cercle,
les parents, mais pour des raisons différentes. C'est plus qu'ils m'ont permis de comprendre que ne pas avoir les mêmes
perceptions que moi... C'est pas un mal. Pendant longtemps,
j'ai jugé que tout ce qui n'était pas moi avait tort.
J'ai été élevé comme ça. Alors je ne parle pas de mes parents,
je dis le monde d'une manière générale, la société judéo-chrétienne dans laquelle on est.
On revoit ça d'ailleurs dans d'autres continents aujourd'hui,
il n'y a pas de problème. Je le dis parce que c'est mon expérience à moi,
je ne le dis pas parce que c'est la seule civilisation qui a eu ce travers.
Donc la société judéo-chrétienne a dominé le monde parce qu'elle l'a dominé militairement,
technologiquement, économiquement. Et donc, forcément,
ce qu'elle faisait, ce qu'elle disait, ce qu'elle prônait,
c'était la vérité. Sauf que c'était essentiellement des opinions et des modes de vie.
Donc, ça, quand on creuse un peu, ça pose un problème fondamental,
philosophique. Côtoyer des amis qui sont différents,
qui n'ont pas le même mode de vie. Pendant longtemps,
j'ai été éduqué comme ça. Comme j'ai eu une formation d'ingénieur où on nous a expliqué que faire
des grandes études, c'est bien. Vous serez l'élite,
vous serez machin, etc. Et puis, en gros, tout le reste,
c'est des crétins, des débiles. En fait, ça rend extrêmement,
je dirais, autiste au sens négatif du terme.
Oui, c'est-à-dire ce que les gens pensent être l'autisme.
L'insulte que les gens donnent.
Voilà, quand on dit que c'est autiste, c'est-à-dire qu'en fait,
on est totalement déconnecté de la diversité du monde en croyant que détenir toutes les vérités
pour tout. Et j'ai été éduqué comme ça. Quand on rentre dans une école d'ingénieurs,
on vous dit, vous serez l'élite. Je l'ai entendu d'ailleurs pour mes enfants,
parce qu'il y en a deux qui ont fait ça et on leur a expliqué qu'ils étaient l'élite.
Et c'est très dangereux quand ça n'est pas accompagné de tout un certain nombre de choses.
Je veux dire, rien ne remplace une expérience. Et puis,
il y a tout un tas d'activités. Je ne parle pas de métier.
Il ne s'agit pas de faire quelque chose pour être rémunéré forcément.
Mais il y a tout un tas d'activités où il n'y a absolument pas besoin de faire des activités d'ingénieurs et qui sont une
démonstration éclatante de l'intelligence humaine.
Oui.
Donc de dire que la réussite c'est faire une grande école,
gagner plein de pognon et devenir un patron, moi j'ai mis 40 ans à m'en défaire.
Mais tu as réussi et on peut être fier de toi. Mais ça c'est une chose hyper importante effectivement de se dire qu'il y
a toute cette éducation, en tout cas le carcan qu'on peut avoir par la famille qu'on a au début ou
la société, la période dans laquelle on a vécu, le lieu de vie,
etc. Toutes ces choses-là qui peuvent impacter au quotidien sur une perception erronée de qui on est et de ce qu'on peut
faire, justement.
Parce qu'en fait, quand on se pose les vraies questions,
qu'est-ce qu'on veut dans la vie? Essentiellement,
être heureux.
C'est vrai.
Alors il y a des choses qui aident, je suis d'accord.
Avoir du confort matériel, des amis, aimer quelqu'un,
oui. Tout ça, ça aide énormément. C'est même, je dirais...
Bon aimer quelqu'un c'est fondamental, gagner de l'argent ça l'est moins.
C'est nécessaire, malheureusement ou heureusement,
dans la société dans laquelle on est...
Oui, l'argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue fortement...
Oui, puis bon voilà, on peut passer des heures sur la nécessité de l'argent ou pas,
si y'a pas d'argent ça veut dire qu'il y aura du troc...
Mais dès l'instant qu'il y aura des humains qui utiliseront leur puissance pour dominer leur prochain et le dominer de manière
exagérée. Donc, si je pousse à l'extrême ces rapports maître-esclave,
dès l'instant où il y aura des gens qui feront ça,
qu'ils aient un gourdin ou une bombe nucléaire, ça donnera la même chose.
Ça donnera des rapports de force et des inégalités,
des choses comme ça.
Mais soyons positifs. Je te propose qu'on passe à cette partie un peu douce et positive,
pour ne pas rester dans la bombe nucléaire et le gourdin.
C'est histoire de mettre un peu en lumière justement,
de montrer les avantages que tu peux avoir avec cette particularité.
Est-ce que justement, qu'est-ce que cette particularité t'a appris sur toi-même ?
Est-ce que tu t'es découvert des forces particulières,
des talents en étant hypersensible ?
Bah par exemple une très forte résilience, en fait.
Mais ça c'est possible parce que je suis très bien entouré par notamment ma femme et mes enfants.
C'est à dire que du coup tu peux ouvrir cette...
Et après dans un 2ème cercle, les amis. Alors il n'y a absolument pas de grief contre les parents.
J'ai été très entouré par les parents et les beaux-parents.
Mais ils sont âgés, c'est une autre génération. Il y en a un qui est décédé.
Donc aujourd'hui c'est moins facile d'obtenir vraiment un support et une aide.
C'est plus maintenant le futur, un peu nous et nos enfants qui encore plus qui font ça.
Et justement est-ce que aujourd'hui, s'il y avait quelqu'un qui venait à toi et qui te disait « j'ai appris que j'étais hypersensible
» et cette personne est un peu en panique parce qu'elle ne sait pas trop quoi faire.
Qu'est-ce que tu lui dirais?
Encore une fois, faire une réponse simple c'est difficile,
ça dépend du contexte. Mais globalement j'essaierais de lui expliquer que c'est pas une maladie.
C'est pas parce qu'on a les yeux bleus qu'on va être moins bien que quelqu'un qui a les yeux
marrons. Ou mieux d'ailleurs, c'est la même chose que je rêve qu'on arrête de dire que la femme
soit l'égale de l'homme. Déjà l'homme n'est pas l'égal de l'homme.
Au sens humain.
Oui. Bah chacun est différent.
Exactement, on est complémentaires. C'est ça qui est extraordinaire,
ça c'est une source d'émerveillement. Et le jour où on sera capable dans nos civilisations de capitaliser sur cette complémentarité
pour en faire une différence qui est un enrichissement et non pas un facteur de comparaison
négative, alors là, on aura franchi un cap. Maintenant,
je suis tout à fait conscient qu'il faut des quotas,
des choses comme ça. Puisque sinon, justement, ceux qu'on peut voir,
ils n'ont pas envie de le lâcher.
Oui, après, c'est sûr que ça crée de la discrimination.
Mais dans un monde idéal, puisque nous sommes idéalistes et on a dit sur ce podcast,
du coup, ce serait bien effectivement de pouvoir rendre un petit peu...
à chaque personne sa propre vie finalement.
Mais l'hypersensibilité, avoir des choses, des comportements,
des caractéristiques, voilà, qui font appartenir au spectre autistique,
ce qui est peut-être mon cas dans une certaine mesure pour en avoir discuté avec certaines
personnes... fait que ça peut poser des problèmes de socialisation,
ça peut poser des problèmes dans la norme... Ne pas être forcément dans le moule,
c'est une difficulté qu'il faut surmonter dans nos sociétés actuelles.
Ca ne devrait pas être une difficulté. C'en est une,
mais je pense que ça si on s'entoure bien, surtout,
il ne faut pas rester seul, ça c'est très important.
Et il faut bien s'entourer. Quand je dis pas rester seul,
il ne faut pas céder aux sirènes du premier beau-parleur ou du premier gourou qui va vendre n'importe quoi ou vouloir dominer
la personne parce qu'elle a soi-disant une faiblesse.
Personnellement, l'hypersensibilité, pour parler de ce sujet-là,
moi, m'a donné, je pense, une énorme résilience parce que,
contrairement aux obscurantistes dont on voit une résurgence aujourd'hui,
je pense que la connaissance, la vraie, pas l'opinion,
la connaissance... Le savoir. Le savoir ne doit pas être source d'angoisse.
C'est comme disait Einstein, l'univers est en expansion,
ce qu'on sait de l'univers, on met des petits ronds,
on dessine sur la surface du ballon, puis on gonfle le ballon,
et on voit que les espaces entre ballons ça ne fait que grandir.
Donc ce qu'on ne connait pas, plus on connait, plus on voit que ce qu'on ne connait pas est grand.
Et là on rejoint je sais que je ne fais rien.
Alors c'est vertigineux mais ça ne doit pas donner de l'angoisse,
ça doit donner de la force. En disant c'est extrêmement prometteur parce qu'on pourra toujours progresser vers quelque chose
de mieux, il faut juste le vouloir. Et le vouloir c'est pouvoir vivre ensemble.
Et vivre ensemble c'est penser à l'autre. L'altruisme,
c'est probablement une des notions fondamentales qu'on a un peu tendance à oublier dans le monde matérialiste dans lequel
on est rentré. Mais penser aux autres, ça fera peut-être prendre conscience qu'on n'est pas obligé de s'interrompre parce
que le téléphone sonne, que c'est pas parce qu'on appuie sur un bouton qu'il y a un produit qui
vient à soi, derrière il y a tout un système, il y a des gens.
Et si on pense un petit peu à ces gens, on dira peut-être plutôt que d'utiliser des esclaves Hommes
ou des esclaves machines, on va peut-être faire un peu plus d'effort soi-même et puis penser un
petit peu à l'autre. Et il ne s'agit pas de se contraindre.
Je suis très individualiste, mais la notion de l'individu qui fait partie d'une espèce,
c'est extrêmement important. Il ne s'agit pas de tuer l'individu pour qu'il ne vive que par rapport
à une communauté. On n'est pas des fourmis, ou j'allais dire autre chose,
mais ça va être politisé, donc je ne le dirai pas.
Ni un individu à liste forcené qui dit « moi, de toute façon,
j'ai un presse-bouton, le reste du monde, je m'en fous ».
On a ces deux tendances aujourd'hui. Dans certaines dictatures,
l'individu n'existe pas, il n'a pas voix au chapitre.
Donc la liberté est très très faible. Dans d'autres sociétés,
avec énormément de confort matériel, on a oublié ce que veut dire savoir et être heureux,
et on ne pense qu'à sa pomme.
Justement en termes d'individu, tu le vois comment la suite de ton chemin ?
Ben, moi, la notion d'âge m'a toujours posé problème,
mais pas au sens où les gens l'entendent. C'est que pour moi la vie est continue.
Alors marquer des symboles je comprends l'utilité,
je comprends le prétexte pour pouvoir justement se réunir avec des gens qu'on aime ou des choses
comme ça, je pense aux anniversaires ou des trucs comme ça.
Mais pour moi l'anniversaire ne représente rien.
Socialement oui, il peut représenter. Mais en termes d'évolution d'un individu,
il ne représente rien. La vie est continue tout le temps.
C'est pas parce que "que faisiez-vous dans la nuit du 24 septembre au 25 septembre" ?
Il n'y a rien qui a fondamentalement changé. J'ai pas un an de plus.
On s'en fout. Par contre, chaque seconde, chaque microseconde,
chaque nanoseconde, chaque picoseconde qui passe,
chaque femtoseconde, oui je vais changer ! Et d'ailleurs la notion,
pour reprendre le bateau de Thésée, nos cellules elles meurent et il y en a d'autres qui sont
créées. Mais qui es-tu Emmanuel? Est-ce que le Emmanuel que je suis aujourd'hui,
c'est le Emmanuel que j'étais il y a 20 ans ? Est-ce que c'est la même personne au sens vraiment
physique du terme ? Ou le fait que le temps est passé fait que je me suis dupliqué de manière continue et infinie pour arriver
à l'Emmanuel que je suis aujourd'hui ? Et à la seconde où je pars,
à la fin de l'interview, c'est pas le même Emmanuel qu'avant.
A quel moment je ne suis plus celui d'avant ? Si je me croisais dans la rue,
moi aujourd'hui et moi à l'âge de 5 ans, je ne me reconnaîtrais pas,
et je ne penserais pas la même chose. Donc je ne suis pas la même personne.
Mais tu vas quand même continuer ton chemin.
Mais c'est ça qui est magnifique.
Donc tu vas continuer de juste ressentir autour de toi...
La vie, l'individu, est un continuum pour moi.
Donc finalement tu vis beaucoup dans le présent, pour quelqu'un qui pense beaucoup au futur.
Pour pouvoir appréhender le présent, il faut énormément penser au passé,
énormément penser au futur. Donc effectivement je ne vais pas sur TikTok pour ça !
Je crois que c'est le mot de la fin ! Et bien écoutez,
je vais juste proposer une mini conclusion parce que j'aime bien quand même laisser un peu une
petite comparaison artistique, c'est un petit peu mon petit rituel de fin de podcast.
Est-ce que tu aurais une phrase, une oeuvre, quelque chose d'artistique qui pour toi représenterait le mieux l'hypersensibilité ?
La musique et particulièrement certains morceaux.
J'en ai cité quelques-uns tout à l'heure, mais je pourrais citer par exemple un morceau qui est
emblématique pour moi, qui est l'ouverture de Tannhäuser de Wagner,
ou la mort d'Isolde du même Wagner d'ailleurs. Et ça c'est quelque chose,
quand j'ai écouté la première fois Tannhäuser, je me suis dit,
"Ah ! Ce mec", je ne parle pas de la personne Wagner,
hein.
Oui oui !
Qui est assez détestable par ailleurs. Mais ce qu'il a composé là,
je me suis dit "mais c'est pas lui qui l'a composé,
c'est moi!". Il a fait ce que j'avais en moi! Ressentir ça,
c'est incroyable. Et il y a très peu de personnes avec qui on peut je dirais partager tripalement
(pas tribalement, tripalement) ça.
Avec les tripes.
Parce qu'il faut qu'elles aient vécu ce même genre de choses.
Pas forcément avec la même oeuvre. Mais de dire en fait non,
c'est pas quelque chose que je trouve très beau et qui me touche,
c'est "Il a composé ce que j'avais en moi".
C'est la définition de toi.
C'est l'ultime reconnaissance, compréhension de ce qu'on est.
Ça, c'est extraordinaire. Et du reste, c'est un morceau que j'ai eu par cœur instantané.
Comme si c'était moi qui l'avais composé et que j'avais eu un traducteur qui me l'avait mis sous
forme de notes. Ça, c'est extraordinaire.
C'est très beau.
Et je ne l'ai pas ressenti beaucoup.
C'est très beau. Je pense qu'effectivement, c'est la meilleure chose qu'on puisse dire,
de trouver... Trouvez-vous votre œuvre, quel que soit l'art qui vous touche,
trouvez-vous votre œuvre qui fait que vous l'avez composée vous-même.
Il y en a quelques autres, pareil, que je mets dans ce même genre de choses.
Il y a le deuxième mouvement de la septième de Beethoven,
déjà la septième de Beethoven dans son intégralité,
qui m'a fait ressentir ça en disant oui ! Il y a certains passages de certains morceaux,
par exemple le début du Requiem de Mozart on n'a pas l'impression qu'il a composé quelque chose qui
nous touche, on a l'impression que c'est en nous.
Alors il y a une notion de rythme et de pulsation là-dedans.
Le Boléro de Ravel est un exemple faussement simple de ce côté hypnotisant où on dit "ouais,
tiens ça correspond à quelque chose de très organique",
"c'est les bassements du coeur", "on peut marcher en rythme",
ça augmente. Et quand on le met à la bonne vitesse,
il ne faut pas l'interpréter trop vite ou trop lent,
ça entre en résonance, et en résonance avec quelque chose qu'on a en nous,
comme si on avait encodé ces morceaux-là et qu'on a eu ces traducteurs qui nous l'ont mis d'une
manière répétable.
Je pense que je ne trouverais pas de meilleur exemple,
parce que c'est vrai que moi, je suis très touchée par la musique aussi,
donc forcément, c'est les meilleures traductions,
entre guillemets. Et je pourrais dire aussi que,
finalement, en exemple de l'hypersensibilité, cette capacité à lire,
par exemple, un livre qui nous touche et d'avoir cette vision à 360.
Alors, en littérature, j'ai ressenti ça à quelques moments,
plus rarement. Ce n'est pas sur des phrases particulières,
mais sur des concepts ou des idées, et la manière dont elles sont amenées,
structurées. Quand on dit « je n'aurais pas dit mieux »,
par exemple, c'est une manière un peu simpliste de le dire.
Oui, il a exactement exprimé ce que j'avais en tête avec les nuances,
les trucs, les machins. C'est très rare parce que...
Je sais que moi, quand j'ai lu justement la description de la Lorien dans « Le Seigneur des
Anneaux », je voyais toute la forêt autour de moi et ce sentiment de plénitude et de bien-être,
de sécurité et en même temps d'avoir un peu accès à tout en même temps dans cette forêt.
Et bien c'est très, quand on est anxieux, le fait de pouvoir se dire voilà j'ai trouvé un endroit safe. safe.
Un havre de paix.
Un havre de paix exactement. Ca fait un peu ça aussi sur la musique.
Alors sur l'hypersensibilité, le côté ludique, le côté musique,
le côté contemplatif nature, je n'ai pas parlé d'un sujet aussi : les animaux.
Par exemple je suis très sensible aux animaux.
D'ailleurs vous avez dû entendre le chat probablement miauler pendant ce podcast comme d'habitude.
Parce que nous sommes des animaux. Je suis très sensible aux animaux.
C'est d'ailleurs un métier que j'aurais aimé faire de m'occuper d'animaux,
plutôt sauvages d'ailleurs. Je suis extrêmement ému et des fois ça me provoque la même sensation
qu'avec des musiques. C'est-à-dire que voir d'autres espèces,
y compris des arbres, des fleurs, je me dis oui tiens ça ça donnerait envie de croire en Dieu.
Bon j'ai un problème avec ça, parce que je ne suis pas athée,
je ne suis pas croyant, mais j'ai un gros point d'interrogation,
et je pense que ça je l'aurai jusqu'à ma mort. Mais on se dit c'est pas possible que des choses aussi belles qui nous font
ressentir autant d'émotions n'aient pas une essence divine en elle.
Oui, pourquoi c'est là par hasard?
Alors, mais qu'est-ce que ça veut dire, essence divine?
Est-ce que c'est quelque chose d'extérieur, qui,
etc. Donc, c'est les religions, les croyances et tout.
Ou bien, on pourrait dire que c'est une part divine en nous,
quelque chose qui nous transcende.
Ou peut-être juste l'hypersensibilité?
Je ne sais pas. Je pense qu'on peut ressentir de très fortes émotions sans être hypersensible,
mais je pense que l'hypersensibilité décuple ça.
Ah oui, totalement, totalement.
Moi je pense que c'est une force. C'est comme si on dit "tu préfères voir mille couleurs ou en voir deux?" deux?"
Mille ! Mille ! Mille !
Je préfère voir mille. Alors oui, à un moment donné,
on est submergé. Mais je préfère en voir mille.
Voilà, et du coup sur ces bonnes paroles nous allons aller voir mille couleurs.
En tout cas merci beaucoup Emmanuel pour cet échange sur l'hypersensibilité.
C'était un plaisir de te recevoir ici sur ce podcast.
Un plaisir réciproque.
Merci d'avoir écouté Voix Plurielles. Comprendre,
c'est déjà faire un pas vers l'autre. C'était Delphine,
et à bientôt pour une nouvelle rencontre, une autre façon de voir le monde.
Ce podcast vous a été présenté grâce à la solution de diffusion de podcast Castopod.